Fugitives d’Alice Munro – Prix Nobel de littérature

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Fugitives  de Alice Munro            Nouvelles           Editions de l’olivier 2008

Runaway 2004 traduit de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso

Toutes les femmes de ce récit se retrouvent confrontées à une image d’elles-mêmes avec laquelle elles sont profondément en conflit.

Face à une société qui ne leur laisse pas le choix, face à des compagnons qui reproduisent les modèles hérités de leur père et se remettent peu en question, elles choisissent la fuite.

Parce qu’il y a peu de place pour leurs aspirations et leurs désirs, elles préfèrent escamoter les problèmes afin de pouvoir survivre. Même si au fond, elles ne font que déplacer la cause de leur souffrance.

Ce recueil contient des nouvelles qui ont pour cadre les années 60. Les femmes commencent à prendre une nouvelle place dans la société, mais les traditions sont encore très vivaces, ainsi dans une des nouvelles, dit-on d’une étudiante brillante qu’il est dommage qu’elle soit une fille, car si elle se marie, tout son labeur et celui de ses professeurs seront réduits à néant, et dans le cas contraire, si elle ne se marie pas, elle deviendra probablement triste et solitaire, perdant ses chances d’avancement au profit des hommes.

Assumer ses choix de vie est aussi plus facile pour un homme : « Les choix bizarres étaient tout simplement plus faciles pour les hommes dont la plupart trouveraient des femmes heureuses de les épouser,  tel n’était pas le cas en sens inverse. »

Alice Munro parle aussi avec beaucoup de justesse de cette rage qu’éprouve cette héroïne face à l’opinion commune qui veut que les femmes soient « belles, adorables, gâtées, égoïstes, avec un pois chiche à la place du cerveau. » C’est ainsi qu’une fille doit être pour qu’un homme en soit amoureux. Ensuite, elle céderait son égoïsme pour l’affection inconditionnelle qu’une mère doit à ses enfants.

Bien sûr les représentations sur le rôle des femmes et leur prétendue « nature » a beaucoup évolué en Occident et au Canada certainement.

Alice Munro évoque avec beaucoup de finesse  également, les occasions perdues, les dialogues impossibles, et la façon dont les émotions, les sentiments peuvent produire des changements dans l’air, dans la luminosité, dans le contour des objets, dans le monde autour de soi.

J’ai beaucoup aimé ce recueil de nouvelles à la mélancolie souvent poignante. Les femmes y sont incapables d’aller au bout de leurs désirs, de leur révolte, parce que cela leur demande beaucoup trop d’énergie ou parce qu’elles ne peuvent supporter la rupture avec leur milieu social et la solitude que cela implique.

Alice Munro est née au Canada en 1931. Lauréate de nombreux prix littéraires, admirée par Joyce Carol Oates et de nombreux autres écrivains, elle est considérée comme l’un des plus grands écrivains anglo-saxons  de notre époque.

Article publié le 15 août 2011 sur Litterama.fr, mon ancien blog

13 réflexions sur “Fugitives d’Alice Munro – Prix Nobel de littérature

  1. Bien que les nouvelles ne soient pas ma tasse de thé, tu me tentes bien, surtout qu’en ce moment je suis un peu en panne d’imagination pour choisir mes lectures ! Merci à toi !
    Commentaire n°1 posté par Annie le 16/08/2011 à 15h54

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  2. Ce titre là est dans ma PAL et du coup tu me donnes très envie de l’en sortir… J’aime les histoires de fuite et de renouveau…
    Commentaire n°2 posté par L’or des chambres le 16/08/2011 à 13h02

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  3. Ce fut ma première lecture de cette année 2011, et j’ai tellement aimé que j’ai acheté deux autres de ses recueils.
    Commentaire n°3 posté par dominique le 15/08/2011 à 10h01

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  4. tu me fais penser que je n’ai toujours rien relu de cette auteure, pourtant d’autres recueils de nouvelles me tentent bien !
    Commentaire n°4 posté par kathel le 15/08/2011 à 09h49

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  5. je ne l’ai pas lue mais elle est de fait considérée comme l’une des grandes écrivaines contemporaines

    je lis Benoite Groult dont je ferai un article sans doute fin de semaine : elle devrait te plaire si tu ne l’as déjà lue

    à bientôt pour en parler
    Commentaire n°5 posté par denis le 15/08/2011 à 09h28

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  6. Merci, Anis, pour ce premier aperçu ! Les choses ont changé bien sûr et heureusement, mais ces femmes-là sont encore vivantes aujourd’hui. Beaucoup ont « supporté » et nous portons encore les traces de ces destins inqchevés.

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  7. Anis, j’aurais besoin de t’adresser un mail, mais je ne trouve pas l’onglet sur ton blog. Pourrais-tu me contacter ? Merci beaucoup. C’est un recueil que j’ai hâte de lire pour cette mélancolie et l’atmosphère sensible dont tu parles et les thèmes abordés dont l’abandon.

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  8. Tu sais que j’ai trouvé ma lecture de Trop de bonheur âpre mais je lirai à nouveau Alice Munro, ses nouvelles possèdent une force incroyable, elle parvient à sonder l’âme comme je ne l’avais jamais lu auparavant. Elle est dans la vérité.

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  9. Ces nouvelles parlent bien en effet des difficultés des femmes dans les années 60, dans nos pays. Malheureusement notre cause n’est jamais gagnée. Témoin l’insupportable comportement des hommes politiques envers leurs collègues députés.
    Par contre, je n’ai jamais lu cette écrivaine et c’est dommage.

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