Etre femme …

J’ai écouté ce soir avec beaucoup d’intérêt le débat avec Elizabeth Badinter, et les invités de la GB, notamment ce monsieur que j’adore et qui a travaillé sur l’histoire des émotions, l’historien Georges Vigarello (« Histoire du viol», «Histoire des émotions», «La robe »), l’essayiste Fatiha Agag-Boudjahlat (« Le Grand Détournement», éditions du Cerf),et la romancière Belinda Cannone (« S’émerveiller», Stock). Les vieux débats entre le féminisme essentialiste et culturaliste a montré le bout de son nez encore une fois. C’est le oui…mais… Oui, c’est bien que les femmes osent s’exprimer mais il ne faudrait pas confondre harcèlement et séduction. Il me semble que la plupart des femmes font la différence entre les deux et que nous sommes très loin, dans notre pays latin, du féminisme américain et des contrats négociés autorisant la séduction. Je pense juste que ce n’est pas le moment parce que ces arguments sont ressentis comme des attaques par certaines femmes que leurs blessures occupent totalement. Il me semble qu’aucune femme n’est hostile aux tentatives de séduction, à partir du moment où elles se font dans les formes, et où un non est entendu comme un non, par des hommes éduqués qui ont cessé d’être de gros lourdingues libidineux. De chaque côté l’amalgame a lieu.

«No perdono que la izquierda haya abandonado la laicidad ...

Etre femme, à mon avis, est avoir une histoire et une mémoire particulières. Cela nous constitue et c’est bien plus fort qu’un savant dosage d’hormones. J’entends bien, moi non plus je ne pense pas en tant que femme toute la journée, sauf bien sûr quand on me le fait ressentir, assez rarement en fait, surtout dans mon milieu, où il y a une majorité de femmes. Je ne considère pas non plus qu’être femme soit une qualité en soi, mais nous sommes évidemment situées dans le temps et dans l’espace : ce n’est pas la même chose être une femme ici en Occident ou en Iran par exemple. Les combats gagnés ici ont été perdus ailleurs, ou plutôt ne sont pas encore véritablement nés. Rien n’est acquis pour toujours. Et dire que après Simone de Beauvoir et sa célèbre formule « On ne naît pas femme on le devient » plus rien ne sera jamais comme avant est bien présomptueux. La barbarie aussi a un visage humain. Les livres écrits par les femmes ici ne sont pas ceux qui sont écrits là-bas, ceux aussi qui ne peuvent s’écrire encore sont plus bruyants que les autres et les mots qui ne les habitent pas  sont parfois des hurlements.

Plus que notre corps, nos hormones, notre culture, c’est notre histoire, « outrepassant » l’ensemble des pratiques, connaissances, traditions et normes d’une communauté donnée, et la dimension du temps affectant ces cultures qui travaille l’ensemble des événements et faits passés relatifs à l’humanité. Je ne suis pas, je fais, assénait l’une des invitées, mais peut-être suis-je ce que je fais et ce que je ne fais pas. Et la façon dont ce que je fais sera l’objet ou pas d’une narration, ou sera constitué comme fait ou comme événement.

Etre femme, c’est devoir constituer des appuis qui n’existent pas tout à fait encore, continuer à écrire une histoire dont nous sommes parfois absentes. C’est ce qui fait la raison d’être de Litterama … je suis moi et toutes les femmes avant moi, comme j’aimerais être toutes celles qui seront après moi. C’est être dans le fil du temps. Une histoire différente à chaque fois.

12 réflexions sur “Etre femme …

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