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Natasha Solomons – Jack Rosemblum rêve en anglais – Le livre de poche – Calmann-Lévy 2011 pour la traduction française

Jack Rosemblum, sa femme et sa fille émigre dans les années trente en Angleterre ; ils fuient l’Allemagne pour échapper aux lois antisémites du régime nazi. Ils ont dû laisser derrière eux une partie de leur famille, et Sadie, l’épouse de Jack en éprouve un terrible chagrin qu’elle essaie, en vain, de partager avec son mari.

L’obsession de Jack est de devenir parfaitement anglais ; il transforme son prénom et oublie l’ancien monde qui était le sien. Pour parvenir à son but, il dresse une liste interminable de tout ce qu’il faut faire et dire pour être parfaitement anglais. Pour couronner le tout, il décide de monter son propre golf…Et c’est là que les ennuis commencent …

Ce livre est véritable coup de cœur ! Il est une réflexion toute en finesse sur la notion d’identité, l’importance de la Mémoire et  l’intégration ou l’assimilation au pays d’accueil quand on est un immigré, le racisme et l’antisémitisme que durent subir les juifs allemands.

« Il s’accordait avec ses voisins pour considérer que le rôle des Juifs était de ne pas faire de vagues. Lorsque personne ne fait attention à vous, vous devenez un simple banc posé dans un parc : utile en cas de besoin mais parfaitement intégré au paysage. L’assimilation, là était le secret. L’assimilation. […] Il en avait assez d’être différent ; il ne voulait pas finir tel le Juif errant. »

 

Un livre qui résonne étrangement aujourd’hui en France et en Europe à l’heure de la montée des nationalismes et de la xénophobie et alors que des néo-nazis entrent au parlement grec.

Jack Rosemblum est un personnage terriblement attachant. Dans le contexte historique des années 30, on comprend parfaitement ce besoin désespéré d’être comme tout le monde, d’être parfaitement assimilé au pays d’accueil qui correspond au traumatisme deslois antisémites que durent subir les Juifs allemands. Où trouver la sécurité quand de tout temps votre peuple a été persécuté et que le seul fait d’être Juif suffit à vous désigner à la vindicte populaire ? Quelle patrie peut être suffisamment intègre pour vous protéger dés lors qu’elle fait de vous l’un des siens ?

Des Français et des Allemands ont dénoncé et livré aux bourreaux des Juifs qui étaient tout aussi français ou allemands qu’eux.  Mais ce désir d’assimilation risque révéler ses limites et menacer l’identité de la famille Rosemblum. Car renier ses origines, n’est-ce pas aussi occulter une partie de soi et perdre son identité ? La mémoire est ce qui assure le continuum de ce qui est notre moi , à vouloir absolument être autre, à rechercher l’invisibilité, n’y a-t-il pas le danger de sombrer dans la schizophrénie ? Se cacher, n’est-ce pas aussi avoir peur ? « Il était fatigué d’être le Juif [… ] de service – un rôle à la fois solitaire et dangereux. »

D’ailleurs, les Juifs Français et Allemands pour un grand nombre d’entre eux étaient parfaitement assimilés depuis des générations, et qui plus est non-pratiquants ; ce qui n’a pas empêché la persécution.

Dans mon parcours de lecture actuel, ce livre a fait écho à l’histoire d’Israël.

 

 

D’ailleurs quand Sadie demande à Jack pourquoi ils ne partent pas en Israël dans ce jeune pays créé pour les Juifs, il répond qu’il est trop tard, qu’il faut être jeune et vigoureux pour bâtir un nouveau pays.

« Tu veux être comme tout le monde. Eh bien, allons en Israël, où tout le monde est comme nous ! » Sadie retourne l’argument.  Son chagrin est une marque de respect pour ceux qui ont disparu, et aussi le moyen de les garder encore en vie dans sa mémoire.

Peut-être y aura-t-il une autre voix à trouver, et qu’ils sont assez de deux pour inventer un nouveau chemin. A suivre…

Lisez ce livre qui est un petit bijou. La langue est impeccable ; c’est magnifiquement écrit et construit et l’auteure sait ménager suspense et rebondissements. On est complètement happé par le récit. L’émotion est également présente tout du long sans être envahissante car c’est un livre beau et pudique.

5 réflexions sur “

  1. Malika Il y a 1 an Répondre

    Comme toi j’ai beaucoup aimé ce roman toute en émotion. Jack et Rosie sont de très beaux personnages et leur histoire est très touchante. J’ai aimé la manière dont l’auteur raconte le cheminement
    personel et très différent de l’un et de l’autre comme moyen d’avancer après le traumatisme de l’exil.
    Anis Il y a 1 an Répondre

    Le rapport à la mémoire est vraiment très différent selon l’un et l’autre et j’ai trouvé cela passionnant. Ils sont extrêmement attachants tous les deux.

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  2. Annie Il y a 1 an Répondre

    Je note ce livre, Anis. J’en aime le thème peut-être encore plus après avoir entendu ce que nous avons entendu ces derniers mois. Merci !
    Anis Il y a 1 an Répondre

    Oui, j’ai trouvé que ce livre faisait partie de ceuxw qui sont salutaires.

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  3. Je note ce livre qui me semble vraiment intéressant, de plus si c’est un petit bijou, il m’attire !! J’ai regardé une émission très intéressante et j’ai pensé à toi, elle est maintenant en
    replay. Sur le site d’Arte « En quête d’auteurs sur la route d’Israël présentée par Mazarine Pingeot. J’ai trouvé l’émission plutôt bien, un peu courte dommage. Mazarine Pingeot dit en intro
    qu’elle part pour Isaraël pour interroger la littérature à sa source et fait un portrait littéraire du pays, c’est un peu ambitieux en si peu de temps mais sinon l’idée est excellente. Donc
    elle présente 3 écrivains : Aharon Appelfeed, Amos Oz les deux grandes références de la littérature de ce pays et un certain « Sayed Kashua » qui a un parcours vraiment intéressant. Mazarine nous
    dit que de plus en plus se sont les femmes qui occupent la scène littéraire mais n’en présente qu’une : Zeruya Shalev. Je ne sais pas si tu la connais moi pas du tout. Je vais m’acheter un de ses
    livres pour les vacances, il y en a édités en poche. Ton blog est une mine d’or !!
    Anis Il y a 1 an Répondre

    Je connais ces auteurs mais franchement j’en ai parfois assez d’entendre toujours parler des mêmes et de voir aussi que ce sont toujours des hommes. Du coup les autres auteurs sont complètement
    occultés et on ne lit que les mêmes. j’iri tout de même voir l’émission, pour voir ce qu’ils disent. je te remercie de l’info. je finis mon cycle de lecture avec une palestinienne, Sahar Khalifa,
    je cite de mémoire. Zeruya Shalev est assez difficile à lire, choisis bien. j’avais lu « Mari et femme », un gros livre, parfois un peu ennuyeux.

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  4. Nina Il y a 1 an Répondre

    Oui je suis d’accord avec toi on parle toujours des mêmes auteurs même si ce sont des piliers de la littérature. J’y ai un peu réfléchi, et je pense que Mazarine Pingeot qui est une universitaire
    avant tout, si elle s’en va à la rencontre d’écrivains dans leur pays c’est une forme de légitimité pour elle que d’interviewer les grands auteurs et en même temps elle bosse pour son CV (faut
    pas croire !!) et puis c’est bien plus facile de faire du déjà fait, déjà connu, déjà étudié. Du coup elle a une belle émission au décor fantastique et avec des auteurs référencés. Du beau
    travail très « papier glacé » parce que beaucoup trop courte, il faudrait plusieurs émissions sur ce sujet là on peut approfondir. Bon tu dis que cette auteur Z. Shalev n’est pas de la dimension
    présentée dans l’émission. Bon je verrais à l’occasion comme ses livres sont à la médiathèque de Limoges ça ne me coutera rien d’en emprunter un.
    Anis Il y a 1 an Répondre

    Oui, il vaut mieux que tu les empruntes. Je préfère beaucoup Alona Kimi.

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  5. amaryllis Il y a 1 an Répondre

    Comme tu le dis ce livre est amène une vraie réflexion tout en douceur et même avec beaucoup d’humour. Les thèmes sont profonds, j’ai été très marquée par la scène de Rosie qui voit sa famille et
    que Jack retrouve dans l’étang, je crois. C’est triste, c’est beau et très profond.
    Anis Il y a 1 an Répondre

    Oui, cette histoire touche en nous quelque chose qui a un lien avec la mémoire, la fidélité au souvenir des siens.

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