Litterama, les femmes en littérature

Cycle romancières portugaises : Le rivage des murmures de Lídia Jorge

Le rivage des murmures (A costa dos murmurios,1988) Pour la traduction française, Editions Métailié, Paris, 1989Traduit du portugais par Geneviève Leibrich

« La culture, cela sert à tirer d’embarras les personnes cultivées, sinon à quoi servirait-elle ? A rien- et cela ne vaudrait pas la peine de se cultiver. » p 243

Les murmures sont « le dernier stade avant l’effacement total », ils signifient que quelque chose est en train de finir, de mourir.

Il s’agit ici des derniers soubresauts de la guerre coloniale au Mozambique, que Lídia Jorge connait bien pour y avoir suivi son mari en 1970.

Le récit se déroule en deux parties, le récit d’un journaliste, « Les sauterelles », assez bref, qui raconte, à travers l’épisode d’une invasion de sauterelles les événements marquants de cette histoire et la lecture de ce récit, des années plus tard, par Eva Lopo, qui le commente, le critique, rajoute des événements tus, en efface certains pour en ajouter d’autres, réécrit l’Histoire. Entre la vérité du roman, la vérité journalistique avec sa prétendue objectivité, ou la vérité de l’h(H)istorien qui s’en tient aux sources, aux documents et aux témoignages, laquelle privilégier ? Ou ne sont-elles, chacune, qu’une illusion, traduisant, au mieux, un point de vue, la situation d’un être soumis aux émotions, à la partialité et dont la finitude empêcherait d’avoir une sorte de vision panoramique qui engloberait tous les points de vue en un seul.

Le roman, comme toute œuvre d’art, permet un accès au sens, sinon à la vérité à travers ses mensonges savamment orchestrés.

Au Mozambique, l’armée portugaise maintient l’ordre, face aux assauts incessants de la guérilla. Les femmes attendent dans un hôtel le retour de leurs maris. Evita, jeune mariée, va découvrir peu à peu les transformations que la guerre a opéré dans la personnalité de son mari, faisant de ce jeune étudiant en mathématiques, une sorte de guerrier barbare.

Cette sauvagerie autour de la guerre, cette fascination pour la mort, n’est pas seulement dans les exactions que commettent les soldats, mais elles sont également dans le cœur des femmes qui attendent, et les vivent par procuration. Pour certaines d’entre elles, la gloire de leur mari rejaillira sur leur vie, elles pourront raconter les faits d’arme de leurs héros.

La guerre est partout, entre les africains et les colons mais dans les maris qui frappent leurs femmes, ou qui tuent pour « se dégourdir les doigts » des nuées d’oiseaux.

La guerre engendre des structures sociales qui reposent sur la domination et la mort et personne n’en réchappe.

Pas besoin de raconter d’interminables batailles, c’est l’avantage de ce roman, car le point de vue des femmes les en exclut. Pour en garder l’essentiel, pour en entendre les murmures…

L’écriture de Lidia Jorge est magnifique, son style, sa pensée d’une grande finesse, son intelligence font d’elles un des plus grands auteurs de son temps. Mais ce livre est un livre exigeant et difficile, qui demande parfois de la patience et …une bonne oreille !

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