Premières années – Marie d’Agoult / Vivre et écrire au XIXe siècle

Marie d'Agoult

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Marie d’Agoult(1805-1876)- Premières années – Folio collection Femmes de lettres 2009

La critique littéraire a opéré des coupes sombres dans la littérature féminine des siècles passés quant elle ne l’a pas carrément passée sous silence. Les écrits de femmes furent longtemps considérées comme des œuvres mineures.
Qu’en est-il du  XIXe siècle ? Quel nom d’écrivaine retient-on de cette période hormis Georges Sand ? Et pourtant il y en eut d’autres, dont Marie d’Agoult, qui dut surtout sa célébrité à une longue liaison avec le compositeur Franz Liszt mais qui écrivit pourtant plusieurs essais historiques et politiques, un roman, ainsi que des poèmes,  proverbes et nouvelles.

 

L’édition présentée ici a été établie et présentée par Martine Reid à partir d’une œuvre plus vaste « Mes souvenirs » publié en 1977 par Calmann-Lévy après la mort de l’auteure. Martine Reid a repris le texte de cette édition, du chapitre II au chapitre XVII. Quelques coupures ont été effectués dans l’ensemble pour une raison de calibrage du volume.

Ce petit livre est intéressant à bien des égards : outre qu’il offre l’histoire de soi par le biais de l’autobiographie, il fait de nombreuses références à l’histoire du temps.
Marie d’Agoult non seulement donne de précieuses informations sur la France de la Restauration, et sur la mentalité de ses contemporains mais entreprend une critique sans complaisance de ses multiples travers en même temps qu’elle souligne ses paradoxes.

Elle écrit dans une langue élégante mais vivante, croque à merveille les situations, campe les personnages en quelques phrases et anime son récit de descriptions vivantes et de portraits dont on sent la justesse psychologique.

Elle évoque d’abord ses premières années d’une enfance choyée avant son départ pour le couvent.
Du mariage qui suivit quelques années plus tard, on sait qu’il fut
désastreux et qu’après la mort de sa fille Louise, elle vécut une
profonde dépression.

Sa rencontre avec Liszt fut un tournant décisif dans son existence : elle quitta tout, ignora les codes de conduite de la bonne société et ses préjugés nobiliaires, et vécut une vie de femme libre.

Elle décrit le milieu conservateur qui fut celui de sa famille, sa morale souvent rigide et hypocrite, plus soucieuse du qu’en-dira-t-on que de véritable intégrité morale, où les femmes sont soumises au père puis au frère aîné. Toutefois cette aisance lui permit d’être éduquée :
« Ma mère et ma bonne allemande […]me faisaient lire des contes de Grimm, réciter des fables de Gellert ou des monologues de Schiller. »

Elle put suivre son père à la chasse et à la pêche, éprouver l’ivresse due à l’activité physique et à la vie au grand air.

Elle étudie lors de leçons « sans pédantisme , sans réprimandes, abrégées dès que se trahissait dans mon attitude la moindre fatigue ,[…] exemptes  de ces surexcitations de l’amour-propre qui , dans les rivalités des pensions et des lycées mêlent si tristement la jalousie à l’ambition d’exceller ».

Le frère est « un père plus jeune, comme un guide, comme un appui  dans le monde que je ne connaissais pas. »

Sous la tutelle du père puis du frère, puis de l’époux, Marie de Flavigny suit les coutumes de son temps, qu’elle rejettera plus tard pour vivre ses amours avec Liszt. Le discours des jeunes années est à bien des égards un discours de soumission. Elle se réfugie au couvent dans un mysticisme profond.
Elle raconte aussi quelle était l’instruction des jeunes filles dans la maison d’éducation la plus renommée de France.
Ces jeunes filles savaient à peine l’orthographe mais « Il était entendu qu’une demoiselle bien élevée, lorsqu’elle entrait dans le monde, devait avoir appris avec ou sans goût, avec ou sans dispositions naturelles la danse, le dessin, la musique, et cela dans la prévision d’un mari qui, peut-être, il est vrai, n’aimerait ni les arts ni les bals, et qui, au lendemain du mariage, ferait fermer le piano, jeter là les crayons, finir les danses, mais qui, possiblement aussi, en serait amateur. »

Il y a dans ce récit des « Premières années » un accent de profonde révolte qui le rend particulièrement attachant et émouvant. Parole longtemps oubliée d’une femme qui marqua son temps, et posa avec d’autres, les fondations du féminisme.

Marie d'Agoult (1843), portrait by Henri Lehma...

Marie d’Agoult (1843), portrait by Henri Lehmann (1814 – 1882) (Photo credit: Wikipedia)

4 réflexions sur “Premières années – Marie d’Agoult / Vivre et écrire au XIXe siècle

  1. Grande admiratrice de George Sand, je suis intéressée par Marie d’Agoult qui fut son amie. J’ai acheté il y a quelques temps déjà son autobiographie intégrale, il faut juste que je trouve le temps de le lire. J’aime beaucoup la collection « Femmes de lettres » de chez Folio 2€, elle permet d’aborder des textes que nous avons du mal à trouver. J’ai déjà lu « Enfance » de Mme Roland, que je te conseille, un texte magnifique.
    Commentaire n°2 posté par George le 22/09/2012 à 10h02

    Oui, tu as raison. leur amitié ne fut pas sans nuages d’ailleurs. George Sand reprochait à Marie d’être un peu trop « hautaine », « grande dame », mais assurément elles furent longtemps amies. Et Marie a été très courageuse dans ses positions pour la liberté des femmes et elle admirait George Sand dont elle n’avait pas tout à fait le talent. Elle eut davantage une écriture engagée.
    Réponse de Anis le 23/09/2012 à 09h58

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  2. Son parcours est effectivement passionnant mais elle m’a semblé beaucoup moins sympathique dans « La vie de Lizst est un roman » …question de pont de vue forcément !!!
    Commentaire n°3 posté par Malika le 22/09/2012 à 09h30

    Oui, certainement, tout dépend du point de vue où on se place. Mais Lizst a eu de nombreuses liaisons et aventures, il me semble, ce qui ne fut pas son cas à elle. Elle a dû mener des combats qu’il ignorait, étant un homme.
    Réponse de Anis le 23/09/2012 à 09h56

    J'aime

  3. j’ai sa correspondance avec Listz et ce livre que tu présentes semble passionnant pour mieux connaitre cette femme bien méconnue pour ce qu’elle a représenter en son temps
    Commentaire n°4 posté par denis le 22/09/2012 à 09h04

    Oui, c’est domage car c’est toute l’atmosphère d’une époque qui disparaît aussi et l’émergence d’une forme de pensée unique où on lit toujours les mêmes, hommes ou femmes.
    Réponse de Anis le 23/09/2012 à 09h54

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  4. Madame de La Fayette avec La princesse de lèves décrit parfaitement le dessein des femmes avant mariage. Ce qui m’intéresse ici est que le monde éditorial en rendant accessible pécuniairement la lecture d’un tel ouvrage, revalorise d’une certaine façon la voix(voie) de ces dames auteures.
    Commentaire n°1 posté par Philisine Cave le 23/09/2012 à 20h09

    Oui, le travail ds éditeurs est fondamental. Ici celui aussi de Martine Reid qui accomplit un travail de réhabilitation extraordinaire avec la collection « Femmes de lettres » chez folio.
    Réponse de Anis le 23/09/2012 à 21h40

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