Litterama, les femmes en littérature

Paroles de femmes : Virginia Woolf

Portrait of Virginia Woolf by George Charles B...

Portrait of Virginia Woolf by George Charles Beresford pedia)

« La vie est-elle ainsi, faut-il que les romans soient ainsi ? Regardez en dedans et la vie, semble-t-il est loin d’être comme cela. Examinez pour un instant un esprit ordinaire en un jour ordinaire, l’esprit reçoit une myriade d’impressions banales, fantasques, évanescentes ou gravées avec la netteté de l’acier. Elles arrivent de tous côtés, incessante pluie d’innombrables atomes. Et à mesure qu’elles tombent, à mesure qu’elles se  réunissent pour former la vie de lundi, la vie de mardi, l’accent se place différemment; le moment important n’est plus ici, mais là. De sorte que si l’écrivain était un homme libre et non un esclave, s’il pouvait écrire ce qui lui plaît, non ce qu’il doit, il n’y aurait pas d’intrigue, pas de comédie, pas de tragédie, pas d’histoire d’amour, pas de catastrophe conventionnelle, et peut-être pas un seul bouton cousu comme dans les romans réalistes. La vie n’est pas une série de lampes arrangées systématiquement; la vie est un halo lumineux, une enveloppe à demi transparente qui nous enveloppe depuis la naissance de notre conscience. Est-ce que la tâche du romancier n’est pas de saisir cet esprit changeant, inconnu, mal délimité, les aberrations ou les complexités qu’il peut présenter, avec aussi peu de mélange de faits extérieurs qu’il sera possible. Nous ne plaidons pas seulement pour le courage et la sincérité, nous essayons de faire comprendre que la vraie matière du roman est un peu différente de celle que la convention nous a habitués à considérer. »

Bust of Virgina Woolf by Stephen Tomlin

Bust of Virgina Woolf by Stephen Tomlin (Photo credit: Wikipedia)

« Modern fiction » Publié en français dans un choix de textes sous le titre L’Art du roman, trad, Rose Celli, Seuil, 1963 et 1991 ; réédition : Seuil, Point/Signatures no P2084, 2009

8 Commentaires

  1. Pour moi, quand le romancier a su saisir et retranscrire cette part de mystère mouvante, ce « halo lumineux » dont parle Virginia Woolf, alors l’émotion est bien là. Et c’est en premier ce que je recherche dans le roman, l’émotion. Mais j’aime aussi les romans réalistes et naturalistes. D’ailleurs, Zola disait bien que l’écrivain naturaliste ne cherchait pas à reproduire fidèlement le réel, mais surtout à en donner une vision. J’aime beaucoup ce texte que tu as partagé. Bon après-midi Anis. 😉

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  2. Effectivement, j’ai oublié d’en indiquer les références. Extrait de son essai  » Modern fiction » Publié en français dans un choix de textes sous le titre L’Art du roman, trad, Rose Celli, Seuil, 1963 et 1991 ; réédition : Seuil, Point/Signatures no P 2084, 2009.
    Au contraire, ces articles vivent et c’est bien !

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