Suzanne la pleureuse – Alona Kimhi

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Alona Kimhi –Suzanne la pleureuse (1999) – Gallimard 2001 pour la traduction française. Traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech

  Suzanne pleure, son corps secoué de sanglots, traversé par une peine immense. Les émotions la débordent, la rendent « instable » depuis la mort de son père, inadaptée, accrochée à sa mère et à la routine d’une vie bien réglée dans laquelle il ne se passe rien. Son corps la dégoûte, elle se cache et devient transparente afin de se préserver de toute épaisseur. Elle pense que rien ne change vraiment, est apolitique et « flegmatique ». Ce qui ne l’empêche pas de sculpter une petite marionnette à l’effigie de Yasser Arafat.

Pourtant elle est traversée malgré elle par l’histoire, celle de son nom, Suzanne Rabin, qui n’est pas lié à la famille de Yitzhalk Rabin, assassiné par un extrêmiste religieux en 1995 mais qui par homonymie la rattache fortement à l’histoire de son pays.

Elle n’est pas la descendante directe de Suzanne, jeune femme de l’histoire biblique, qui surprise alors qu’elle prenait son bain, refusa les propositions lubriques de deux vieillards qui l’accusèrent d’adultère pour se venger et la firent condamner à mort.

Elle pleura toutes les larmes de son corps devant tant d’injustice. Le prophète Daniel fut certainement touché par ses larmes et s’attacha à prouver son innocence.

A priori rien ne la rattache non plus à cette Suzanne-là si ce n’est un portrait qui la représente et lui ressemble étrangement.

Comment sécher toutes ces larmes ? Naor, lointain cousin, qui s’installe chez elle et sa mère, y parviendra-t-il ? 

Il est beau, plein de ce « mystère masculin » potentiellment dangereux évoqué par la mère de Suzanne : « Ils ont de grandes forces de destruction. Et une forme d’impuissance enracinée. »

Suzanne raconte avec un humour décapant les divers bouleversements qui vont avoir lieu dans son existence sur fond d’élections du Premier Ministre israélien et de déprime nationale généralisée.

A l’encontre de Zeruya Yalev qui n’évoque jamais les questions politiques dans ses romans, Alona Kimhi n’esquive pas l’actualité brûlante et les paradoxes des israéliens.

coup-de-coeur

Ce livre est profond, drôle et touchant. Il raconte l’éveil d’une femme à son corps et à la vie. J’ai beaucoup aimé le style alerte et l’humour jubilatoire de l’auteure. Je vous le conseille vivement. Pour moi en tout cas, un véritable coup de cœur.

 

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