Elizabeth Taylor – L’histoire d’une vie

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Elizabeth Taylor est née le 3 juillet 1912 à  Reading, dans le Berkshire. Elle étudia à l’école religieuse de sa ville natale, avant de devenir préceptrice, puis bibliothécaire. En 1936, elle épousa l’homme d’affaires John Taylor avec qui elle eut deux enfants.

          Elle analyse le quotidien avec finesse et sensibilité. Son oeuvre comprend onze romans et cinq recueil de nouvelles. Pour son éditeur français Payot/Rivages, elle est l’ écrivain de la déception et de cette tyrannie du moi qui nous fait désirer être un autre »

En tant qu’auteure ses influences furent Virginia Woolf, Compton-Burnett and EM Forster. Elle eut un succès d’estime dans les milieux littéraires et le romancier et critique Robert Liddell, Elizabeth Bowen et Elizabeth Jane Howard furent ses amis.

On l’accusa bien sûr d’écrire des « romans de femmes » parce qu’elle décrivait le quotidien mais la subtilité de ses portraits psychologiques la range parmi les plus grands écrivains du XXe siècle. Elle eut ainsi l’hommage d’André Rollin dans le Canard Enchaïné « Elizabeth Taylor sait que le soleil de l’été n’est qu’un leurre, que ses rayons peuvent être des poignards. Elizabeth Tavlor déchire en douceur Griffe. Elle utilise le pastel. Mais du pastel empoisonné.»[1]

ImageAprès des années de refus de la part des éditeurs, son premier roman At Mrs Lippincote’s (Chez Mme Lippincote) fut publié en 1945. Il raconte une histoire qui commence un soir de 1940 où Julia, son fils Oliver et Éleanor, une cousine enseignante et célibataire, arrivent dans une maison d´une ville campagnarde  mise en location par Madame Lippincote après le décès de son mari. Mais bientôt derrière la façade, se révèlent des tensions et la belle apparence se fissure.

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Angel, publié en 1957, son roman le plus connu en France a été adapté pour le cinéma par François Ozon en  2007. L‘ouvrage trace le portrait d’une romancière, Angel Deverell, qui serait inspiré de celui de Marie Corelli née en 1855 et décédée en 1924.

Le sujet, selon Diane de Margerie qui en a écrit la préface, « est le don d’une vie à l’écriture, et cela conté d’une façon si romanesque que nous sommes pris dans une sorte de tourbillon circulaire et dramatique. L’extravagante enfant qui en est l’héroïne, Angel, qui est tout sauf angélique, nous apparaît tout de suite rétive, méprisant l’épicerie où travaille sa mère, absente de la vie quotidienne, volontairement aveugle au réel.  »

François Ozon raconte avoir été profondément touché par « cette histoire profondément anglaise (qui) s’inscrit dans la tradition des femmes écrivains en Angleterre. Le personnage d’Angel est d’ailleurs inspiré d’une écrivaine réelle, contemporaine d’Oscar Wilde, Marie Corelli, romancière préférée de la reine Victoria. Elle fut une des premières écrivain-star, à avoir des best-sellers, et à être adulée par le public. Aujourd’hui, elle est complètement oubliée, même des anglais. Elle n’a aucun équivalent en France à la même époque. »

Il explique qu’il lui a fallu rendre Angel attachante car dans le roman d’Elizabeth Taylor, « le personnage est souvent grotesque, le regard sur elle, ses livres et son comportement est très ironique. »  Un personnage aussi négatif aurait été difficile à accompagner pendant deux heures donc «  il fallait que l’on soit aussi charmé par elle, que l’on puisse s’attacher à elle sans gommer pour autant son côté insupportable ou une certaine forme de méchanceté. »

Elle adhéra au parti communiste en 1936 (qu’elle quitta quelque temps après pour le Labour party) suite à sa liaison avec Ray Russell, un designer de meubles qui était membre du parti. Cette histoire dura près de dix ans jusqu’à la fin des années 40. Sa biographe anglaise Nicola Beauman a retrouvé 500 lettres qu’ils échangèrent pendant qu’il était soldat.[2]

. Son désir de liberté et sa décision de devenir écrivain semblent incompatibles avec son mariage avec un membre de la haute bourgeoisie et la vie de femme au foyer qu’elle eut par la suite. Mais peut-être avait-elle peur de ce qu’elle sentait en elle, une rébellion ou une violence, qu’elle cherchait à discipliner. Mais elle avait horreur de la publicité et pour elle la vie privée devait le rester. Sujets qu’elle traita dans ses nouvelles.

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En 1971, peu avant sa mort, Mrs Palfrey at the Claremont (Mrs Palfrey Hôtel Claremont), sélectionné pour le Booker Prize fut salué par la critique comme l’un de ses romans essentiels.

« Veuve, Mrs Palfrey s’installe dans un hôtel qui est en fait une résidence pour personnes âgées. Chaque pensionnaire, afin de distraire la monotonie des menus et des conversations, applique la stratégie du temps qui reste, et la drôlerie le dispute sans cesse à l’émotion. Un jour, Mrs Palfrey rencontre Ludo, un jeune écrivain qu’elle fait passer pour son petit-fils, et cette « aventure » qui bouleverse sa vie fera d’elle une « vieille dame indigne » délicieusement britannique.[3]

 Elle meurt en 1975 d’un cancer à l’âge de 63 ans.

« Les gens qui n’ont aucun vice, n’ont généralement de vertus que l’ennui.» disait-elle.

« Sophisticated, sensitive and brilliantly amusing, with a kind of stripped, piercing feminine wit. » Rosamond Lehmann

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[3] Editions Payot&Rivages