La Maison du sommeil – Jonathan Coe – La dimension politique du sentiment amoureux

La maison du sommeil

Jonathan Coe La maison du sommeil folio n° 3389 Gallimard 1998 pour la traduction française

461 pages

Vignette Les personnages féminins dans l'ecriture masculineJonathan Coe est un de mes auteurs préférés bien que ces livres ne soient pas toujours des coups de cœur. Cela tient à leur dimension politique(au sens de vie dans la cité), au talent qu’a l’auteur de capter l’air du temps et de donner une voix à travers ses personnages à ceux qui dans la société n’en ont pas toujours.

J’avais assisté, il y a quelques années, lors d’un week-end en Lorraine, à Nancy  à la 9e marche des fiertés. Dans une atmosphère joyeuse et festive, des revendications importantes étaient portées par les manifestants, et je venais juste de finir le livre de Jonathan Coe avec le sentiment qu’il faisait écho aux préoccupations de son temps sur la question de l’orientation sexuelle et du genre.

On a parfois ce sentiment d’une cohérence entre l’art et la vie. Le véritable artiste, selon moi, est capable d’une totale empathie avec ses personnages ; il sait exploiter toute la gamme des sensations, endosser n’importe quel destin, quitte à changer de genre et de sexe.

Voilà pour les considérations générales et sans davantage révéler l’intrigue de ce livre.

Ce livre raconte les destinées de cinq jeunes étudiants qui se rencontrent à Ashdown, vieille demeure anglaise perchée sur les falaises, qui sert de résidence universitaire et leurs retrouvailles 12 ans plus tard. Ils ont, entre autres points communs, d’avoir des relations singulières avec le sommeil, soit qu’ils en manquent, c’est le cas de Terry, cinéphile passionné, soit qu’ils souffrent de narcolepsie, c’est celui de Sarah ou qu’ils l’étudient passionnément, comme Gregory et ses assistants transformant Ashdown une décennie plus tard en clinique destinée à soigner les patients qui souffrent de troubles de sommeil.

Les chapitres sont regroupées en cinq grandes parties correspondant chacune à une période du sommeil, de l’état de veille au sommeil paradoxal. On glisse d’une époque à l’autre, c’est-à-dire des années1983-1984 à celle de l’année 1996 de manière tout à fait harmonieuse, chaque personnage se replongeant dans le passé de sa vie étudiante où se nouèrent les premières amitiés et les premières amours. Car il s’agit au fond dans ce livre d’une incroyable histoire d’amour entre deux êtres, et de son pouvoir de les transformer au plus profond d’eux-mêmes. Cette énergie pour aller vers l’autre tire sa force du désir qui meut l’amoureux et de sa capacité à aller jusqu’au bout de ses rêves. Que deviendrions-nous si nous ne rêvions plus ? D’où le désir pourrait-il tirer sa force ? Le sommeil est-il une perte de temps ou est-il l’antichambre ou s’épanouit la vie inconsciente nécessaire à toute vie équilibrée ? Telles sont quelques-unes des questions que pose ce livre. Et en repensant à la marche des Fiertés ce week-end à Nancy, et à quelques-unes des pancartes pleines d’humour, je pense  avec Jonathan Coe, que l’amour n’est pas une question de sexe ou de genre, mais une réelle capacité à rêver sa vie et à vivre ses rêves.

On néglige trop souvent  la dimension politique de toute vie amoureuse car une des pancartes de cette marche rappelait que dans certains pays l’homosexualité est un crime, qu’ici être homosexuel ou trans signifie être privé souvent du droit de fonder et d’avoir une famille. Etre amoureux est obéir aussi à des codes et à des interdits sociaux. L’histoire littéraire est remplie de ces amours impossibles mais la vie aussi…

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