Ode à la joie – Shifra Horn

Ode à la joie

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En janvier 2002, Yaël Maguid, anthropologue, alors qu’elle se dirige au volant de sa voiture vers l’université de Jérusalem, assiste à un spectacle insoutenable : un bus, avec l’arrière une petite fille, explose sous ses yeux. Traumatisée, en proie aux cauchemars et à l’angoisse, Yaël n’aura de cesse de retrouver cette petite fille qui ne figure pas sur la liste des victimes. D’où vient-elle, que lui est-il arrivé ? Qui est-elle ? Son salut désormais dépendra de l’issue de son enquête …

 

Shifra Horn décrit très finement les répercussions des attentats sur la population israélienne, les traumatismes, le sentiment de menace permanente, de conflit qui s’éternise et qui s’enlise dans la violence lors de la seconde Intifada. J’ai lu ce livre en regard d’un autre livre palestinien sur la même période, ce qui m’a apporté un éclairage tout à fait intéressant.

 

          Le livre commence par l’enquête de deux femmes israéliennes sur la pratique de l’excision chez certaines tribus bédouines, il est rappelé que si le Coran ne mentionne que la circoncision, les hadiths, textes également attribués au Prophète mentionnent que « la circoncision est un devoir pour l’homme, une gratification pour la femme ». Bon, on se dit que c’est mal parti. Va-t-on avoir une liste de toutes les vicissitudes des populations arabes de la région, des règlements de compte par romans interposés ? Et d’ailleurs que vient faire là cette histoire ? On ne comprend pas très bien. Lors de l’attentat, Yaël écoutait l’Ode à la joie de Beethoven, mais n’était-ce pas un signe ? N’a-t-il pas servi aux nazis, aux fascistes et aux communistes ?

          Pourtant Yaël évoque le regret et l’absence de Rami, jeune Arabe qui venait l’aider chaque lundi et qui ne vient plus depuis que le mur de séparation a été construit et sépare le village de celui-ci de son quartier. Elle montre aussi le sentiment de culpabilité qui ronge un certain nombre de Juifs Israéliens (et qu’à l‘évidence, elle ne partage pas) et qui conditionne leur comportement vis-à-vis des Arabes israéliens. L’auteure a le mérite de faire valoir toutes les points de vue des citoyens israéliens sans prendre ouvertement parti pour aucune même si on devine ses préférences. Et c’était là, je pense, le principal écueil de ce livre. Yaël fréquente aussi les milieux ultra orthodoxes pour un sujet de thèse qu’elle abandonnera peu à peu. Mais c’est là qu’elle trouvera aussi un des ressorts qui lui permettra de continuer à vivre et aimer.

Car le mâle israélien n’est pas très différent des autres mâles. Il n’a aucune supériorité sur d’autres nationalités. D’une certaine manière, c’est rassurant.

De ce bourbier, va fleurir l’amour, un bel et tendre amour qui ravira tous les cœurs de midinettes dont je fais partie. Amour si improbable qui à lui seul donne une certaine tension et une réelle saveur au récit.

          « Me revint en mémoire le poème de Yéhouda Amihaï qui commence par les mots Dieu a pitié, et les yeux humides, je me suis dit que non, décidément, Dieu n’avait pas pitié des enfants qui allaient à l’école, encore moins de ceux qui allaient au collège. Il n’aura pas davantage pitié des grands. »

 

Un beau livre, malgré ces quelques réserves, une mine de renseignements aussi sur la vie de ce pays et sur le sentiment des Israéliens vis-à-vis du conflit israélo-palestinien.

Un printemps très chaud – Sahar Khalifa

un printemps très chaud

Un printemps très chaud. Éditions du Seuil. Traduit de l’arabe (Palestine) par Ola Mehanna et Khaled Osman

Deux enfants s’apprivoisent à travers un grillage. Des sourires, de rares mots, chacun apprend un peu des mots de la langue de l’autre et s’émerveille de trouver des ressemblances. Mais cette clôture extérieure symbolise aussi la clôture intérieure, psychique qui habite chaque palestinien et israélien. La haine empêche toute communication ou tout élan. Ahmad, un jeune palestinien, se laisse porter par l’amour de l’Autre, en dépit des interdits de sa communauté. Il est timide, et rêve d’aventure : il décide de franchir la clôture…Braver l’interdit aura de lourdes conséquences pour le jeune homme et le fera passer brutalement de l’enfance à l’adolescence. Il se trouve enrôlé dans les forces de résistance…

Comment grandir derrière des murs et des clôtures, comme être jeune aujourd’hui en Israël et Palestine ?

Ce récit a pour toile de fond la seconde Intifada et les représailles israéliennes. On y voit comment des jeunes gens sont conditionnés pour devenir des « martyrs »…

La place des femmes palestiniennes est problématique. Soumise à la tradition, elle a peu d’éducation et ses droits ne sont pas égaux à ceux des hommes. Pourtant, les femmes portent toutes les responsabilités, d’autant plus accrues lorsque les maris ou les fils entrent dans la résistance. Seules, elles s’occupent de subvenir aux besoins de la famille quand leurs maris sont emprisonnés ou pire tués dans une escarmouche avec l’armée israélienne. La femme est sacrifice : elle se sacrifie pour ses enfants, le nom de la famille, la dignité, la nécessité pour la femme de préserver son honneur. L’oppression que subissent les femmes double celle subie par Israël : « Vous nous bassinez avec Israël ! L’oppression que nous subissons de nos proches est plus dure et plus amère. »

D’ailleurs quelle place les femmes occupent-elles dans l’Organisation ? « C’était ça la politique, c’était ça les dirigeants ?Et nous, les femmes, que savons-nous ? Que désirons-nous ? Qu’attend-on de nous ? C’est Souad qui lui a fourni la réponse : « Pas grand-chose… Pour eux, nous ne sommes qu’un décor et rien de plus… »

Peut-être est-ce là le pire des malentendus, les femmes et les hommes ne se connaissent pas vraiment, et une moitié de l’humanité est ignorée pendant que l’autre fait la résistance. Comment un pays, une région, peut-elle se développer dans ces conditions ?

« Mais sérieusement, toi qui es un jeune homme éduqué, dis-moi ce qu’on y connaît au sexe faible, à part le harem, les concubines entretenues et les femmes voilées dissimulées derrière leur tenture ? Est-ce que c’est possible de dialoguer avec des têtes cachées derrière des voiles et des rouleaux de tissu ?Est-ce que c’est possible de pénétrer le marché mondial quand ton image est associée aux femmes pachtounes et à Khomeyni ? T’as vu leurs photos ? je te promets qu’un sac de riz ou de pommes de terre est plus sexy ! « 

  J’ai trouvé ce livre assez intéressant pour toutes les connaissances qu’il apporte

 sur la société palestinienne et la place des femmes. Sahar Khalifa, est, sans nul doute, une grande dame.