Roman érotique : Alina Reyes « Le boucher »

alina reyes

« La chair du bœuf devant moi était bien la même que celle du ruminant dans son pré, sauf que le sang l’avait quittée, le fleuve qui porte et transporte si vite la vie, dont il ne restait ici que quelques gouttes comme des perles sur le papier blanc. Et le boucher qui me parlait de sexe toute la journée était fait de la même chair, mais chaude, et tour à tour molle et dure ; le boucher avait ses bons et ses bas morceaux, exigeants, avides de brûler leur vie, de se transformer en viande. Et de même étaient mes chairs, moi qui sentais le feu prendre entre mes jambes aux paroles du boucher. »

Bizarrement, c’est le livre de Martin Provost qui m’a fait penser à celui-là. Un livre érotique, au langage parfois très cru, où le sexe est d’une certaine sauvagerie, d’une grande puissance, et finement écrit aussi. La chair est triste hélas, mais parfois, parfois seulement. Il arrive aussi qu’elle parvienne à nous faire oublier pour quelques heures, quelques jours ou quelques mois le désespoir qui menace de nous faire la peau.

La jeune héroïne de ce roman souffre d’un terrible chagrin d’amour. Elle s’absorbe dans les courbes et les creux du corps. Un corps autonome d’où l’esprit est absent, un corps aveugle et plein, dans la vaine épaisseur de sa chair. Il n’y a pas d’amour dans ce roman entre les deux amants mais une tentative de captation obtuse, une attente fermée, sans ouverture.  En même temps qu’une jouissance forcenée.

La chair livrée à elle-même n’a pas d’autre horizon, elle forme une circularité tenace et exaltante tout en étant parfaitement désespérée, dans le sens où elle est totalement sans espoir.

Alina Reyes écrit véritablement bien et c’est à ne pas négliger dans un genre où il est très facile de se laisser enfermer. ( Alina Reyes est un pseudonyme tiré d’une nouvelle de Julio Cortázar, la Lointaine ou le journal d’Alina Reyes, l’histoire d’une femme qui part en quête de son double).

Doublement inspirée…

4 réflexions sur “Roman érotique : Alina Reyes « Le boucher »

    • Moi non plus, ce livre reste l’exception. Je trouve dommage que ce genre ne soit pas investi davantage par des auteurs plus classiques. Mais à la fois je n’ai rien lu alors il m’est difficile de juger, il semblerait qu’il y ait des auteurs qui essaient de changer cette mauvaise image.

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