L’ingénue libertine – Colette

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L’ingénue Libertine – Colette – Le livre de poche
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Colette écrivit ce roman en 1909. Mariée depuis 1893 à Henry Gauthiers-Villars surnommé Willy, Colette écrivit pour son époux des romans qu’il signait sans vergogne. « L’ingénue libertine » était à l’origine une nouvelle, Minne, et une suite « Les égarements de Minne » écrits avec Willy et qu’elle rassembla en une seule œuvre lorsqu’elle se libéra définitivement de l’emprise de son premier mari. Elle en expurgea toutes les contributions de celui-ci. Toutefois, elle ne put jamais le considérer comme un bon roman car trop lié aux premiers aspects de sa carrière de romancière.

Qui est donc cette ingénue libertine ? Une ravissante personne, Minne, choyée par sa mère, tenue à l’écart du monde, mais dont l’imagination s’enflamme à la lecture des journaux et des aventures d’une bande de Levallois-Perret, composée de margoulins et de criminels, qui représente pour la jeune fille la liberté et l’aventure. L’éducation des jeunes filles de l’époque qui les laisse dans l’ignorance de la sexualité et qui pour préserver leur innocence (et leur virginité) les enferme dans un quotidien sans saveur est responsable d’une méconnaissance complète des choses de la vie et de ses dangers.

Son cousin âgé de quelques années de plus qu’elle, et avec qui elle passe ses vacances fait bien pâle figure à côté de ces hommes sauvages et libres. Il est amoureux fou pourtant de sa cousine et finira par l‘épouser.

Mais Minne s’ennuie, sa vie est plate, et elle n’éprouve aucun plaisir sexuel  avec son mari. Elle reste captive de son secret et collectionne les amants dans l’espoir de découvrir ce plaisir qui jusqu’alors lui a été refusé. Devant son mutisme et son manque d’enthousiasme, son mari ne se pose pas de questions et ne cherche pas à découvrir l’origine d’une telle indifférence.

Minne est prisonnière d’un système social dans lequel le refoulement de l’orgasme au féminin s’inscrit dans une tradition séculaire de répression des femmes comme le montrera, dans les années 70, le Rapport Hite.

            A l’époque de Minne, dans les années 20, on mettait même en doute l’orgasme féminin et on cantonnait la femme à ses fonctions reproductrices. Quand on lui reconnaissait une existence c’était sous la forme d’une sexualité masculine complètement génitalisée, c’est pourquoi nombre de femmes ne ressentaient aucun plaisir dans leurs rapports amoureux. Le rapport Hite mit en lumière le fait qu’un tiers seulement des femmes en retirait du plaisir.

Colette soulève là un problème qui commençait à son époque à agiter les consciences féminines et devint la première à l’évoquer aussi librement dans un roman. Sa fréquentation des milieux homosexuels et ses propres aventures amoureuses lui firent certainement découvrir, dans un milieu libéré des conventions, une autre forme de sexualité beaucoup plus satisfaisante.

Le manque d’éducation sexuelle et les préjugés fortement ancrés dans les mœurs étaient autant d’embûches pour l’épanouissement des femmes. Et si la parole s’est libérée aujourd’hui, on le doit d’abord à ces femmes qui furent des pionnières.

 

J’ai beaucoup aimé ce roman de Colette qui aborde un sujet qui fut longtemps tabou sur la sexualité féminine.

« Irène Chaulieu dit qu’il faut se ménager, sinon ne veut pas paraître tout de suite cinquante ans, et elle assure que, pourvu qu’on crie ah !ah !, qu’on serre les poings et qu’on fasse semblant de suffoquer, ça leur suffit parfaitement. Ca leur suffit peut-être aux hommes, mais pas à moi ! »s’écrie Minne.

Colette décrit parfaitement à quoi conduit la frustration, à une forme de haine : « Mais encore une fois, il défaille seul, et Minne, à le contempler si près d’elle immobile, mal ressuscité d’une bienheureuse mort, déchiffre au plus secret d’elle-même les motifs d’une haine naissante : elle envie férocement l’extase de cet enfant fougueux, la pâmoison qu’il ne sait pas lui donner. »

Minne parviendra-t-elle à trouver ce qu’elle cherche, à se libérer des entraves de cette frustration sexuelle qui l’enferme dans la grisaille et l’ennui ? Il faut lire la sulfureuse et libre Colette.

2 réflexions sur “L’ingénue libertine – Colette

  1. Suite à ce billet que tu as écrit sur l’Ingénue Libertine, j’ai commencé à relire la série des Claudine et…. grosse déception! Dans Claudine en ménage, je la trouve mièvre et cul-cul la praline… J’en ferai un billet pour expliquer mon ressenti mais je suis surpris,e je n’avais pas ce souvenir!
    Commentaire n°1 posté par Hélène Choco le 22/12/2012 à 10h09

    Mais il y a des trucs cul-cul aussi. A vriai dire, je n’ai pas lu les claudine. Je pioche un peu au hasard.
    Réponse de Anis le 03/01/2013 à 01h13

    Merci pour cette nouvelle idée de lecture. Je l’ai ajoutée au tableau La Belle Epoque. Passe de bonnes fêtes.
    Commentaire n°2 posté par eSseL le 21/12/2012 à 18h16

    Merci pour ce challenge qui continue à toujours m’intéresser autant.
    Réponse de Anis le 03/01/2013 à 01h07

    J’ai beaucoup appris en lisant ton article. Je vais essayer de caser ce roman dans les prochaines semaines car je n’avais pas été conquise par la lecture de Chéri il y a quelques années et ce sera donc l’occasion de changer mon regard sur Colette.
    Commentaire n°3 posté par Heide le 11/12/2012 à 23h30

    Oui, je trouve ce remaniement de la part de colette très ingénieux à défaut d’être ingénu !
    Réponse de Anis le 02/01/2013 à 12h04

    Je suis désolée pour ce retard pour cette lecture, j’accumule un retard considérable sur mon blog….Ton article est très intéressant, le choix de mettre le rapport Hite en parallèle des écrits de Colette est judicieux et démontre ainsi la l’analyse parfaite que Colette avait de la société au sujet des femmes de son époque et surtout que l’on pouvait avoir un autre point de vue. Et pour cela Colette était vraiment en avance dans son époque. Je me dépèche d’écrire mon article. Pour parler du même sujet, je suis allée voir Thérèse Desqueyroux, tellement étonnée par la richesse de ce film dont la dimension très féministe est proposée dans un clair-obscur qui le rend cérébral et invite beaucoup à la réflexion et c’est particulièrement intéressant. je me suis jetée sur le livre en rentrant chez moi !! J’avais lu ce roman très jeune et ne l’avais pas du tout compris comme cela !! Mais comment un homme comme François Mauriac, cet écrivain faisant partie de la bourgeoisie catholique de cette époque a t’il pu faire une analyse aussi fine des problèmes liés à l’éducation des femmes de sa génération (il a écrit ce roman en 1927) Bon il me reste plus qu’à faire un article sur mon blog !! A bientôt donc !!
    Commentaire n°4 posté par Nina le 11/12/2012 à 22h37

    Ne t’inquiète pas pas, cela n’a aucune importance moi aussi j’ai du mal avec le rythme que je me suis imposé c’est pourquoi je ne renouvellerai pas après janvier des listes de lectures ou des thèmes. Moi aussi je suis allée voir Thérèse Desqueyroux ce we et j’ai adoré. J’i trouvé ce film magnifique. Il dit tout. Je suis aussi étonnée moi aussi que François Mauriac ait écrit un tel livre que j’avais lu moi aussi très jeune. J’admire le changement de genre, quand un homme se glisse dans la peau d’une femme. Je trouve cela à la fois troublant et captivant. C’est pourquoi le féminin n’est pas l’apanage des femmes, et il circule en chacun des êtres, ou plutôt une forme d’être qu’on appelle la féminité, qui n’est qu’une modalité de l’être, une façon qu’a chaque humain d’appréhender l’existence à travers certaines hormones. Je suis en train de lire Colm Toibin qui s’est glissé dans la peau d’une femme, et une femme qui écrit dans la peau de Rainer Maria Rilke. J’adore tout cela… Entre autres bien sûr.
    Réponse de Anis le 12/12/2012 à 00h10

    Que j’aime Colette. Elle osait parler de tout. Aucun sujet ne semblait être tabou pour elle. Elle avait une liberté de ton incroyable et parvenait à mêler de la poésie à des thèmes parfois si durs. Une grande dame. J’ai beaucoup aimé La naissance du jour, Le blé en herbe m’attend…
    Commentaire n°5 posté par Nadael le 11/12/2012 à 09h40

    J’avais beaucoup aimé « Le blé en herbe » que j’ai lu adolescente.
    Réponse de Anis le 02/01/2013 à 12h02

    Quelle bel extrait en fin de ton article…. allez, je vais relire tous les Colette grâce à ma nouvelle… liseuse, youpiiiiiii!! J’adore Colette. Et surtout : j’admire Colette.

    Dis Anis, je ne sais plus si je t’ai demandé : connais tu des femmes auteurs de romans (ou autres styles) libnertins au 17è siècle? Pour un challenge que je fais chez Minou, mais il semble que seuls les hommes se soient passionnés pour ce style……

    Un grand merci si tu as des idées!!
    Commentaire n°6 posté par Hélène Choco le 09/12/2012 à 19h42

    Oui, beaucoup d’admiration pour cette femme qui a su prendre son destin en main avec beaucoup de détermination.
    Réponse de Anis le 02/01/2013 à 11h59

    D’elle j’ai lu La maison de Claudine et j’en garde un super souvenir (j’ai même eu le loisir de préparer une fiche de lecture en classe de troisième). Je suis contente que tu parles d’elle, de Miss Colette. Bises
    Commentaire n°7 posté par Philiisne Cave le 09/12/2012 à 19h10

    Je n’ai jamais lu cette série des Claudine, qui m’attire moins, je l’avoue.
    Réponse de Anis le 02/01/2013 à 11h58

    Ooooh je l’ai lu il y a bien longtemps, celui-là, et j’étais peut-être très jeune pour goûter tous ces aspects thématiques… ? je goûtais surtout l’écriture et l’inventivité, c’est déjà ça !
    Commentaire n°8 posté par Anne le 09/12/2012 à 11h25

    C’est le principal, on n’est pas obligés d’aller plus loin. mais la maturité venant, on tisse les questions et les réponses que parfois on trouve dans les livres.
    Réponse de Anis le 02/01/2013 à 11h57

    oui c’est exact qu’elle a été une pionnière, on le voit bien au musée qui lui est consacré à travers les photos et son parcours à St Sauveur en Puisaye
    Commentaire n°9 posté par denis le 09/12/2012 à 09h03

    Et à la fois elle est insaisissable! Mais jamais mièvre, cela c’est sûr.
    Réponse de Anis le 02/01/2013 à 11h56

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  2. Qu’Est-ce que j’avais aimé ce livre ! C’était génial ! Je l’avais lu en 3e et maintenant que je le relis en 1ère, j’ai beaucoup plus de maturité et de recul par rapport au livre pour comprendre les thématiques abordées. C’est une très belle analyse

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