Que deviennent les hommes ?
Animé par Jean-Claude Raspiengeas
Animé par Jean-Claude Raspiengeas

Présentation de l’éditeur »La Conférence, long monologue d’un personnage à la verve bernhardienne. Cet homme au verbiage illuminé s’en prend au système culturel français. Tel Don Quichotte il s’enflamme et se lance dans un combat perdu d’avance, non contre des moulins à vent et des chimères mais à l’inverse, contre le bloc imprenable d’une autorité certifiée par des fondations kafkaïennement bureaucratiques et par la langue de bois de tous ceux qui y trouvent leur compte. »
L’auteur :
« Christophe Pellet est un auteur et réalisateur français né à Toulon. Il est diplômé de la FEMIS en 1991, section scénario.
Il a publié une quinzaine de pièces chez L’Arche Éditeur depuis 2000. En 2006, il obtient la Bourse Villa Médicis Hors les murs à Berlin et reçoit en 2009 le Grand Prix de Littérature Dramatique pour sa pièce La Conférence. Ses pièces sont montées par Stanislas Nordey, Matthieu Roy, Jacques Lassalle, Madeleine Louarn, Anne Théron, Michael Delaunoy, Jean-Pierre Miquel, Jean-Louis Thamin, Renaud-Marie Leblanc…. Ses pièces sont également jouées en Allemagne et en Angleterre. En 2017, Stanislas Nordey met en scène Erich von Stroheim avec Emmanuelle Béart.
En 2012, il publie à L’Arche son premier essai, Pour une contemplation subversive qu’il présente sous forme de performance à la Chartreuse dans le cadre du Festival d’Avignon et dans différents théâtres.
Christophe Pellet a traduit Atteintes à sa vie de Martin Crimp (cotraduction avec Michelle Pellet. L’Arche Éditeur, 2002), Stroheim de Dimìtris Dimitriàdis (cotraduction avec Dimitra Kondylaki, Espace 34, 2009) et Un crime d’honneur d’Etel Adnan (cotraduction avec Michelle Pellet, L’Arche Éditeur, 2011).
En tant que cinéaste, Christophe Pellet a réalisé six films qui font l’objet d’une rétrospective à la Cinémathèque Française en novembre 2016 : Le Garçon avec les cheveux dans les yeux (2009) avec Édith Scob, Soixante-trois regards (2010) avec Mireille Perrier, Dominique Reymond, Françoise Lebrun, Katarzyna Krotki, Plus dure sera la chute (2011), et Seul le feu (2013) avec Mireille Perrier et Stanislas Nordey, Exoplanète (2014) avec Mireille Perrier et Burning Bridges (2016). »
Animé par Laure Adler
Habituée du festival AMERICA mais ne pouvant être présente cette année, elle participe à un entretien exceptionnel en duplex vidéo depuis le Canada.
En présence de :
J
ohn Irving est une grande figure, littéraire mais surtout un artiste, une personne, un homme fabuleux. La Grande Librairie , ce soir, mercredi 19 septembre, fêtera en sa compagnie les quarante ans de « Un monde selon Garp » véritable manifeste pour l’émancipation des femmes. Il sera également l’invité d’honneur du Festival America à Vincennes.
Il est l’invité d’honneur de cette 9e édition du Festival AMERICA de Vincennes à l’occasion de la réédition du Monde selon Garp par les éditions du Seuil (sortie le jeudi 20 septembre 2018, traduction Maurice Rambaud).
Les événements du festival autour de l’auteur :
Jeudi 20 septembre
18h : Cérémonie d’ouverture (Auditorium Cœur de Ville)
Vendredi 21 septembre
Après-midi : Café des Libraires (Salle des fêtes de l’Hôtel de Ville)
17h : Séance de dédicaces
Samedi 22 septembre
17h : Le Temps des écrivains, émission spéciale France Culture, animé par Christophe Ono-dit-Biot en direct de l’Hôtel de Ville de Vincennes.
18h : Conversation autour du métier d’écrivain et de la naissance des romans avec John Irving, Kevin Hardcastle et Nathan Hill (Centre culturel Georges Pompidou de Vincennes)
21h : L’Amérique de John Irving, rencontre animée par François Busnel, en partenariat avec le magazine America (Centre culturel Georges Pompidou de Vincennes)
22h : Projection du film Le Monde selon Garp de George Roy Hill


« Jenny Fields ne veut pas d’homme dans sa vie mais elle désire un enfant. Ainsi naît Garp. Il grandit dans un collège où sa mère est infirmière. Puis ils décident tous deux d’écrire, et Jenny devient une icône du féminisme. Garp, heureux mari et père, vit pourtant dans la peur : dans son univers dominé par les femmes, la violence des hommes n’est jamais loin. Un livre culte, à l’imagination débridée, facétieuse satire de notre monde.Né en 1942, John Irving est l’un des plus grands romanciers américains de sa génération. Le Monde selon Garp, partiellement autobiographique, a connu un succès mondial et a été porté à l’écran » Editeur

Anaïs Barbeau-Lavalette – La femme qui fuit – Le livre de poche, éditions Marchand de feuilles, 2015
Ce livre a eu un prodigieux succès à sa sortie, et a obtenu de nombreuses récompenses : Prix des libraires du Québec 2016, Prix France-Québec et grand Prix du livre de Montréal.
Les raisons en sont certainement la grande qualité de l’écriture, l’originalité du récit, louvoyant entre la réalité et la fiction, dans la quête de cette grand-mère que l’auteure a très peu connue, et qui a terriblement blessé sa mère en l’abandonnant à l’âge de trois ans et en refusant de la voir plus tard. Mère attendue, espérée et toujours absente. Forcément de récit nous touche, car il fait écho à la peur de l’abandon, profondément enracinée en nous, et la crainte de ne pas être aimé-e-s ou pas assez.
Peut-être a-t-on conscience également, en lisant ce récit, qu’être une femme libre dans la première moitié du XXe siècle était une véritable gageure quand on était une femme. Une femme pouvait être une muse, mais être artiste à part entière, reconnue à l’égale des hommes, il ne fallait pas y compter, c’était plutôt l’exception qui confirmait la règle. Suzanne Méloche était une artiste et l’une des rares femmes, peintre et poétesse, représentante du mouvement automatiste au sein du surréalisme.
Le destin de la plupart des femmes était de procréer et d’être femme au foyer, d’autant plus qu’au Québec, l’Eglise avait une influence extrêmement importante et que ses diktats, ses recommandations, avaient valeur de loi. Une forme de rigorisme moral et de censure, rendaient difficile l’expression artistique et l’évolution des mœurs. Les femmes et les artistes en furent également victimes et les femmes artistes, doublement.
J’ai aimé ces très courts textes-chapitres, comme des instantanés, où des moments de la vie de cette grand-mère inconnue, sont esquissés sur le vif, grâce à l’imagination qui pallie les blancs d’une histoire incomplète.
Un très beau livre, où l’émotion est un fil continu.
Vous pourrez rencontrer l’auteur au Salon du livre de Vincennes le samedi de 15h30 à 16h30, et le dimanche de 11 h à 12h à et de 17H à 18H.

chez Plaisirs à cultiver
Elles ont été nombreuses, les héroïnes, au cours de l’histoire, et célèbres pour la plupart. Qu’aurait fait Zola sans Nana ou Thérèse Raquin, Mauriac sans Thérèse Desqueyroux, Tolstoï sans Anna Karénine, Racine sans sa Phèdre, sans parler des héroïnes balzaciennes ? Femmes fatales ou venimeuses, femmes soumises ou dévouées à travers le personnage de la mère, femmes tragiques telles Antigone ou Médée, les femmes peuplent la littérature. Les années 70 lui apporteront la liberté de parole, l’insoumission, la rage et la révolte. Simone de Beauvoir écrira les « Mémoires d’une jeune fille rangée », Violette Leduc « La bâtarde », Françoise Sagan peindra les affres de la mélancolie, la légèreté, le vide et l’ennui, et Annie Leclerc, livrera sans détours sa » Parole de femme ».
Pour autant le temps des héros est-il révolu ? Les hommes interrogent-ils à leur tour la masculinité à travers le prisme de leurs héroïnes ? Ou reconnaissent-ils leur propre féminin ? Le monde de la littérature n’est pas étanche, les combats qui s’y livrent n’y sont pas à huit clos, pour la simple raison qu’il y a des lecteurs et des personnes réelles qui les écrivent, porteurs d’une histoire,d’une vision de la société, et de valeurs.Il traduit également les évolutions de la société, les interrogations et les crises qui la traversent.
Animé par Kerenn Elkaïm

Vous avez certainement suivi la polémique qui a agité les réseaux sociaux, et les pétitions qui ont circulé pour que, enfin, des écrivaines soient au programme du Bac littéraire et qu’une juste place et reconnaissances leur soient dévolus.

Les éditions des femmes- Antoinette Fouque et Delin tentent de réparer l’injustice qui leur est faite et proposent 100 textes d’écrivaines à étudier en classe
» Des écrivaines enfin dans les programmes scolaires !
Alors que le premier texte de littérature mondiale remonte au XXIIIe siècle avant notre ère et est attribué à une poétesse et scribe mésopotamienne, En-Hedu-Ana, ce n’est qu’en 2017 qu’un texte de femme a pour la première fois été inscrit au programme du baccalauréat littéraire. Et les femmes restent à ce jour encore largement exclues des programmes et des manuels scolaires dans toutes les disciplines.
Les éditions des femmes-Antoinette Fouque ont souhaité, avec le Salon des Dames, les faire entrer de plain pied dans la culture commune à travers l’éducation, permettant ainsi aux élèves d’avoir accès à d’autres visions du monde, à un plus large abord de la création humaine.
Des femmes en littérature est né de ce désir et de l’accueil enthousiaste de Belin Éducation, par ailleurs partenaire historique du Dictionnaire universel des créatrices initié par Antoinette Fouque.
Cette anthologie de cent textes à étudier en classe offre, conformément aux programmes officiels du collège, un panorama complet des grandes œuvres littéraires écrites par des femmes du Moyen Âge à nos jours. Elle propose des rencontres passionnantes avec les œuvres et leurs auteures à travers des présentations originales et « des repères culturels » qui rappellent l’état des connaissances sur les sujets abordés. Elle est accompagnée de nombreuses ressources pédagogiques pour enrichir l’étude des textes.
Destinée aux enseignant.e.s, elle ne manquera pas d’intéresser aussi le grand public par son caractère novateur et original, la richesse de son contenu et le plaisir qu’il suscite à la lecture.
Djamila Belhouchat est professeure de lettres modernes./ Céline Bizière est fondatrice du Salon des dames./Michèle Idels et Christine Villeneuve
Membres de l’équipe responsable du Dictionnaire universel des créatrices et co-directrices des Éditions des femmes – Antoinette Fouque. »

Le prix de littérature de l’Union Européenne, ouvert aux 37 pays participant au programme «Europe créative» dans les secteurs de la culture et de la création, récompense tous les ans les meilleurs écrivains émergents en Europe. Les critères sont assez exigeants, puisqu’il faut avoir publié entre deux et quatre œuvres et avoir déjà été nominé.
Il est organisé par un consortium composé de la Fédération des libraires européens (EBF), de la Fédération des associations européennes d’écrivains (FAEE) et de la Fédération des éditeurs européens (FEE).
Les œuvres de femmes sont bien représentées mais elles sont très peu traduites en français. D’ailleurs, le fait est que les ouvrages primés sont, dans leur ensemble, très peu traduits. Pour un prix qui vise à » promouvoir une diffusion plus large de la littérature européenne; encourager les ventes transnationales de livres; renforcer l’intérêt pour l’édition, la vente et la lecture d’œuvres littéraires étrangères », le résultat est un peu décevant en ce qui concerne les traductions en français. Toutefois, très belle initiative, l’Europe existe, bel et bien, quoi qu’on en dise.
En 2013, trois traductions seulement, et 4 romans de femmes disponibles en français. A quand la parité ?
2013
Belgique : Isabelle Wéry, Maryline désossée (Maelström éditions, 2013)
Bosnie-Herzégovine : Faruk Šehić, Knjiga o Uni
Chypre : Emilios Solomou, Hμερολóγιο μιας απιστίας
Danemark : Kristian Bang Foss, Døden kører audi – La Mort roule en Audi () (Nil,2015)
Estonie : Meelis Friedenthal, Mesilased
Finlande : Katri Lipson, Jäätelökauppias
Allemagne : Marica Bodrožić, Kirschholz und alte Gefühle
Luxembourg : Tullio Forgiarini, Amok – Eng Lëtzebuerger Liebeschronik
République de Macédoine : Lidija Dimkovska, РЕЗЕРВЕН ЖИВОТ
Roumanie : Ioana Pârvulescu, Viaţa începe vineri La Vie commence vendredi– Le Seuil 2016
Slovénie : Gabriela Babnik, Sušna doba La Saison sèche Slovene Writers’ Association (23 juillet 2017) Format kindle
Espagne : Cristian Crusat, Breve teoría del viaje y el desierto

Eliane Viennot est une chercheuse magnifique et engagée. Grâce à elle et quelques autres de ses contemporain-e-s, de très beaux textes nous parviennent, entre autres, par l’entremise d’une collection que j’ai découverte récemment, « La cité des dames », aux Publications de l’Université de Saint-Etienne.
Je me suis procuré les anthologies sur le théâtre, que je chroniquerai bientôt – enfin dans l’année, ce sont les mésaventures des doubles vies, on peut pas toujours être bouchère et blogueuse à la fois ! (Je plaisante, seulement pour la bouchère)
Éliane Viennot est une linguiste et historienne de la littérature française. Elle est professeuse émérite de littérature française de la Renaissance à l’université Jean-Monnet-Saint-Étienne.
Elle présente elle-même cette collection sur son site : « La collection, qui porte symboliquement le nom du premier manifeste féministe connu (Christine de Pizan, 1404) propose des écrits des femmes de l’Ancien Régime en livres de poche. Elle vise à faciliter l’accès aux grands textes ou à des types d’écrits peu connus mais importants du point de vue de l’histoire littéraire, de l’histoire des idées, de l’histoire tout court. Les textes sont édités par les meilleur/es spécialistes des femmes concernées. Ils sont complets dans la mesure du possible, en extraits si trop volumineux, regroupés en anthologie si nécessaire. Ils sont reproduits en orthographe et ponctuation modernisées. Les volumes sont dotés d’un appareil critique léger. »
Mémoires et discours de Marguerite de Valois (1574-1614), éd. Éliane Viennot, 2004, 228 p
Les Angoisses douloureuses qui procèdent d’amour (1543) d’Hélisenne de Crenne, éd. Jean-Philippe Beaulieu, 2005, 380 p.,
L’Histoire des favorites de Mme de La Roche Guilhen (1697), éd. Els Höhner, 2005, 412 p.,
Les Enseignements d’Anne de France à sa fille (1505), suivis de l’Histoire du siège de Brest, éd. Tatiana Clavier & Éliane Viennot, 2006, 148 p.,
Théâtre de femmes de l’Ancien Régime, vol. 1, XVIe siècle, éd. Aurore Evain, Perry Gethner, Henriette Goldwyn, 2006, 568 p., 10€ – Anthologie reprise par les éditions Classiques Garnier.
Théâtre de femmes de l’Ancien Régime, vol. 2, XVIIe siècle, éd. Aurore Evain, Perry Gethner, Henriette Goldwyn, 2008, 623 p., 15€ – Anthologie reprise par les éditions Classiques Garnier.
Les Épîtres familières et invectives ; le Songe de Madame Hélisenne d’Hélisenne de Crenne (1543), éd. Jean-Philippe Beaulieu, 2008, 187 p.
Théâtre de femmes de l’Ancien Régime, vol. 3, XVIIe-XVIIIe siècles, sous la dir. d’Aurore Evain, Perry Gethner, Henriette Goldwyn, 2011, 610 p., 17€ – Anthologie reprise par les éditions Classiques Garnier.
A paraître
Traités sur l’excellence des femmes et autres éloges de la Renaissance, Anthologie, éd. Renée-Claude Breitenstein.
Quelques-unes de ses publications :

Les Actes du Colloque international au Château de Nérac, les 21-23 octobre 2015, Marguerite de Valois, 1615-2015 (voir programme), sont en cours de publication. Ils paraitront aux PUR sous le titre : Autrice, mécène, inspiratrice: de Marguerite de Valois à la Reine Margot
Une exposition virtuelle, consacrée aux
représentations télévisuelles de la reine Margot
par Julien Centrès, lien vers l’exposition
lien vers la chaine youtube de l’Ina

Aurore Jacob obtient un Master de théâtre à la Sorbonne en 2008, avant de troquer la théorie pour le plateau. Elle a participé à plusieurs projets de performance, d’écriture de plateau en plus de son travail personnel d’écriture. Elle a bénéficié de résidences à la Chartreuse.
Aurore Jacob a écrit une douzaine de pièces, dont certaines ont été publiées par Théâtre Ouvert, En Acte(s), Lansman.
Enquête sur une évaporation avant oubli a été accompagné par le Collectif À mots découverts, a fait partie de la sélection du comité de lecture du Panta Théâtre en 2016, de la Sélection Fabulamundi. Playwriting Europe 2015 – 2016 et a été lu à la bibliothèque de l’Odéon en juillet 2014.

Jana Beňová. Café Hyène. Un plan d’accompagnement. Texte intégral. Traduit du slovaque par Diana Jamborova Lemay. Le Ver à Soie. Virginie Symaniec éditrice 2015
Je voulais faire davantage connaissance avec ces voix distinguées lors du Prix de littérature de l’Union européenne dont les œuvres sont globalement peu traduites en français. Les voix de femmes sont pratiquement inaudibles car, c’est un fait, elles sont encore moins traduites. Et c’est vraiment dommage car ce prix vise à faire connaître la littérature de l’Europe et donc sa culture. Je suis curieuse de tous ces auteurs qui vivent si près de nous, de leur langue, de leur culture et de leur littérature.
Ce prix semble récompenser des œuvres originales, assez éloignées de l’académisme et de la littérature populaire.
Café Hyène est une déambulation intérieure, « une appropriation poétique subjective[1] » de la ville de Bratislava et de ses quartiers périphériques, que l’on découvre à travers les yeux de quatre jeunes slovaques, Elza, Rebeka et leurs deux compagnons, Ian et Elman.
Régulièrement leur voyage les conduit de la périphérie, vers le centre dans un café, le café Hyène, bondé de touristes et de gens aisés.
Ce centre, où se promènent surtout des touristes : un des nombreux flâneurs qui habitent la vieille ville, slovaque lui, confesse qu’on le paie pour se balader ! Ce tourisme de masse, cosmopolite, qui vide certaines capitales peu à peu de leurs habitants en provoquant une flambée des prix immobiliers, est le souffle de la mondialisation sur des pays dont l’ouverture au reste de l’Europe, est récente. Les pays de l’ancien bloc communiste ont accédé à l’économie de marché, et le bip, bip du scanner de codes barre enfle à mesure que progresse le récit.
Les déplacements des personnages tentent de relier des espaces en tension, entre le centre-ville préservé et les immenses cités dont fait partie Petržalka, « un endroit où le temps ne joue aucun rôle. Un endroit où vivent des créatures dont l’autre partie de la Terre pense qu’elles n’existent plus, qu’elles ont disparu. » Le post-socialisme n’a pas changé outre mesure la vie des habitants du quartier.
« Nous vivons avec Ian dans le ventre de Staline comme Pinocchio dans la baleine ». (p 82)
D’ailleurs, les amours d’Elza sont également nomades. Ces flux, et reflux, sont comme une respiration entre les différents espaces, tout au moins est-ce ainsi que je l’ai ressenti.
Pour ceux qui ne sont pas obsédés par la « ligne », car toute obsession peut conduire à la folie.
Elza écrit, elle tente de fixer sur le papier « son plan d’accompagnement », au fur et à mesure qu’elle déambule dans la ville.
Ce récit a beaucoup de charme, l’écriture est belle et les personnages attachants. Cela donne envie de bouger à son tour et d’aller voir ailleurs si on y est aussi.

le centre Petržalka
Photos : réutilisation autorisée sans but commercial
[1] Alfrun Kliems, « « Localisme agressif » et « globalisme local » – La poétique des villes postsocialistes en Europe centrale », Revue des études slaves [En ligne], LXXXVI-1-2 | 2015, mis en ligne le 26 mars 2018, consulté le 14 août 2018. URL : http://journals.openedition.org/res/673 ; DOI : 10.4000/res.673

Margaret Atwood, Captive (Alias Grace, 1996) , traduit de l’anglais (Canada) par Michèle Albaret-Maatsch, Robert Laffont, 10/18 , 1998 pour la traduction française, 613 pages
Captive est le deuxième roman que je lis de cette auteure et je suis toujours aussi séduite par l’écriture de Margaret Atwood, sa façon de camper les personnages, de nouer l’intrigue, et de créer en nous le désir de lire, de la lire.
Ce roman retrace la vie de Grace marks, 16 ans, condamnée à perpétuité pour le meurtre de son employeur. Le second crime, celui de la gouvernante, ne sera pas jugé. Qui est Grace Marks, et quelle comédie joue-t-elle lorsqu’elle prétend ne pas se souvenir de ce qu’elle a fait le jour du meurtre ? N’est-elle qu’une habile manipulatrice ? C’est ce que le docteur Jordan va s’attacher à découvrir, curieux des nouvelles méthodes de la psychiatrie, influencé par les études sur l’hystérie de Charcot, et les balbutiements de ce qui sera plus tard la psychanalyse. Il souhaite sonder le mystère de ces profondeurs, de cet inconscient, nouveau continent presque vierge de cette fin du XIXe siècle. Est-on ce que l’on se rappelle ou alors ce que l’on a oublié ? Margaret Atwood brosse avec talent les polémiques de cette fin de siècle, les débats qui l’animent sur la nature de l’âme ou de l’esprit.
A travers Grace, le poids du déterminisme social, la violence qu’il exerce sur la classe laborieuse, dont le destin est la pauvreté – les chances de s’élever dans la hiérarchie sociale étant quasi-inexistantes – est finement analysé. La condition des servantes dans les familles bourgeoises, l’injuste répartition des richesses, sert de filigrane au récit.
Mais ce sont ces relations entre Grace et le docteur Jordan qui donnent sa profondeur au récit, et peut-être son romanesque. Elles illustrent le danger de la relation thérapeutique particulière instaurée entre eux, où le manque de distance compromet ce qui pourrait être une guérison.
Et parfois, peut-être vaut-il mieux ne pas se souvenir…
Ce cycle est aussi un challenge auquel vous pouvez participer jusque en septembre 2019.

La Fabrique de l’intime. Mémoires et journaux de femmes du XVIIIe siècle, par Catriona Seth, Robert Laffont, Bouquins, 1216 p., 30 euros
On ne peut que se réjouir de l’intérêt de la critique et d’une certaine partie des lecteurs pour l’histoire de l’écriture des auteures. Cela pourrait bien être la revanche post-mortem de ces femmes dont Rousseau disait dans une lettre écrite à d’Alembert en 1758 : « Les femmes, en général, n’aiment aucun art, ne se connaissent à aucun, et n’ont aucun génie. Elles peuvent réussir aux petits ouvrages qui ne demandent que de la légèreté d’esprit, du goût, de la grâce, quelquefois même de la philosophie et du raisonnement. Elles peuvent acquérir de la science, de l’érudition, des talents et tout ce qui s’acquiert à force de travail. Mais ce feu céleste qui échauffe et embrase l’âme, ce génie qui consume et dévore, cette brûlante éloquence, ces transports sublimes qui portent le ravissement jusqu’au fond des cœurs, manqueront toujours aux écrits des femmes : ils sont tous froids et jolis comme elles. »
Malheureusement cette vision étroite et misogyne a empêché l’accès des femmes au monde de la littérature, en les enfermant dans le cercle étroit du foyer.
« Cette première anthologie de textes autobiographiques de femmes du XVIIIe siècle embrasse tout le siècle des Lumières, du journal de Rosalba Carriera, jeune pastelliste à Paris pendant la Régence, aux souvenirs de Victoire Monnard, apprentie sous la Révolution, en passant par le journal de Germaine de Staël, les Notes sur l’éducation des enfants d’Adélaïde de Castellane ou de Charlotte-Nicole Coquebert de Montbret, ou encore les Mémoires particuliers de Manon Roland sous la Terreur. Une artiste italienne en France, une actrice anglaise célèbre en visite à la cour de Versailles, une Française inconnue, fille d’artisan, côtoient ici une religieuse limousine dans sa province ou la princesse de Parme, mariée à l’héritier du trône autrichien.
Toutes ont livré par écrit leurs pensées secrètes, leurs sentiments, leurs craintes, leurs joies, leurs espoirs, comme un envers de la » grande histoire « . Leurs textes, très divers dans leur forme et leur contenu, témoignent du développement d’une véritable écriture personnelle, faite de repli sur soi ou d’élan vers l’autre.
Écrire, pour ces femmes attachantes, pleines d’esprit, généreuses, qui s’affirmaient tout en doutant d’elles-mêmes, a été le moyen de conquérir un espace intime où elles pouvaient exprimer leur caractère et leur désir d’émancipation. Elles apparaissent comme les pionnières de la littérature féminine moderne. Et elles demeurent en cela, d’une certaine manière, nos contemporaines.
Ce volume contient des textes de : Rosalba Carriera (1675-1757), Marguerite-Jeanne de Staal-Delaunay (1684-1750), Suzanne Necker (1737- 1794), Françoise-Radegonde Le Noir (1739-1791), Isabelle de Bourbon-Parme (1741-1763), Félicité de Genlis (1746-1830), Jeanne-Marie Roland (1754-1793), Mary Robinson (1758-1800), Charlotte-Nicole Coquebert de Montbret (1760-1832), Adélaïde de Castellane (1761-1805), Germaine de Staël (1766-1817), Marie-Aimée Steck-Guichelin (1776-1821) et Marie-Victoire Monnard (1777-1869). »
Catriona Seth est professeur des universités en littérature française à l’université de Lorraine et professeur associé au département d’histoire de l’université Laval (Québec). Elle est l’auteur de nombreux travaux importants sur la littérature et l’histoire des idées du XVIIIe siècle, entre autres Marie-Antoinette. Anthologie et Dictionnaire (Bouquins, 2006), Les rois aussi en mouraient. Les Lumières en lutte contre la petite vérole (Desjonquères, 2008) et la récente édition des Liaisons dangereuses de Laclos (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2011).

Pourquoi et comment écrire pour le théâtre, voici la très belle proposition de Sarah Pèpe. D’elle je connaissais déjà « La ligne », que j’ai vu jouer. Et Rouge aiguilles dans le recueil « EmbraSer la nuit » m’a particulièrement intéressée, touchée aussi. Une autrice à suivre…
Pourquoi le théâtre on me demande
C’est comme ça que ça me vient je réponds
Des corps parlant dans un espace scénique
J’ai toujours eu un problème avec la contemplation du réel
Accéder à la possibilité du voir nécessite de longs débats intérieurs d’abord
Un débat avec soi pour savoir si on peut
Enfin
S’autoriser le regard sur le monde
Plus exactement
Si la parole intérieure laisse le temps la place
Pour ce regard
Alors je me suis dit
Ca commence avec le conflit
Le conflit entre soi et soi
C’est peut-être pour ça que je pense en dialogues
Il faut beaucoup regarder les autres aussi
Pour inventer des voix
Des personnages
Mais sitôt nés
C’est bien connu
Ils s’échappent
Ils m’échappent
Ils m’entraînent vers un ailleurs que je ne connais pas encore
Alors écrire
Ce serait comme
S’isoler
Pour mieux rencontrer
Alors écrire
Ce serait comme
Créer de la fiction
Pour mieux marcher vers le réel
Alors écrire
Ce serait comme
Emprunter la main
Pour mieux ouvrir les yeux
Son actualité : Sa pièce Les roses blanches également édité par les éditions Koiné a été sélectionnée pour la 11ème édition du Prix ado du théâtre contemporain (délibération le jeudi 7 février 2019 à la Maison du Théâtre d’Amiens)…
» Titulaire d’une licence professionnelle de théâtre et d’une maîtrise de théâtre à Paris 3, je crée ma compagnie de théâtre en 1997 dont l’objet principal estla réalisation de créations pour et par les adolescents ; plusieurs spectacles ont été ainsi représentées : Zouxor, Les ombres, Le monde et moi, dont certains achetés par la Ville de Paris pour le public scolaire et périscolaire. Je me consacre ensuite entièrement à l’enseignement du théâtre, pour tous les publics (enfants, adolescents et adultes).
Plus tard et en parallèle, je commence des projets d’écriture et de mise en scène plus personnels : Variations sur le don, Le Silence D’Emma, Méchante, La Ligne.
L’enseignement prend ensuite de nouveau toute la place ainsi que mon activité à la Ville de Paris.
Il y a un an, je décide d’arrêter l’enseignement du théâtre afin de reprendre le fil de l’écriture. » http://www.eatheatre.fr