Litterama, les femmes en littérature

La nuit africaine – Olive Schreiner / Chef d’oeuvre

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Unique roman publié de son vivant, énorme coup de cœur pour moi, salué par la critique comme l’égal des « Hauts de Hurlevent », remarqué par Bernard Shaw, Oscar Wilde, et plus tard Doris Lessing , « La nuit africaine » est une de ces œuvres dont le cri de révolte résonne encore aujourd’hui.

Publié en 1883 sous un pseudonyme masculin, « La nuit africaine » remporta, en dépit du scandale, un succès foudroyant. Du jour au lendemain, Olive Schreiner se retrouva propulsée dans les salons avant-gardistes de Londres.

On reprocha à ce roman sa construction un peu lâche et décousue et ses longues digressions, mais cela fait partie de son charme à mon avis. Une œuvre d’art existe aussi pour contester les règles, et le roman d’Olive Schreiner en conteste quelques-unes, c’est vrai. Mais les quelques maladresses qu’on a pu lui reprocher sont parfois à l’origine de ce charme puissant qui vous saisit à sa lecture.

D’abord ce paysage, les plaines d’Afrique du Sud, arides, et sèches, enfer brûlant, où paissent quelques troupeaux, et où vivent des Boers, à des kilomètres les uns des autres, isolés, puritains et ignorants, livrés à leurs seuls instincts et débordés parfois par leur violence,  au milieu du XIXe siècle.

Deux enfants, Waldo et Lyndall rêvent d’une autre vie et sentent la révolte gronder en eux, surtout Lyndall, rebelle, qui conteste l’ordre établi et le rôle assigné aux filles :  « Quand je serai grande et que je serai forte, je haïrai tout ce qui a du pouvoir, et j’aiderai tout ce qui est faible. »Comment rester là et étouffer dans cette vie où il ne se passe rien ? Très peu pour elle ! Elle veut partir, elle veut apprendre, et elle n’aura de cesse d’y arriver ! Et même si pour cela il faut être une belle poupée froide, se poudrer le nez,  et se servir des hommes ! Qu’à cela ne tienne, tout plutôt que le mariage, tout plutôt que cette vie étriquée où les rêves s’éteignent un à un. Lyndall est bouleversante, sa lutte est titanesque, et on a peur pour elle à chaque page. Etre une femme, quelle calamité : « Tu vois cette bague ? Elle est jolie, poursuivit-elle en levant sa petite main dans le soleil pour faire étinceler les diamants. Elle vaut bien cinquante livres. Je suis prête à la donner au premier homme qui me dira qu’il voudrait être une femme. […] C’est si charmant d’être une femme ! On se demande pourquoi les hommes rendent grâce au ciel tous les jours de ne pas en être une. » Etre une femme, à cette époque, cela veut dire un destin tout tracé de votre naissance à votre mort. Une vie accablée par les maternités et les tâches ingrates.

Et ce cri peut-être : « Mais il y a une pensée qui est toujours là, qui ne me quitte jamais : j’envie celles qui naîtront plus tard, quand enfin être femme ne sera plus – je l’espère – être marquée du sceau de l’infamie »

A l’époque, cela se payait cher : cette pionnière du féminisme, première romancière blanche et anglophone d’Afrique du sud, détruira un jour tout le reste de son œuvre et s’éteindra seule, dans une chambre d’hôtel du Cap.

A un siècle de distance, écoutez la belle voix d’Olive Schreiner ! Laissez-vous porter par ses accents à la fois sincères et douloureux. Grâce à cette femme et d’autres avec elle, nous sommes aujourd’hui, pour la plupart, libres …

8 Commentaires

  1. Ping : Je lis … donc je suis 1er janvier 2019 | Litterama, les femmes en littérature

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