«Bérénice 34-44», d’Isabelle Stibbe

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«Bérénice 34-44», d’Isabelle Stibbe, Serge Safran Éditeur, 316 p., 2012

Isabelle Stibbe, née à Paris en 1974, a été responsable des publications de la Comédie-française, puis du grand Palais. Elle est aujourd’hui secrétaire générale de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet. Bérénice 34-44 est son premier roman.

Bérénice, jeune adolescente juive, veut être comédienne envers et contre tous : elle affronte la colère de ses parents, fourreurs juifs d’origine russe, et quitte la maison familiale sous la malédiction de son père. Sa passion du théâtre l’habite toute entière et son plus grand désir est d’intégrer la Comédie Française. Rien ne résiste à la force de sa vocation : arrivée première au conservatoire à l’âge de quinze ans, elle entame une fulgurante ascension sous la tutelle du grand Louis Jouvet. Au cœur du Paris de l’Occupation, Bérénice va jouer son destin.

Bérénice a la force des tragédiennes, elle joue sa vie sur scène et force le destin. Elle veut être la plus grande, quitte à défier le temps et l’Histoire, et sur scène elle est toute puissante. Folie, démesure, orgueil ? L’art peut-il être au-dessus de la vie ? Le destin de l’individu est-il une puissance supérieure qui s’accomplit en dépit des aléas de l’Histoire, ou selon le mot célèbre de Marx , « L’homme fait(-il) l’histoire qui le fait. » ?

Bérénice ne veut pas entendre le bruit des bottes, elle ne veut pas voir le danger ; elle refuse de coudre l’étoile jaune sur ses vêtements ou de déclarer qu’elle est juive. Sa volonté est implacable : rien ni personne ne semble pouvoir la faire plier.

Pourtant, toute démesure (l’hybris) peut entraîner la chute, celui qui la commet  est coupable de vouloir plus que la part qui lui est attribuée, de désirer plus que ce que la juste mesure du destin lui concède.

Bérénice refuse la loi juive, refuse le destin qu’on lui a tracé.

« Tu crois que tu auras des enfants si tu es actrice ? Quel mari normal voudrait épouser une femme qui embrasse d’autres hommes sur scène ? », s’indigne sa mère.

Isabelle Stibbe nous avertit d’emblée : elle ne racontera pas cette histoire à ses enfants, elle ne pourra pas témoigner de ce qu’elle a vécu. Bérénice est une héroïne tragique qui doit sa grandeur à sa lutte contre des forces qui la dépassent et la feront succomber. Le titre annonce la fatalité d’un destin (34-44). Elle devra sacrifier son bonheur individuel à la lutte collective. La tragédie est toujours une histoire dont on connaît la fin. L’héroïne aura-t-elle lutté en vain ?

Si le destin de Bérénice est exemplaire, et s’il nous touche autant, c’est qu’il dit quelque chose de nous tous, et de ce qui nous fait Homme : le refus de plier, de rester à sa place, d’accepter l’inacceptable. Notre part de déraison, si précieuse, qui nous conduit à créer d’autres mondes que ceux qui nous sont donnés, est également celle qui nous donne le courage de suivre nos valeurs au péril parfois de nos vies.

Si folie il y eut , elle fut du côté de ceux qui brisèrent à jamais les destins de millions d’Hommes, sous prétexte qu’ils n’étaient pas ce qu’ils auraient dû être.

« Merci mon Dieu de m’avoir faite femme », s’écriera un jour Bérénice en parodiant la prière juive du matin.

Merci Isabelle Stibbe pour ce très beau roman, qui pour emprunter un thème tant de fois exploité, réussit à en faire un récit d’une grande originalité aux accents de la tragédie, qui nous émeut, nous transporte, et nous rend à la fin un peu plus grand.

Prix Simone Veil 2013.

Je remercie Clarisse et les éditions Serge Safran pour l’envoi de ce livre.

English: The "Comédie-Française" in ...

La Comédie Française à Paris (Photo credit: Wikipedia)

9 réflexions sur “«Bérénice 34-44», d’Isabelle Stibbe

  1. Je ne crois pas, hélas, qu’il y ait folie de la part de ceux qui ont brisé la vie de millions d’autres. Je crois qu’ils représentent une autre face de notre nature humaine, et c’est pour moi ce qu’il y a de plus effrayant.

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