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De quoi l’enfer est-il pavé ? Sarah Pèpe

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Sarah Pèpe – Les pavés de l’enfer – Théâtre contemporain L’OEIL DU PRINCE – 2018

J’avais découvert Sarah Pèpe, avec « La ligne », et je parcours depuis son œuvre dramatique avec bonheur. Une œuvre engagée, qui tente de penser le monde, les rapports sociaux, de pouvoir, de domination et de soumission, mais aussi la part inaliénable de nous-mêmes, la possibilité de dire non, de se rebeller et d’inventer son destin. Même si cela consiste à préférer la rue aux hébergements d’urgence. Cette marge, même la plus réduite qui soit,  est celle de nos choix, dont on ne peut se décharger sur personne d’autre.

Une œuvre forte, aux multiples échos, qui aide à penser le monde d’aujourd’hui.

Dans une note, Sarah Pèpe expose les questions qui la taraudent et qu’elle tente de développer et de mettre en scène dans les « Pavés de l’enfer », « La bonne volonté peut-elle ou doit-elle se substituer à l’action publique ? Est-il possible de ne pas compter ce que l’on donne et s’empêcher d’attendre en retour ? Le don a-t-il tendance à devenir une relation de pouvoir ? »

Nous connaissons tous l’expression « L’enfer est pavé de bonnes intentions ». Vouloir œuvrer au nom du bien peut conduire aux pires catastrophes car le bien est une notion morale, à laquelle nous associons des valeurs qui peuvent être différentes selon chacun. Ce qui est bien pour moi ne l’est pas forcément pour quelqu’un d’autre, c’est pourquoi, à la charité, qui dépend de la bonne volonté individuelle, les sociétés ont substitué un système de répartition qui vise à assurer la solidarité entre ses membres.

Sarah Pèpe observe donc « Les pavés de l’enfer », ces bonnes intentions qui virent au cauchemar pour Olivier, sans domicile fixe, qui a sombré dans la grande précarité, hébergé par une famille qui souhaite l’accompagner dans sa réinsertion, et suivi par les conseillers de Pôle emploi qui lui proposent des dizaines de modules sans rapport avec ses qualifications. Elle appuie son propos sur l’analyse du don de Marcel Mauss, selon laquelle, il est nécessairement associé à un contre-don et s’articule autour du triangle « donner-recevoir-rendre » dans une relation de pouvoir.

Un don peut-il être véritablement gratuit ? N’en attend-on pas toujours un retour, une reconnaissance ? Comment Olivier devra-t-il rendre ce qu’on lui a donné ? Et où cela le conduira-t-il ?

A la lecture, on ressent de l’empathie pour ce personnage, qui malgré ses difficultés, se tient debout, alors que tous les autres autour de lui « vacillent ».

J’ai adoré cette lecture, et cela m’a donné très envie de voir ce texte joué. A lire ! A monter ! A jouer !

3 Commentaires

  1. Il y a quelques années je t’aurais répondu « oui, un don peut-être gratuit », aujourd’hui je suis beaucoup plus hésitante, cela dépend beaucoup de la personnalité des deux personnes concernées et du niveau de confiance qu’ells se font. On peut aussi accepter de recevoir et ensuite donner éventuellement à quelqu’un d’autre. En réfléchissant bien, il me semble que savoir recevoir est une très belle chose

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