Heureux les heureux, les affres du couple vues par Yasmina Reza

Heureux les heureux

Des œuvres de littérature contemporaine qui passeront à la postérité, on ne sait rien. Peut-être certaines œuvres se distinguent-elles par leur souffle puissant, par la maîtrise de leur écriture, et on peut tout de même parier sur quelques noms. Ce qui toutefois les rendra incontournables, à mon avis, c’est leur manière de capter l’air du temps.

Dans les nombreuses thématiques qui agitent nos contemporains, il y a encore et toujours les affres de l’amour, la crise du couple et les innombrables tentatives des individus pour trouver des solutions à l’enlisement et à l’impasse sentimentale.

Les personnages littéraires se débattent comme nous dans des histoires compliquées.

On pourrait croire, par le nombre de divorces, que le vingt-et-unième siècle a sonné le glas du couple. Yasmina Reza, dans son livre « Heureux les heureux », présentent dans des scènes de la vie conjugale quelques couples aussi malheureux les uns que les autres. Ils se trompent, se mentent, se déchirent mais tiennent malgré tout à une certaine stabilité. Des relations ordinaires habitées par la plus grande violence. D’ailleurs ne passent-ils pas leur temps à faire saigner l’autre, à le déchiqueter à petits coups de dents, à petits coups de phrases assassines, une lutte à mort dans un supermarché entre un homme et sa femme à propos d’un morbier, une carte qu’un homme avale devant sa femme qui lui a fait perdre une partie de bridge. On ne sait trop pourquoi ils restent d’ailleurs, les enfants peut-être, les habitudes dont il est difficile de changer. Un rêve perdu d’éternité qui seul saurait nous sauver de la mort ? Après tout, s’il n’y a pas d’amour, ou s’il est d’avance condamné, pourquoi changer ? Quant à la fidélité, pari impossible à tenir, n’en parlons même pas. Les aventures extra-conjugales sont presque une nécessité pour échapper à l’asphyxie du couple.

« Il y a en moi une région qui aspire à la tyrannie », avoue Hélène, « Une femme veut être dominée. Une femme veut être enchaînée », assène-t-elle plus loin comme une évidence.

« Les femmes sont séduites par des hommes effroyables, parce que les hommes effroyables se présentent masqués comme au bal. », renchérit plus loin Hélène. Un masochisme féminin semble entraîner inexorablement les femmes vers leurs bourreaux. Quant aux hommes, leurs prédateurs, il se meuvent dans cet univers de faux-semblants avec une parfaite aisance.

Mais il faudrait prendre garde au titre repris de José Luis Borges, « Heureux les aimés et les aimants et ceux qui peuvent se passer de l’amour. Heureux les heureux. »,  inspiré des huit Béatitudes énoncées par le Christ dans son Sermon sur la montagne (Matthieu 5-3).

 Une œuvre littéraire n’est pas un essai, et il ne pose pas d’axiomes, ni n’essaie de convaincre, il naît avant tout d’une expérience personnelle, et d’observations aussi fragmentaires que fragmentées, de la vie réelle. Tout dépend de ce que vous avez vécu, si vous êtes heureux ou malheureux en amour. Si vous avez souffert. Il y a fort à parier que beaucoup ont souffert, mais qui sait, peut-être, quelques-uns …

5 réflexions sur “Heureux les heureux, les affres du couple vues par Yasmina Reza

  1. Je suis d’accord avec toi sur le fait que l’auteure a su capter l’air du temps des bobos parisiens. À part cela, il ne me reste que très peu d’images de ce roman : j’ai retenu celle de l’enfant handicapé(autiste ?) mais il est fort possible que je me trompe. Ce roman se lit aisément mais ne m’a pas marquée. Bon samedi, Anis.

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    • J’ai trouvé que c’était un roman accablant sur le couple dans certains milieux où le cynisme est de bon aloi. Mais pas seulement dans ce milieu car c’est un sujet de débat avec nombre de mes connaissances, donc elle touche quand même là où ça fait mal.

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    • Je ne pense pas qu’il soit creux. On peut ne pas être d’accord avec ce qu’elle avance, c’est-à-dire une vision très négative du couple et un certain masochisme féminin. Mais la violence dans le couple, je trouve qu’elle l’analyse assez finement. En espérant bien sûr que des couples échappent à cette misère qu’elle décrit.

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