Un héros – Félicité Herzog

herzogune-648608-jpg_447673Félicité Herzog publie « Un héros » chez Grasset. © Jérôme Bonnet/Grasset

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Félicité Herzog retrace un pan de son histoire familiale à travers deux figures masculines, celle de son père Maurice Herzog, vainqueur de L’Annapurna, et Laurent, son frère dont la psychose fut diagnostiquée tardivement et qui dut livrer un combat terrible contre sa maladie.

En contrepoint, la figure de la mère, femme libérée et peu disponible pour ses enfants, paradoxalement adepte de Françoise Dolto dont la fragilité ne pourra servir de barrage à la folie du frère.

«  La Femme entrait enfin dans l’Histoire. Elle pouvait enfin ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de son mari et gagner autant que l’Homme pour son labeur. »

Quel fut véritablement le véritable héros ?

 D’une famille d’éditorialisteset de mémorialistes, Félicité Herzog prend à « contre-plume » la tradition familiale. « J’ai choisi le roman qui dit la vérité » dit-elle, « alors que les mémorialistes réécrivent l’histoire ».

Elle raconte une entrevue avec son oncle qui évoque la biographie de la comtesse Greffulhe, vie d’une parente, écrite par une autre parente. Alors qu’elle s’insurge contre ce modèle de femme et explique qu’elle veut être indépendante financièrement, être libre et ne pas être cette « femme du monde » produit de son milieu, son oncle la raille :

« Mais enfin, pauvre innocente, il est beaucoup plus important d’avoir servi de modèle à un personnage de La recherche ! » (La recherche du temps perdu de Proust)

Car voilà le drame de cette famille, qui à l’abri du mensonge, fabrique la folie ! Félicité Herzog met à jour la mécanique familiale, à travers les mythes familiaux et nationaux, le confinement du lignage (famille noble du côté de la mère descendante de la duchesse d’Uzès) qui pactisa avec la France de Vichy, férocement antisémite.

Un concours de circonstances et une alliance particulièrement pathogène entre deux familles, résultat d’un certain hasard.

Pour une fille, assignée à des rôles bien précis, ce fut l’expérience de la misogynie du père, de sa froideur, de son insensibilité, dévoreur de femmes, dont la sensualité et l’appétit génèrent assez d’ambiguïté pour la mettre mal à l’aise. Un père de « cartes postales », aimé et détesté, terriblement absent, dont l’amour lui manque cruellement. On se console difficilement d’un amour filial sans retour car il introduit un doute terrifiant : « Si je ne suis pas aimée c’est que je ne suis pas aimable. ». On ne se délivre jamais du père comme on ne se remet jamais totalement de son abandon. Premier homme, premier miroir qui donne à une fille assez d’assurance pour risquer l’amour d’un autre.

Dans ce roman, on sent la colère de Félicité Herzog, et cette terrible souffrance, ce manque abyssal du père.

Celui dont la stature de surhomme au lendemain de la guerre, a des relents de posture fasciste et dont il souffrit certainement, « retranché de son humanité », se sentant comme « Elephant man ». Son frère fut l’héritier de cette monstruosité, tenu à son tour de perpétuer le mythe, s’épuisant dans un travail que commandaient des ambitions démesurées.

Ce roman-biographie a eu un grand retentissement dans les médias à cause de la personnalité et de la notoriété du père , Maurice Herzog qui a occulté selon moi ce qui en fait l’extrême richesse : la description minutieuse d’un sentiment d’abandon, d’une solitude absolue dans l’enfance que l’auteure tenta tour à tour d’endiguer dans le travail, le sport et une vie personnelle passablement déréglée. Cette petite Félicité m’a énormément touchée, j’ai pu lire toute la gamme de ses émotions.

Le seul bémol que je mettrais est cette écriture dont l’élégance est parfois maladroite parce qu’elle relève d’une extrême maîtrise. J’aurais aimé que la colère soit moins froide.

Je remercie les éditions Grasset pour l’envoi de ce livre dans le cadre

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