Litterama, les femmes en littérature

Festival America 2018, Christian Guay-Poliquin, John Vigna et  D.W. Wilson : « Une masculinité en crise »

A quels modèles se référer quand on est homme aujourd’hui pour se construire, existe-t-il une masculinité toxique dont il est nécessaire de se défaire, quels nouveaux modèles proposer, enfin quel sera l’homme de demain ?
Cette conférence a été passionnante, il faut le dire, je suis arrivée juste un petit peu en retard car de courir d’une conférence à l’autre, forcément on grappille quelques minutes de ci de là.
Tous les trois canadiens, leur réflexion et leur oeuvre est inévitablement liée aux grands espaces. Est-ce que l’endroit d’où l’on vient influe sur la relation à la féminité et à la masculinité ?
De fait, non, les femmes se les approprient tout aussi bien. Tous les trois sont unanimes sur ce point.

Christian Guay-Poliquin met en scène un huis-clos dans lequel deux hommes piégés par l’hiver lient leurs existences. Coupés du monde, ils sont soumis aux rumeurs et aux passions qui secouent le village.  Oscillant entre méfiance, nécessité et entraide, ils tissent des liens complexes. Une majorité d’hommes sont rassemblés dans ce roman, mais cela est indépendant de la relation de genre, c’est seulement la relation entre les deux hommes qui comptent, sa complexité. L’écrivain semble s’être perdu dans cette conférence, puisque visiblement le sujet ne le concernait pas, ou du moins ne voulait-il pas se prêter au jeu. On avait l’impression qu’il avait été mis là par erreur. Une certaine résistance du québécois, qui va se défendre out au long de l’entretien d’avoir voulu penser le genre. pourtant, il a forcément envisagé cette relation virile, le rapport aux sentiments, à la pudeur, au langage, avec une certaine vision de la masculinité.

J’avais presque de la peine pour lui, tant il semblait en porte-à-faux, contrairement à ces deux collègues masculins. Du coup, je crois que son roman n’a pas été mis suffisamment en relief, il aurait été plus à l’aise sur un autre sujet. Nous sentions un écrivain sensible, intelligent avec tout ce charme de la langue québécoise.

Parce que la question était bien celle-là, quelle est cette idée de la masculinité qu’il faudrait déconstruire ? Elle est aujourd’hui en crise, il ne s’agit pas de l’exalter, ni l’idéologie du combat qu’elle véhicule mais plutôt faire la critique des dégâts qu’elle occasionne dans la société.

Pour John Vigna, dont « les personnages

« Pour moi, le paysage est féminin ». Les hommes ont été abjects depuis le début des temps, « Nous devons faire face à ces problèmes ». Les personnages de John Vigna sont en révolte avec le féminin,  en lutte contre leur propre part de féminin. La masculinité se retrouve sous le feu des critiques. « C’est une époque passionnante, parce qu’il y a une révolution dans le rapport entre le masculin et le féminin. Mais justement les communautés rurales dont on parle ici ont beaucoup de mal à accepter cette révolution, et l’évolution des relations entre les hommes et les femmes. »

« Il y a des fissures  dans la construction sociale de nos identités. cette perte de confiance, de solidité produit de très belles failles, où une parole plus profonde, plus sensible, peut émerger. »

Cette solidarité masculine est mise à l’épreuve, mais elle est aussi l’histoire de la tendresse qui existe entre ces hommes.

La présence de l’hiver est importante, car c’est un personnage fondamental de l’univers québécois. Il permet la ruse, une stratégie narrative pour coincer les deux hommes ensemble. Une grande place est accordée aux éléments. Le paysage représente les émotions des hommes qu’ils n’expriment pas, elle est leur miroir. (Christian Guay-Poliquin)

Il condamne l’espoir de toute évasion. Les personnages ont un lien très étroit à leur environnement qu’ils peuvent exploiter pour gagner leur vie. Ce n’est pas seulement beau, et prétexte à la contemplation, toute une économie du tourisme florissante repose sur ce paysage. Pour les autochtones, cela ne va pas de soi, le paysage peut être aussi une sorte de piège.

En tous cas, il hante tous les écrits canadiens.

John Vigna remarque que « l’environnement parisien a une influence sur ma façon de voir les choses » , et pas seulement son environnement canadien. Peut-être est-ce constitutif de sa façon de voir le monde.

« Les rocheuses canadiennes sont le cadre d’une grande partie de ma littérature, de mes souvenirs, et de ma carrière parce qu’elles sont présentes dans les deux livres. »

Les êtres sont perméables aux choses, il existe une sorte de porosité avec le paysage. Il s’agit de déformer puis de reformer le paysage.

Cette littérature est différente de la littérature américaine et du « nature writing ».

Quant à la forme, quelle est leur position ?

« J’ai commencé par écrire des romans. la nouvelle est plus compacte, et permet de renforcer mon écriture avant de retourner vers le roman. »

« Il y a une liberté que permet la nouvelle. Dans mon roman, j’essaie de supprimer tout ce qui semble inutile, dépouiller, aller à l’essentiel » (DW Wilson)

« Au début, j’ai écrit des poèmes. Puis j’ai ressenti la nécessité que l’histoire domine sur le texte. La poésie est devenue une dimension poétique. Ecrire, c’est surtout ne pas dire certaines choses. C’est l’ambiguïté essentielle de l’écriture. » (Christian Guay-Poliquin).

Merci messieurs, et …à bientôt !

En présence de :

2 Commentaires

  1. J’ai assisté à cette même conférence, merci pour le rappel, parce que je suis un peu trop flemmarde pour la prise de notes ! Effectivement Christian Guay-Policquin a dû se défendre tout du long d’avoir écrit une histoire d’hommes. J’ai trouvé que l’animateur cherchait un peu trop à obtenir certaines réponses, poussait un peu dans une direction plutôt que de poser des questions ouvertes…

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  2. « Trois écrivains, trois hommes qui ont pris leurs semblables pour sujet littéraire. Est-ce pour faire l’éloge de la masculinité canadienne ou pour sonder les failles du mâle dominant ? Qu’ont donc appris en chemin ces trois auteurs ? Que cherchaient-ils en fin de compte ? » C’était cette problématique qu’il s’agissait de traiter. J’ai trouvé que l’animateur posait assez justement ses questions en fonction de cette problématique. Et d’ailleurs Vigna et Wilson l’ont parfaitement compris. Ou Guay-Poliquin ne l’avait pas bien compris ou il était mal choisi pour ce débat. C’est la grande force de ce Festival, à la suite de metoo, de montrer que les livres véhiculent à travers leurs personnages une certaine vision de la société, des rapports de genre et transmettent des valeurs, et pas seulement une forme esthétique. Peut-être que Guay-Poliquin, lui, privilégiait dans son roman, la relation entre deux hommes, et la complexité de cette relation. D’ailleurs, du coup, j’ai très envie de lire son bouquin. Peut-être aurait-il pu parler de la relation « virile » telle qu’elle se manifeste dans le domaine des sentiments, du langage, de la pudeur. Je crois qu’il ne savait pas faire, c’est dommage, cela l’a desservi.

    Aimé par 1 personne

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