Litterama, les femmes en littérature

Steinunn Sigurdardóttir, Le cheval soleil – Les meurtrissures de l’enfance en Islande

Steinunn Sigurdardóttir, Le cheval soleil Editions Héloïse d’Ormesson, octobre 2018 traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson

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« L’origine du mal réside dans la vulnérabilité de l’enfance dont les meurtrissures, telles un présage, oblitèrent l’avenir »

Lilla, notre héroïne porte le nom d’une fleur mais elle n’est qu’une fleur maladive privée de soleil , sur cette île à l’interminable hiver où tout, la nature comme les gens, est plongé dans la pénombre. Elle grandit à l’ombre de la mauvaise foi des adultes, privée de l’amour de ses parents plus occupés à soigner les enfants des autres qu’à s’occuper des leurs. Ragnhildur part dans de grandes envolées théoriques sur le malheur du monde, elle grogne, se révolte et souffre des maux de l’humanité bien à l’abri dans son universel de pacotille – alors que sa petite fille souffre plus encore là, sous ses yeux –  quand elle ne s’abîme pas dans un lointain chagrin d’amour. Lilla s’occupe de son frère Mummi, lui tient chaud de son petit corps malingre. Lilla portera ses premières couleurs sous la caresse d’un premier amour, un beau blouson bien chaud et lumineux, et s’allègera du même coup d’une partie de son prénom pour devenir Li. Mais le mal est là, tapi dans les sombres replis de la chair et du cœur, et ce sont les meurtrissures de l’enfance, qui obscurcissent l’avenir . Comment aimer quand on ne l’a jamais été ? Comment faire confiance à un autre ? Tel est le dilemme dans lequel se trouve Li.

            Il y a dans ce livre un personnage tragique, que les enfants appellent l’herbivrogne, une femme devenue alcoolique à la suite du départ du père de son enfant, mais mère au plus profond de l’âme. Impossiblement mère pourrait-on dire car son alcoolisme l’empêche de s’occuper de son enfant qui finalement lui sera retirée. La petite Dor deviendra l’amie imaginaire de Li, la seule dans ce monde déserté.

Il y a dans ce livre une grande mélancolie, une forme de tragédie moderne où le destin implacable broie les êtres dans un scénario écrit d’avance. Il n’y a pas de rédemption possible sur cette terre, ou alors ce n’est qu’une illusion. On voudrait s’en sortir mais on ne s’en sort pas, la volonté ne suffit pas. Propos pessimiste s’il en est, poignant parfois mais aussi ironique, un pied de nez aux happy end de tous poils. Le récit est émaillé de poèmes qui donnent une couleur particulière au livre.

J’ai beaucoup aimé ce livre, mais comme à distance tellement il semble périlleux de s’identifier au personnage ! Une lecture tragique en somme…

Il y a cette petite phrase plutôt désabusée d’un personnage qui dit « La vie serait donc faite de ce qui ne s’est jamais passé.[…] Vie faite de rien ou de moins que rien. »

Vie faite d’espoir et de vaine attente …

Un beau livre plein de mélancolie.

7 Commentaires

  1. J’aime habituellement beaucoup la littérature islandaise dont les thèmes ont des similarités avec la littérature québécoise. Merci pour cette belle présentation qui pique ma curiosité à cause de la mélancolie…

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