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A lire le poème qui suit, on mesurera la plume acérée et l’ironie caustique de celle qui fut la grand-tante de Joséphine de Beauharnais : ses images vivantes, son ton direct sont loin de la mièvrerie de la plupart des poètes du XVIIIe siècle.
Tous vos goûts sont inconséquents :
Un rien change vos caractères ;
un rien commande à vos penchants.
Vous prenez pour des feux ardents
les bluettes les plus légères.
La nouveauté, son fol attrait,
Vous enflamment jusqu’au délire :
un rien suffit pour vous séduire
Et l’enfance est votre portrait.
Qui vous amuse, vous maîtrise ;
Vous fait-on rire ? On a tout fait !
Et vous n’aimez que par surprise.
Vous n’avez tous qu’un seul jargon,
Bien frivole, bien incommode.
Si la raison était de mode,
Vous auriez tous de la raison.
(Mélange de poésies fugitives et de prose sans conséquence, 1772)

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