Des corps en silence – Valentine Goby

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Valentine Goby – Des corps en silence – Editions Gallimard 2010 – Folio n° 5281
Ce roman offre le récit de deux femmes,  à des années de distance, dont l’un est le contrepoint de l’autre puisque ces deux narrations offrent une version différente de la fin d’un amour. Claire se laisse emporter par « la lente érosion de l’amour » tandis qu’Henriette lutte sauvagement pour reconquérir l’amour et le désir de son mari.
Pourquoi le désir nous quitte-t-il, quelle raison fait que le corps devient soudain silencieux et indifférent, peut-on s’en arranger ? La réponse est claire, on ne peut se satisfaire d’un amour sans désir, qu’on en accepte la fin ou qu’on la refuse. L’amour ne peut être platonique, il se tisse de la jouissance des corps et s’alimente du plaisir donné et reçu. Pourtant le désir est tragique car il est condamné à mourir, voué à s’éteindre dans la « fadeur » et le « rien ». Comment le conserver alors, le faire durer ? Est-ce à la manière d’Henriette, qui est « prête à faire sa fille des rues, sa prostituée, sa courtisane » ou faut-il, comme Claire, en accepter la fin inéluctable, sans révolte, car « l’amour comme la peau, comme les plantes, comme les utopies, comme les chiens, promis au pourrissement, crevés au bout du compte. » ? Serions-nous condamnés à l’errance de corps en corps, à la quête éperdue et toujours recommencée de l’embrasement des sens, de cet émerveillement de la peau d’un ou d’une autre, ce miracle de l’attente ?  Le désir creuse le manque, attise la souffrance autant qu’il promet la jouissance. Comment s’en passer ?
Autant de questions dans ce roman assez pessimiste ou suffisamment lucide selon le point de vue que l’on adopte, qui ne fait pas de différence entre le désir masculin et féminin en ce que tous deux sont voués à une disparition plus ou moins lente. Désir asymétrique, car il ne disparaît pas au même moment chez les deux amants,  infiniment  problématique  et source de désordre pour les grandes institutions que sont le mariage et la famille. Car c’est bien cette nouveauté au XXe siècle qui pose problème. La famille devient infiniment fragile et  lieu de tous les conflits. Comment bâtir une union solide sur le désir infiniment volatile ? Peut-il se régénérer ou s’alimenter à d’autres sources ? Telles sont les ouvertures possibles de ce roman, que chacun peut creuser seul …
En ce qui me concerne, des philosophes m’ont beaucoup intéressée, notamment Emmanuel Levinas ou Vladimir Jankélévitch. Il peut exister une éducation du désir selon ce qu’il pointe, ou la source à laquelle il s’alimente. Le désir, s’il vise l’inconnaissable de l’autre, peut n’être jamais rassasié et se renouveler sans cesse ; il est alors inépuisable. Dis-moi comment tu désires et je te dirai qui tu es ! Il y a une grande différence entre le désir qui n’est qu’un simple appétit sexuel et qui se satisfait de la matérialité des corps et un désir qui est approche toujours différée du mystère de l’autre. L’amour, en fin de compte. Quant à la sexualité, l’Occident judéo-chrétien, occupé à scinder l’âme et le corps, a négligé son éducation possible quand l’Orient en a fait un art.
D’autres voies sont possibles peut-être pour éviter ou repousser le plus longtemps possible la « glaciation » inévitable des corps. Vaste débat…
Article programmé et …
Lecture commune avec Malika ;Fransoaz; Philisine Cave- Miss Leo dont je lirai avec grand intérêt les avis à mon retour de vacances.

8 réflexions sur “Des corps en silence – Valentine Goby

  1. débat passionnant en effet autour du désir et de son « épuisement ».

    Commentaire n°6 posté par denis le 04/08/2012 à 09h01

    Débat qui n’est pas près de s’éteindre… A quoi bon lutter contre la disparition des choses, des êtes et des sentiments. Peut-être en nous, ce désir d’éternité.

    Réponse de Anis le 13/08/2012 à 09h46

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  2. Tu fais une très belle analyse de ce court roman de Valentine Goby. Le désir et ses affres… un beau sujet de débat qui touche l’intime de chacun.

    Commentaire n°5 posté par Fransoaz le 04/08/2012 à 11h23

    Oui, c’est au coeur de nos existences.

    Réponse de Anis le 13/08/2012 à 09h47

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  3. J’aime bien la plume de alentine Goby, je crois que celuici est le premier que j’ai lu d’elle. Elle est fascinée par ce rapport au corps, si absent, si rejeté, si instrumentalisé, souvent… Et tu as aimé ce livre ? Ton analyse est très intéressante, mais on ne sait pas si tu as apprécié ou non…

    Commentaire n°4 posté par Anne le 04/08/2012 à 11h42

    Oui, je suis restée en retrait. j’avais repéré ce livre chez toi et à la lecture, même si je l’ai trouvé très intéressant, j’ai été assez partagée.

    Réponse de Anis le 13/08/2012 à 09h48

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  4. Tu t’es attachée au fond et tu as eu raison !!! Quant à moi le style de l’auteure m’en empêchée !

    Commentaire n°3 posté par Malika le 05/08/2012 à 09h31

    Oui, j’ai vu que tu n’avais vraiment pas aimé.

    Réponse de Anis le 13/08/2012 à 09h48

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  5. Très bel article, je trouve. Ce livre pose aussi le problème de la conjugalité dans son ensemble, le fait que tnotre société n’envisage comme seule institution, celle du mariage (et implicitement celle d’une seule union). Or, est-ce réellement envisageable pour tous, d’aimer une seule personne toute sa vie ?

    Commentaire n°1 posté par Philisine Cave le 21/08/2012 à 10h13

    Je crois que la société dans son ensemble a répondu à cette question par la négative. Comme dit un ami « 13ans-13ans-13 ans. Pour l’instant il tient son programme !

    Réponse de Anis le 21/08/2012 à 11h01

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  6. Bel article, Anis et vaste question passionnante. Sommes-nous condamnés à errer de corps en corps pour renouveler notre désir ? Les débuts d’une histoire sont si bons…

    Commentaire n°2 posté par krol le 10/08/2012 à 11h47

    Oui, on peut s’estimer chanceux de vivre l’amour parfois car souvent le coeur reste froid et sec. Il ne faut jamais regretter l’amour qu’on a éprouvé.

    Réponse de Anis le 13/08/2012 à 09h52

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