Insta ? Instapoets !

Lors de l’investiture de Joe Biden, une jeune poétesse, Amanda Gorman, a fait vibrer le monde entier avec son poème The Hill We Climb. D’autres poétesses du web ont vu le jour, sur facebook, instagram ou Tik Tok. Elles sont nées avec les réseaux sociaux et n’ont pas peur de s’en servir.

Une nouvelle génération d’autrices, de poétesses notamment, ont pu publier grâce aux réseaux sociaux. On les nomme les instapoets. La poésie, que l’on croyait désuète, semble renaître tel le phénix. Le hashtag #instapoetry connaît un réel succès et permet à de jeunes autrices de gagner des milliers de followers et, pour certaines d’entre elles, de voir leurs œuvres publiées. Rupi Kaur, jeune canadienne de 28 ans, publiée et traduite en français connaît un large succès. Elle a créé un photo-essai sur les menstruations, objet d’un tabou profond dans toutes les cultures et particulièrement dans nos sociétés, qui a déclenché de nombreuses polémiques mais aussi un engouement de la part des jeunes femmes (et des moins jeunes) qui la suivent et se reconnaissent en elle. Son engagement, son combat pour des valeurs humanistes et ses actions en faveur des femmes, en font une poétesse talentueuse, courageuse et intègre. Elle est d’ailleurs considérée comme la « papesse » des instapoets.

Des romancières, telle Cécile Coulon, qui n’imaginait pas publier de la poésie ( la poésie ne se vend pas ?) a fait connaître son œuvre poétique sur facebook. Le succès autour de ses publications lui a permis d’éditer un recueil « Les ronces » qui a reçu le prix Guillaume-Appolinaire 2018.

Certaines instapoets collaborent avec des grandes marques afin de générer des revenus à leur activité. Cet aspect commercial semble peu compatible avec la création poétique pour certains, pour d’autres il s’agit simplement de surfer sur la vague et d’être dans l’air du temps.

La poétesse Cleo Wade s’est associée à la marque G… pour la journée de la femme qui souhaitait sensibiliser les consommateurs.trices aux inégalités persistantes entre les deux sexes. On ne peut pas suspecter d’opportunisme, cette jeune femme de 31 ans, qui possède déjà une œuvre conséquente ( Heart TalkPoetic Wisdom for a Better Life ou  Where to Begin), a plusieurs centaines de milliers d’abonnés et publie des poèmes dans Teen Vogue ( If I Could Write One Million Love Poems (A Love Letter To Trans Kids) et The New York Times. Elle est aussi activiste de la Women’s prison association (source feelfree.media).

Mais depuis quand, me direz-vous, les marques et le commerce de luxe font-ils œuvre de philanthropie ? N’est-ce pas profiter d’un changement dans les mœurs pour promouvoir une image jeune et branchée, tout en assurant la visibilité de sa marque, quitte à assumer un peu de polémique ?

La poésie sort du format traditionnel de l’œuvre en papier, du recueil : elle se slame, se performe, et invente des formes originales pour se diffuser et toucher un nouveau et large public. Les Etats-Unis, grâce à la Beat Generation (magnifique exposition à Pompidou il y a quelques années) et aux poètes afro-américains sont à l’origine du « spoken word », de la dimension scénique de la poésie, slamée, mêlée au théâtre et à la danse. Elle porte aussi de nouveau messages et en s’émancipant des milieux universitaires, et des cercles fermés d’intellectuels, peut aller à la rencontre des milieux populaires, des jeunes des quartiers, en s’invitant aussi dans les prisons, où la parole, les mots et le lien participent à la réparation (Voir le poète Yves Gaudin). Elle se renouvelle et se transforme pour le meilleur et pour le pire…

Merci à Héloïse qui m’a fait connaître Rupi Kaur et a attiré mon attention sur cette nouvelle génération de poétesses.

5 réflexions au sujet de « Insta ? Instapoets ! »

  1. Rupi Kaur a été une révélation pour moi il y a quelques années avec « Lait et Miel », des textes courts, simples et qui résonnent en soi. Dans cette nouvelle génération, outre Cécile Coulon, je pense aux auteurs et autrices de l’éditeur Iconopop qui vise à publier une poésie en dehors des sentiers battus… Je pense à Mathias Malzieu ou encore Pauline Delabroy-Allard, Lisette Lombé… Sur Instagram bien sûr, le réseau permet de sensibiliser à la poésie et de toucher plus de monde, une audience qui au final se découvre friande de ces vers, textes et propres offerts… qui la remuent jusqu’au cœur. Merci pour cet article

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    1. Oui, et cette vitalité, à laquelle toi aussi tu participes, est bienvenue. Je suis en train de lire « Le soleil et ses fleurs » que m’a prêté une toute jeune femme. Le partage est la plus belle des choses.

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