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Le Canada invité au Festival America du 20 au 23 septembre 2018

Parmi les auteurs invités, vingt-huit sont canadiens, et sur ces vingt-huit, dix seront des femmes. C’est le hasard, je pense qu’il n’y a pas lieu de faire ici du mauvais esprit. Tout de même, ce n’est pas loin de la moitié ! Aie, c’est vraiment tout près du tiers… Enfin, si on se met à compter, on n’est pas sorti de l’auberge, comme disait ma grand-mère !

Je suis sûre qu’il y a une explication toute simple :

  • Elles ne peuvent pas faire garder les enfants.
  • Elles ont déjà pris toutes leurs vacances.
  • Elles se sont fait voler leurs papiers d’identité, et comme tout le monde le sait, ça prend un temps fou pour les faire refaire.
  • Au Canada, les femmes écrivent moins que les hommes, elles ont mieux à faire (shopping ?manucure ?).
  • Elles écriraient moins bien ?

Je blague bien sûr, et quand on aime, on ne compte pas.  Des progrès sont nets en France, si on consulte l’Observatoire des inégalités 2018,  la Part des femmes parmi les lauréat·e·s de quelques prix littéraires emblématiques, 1900-2017, est de 41%. La Part des femmes dans les jurys de quelques prix littéraires emblématiques, 2012-2017, est de 38% pour la composition de ceux-ci et 18% sont présidentes desdits jurys.

« Dans la majorité des domaines, les femmes sont exclues de la consécration artistique. []Malgré le nombre significatif de femmes dramaturges ou mettant en scène des pièces de théâtre, la part de femmes sélectionnées ou primées est très faible, sans présenter d’amélioration réelle depuis les années 1990.

Le livre est l’un des rares secteurs dans lequel les femmes reçoivent des prix (tableau 55), en dépit de jurys majoritairement masculins (tableau 54). » Observatoire des inégalités 2018

Mais qu’en est-il du Canada ?

Difficile de trouver des informations pour le Canada dans son intégralité, des études distinctes ont été réalisées pour le canada francophone et anglophone, mais elles commencent à dater. A la lecture des grands titres rencontrés sur le web, il semble que la situation soit assez similaire à celle que les femmes vivent dans le reste du monde occidental, mais je n’ai pas plus de précision. Si des canadiens passent par-là, peut-être pourront-ils nous éclairer ?

Qu’à cela ne tienne, nous essaierons de compenser cela en leur donnant un peu plus de visibilité. Il est très important que les français fassent véritablement leur connaissance.

Qui sont-elles ?

Margaret Atwood –  Anaïs Barbeau-LavaletteNaomi FontaineCatherine-Eve GroleauEmma HooperNancy LeeJulie MazzieriAndrée A Michaud Heither O’NeillLise Tremblay

Qui sont-ils ?

Christophe BernardDavid Chariandy – deWitt Patrick – Dickner Nicolas – El Akkad Omar – Goudreault David – Grenier Daniel – Guay-Poliquin Christian –  Hardcastle Kevin – Larue Stéphane –  McCabe Alexandre – Morissette Guillaume – Plamondon Éric – Reid Iain – Vigna John – Villeneuve Mathieu Wilson D.W. – Winter Michael

Nous lirons aussi un écrivain américain : Gabriel Tallent avec My absolute darling

Présentation par Amanda Boyden de son livre

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

Julie-Otsuka

PRIX FEMINA ÉTRANGER 2012

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Julie Otsuka – Certaines n’avaient jamais vu la mer –  Phébus littérature étrangère, traduit de l’anglais (américain) par Carine Chichereau –Libella Paris 2012

Ce roman est composé de multiples voix, ces « voix du nous » comme les appelle Julie Otsuka, qui s’élèvent dés que vous ouvrez le livre et vous happent pour ne plus vous lâcher. Voix qui sortent de ces poitrines de très jeunes femmes qui au début du XXe siècle quittèrent leur Japon natal pour rejoindre leurs maris japonais choisis sur photos et racontent leur désenchantement et la trahison de ces hommes qui étaient ou plus pauvres, ou plus vieux que les hommes qu’elles avaient élus. Une d’elle raconte que l’un d’eux avait donné la photo de son ami qui était beaucoup plus beau que lui. Jeunes femmes obéissantes ou silencieuses qu se sont tues si longtemps, que les voix ici libérées s’échappent à la manière de cris ou d’incantations.

Elles sont toutes là, vous les imaginez serrées les unes contre les autres, visages innombrables, destins singuliers et pourtant semblables. Vous les entendez, elles n’ont plus de souffle, les mots se pressent sur leurs lèvres, ce qui donne ce côté haché et quelque peu décousu au récit, mais un fil solide les relie, le fil ténu d’une histoire unique et pourtant commune. Vous les entendez et votre souffle se mêle au leur, et votre cri retenu si longtemps dans votre poitrine nourrira le leur, vos yeux seront leurs yeux, et vos mains se creuseront avec elles sous le poids des tâches.

Malgré tout, vous voyez qu’elles trouvent une place à force de patience et de labeur, leurs enfants sont leur force, ils apprendront l’anglais et certains iront même à l’université. Mais voilà, avec elles vous entendez la guerre, vous sentez la menace, vous les suivez sur le chemin d’un autre exil, un exil à l’intérieur des terres vers ces camps de la honte ou vers le nord, afin que leurs voix japonaises ne se mêlent aux chants guerriers de leurs compatriotes.

Et c’est là que vous les laissez, le cœur serré, et ému aussi devant tant de beauté, tant de force dans ce chœur de femmes. Vous refermez le livre, vous le gardez peut-être quelques instants dans votre main, sa chaleur d’avoir été tant tenu adoucit un peu le regret d’avoir à le quitter. Vous le posez enfin, sur la table, avec tendresse…Vous ne les oublierez pas.

festival amerrica

3/19 Festival America  

Argentine =) Eugenia Almeida – Elsa Osorio –  Lucía Puenzo –  Canada =) Naomi Fontaine –  Lucie Lachapelle – Catherine Mavrikakis – Dianne Warren – – Cuba =)  Karla Suárez – Etats-Unis =)  Jennifer Egan –  Louise Erdrich –  Nicole Krauss –  Rebecca Makkai –  Toni Morrison – Julie Otsuka –  Karen Russell –  Janet Skeslien Charles –  Vendela Vida –   Mexique =) Sabina Herman –  Pérou =) Grecia Cáceres