Claire d’Albe – Sophie Cottin

claire_d'Albe

L’histoire, en quelques mots, est celle d’une jeune femme mariée à un homme qui a l’âge d’être son père, et qui s’éprend d’un jeune homme venu leur rendre visite. Déchirée entre l’exigence de vertu et la passion qu’elle éprouve, la jeune femme se trouve au cœur d’un conflit d’une telle violence qu’il menace sa vie-même.

Le contexte est important pour comprendre une telle œuvre ; il faut savoir qu’il souleva l’indignation d’une autre femme de lettres, Mme de Genlis, qui en dénonça selon elle, la parfaite immoralité.

          L’œuvre fit scandale, ce qui ne manque pas d’étonner aujourd’hui quand on lit ce livre où tout commerce charnel est parfaitement exclu. Mais en ce début de XIXe siècle, on ne plaisante pas avec les femmes adultères, ni même avec les femmes en général. Elles n’ont qu’à bien se tenir :

« Le bien qu’une femme peut faire à son pays n’est pas de s’occuper de ce qui s’y passe, ni de donner son avis sur ce qu’on y fait, mais d’y exercer le plus de vertus qu’elle peut », et « une femme en se consacrant à l’éducation de ses enfants et aux soins domestiques, en donnant à tout ce qui l’entoure l’exemple des bonnes mœurs et du travail, remplit la tâche que la patrie lui impose […] »3

            Les femmes de lettres ne contestent pas toujours l’ordre établi, elles intègrent les normes sociales et en font parfois l’apologie dans leurs romans. Il s’agit de respecter les bonnes mœurs et de passer à travers la censure puisque pour se faire éditer il faut être lue par des hommes. La femme doit être « belle autant qu’aimable, mais un ange », sacrifier son existence à ses enfants, respecter « les plus saints préceptes de morale », et « les nœuds sacrés du mariage », « remplir avec dignité tous les petits devoirs auxquels leur sexe et leur sort les assujettissent »

Sophie Cottin ne fait pas exception à la règle, mais par sa profession d’écrivain, et tout à fait malgré elle, elle se trouve en rupture avec les règles auxquelles sont soumises toutes les femmes. Et puis, même si l’héroïne en meurt, l’amour ici est plus fort que les liens du mariage , « Frédéric était l’univers, et l’amour, le délicieux amour, mon unique pensée », « mon univers, mon bonheur, le Dieu que j’adore »s’écrie Claire d’Albe, en proie aux plus vifs mais aussi aux plus délicieux tourments ». L’auteur décrit les effets et les ravages de la passion quand celle-ci est interdite par la société. A défaut d’être assouvie, elle ne disparaît qu’avec la mort de celui ou celle qui l’éprouve et les multiples obstacles et empêchements la font gagner en intensité.

 

Ce texte est donc daté, et la langue emphatique a de quoi parfois nous agacer. Elle a des accents de tragédie qui peuvent cependant toucher et émouvoir. Et même si les répétitions son parfois nombreuses, la passion est parfois très bien décrite, « Je n’en puis plus, la langueur m’accable, l’ennui me dévore, le dégoût m’empoisonne ; je souffre sans pouvoir dire le remède  ». Elle monte crescendo tout au long du roman et finit, non pas en apothéose, mais dans le sacrifice de celle qui éprouve cette passion mortelle. Gare à celle qui s’oppose aux normes sociales et aux valeurs chrétiennes, elle risque le payer fort cher. En ce XVIIIe siècle finissant, et ce début du XIXe , les héroïnes ne peuvent que mourir d’amour ou …d’ennui.

Une réflexion sur “Claire d’Albe – Sophie Cottin

  1. J’ai toujours beaucoup de plaisir à lire tes billets, avec cependant une tendresse particulière pour ceux qui évoquent ces femmes de lettres oubliées… merci.
    Commentaire n°1 posté par Nadael le 26/11/2012 à 22h06

    Moi aussi j’ai une sorte de tendresse pour ces femmes qui ont malgré tout osé écrire.
    Réponse de Anis le 16/12/2012 à 10h06

    J’aime beaucoup cette idée de « redonner vie » en quelque sorte à un auteur en ui consacrant un peu de temps. N’est-ce pas d’une certaine façon le souhait, avoué ou pas, de toutes celles et ceux qui se mettent à écrire ?

    Je ne connaissais pas bien sûr Sophie Cottin et on reste un peu « accablée » à la lecture de toutes les vertues exigées des femmes de cette époque. Ce serait tout aussi intéressant de faire la liste de celles qui leur sont imposées aujourd’hui…
    Commentaire n°2 posté par Annie le 22/11/2012 à 16h16

    D’autant plus, Annie, que ces femmes ont payé très cher le fait d’écrire. Alors les lire, c’est aussi penser à leur courage et tisser des liens avec elles par-delà le temps.
    Réponse de Anis le 24/11/2012 à 19h53

    en effet c’est sans doute âtre à la lecture mais la lttérature s’ancre aussi dans un contexte historique ce qui donne envie de lire des textes « datés »
    Commentaire n°3 posté par denis le 21/11/2012 à 10h41

    Oui, c’est un texte intéressant à cet égard.
    Réponse de Anis le 24/11/2012 à 19h50

    Il va falloir s’occuper des Malheurs de cette Sophie !!! Bien, bien, je le note. Bises (et merci pour elle)
    Commentaire n°4 posté par Philisine Cave le 20/11/2012 à 21h10

    Je me demande bien qui va avoir l’idée d’aller lire ces vieux textes de femmes, hum…hum
    Réponse de Anis le 24/11/2012 à 19h3

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