Histoire d’un fleuve en Nouvelle-Zélande – Jane Mander

 

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1920 : Histoire d’un fleuve en Nouvelle-Zélande, Jane Mander

La seule notoriété de ce livre vient de la polémique qui a eu lieu en Nouvelle-Zélande semble-t-il sur la possible filiation entre le livre de Jane Mander et le film de Jane Campion ,« La leçon de piano », film magnifique, à la sensualité bouleversante, qui retrace l’histoire d’une femme révélée à elle-même par l’amour charnel d’un homme. Le roman de Jane Mander, même s’il a choqué en son temps, ne va pas aussi loin.

A l’embouchure d’un fleuve, au pied du mont Pukeraroro, s’est installé Tom Roland qui attend sa femme et ses enfants. Il exploite cette immense forêt inviolée avec les premiers pionniers et tente de faire fortune.

 Bruce accueille la jeune femme qui, sous ses airs puritains, est profondément troublée par ce gentleman, médecin et humaniste, qui patiemment, tout au long de vingt longues années, va s’attacher à faire céder une à une les barrières morales derrière lesquelles Alice cache son immense sensibilité.

Ce livre critique au fond le puritanisme de l’époque qui sous prétexte de bienséance, condamne les être à se nier eux-mêmes, à condamner une partie d’eux-mêmes, la plus sensuelle et la plus créative, leur corps.

Les femmes sont passives dans ce type de société, et se sentent impuissantes devant la force brute des hommes . Elles sont dépendantes et soumises, prises dans le carcan des valeurs morales de la bonne société victorienne qui règnent chez les colons néo-zélandais.

Le livre a profondément choqué par ses propos sur la religion, ainsi Bruce explique : « Pensez-vous vraiment que cette enfant va pouvoir grandir et affronter le monde à partir des aventures qu’elle lit et qui n’ont rien à voir avec la vie ; à partir de ces petites brochures sur la religion qui racontent des histoires qui n’ont rien à voir avec la vie, elles non plus ; ou à partir de la Bible, tout un tas de légendes qui ne révèlent rien de plus que ce que peuvent nous raconter les Maoris, des légendes recueillies comme toutes les autres histoires que l’on raconte. » Voilà les évangiles ravalés au rang de « légendes », ce qui n’a pas vraiment dû faire plaisir aux autorités morales de l’époque. Bruce fait l’éducation d’Alice : « Oubliez que vous êtes une dame. Débarrassez-vous de cette humilité odieuse. Cessez de vous rabaisser devant les gens. » Il l’exhorte à abandonner ce qui la fait souffrir et l’empêche de vivre. C’est bien à une ascèse qu’il la conduit, une sorte de dépouillement, mais cette ascèse n’a rien à voir avec l’ascèse chrétienne, il ne s’agit pas de renoncer mais de se dépouiller de ce que les hommes ont inventé pour contrôler les femmes, des préjugés qui corsètent les femmes et sont devenus une seconde nature que beaucoup d’entre elles ne remettent même plus en cause. Car, dit Jane Mander, à travers Bruce, les femmes sont les plus grandes ennemies d’elle-même. Mais Jane Mander s’arrête là car elle ne peut aller plus loin.

Jane Campion reprend les leçons de son aînée et joue avec la violence du désir, non pas le désir comme jeu, mais le désir fondateur qui réconcilie le corps et l’esprit, qui est l’esprit dans le corps, qui est l’amour d’un autre par son corps, parce qu’il est son corps. Et c’est une leçon d’amour et de vie.

Jane Mander est une romancière néo-zélandaise, née à Ramarama, près d’ Auckland. Elle eut une enfance nomade dans des régions reculées, éloignées des grands centres urbains et de leurs infrastructures. C’est la raison pour laquelle, ne pouvant poursuivre ses études, elle devint institutrice, métier qu’elle abandonna par la suite en même temps qu’elle rompit avec le modèle de la fille obéissante et sage de la société victorienne. Elle s’essaya par la suite au journalisme.

Elle s’installa à New-York en 1912 à l’âge de 35 ans pour faire des études brillantes à l’université de Columbia en même temps qu’elle travailla pour des magazines. Elle dut abandonner ses études à cause de problèmes de santé. Elle rejoignit le mouvement des suffragettes en 1915, dirigea un foyer pour femmes célibataires, fit des recherches à la prison de Sing-Sing et travailla pour plusieurs associations notamment la Croix Rouge quand les Etats-Unis entrèrent en guerre à leur tour au côté des alliés. Parallèlement, elle travailla sur un nouveau roman qui fut accepté en 1917 par John Lane et publié en 1920 sous le titre « Histoire d’un fleuve en Nouvelle-Zélande » (The story of a New-Zealand river). Malgré un accueil plutôt enthousiaste en Angleterre et aux USA, la critique néo-zélandaise fut plutôt réservée, choquée par la liberté de ton de Jane Mander en matière de sexe et de religion, et son mépris des conventions littéraires de son temps. Le livre fut cantonné dans la catégorie des livres pour adultes dans les bibliothèques, soumis au contrôle des bibliothécaires.

Ses trois romans suivants furent tous situés en Nouvelle-Zélande, tirés de l’expérience de la vie des pionniers dans le nord du pays.

Il semblerait toutefois que Jane Campion n’ait pas fait de lien entre son film et le livre. D’ailleurs il est vrai qu’il y a de notables différences, les Maori n’apparaissent jamais dans le livre, ainsi que le marché entre Ada et et Baines, par lequel elle rachète son piano note par note en échange de caresses. La violence de la scène, où Ada perd son doigt est également inexistante dans le livre. Jane Campion dira d’ailleurs que « Wuthering Heights » and « The African Queen » ont été ses principales sources d’inspiration même si elle connaît bien le livre de Jane Mander. Il y avait certainement une question de droits (d’argent donc) autour de ce débat. On peut dire que c’est grâce à une fausse information véhiculée sur internet que j’ai lu ce livre, grâce lui soit rendue. On peut dire que les deux œuvres n’ont aucun rapport, si ce n’est le magnifique portrait de femme que chacun offre. Mais le prétexte est exactement le même : une femme rejoint son mari dans le nord de la Nouvelle-Zélande pour partager la vie des pionniers en territoire maori.

 

4 réflexions sur “Histoire d’un fleuve en Nouvelle-Zélande – Jane Mander

  1. Acheté pour les mêmes raisons que toi ; La leçon de piano est un de mes films préférés (peut-être même le n°1 ;0) Pour l’avoir déjà beaucoup feuilleté je vois bien que les sujets des deux sont très éloignés, mais il m’attire énormément de toute façon… J’aime les histoires de nouveaux départs et d’émancipation de la femme… Il a donc tout pour me plaire ;0) Bonne semaine

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