Archives pour la catégorie – Femmes du Monde entier

Frederika Bremer (1801-1865), pionnière suédoise

 

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Femme de lettres suédoise (Tuorla, Finlande 1801- Arsta, 1865)[1]

Elevée au château d’Arsta, elle reçut une excellente éducation : elle suivit des cours de philosophie, de religion et de politique. A vingt ans, elle commence à ruer dans les brancards, ce qui nous la rend bien sympathique : elle critiqua les sermons des prêtres établissant la supériorité, voulue par Dieu, de l’homme sur la femme.

Elle refusa également de se marier et obtint sa majorité grâce au roi[2]. Pas question de moisir derrière les fourneaux, elle a bien autre chose à faire. Ecrire, par exemple, et voyager, car elle fut une grande voyageuse :  on lui doit des récits qui sont de précieux témoignages sur l’Amérique du Nord et du Sud, Cuba, l’Italie, la Turquie et la Palestine. Le XIXe siècle n’a pas été tendre pour les femmes, mais c’est aussi le siècle des première revendications féministes et des premières victoires : création d’une école normale en 1861, et l’autorisation de préparer un diplôme universitaire en 1873 ( Pour mémoire, en France,  il faut attendre 1880  pour que la Sorbonne s’ouvre aux jeunes filles et que la loi Sée institue un enseignement secondaire féminin d’Etat) et  majorité des femmes à vingt-cinq ans en 1858.

Entre 1835 et 1843, elle écrivit plusieurs romans réalistes, La Famille H… qui lui valut de remporter la médaille d’or de l’Académie suédoise en 1831, Nina (1835) ou les voisins (1837) regroupés sous le titre : Tableaux de la vie privée ( Teckningar utur hvardagslifvet) , où elle prend position en faveur de la femme et de l’enfant dont elle défendait la place dans la société, ce qui suscita de vives polémiques et permit d’engager le débat. Le narrateur gagne en objectivité, se défaisant de son aspect moralisateur (On passait aux femmes les romans édifiants, éducatifs, c’est donc une rupture avec ces codes). Puis elle remporta un immense succès avec Herta, paru en 1856, véritable roman féministe. Elle rassembla dans Foyers du Nouveau Monde et La vie dans l’Ancien Monde ces récits de voyage, découvre les mouvements féministes américains. Les suédoises lui rendirent hommage en créant en 1884 l’Association Frederika Bremer, affiliée à L’Alliance internationale des femmes.

[1] Dictionnaire des femmes célèbres, article, Lucienne Mazenod, Ghislaine Schoeller, Robert Laffont, paris 1992

[2] Birgitta BERG Le dictionnaire universel des créatrices, des femmes, Antoinette Fouque

Vera Brittain et ses écrits contre la guerre (1893-1970)

Vera Brittain ( 1893-1970) – Testament of youth, une voix contre la guerre

J’aimerais vous parler de Vera Brittain, une femme qui a écrit pendant la première guerre mondiale ;  il me semble que si vous parvenez au bout de cet article, vous aurez contribué à la faire revivre, et aurez redonné force à ses combats. Nous sommes les lieux de la mémoire, le conservatoire des voix de femmes, qui s’élevèrent jadis et qui demandent à ne pas être tout à fait oubliées. Je voudrais le relier au roman de Margaret Atwood, dont j’ai écrit récemment la chronique, car si les femmes n’ont pas toujours eu une arme à la main, elles savent d’une autre manière ce qu’est la guerre.

Testament d’une génération sacrifiée

Vera Brittain obtint à sa sortie en 1933, le titre qui lui assura enfin la consécration et le succès, « Testament of youth », récit des années de guerre, à laquelle elle participa en tant qu’infirmière. Elle lui paya un tribut non négligeable, car cette guerre lui enleva son frère et son fiancé, membres d’une génération sacrifiée.

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Toutes les œuvres qu’elle publia par la suite furent plus ou moins autobiographiques. Le traumatisme vécu fut la veine qui irrigua son œuvre mais aussi sa vie, car elle devint une pacifiste convaincue.

« As a child I wrote because it was as natural to me to write as to breathe, and before I could write I invented stories. »

Défendre l’honneur ?

Elle a compris que lutter contre la guerre, c’est lutter contre des représentations, des valeurs qui voient dans la brutalité, la sauvagerie, la barbarie et la mort l’honneur d’un homme, d’une famille, d’une nation.

Une femme libre

Elle dut lutter contre sa famille pour réussir à passer le concours d’entrée réservé aux filles à Oxford, interrompit ses études pour s’engager comme infirmière, et devint une femme libre de ses choix et de ses idées.

Elle voulait devenir écrivain  depuis le plus jeune âge : « As a child I wrote because it was as natural to me to write as to breathe, and before I could write I invented stories. »

Femme engagée, elle contribua au magazine pacifiste, Peace news, lutta contre l’apartheid et le colonialisme.

Les combats de Vera B sont les mêmes que nous pourrions livrer aujourd’hui, les mêmes ressorts animent les mêmes haines, les mêmes conflits dans lesquels des innocents perdent la vie, la joie de vivre, l’espérance et le bonheur.

Que la voix de Véra B et celles de tous les autres ne soient jamais oubliées.

Photo de vera Brittain : Noelbabar [Public domain, Public domain or Public domain], from Wikimedia Commons

Un film a été tiré de cet ouvrage :

A la rencontre de deux femmes : Eliane Viennot et Marguerite de Valois

Résultat de recherche d'images pour "eliane Viennot marguerite de valois"Eliane Viennot est une chercheuse infatigable, spécialiste de Marguerite de Valois et engagée dans une somme « La France, les femmes et le pouvoir », entre autres. La redécouverte d’écrits de femmes et notamment ceux de Marguerite de Valois m’a donné envie de lui poser quelques questions.

A.G.R  (Litterama) : Quel est l’itinéraire personnel et professionnel qui vous a conduite à Marguerite de Valois ?

Eliane Viennot : Le hasard. Quand j’ai fait ma maîtrise, que je voulais faire « sur les femmes », la première enseignante que j’ai trouvée (qui acceptait de tels sujets) m’a proposé de travailler sur Brantôme, sur l’amour et le mariage dans l’œuvre de Brantôme. Quelques mois plus tard, j’ai compris que la femme à laquelle ce mémorialiste dédiait toutes ses œuvres, cette Marguerite de Valois, était celle que moi je connaissais sous le nom de « reine Margot ». Or les deux personnages — celui dont parlait Brantôme et celui que j’avais dans la tête — n’avaient rien à voir. Cela ma intriguée. J’ai décidé de comprendre ce qui lui était arrivé pour qu’il en soit ainsi.
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 A.G.R  (Litterama) : A-t-elle souffert de la réputation que lui a faite Alexandre Dumas ?

Oui et non. Marguerite de Valois a commencé à être un sujet d’étude à partir de la seconde moitié du 18e siècle. Après le succès de La Reine Margot (1845), elle l’est en partie restée pendant quelques décennies, mais de plus en plus d’historiens ont décidé que c’était un sujet indigne, et elle a été abandonnée des chercheurs et chercheuses durant la presque totalité du 20e siècle. Bien d’autres romanciers ont travaillé, après Dumas, à sa « chute » dans l’ornière. Au 20e siècle, elle n’est plus un sujet d’étude, mais elle est un sujet de bavardages pseudo historiques incessants, de romans de gare, comme les Histoires d’amour de l’histoire de France de Guy Breton (c’est le pire).

A.G.R  (Litterama) : Quelle est la postérité que vous lui souhaiteriez ?

Eliane Viennot : La plus juste possible : une postérité qui s’appuie sur ses actions, ses écrits, ses mérites…

A.G.R  (Litterama) : Quels sont les goûts de Marguerite en matière de littérature à son époque ? Que lit-elle?

Eliane Viennot : Elle a lu énormément de choses, mais elle n’en parle pas précisément donc c’est difficile de savoir quoi exactement. Elle a grandi au temps où la Pléiade brillait à la cour. Ronsard a écrit une bergerie qu’elle a joutée, et elle cite (mal) Du Bellay. Elle s’est nourrie de Plutarque, comme tous ses frères, et la Vie des hommes illustres se devine en transparence dans ses écrits. Elle a d’ailleurs demandé à Brantôme d’écrire sa Vie… Elle a lu beaucoup de philosophes (surtout des néoplatoniciens), elle dit à quel point la lecture l’a réconfortée quand elle était gardée à vue au Louvre dans les années 1570 — mais elle a sûrement en tête les longues années passées à Usson. Ses contemporains la considéraient comme un puits de sciences, et en plus elle s’intéressait à tout. Il faut lire aussi les dédicaces qu’on lui a adressées (certaines sont en ligne sur le site que je lui ai consacré): elles disent beaucoup des relations intellectuelles que « ses » auteurs entretenaient avec elle.

A.G.R  (Litterama) : En quoi ses Mémoires, et ses différents écrits, présentent-ils un intérêt pour l’histoire littéraire ?

Eliane Viennot : Ses Mémoires sont à l’origine du genre des mémoires aristocratiques. Ils ont paru en 1628, et tout de suite le livre a été célèbre. Quarante ans plus tard, des témoins disent encore que « le livre est dans toutes les mains ».

A.G.R  (Litterama) : Est-ce un geste unique à son époque ? D’autres femmes parmi ses contemporaines se sont-elles essayé à cet exercice ?

Eliane Viennot : Elle est la première, mais elle ne savait pas qu’elle était en train d’inventer un genre ! Le début de ses Mémoires montre qu’elle ne fait que répondre à Brantôme, qui lui a envoyé un discours sur sa vie. Elle dit « stop », là, vous vous trompez, je vais vous expliquer la véritable histoire, comme ça vous pourrez retoucher votre discours. Mais elle s’est prise au jeu. Puis, en revenant à Paris, elle a laissé tomber le texte, elle avait mieux à faire, sans doute. En tout cas elle ne s’est pas occupée de le laisser en bonne forme pour la postérité. D’où le fait qu’on n’en possède qu’un morceau: toute la fin manque.

A.G.R  (Litterama) : Vous avez créé deux collections, « La Cité des dames » et « L’École du genre », aux Publications de l’université de Saint-Étienne, quels ouvrages recommanderiez-vous plus particulièrement ?

Eliane Viennot : Je trouve tous ces livres importants. La première collection a remis en circulation des textes très difficiles d’accès, soit parce que non réédités, soit parce que reparus dans des collections très onéreuses. L’édition des Mémoires en est à son troisième retirage, celle des Enseignements d’Anne de France au deuxième. C’est la preuve que ces textes ont circulé, été étudiés. La seconde collection a fait connaitre  beaucoup de travaux étrangers, et en général des problématiques tout à fait pionnières. Elle a participé la diffusion des études sur le genre — et de la prise de conscience de l’intérêt des travaux sur la longue durée; car c’est une caractéristique de cette collection.

A.G.R  (Litterama) : Vous êtes une chercheuse particulièrement active et engagée, quelles initiatives auprès du grand public  manquent encore pour diffuser les résultats de la recherche ? Cela pourrait-il contribuer à changer les mentalités ?

Eliane Viennot : Il faudrait que les directions officielles de la recherche suivent ! Et que des enseignements pérennes soient mis en place, au lieu de dépendre de la bonne volonté de quelques enseignantes. Aujourd’hui en France, il y a toujours aussi peu de chaires d’études féministes (ou de genre) qu’il n’y en avait dans  les années 1980 ! Personnellement, tout le travail que j’ai réalisé à Saint-Etienne (enseignement, recherche, éditions) est annulé par mon départ à la retraite. Tout s’arrête.

A.G.R : De tous les livres que vous avez écrits ou ceux auxquels vous avez participé, quel est votre « bébé », celui qui vous a coûté le plus, et dans lequel vous vous retrouvez totalement ? Lequel en priorité nous recommanderiez-vous ?

E.V : J’ai beaucoup aimé faire l’édition des écrits de Marguerite, notamment celle de sa correspondance, qui était très inconnue du monde de la recherche et qui ne peut plus être contournée à présent.

L’autre travail très important est ma recherche sur La France, les femmes, et le pouvoir

J’y suis depuis plus de vingt ans, et ce n’est pas fini: le volume 4 devrait paraître d’ici peu, et je dois confectionner le dernier volume. Au bout du compte, nous disposerons d’une histoire de  France des relations de pouvoir entre les femmes et les hommes.
A.G.R : Pour finir, qu’aimeriez-vous dire aux lecteurs de Litterama ?

E.V :  Lisez des autrices !

Photo Eliane Viennpt : Nattes à chat [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)%5D, de Wikimedia Commons

La fille tatouée – Joyce Carol Oates – La dialectique du maître et de l’esclave, un roman souvent controversé.

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La fille tatouée – Joyce Carol Oates, ,Le livre de poche  2008 (Stock), 416 pages

La fille tatouée s’appelle Alma ; elle échoue à Mount Carmel Avenue, comme une « épave qui aurait flotté de la ville en contrebas jusqu’à ce quartier vallonné de petites boutiques, de boulangeries et de restaurants de luxe ». Elle sait à peine lire, et semble complètement dénuée de curiosité intellectuelle. Son regard est vide et sans expression, dans un visage jeune, sensuel, à la peau très blanche. Mais elle dégage une sorte de puissance érotique qui ne laisse pas les hommes indifférents. Pauvre, abandonnée, elle semble une proie facile.

Qui aurait pu deviner que Joshua Seigl, frisant la quarantaine, écrivain riche et renommé, mais dévoré par un puissant sentiment de culpabilité (celle des survivants de l’Holocauste peut-être), allait poser les yeux sur elle, alors qu’il a la réputation d’un séducteur qui plait aux femmes ?

Comment deux êtres aussi différents vont-ils pouvoir communiquer, voire se comprendre ?

Joshua lui offre un poste, persuadé de sa propre générosité. Alma va accepter , vite rongée par des sentiments violents et contradictoires. Pour tout dire, elle se sent idiote à côté de lui ; elle ressent encore davantage son manque d’éducation et sa misère. Elle en veut passionnément à cet homme d’être juif, riche et estimé et va ruminer des idées de vengeance.

Joshua, quant à lui, ne craint plus d’être jugé par un de ses pairs. Il sait que le monde qu’il représente ne l’intéresse pas. Il se sent attiré par elle mais ne sait pas comment lui parler sans l’embarrasser ou la blesser. Il accumule les maladresses.

Chacun porte en lui une faille, une faiblesse qui va remettre en cause toutes les certitudes et un jour tout va basculer…

Pour l’auteure, « Ecrire, c’est montrer comment les êtres négocient avec la violence ».

Ce roman est magistral ! Féroce aussi ! A partir de la dialectique du maître et de l’esclave –on pense au superbe film de Joseph Losey, The servant – Joyce Carol Oates brosse avec une grande finesse le portrait d’une Amérique coupée en deux, où riches et pauvres ne se rencontrent jamais, voire s’ignorent. Elle peint le mépris de l’élite cultivée et urbaine pour les exclus de la société ultra-libérale, sûre de son pouvoir et de son bon droit. Elle fait basculer deux univers par une simple rencontre !

J’aime énormément cette auteure dont j’ai déjà lu plusieurs livres, sa finesse, sa psychologie des personnages, sa maîtrise de la narration. Lorsque je lis un de ses livres, je ne le lâche plus.

Margaret Atwood – La voleuse d’hommes ou La guerre des sexes aura bien lieu…

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Margaret Atwood – La voleuse d’hommes  ( The Robber Bride, 1993), Editions Robert Laffont, 1994, traduit de l’anglais (Canada) par Anne Rabinovitch, collection 10/18, n°3744

Margaret Atwood est tout simplement géniale : quelle idée astucieuse que d’investir ce terrain qui paraît à première vue uniquement masculin, le territoire de la guerre, et sa discipline la polémologie, sous les traits de Tony, universitaire réputée, dont l’engouement pour la dynamique des massacres spontanés n’a d’égal que son goût des conclusions tranchées. La guerre, comme tout le monde le sait, ne se déroule pas seulement, voire plus, sur les terrains de bataille, ou dans les zones de conflits armés, elle peut se dérouler sous nos crânes, dans nos vies et au cœur de notre psychisme.

La guerre peut avoir une réelle séduction pour ceux dont la rage ou les blessures profondes génèrent une violence impossible à contenir.

Nous sommes à Toronto, dans les années 90, et la guerre et la dévastation  se dissimulent habilement sous les traits harmonieux et la silhouette de rêve de Zénia (Xénia ?). Il est bien connu que l’adversaire, pour pouvoir vaincre, prend appui sur nos faiblesses.

Charis, Tony et Roz, trois amies, ont comme dénominateur commun une enfance difficile qui a laissé des failles en chacune d’elles, ce dont va profiter l’impitoyable Zénia pour détruire les hommes, leurs hommes. La guerre des sexes aura bien lieu… et c’est une femme qui la mène et qui profite des fantasmes des hommes pour mieux les asservir. Ses camarades n’en seront que les victimes collatérales.

Margaret Atwood est une romancière absolument géniale. A chaque roman, le quatrième maintenant, je l’apprécie davantage.

Même si j’ai trouvé les cent premières pages un peu longuettes, ensuite le récit s’accélère et devient captivant. Margaret Atwood a une maîtrise dans la construction du récit qui est tout simplement époustouflante et elle mène son lecteur ou sa lectrice jusque au dénouement final sans jamais faiblir.

lire margaret Atwood

Si vous voulez participer au cycle de lectures, c’est ici.

Féminin/masculin Littératures et cultures anglo-saxonnes

Féminin/masculin: Littératures et cultures anglo-saxonnes par [Collectif, Marret, Sophie]

Présentation de l’éditeur

« Les textes réunis dans ce volume rendent compte de la diversité des questions soulevées par les rapports féminin/masculin, en un temps où la participation des femmes à la vie de la cité est devenue d’une actualité brûlante, où l’analyse renouvelée de la notion d’identité (et d’identité sexuelle) se trouve au cœur des débats philosophiques. Le développement des études féministes a conduit à examiner les représentations de la femme dans la presse, les arts et les lettres ainsi qu’à s’interroger sur les marques du féminin dans l’écriture, questions dont il convenait d’esquisser un bilan quelque trente ans après le tournant décisif pris par les revendications des femmes dans les années soixante-dix. Les articles présentés dans l’ouvrage Féminin/masculin, sélectionnés à la suite du congrès de la Société des anglicistes de l’enseignement supérieur qui s’est tenu à Rennes en mai 1998, permettent d’aborder ces questions à partir d’études précises, qui interrogent spécifiquement les littératures et les cultures anglo-saxonnes. »

Accès au texte – cliquez ici !

L’auteure du mois (Décembre) – Ann Bradstreet (1612-1672), première poétesse américaine

L’auteure du mois : Ann Bradstreet (Northampton, Angleterre, 1612- North Andover, Massachussets, 1672). Bien qu’elle n’aille pas à l’école, elle reçoit une excellente éducation, ce qui était assez rare à l’époque ; son père est appelé « le dévoreur de livres ». Elle bénéficie de la tradition Élisabéthaine qui encourage la culture féminine[1].

Née en Angleterre, elle épousa à seize ans Simon Bradstreet et s’installa en 1630 en Nouvelle-Angleterre en compagnie de son mari et de ses enfants[2]. Son père, Thomas Dudley, devint gouverneur de la Massachussets Bay Colony, Simon Bradstreet fut lui aussi nommé Gouverneur. En 1640, elle eut le premier de ses huit enfants. Elle abandonne le confort d’une vie d’aristocrate contre la rude vie des colonies.

Son mari étant fréquemment absent, elle passe ses jours et ses nuits à lire, dévorant la vaste collection de livres de son père : elle lit Thucydide, Plutarque, Ovide, Suétone, Homère, Hésiode, Milton et Hobbes. Elle possédait une vaste culture qui embrassait autant la religion que les sciences , l’histoire, l’art ou la médecine.

On dit que sa bibliothèque rassemblait plus de 800 ouvrages !

Ses premiers poèmes sont assez conventionnels, basés sur des sujets domestiques et religieux mais reflètent les conflits émotionnels et religieux qui l’agitent en tant que femme écrivain et les prescriptions rigoristes du puritanisme qui s’opposent à sa vocation. La sensualité, les beautés et les plaisirs du monde terrestres s’opposent souvent à l’expérience domestique et les promesses de la religion d’une vie au-delà. Si ses poèmes traduisent sa foi, ils expriment aussi, de manière ambivalente, les tensions entre l’âme et le corps.

La première édition de ses poèmes, subtilisés par son beau-frère, se fit en Angleterre en 1650 sous le titre  The Tenth Muse Lately Spung up in America. Plus tard reconnus comme les siens, de l’avis de ses homologues masculins, prouvaient qu’une femme éduquée pouvait produire des œuvres considérées comme socialement acceptables par les hommes. Il fallut attendre 1678 pour qu’elle soit publiée à Boston, devenant ainsi la première poétesse anglaise des Etats-Unis. La plupart de ses poèmes sont influencés par sir Philip Sidney et par le poète français Du Bartas. Elle publia aussi des discours poétiques sur la symbolique des quatre saisons, un dialogue entre la métropole et la Nouvelle-Angleterre ainsi qu’une histoire en vers fondée sur History of the world de Raleigh. Sa réputation reste cependant liée à des poèmes plus tardifs et plus courts, où elle se montre plus personnelle et moins dépendante des conventions poétiques, ainsi ce poème sous forme de sonnets élisabéthains.

To my dear and loving husband[3]

If ever two were one, then surely we.

If ever man were loved by wife, then thee.

If ever wife was happy in a man,

Compare with me, ye women, if you can.

I prize thy love more than whole mines of gold,

Or all the riches that the East doth hold.

My love is such that rivers cannot quench,

Nor ought but love from thee give recompense.

Thy love is such I can no way repay;

The heavens reward thee manifold, I pray.

Then while we live, in love let’s so persever,

That when we live no more, we may live ever.

[1] https://www.poetryfoundation.org/poets/anne-bradstreet

[2] Dictionnaire des femmes célèbres, article, Lucienne Mazenod, Ghislaine Schoeller, Robert Laffont, paris 1992

[3] https://www.poetryfoundation.org/poems/43706/to-my-dear-and-loving-husband

Photo : GNU Free Documentation License

J’ai vu, j’ai aimé : Mémoire de fille – Annie Ernaux, Cécile Backès / Subtil dialogue entre le théâtre et la littérature

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Mémoire de fille – Annie Ernaux, Cécile Backès

Sur scène, un chœur, trois femmes, deux hommes, qui initient la narration. Ce qui va nous être joué et narré est l’événement qui a marqué les dix-huit ans, en 1958, d’Annie Ernaux, sa nuit d’amour avec un homme, dans laquelle elle s’éprend, mais devient pour les autres la « putain », la fille facile, dont on peut abuser et qu’on peut maltraiter. Le texte joué questionne dans un va-et-vient entre passé et présent de la narration cette jeune fille dont le souvenir comporte en lui-même des trous d’ombre, des partis-pris que les lettres, les photographies parviennent parfois à rectifier.

Les corps se meuvent, dansent, les images fusent sur un écran au fond de la scène. Deux comédiennes traduisent les deux états du corps, les deux âges, Annie E, l’écrivaine et Annie D, la jeune fille.

Les chorégraphies des corps, les tensions, torsions, parfois contorsions racontent l‘amour, le choc, la déchirure. Pauline Belle a la démarche de l’adolescente un peu gauche, les habits qui préservent la pudeur des jeunes filles de l’époque, col fermé (pas d’échancrure), jupe longue et cintrée. Elle est l’exception, celle dont les résultats scolaires lui offrent les premières marches de l’ascension sociale, même s’il faudra bifurquer un temps vers une formation d’institutrice, métier pour lequel elle n’est visiblement pas faite. On le lui dit. L’université sera sa renaissance, son second souffle, la jouissance intellectuelle.

Judith Henry, Annie E, ordonne par son récit la mémoire, Pauline Belle lui donne chair magnifiquement.

Jules Churin, Simon Pineau et Adeline Vesse font de leurs corps, de savants contrepoints, toujours justes, ils se déploient  avec sensualité, traduisent le désir, la quête, la conquête et le mépris, l’éloignement et l’abandon, la jouissance aussi.

Bravo !

Mémoire de fille – Annie Ernaux/Cécile Bakhès – Théâtre de Sartrouville

Le monde du théâtre est un monde assurément difficile pour les femmes. Je ne parlerai pas des différentes statistiques de l’Observatoire des Inégalités qui en permettent le constat. Or voici une autrice, une metteuse en scène, et une distribution à parité qui mettront peut-être à mal ces statistiques. Souhaitons que ce monde s’ouvre davantage aux metteuses en scène.
texte ANNIE ERNAUX
version scénique CÉCILE BACKÈS, MARGAUX ESKENAZI
mise en scène CÉCILE BACKÈS
avec Pauline Belle, Jules Churin, Judith Henry, Simon Pineau, Adeline Vesse

 » Du désir charnel au désir d’écrire : le récit d’une construction intérieure, adapté du dernier roman d’Annie Ernaux.

Durant l’été 1958, Annie D. a vécu sa première nuit d’amour avec un homme. Cinquante ans plus tard, l’écrivaine qu’elle est devenue, Annie E., interroge la jeune femme qu’elle était et explore les transformations profondes que cette expérience a inscrites en elle. Avec Mémoire de fille, Cécile Backès plonge avec une douceur infinie dans l’écriture belle et abrupte du dernier livre d’Annie Ernaux. La metteure en scène transpose ce récit autobiographique dans un théâtre de l’intime, où s’enchevêtrent les temps et les paysages de la mémoire. »

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La princesse de Clèves, dîner-théâtre au Théâtre de Montansier décembre 2018

 « La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat. Jamais cour n’a eu autant de belles personnes ni d’hommes admirablement bien faits. Le goût que le roi François Ier avait pour la poésie et pour les lettres régnait encore en France, et le roi, son fils Henri II, bonsoir votre majesté, comme vous aimiez les exercices du corps, tous les plaisirs étaient à la cour. »

Bruno Schwartz  joue « La princesse de Clèves » de Madame de Lafayette, avec talent, et nous emporte dans ce magnifique texte classique dont l’austérité disparaît dans les ombres et les lumières de la scène de ce théâtre somptueux qu’est le théâtre de Montansier à Versailles,  proposant à chaque spectateur une complicité particulière, choisissant au sein du public quelques spectateurs qui assument les rôles de quelques personnages à leur corps consentant, autour d’une table dressée où sera servi le dîner à la fin du spectacle. Des pauses ménagées dans le récit sont consacrées à la description des usages de la table à l’époque de Mme de Lafayette.

« Quand le sucre est mis au goût du jour, il vaut littéralement son pesant d’or. Pour montrer son pouvoir et sa richesse, on le met donc à toutes les sauces… […]

Un très beau moment, une belle soirée, où se conjuguent plaisirs de l’ouïe, plaisir des yeux, et plaisir de la table.

D’après Madame de la Fayette, conception et mise en scène Benoit Schwartz, scénographie Elisabeth de Sauverzac et Benoit Schwartz, lumières Nicolas Villenave

avec Benoit Schwartz, Production Compagnie La Bao Acou, Espace culturel Luxembourg/Meaux

Jusqu’au 05 décembre pour des scolaires et en tournée

L’hiver de pluie – Lise Tremblay – Une lecture de ciels gris et de mélancolie…

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Lise Tremblay – L’hiver de pluie – Bibliothèque Québécoise XYZ éditions (20/09/2005)

Premier roman de l’auteure, L’hiver de pluie, cisèle son récit de mélancolie et d’errance au sein de la ville de Québec. Les hommes y sont soit petits, soit gros, toujours fuyants ou impuissants, incapables de tendresse et d’amour. Les aventures malheureuses, les déboires affectifs, les rencontres manquées et la ville et ses cafés peuplés de solitudes, de gens pas tout à fait comme il faudrait, voués au malheur et à la déconfiture (si l’on peut dire), sont au diapason de ces ciels gris, de ces flaques sur le sol dans lesquelles se reflète un ciel immensément gris. C’est le roman, peut-être, d’une génération, de la désespérance.

L’hiver de pluie,  est un court récit,  qui excède à peine une centaine de pages,  divisé en deux parties inégales, dans lesquelles des tranches de vie, des moments sont relatés, (beaucoup de références à Poulin que je ne connais pas) qui donnent son atmosphère au livre, intimiste, où la narratrice est aux prises avec les mots, leur impuissance, et la tentation du silence, « dans un pays où on assassine les mots à force de redites], où on les épuise, un pays de peu de mots » (p. 99) ?

La narratrice écrit des lettres qu’elle n’enverra pas à l’homme dont l’abandon, le manque , la conduit à marcher sans fin. Elle marche pour ne pas céder à l’inertie, pour garder la vie en elle, mais elle marche sans but.

Ceux qui marchent : « Ils ne survivent que par compassion, caressés par leur propre douleur qu’ils voient se refléter dans le regard des passants. Ceux qui marchent ont des regards de bêtes qui meurent à petit feu, des bêtes qu’on a oubliées… »

C’est tellement bien écrit, c’est beau aussi comme un ciel pommelé, mais au sortir de cette lecture, on a envie de crier, de sauter dans les flaques, et d’arracher quelques rayons au soleil.

C’était ma dernière lecture pour « Québec en novembre » avec  Karine et Yueyin.

Vidéo : E comme esclavage : un devoir de mémoire… Festival America

J’avais pris pas mal de notes mais j’ai découvert la vidéo, et c’est certainement mieux de la proposer à ceux que le sujet intéresse. On y retrouve Yaa Gyasi, l’autrice de « No home » et notre flamboyante ancienne ministre, Christiane Taubira. Sans compter Dany Laferrière, éminent écrivain.

Louise Dupré : Le Québec, terre de poètes

Laisser la vie nous porter pour découvrir l’extraordinaire – Kim Thuy – Interview par La télé de Lilou

Entretien avec Hélène Dorion, poétesse québécoise

Histoires nordiques – Lucie Lachapelle / L’appel du nord

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Lucie Lachapelle – Histoires nordiques  (2013)– Bibliothèque québécoise , 2018

Histoires nordiques est un recueil de nouvelles composé de façon assez originale, puisque un même personnage évolue dans ces récits, formant la trame de cette rencontre avec le Nord du Québec.

Lucie Lachapelle connaît cette région pour y avoir séjourné plusieurs fois, et y a même enseigné en 1975. Son récit est donc bien documenté. Toutefois, avertit-elle, «Les personnages pourraient être réels, mais ils sont magnifiés ou enlaidis par la littérature. Ça passe par mes émotions, ma sensibilité.»

Louise découvre le Nord à l’âge de quinze ans, plus exactement le Nunavik et en tombe amoureuse. Elle se promet de terminer ses études et d’y revenir.

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Quelques années plus tard, enseignante, elle fait ses premières armes dans cet environnement assez difficile, il faut bien l’avouer. Certains sont morts en voulant franchir les quelques mètres qui séparent deux maisons, en pleine tempête. Le froid y est parfois si mordant, qu’il n’est pas rare d’avoir des membres gelés. Enfin, ce sont surtout les risques qu’encourent les étrangers, parfois très mal préparés à la vie dans le Nord. Les inuits, eux, ont adapté leur vie à leur environnement. Toutefois, le réchauffement  climatique et la fonte des glaces, déjà dans les années 70, introduisent des ruptures auxquels ils ne sont pas préparés.

Louise est profondément émerveillée par les beautés du Nord, la nature à perte de vue, la lumière à nulle autre pareille, et la qualité du silence. Le Nord la révèle à elle-même, la renvoie à sa solitude, mais lui fait découvrir aussi sa force intérieure.

« L’esprit ouvert, le cœur éponge, la sensibilité à fleur de peau ; fière, droite, humble. Elle a su traverser les tempêtes, respirer le vent, absorber la lumière, le froid, le silence.»

Ce récit évoque les difficultés de Louise à s’intégrer, à avoir une vie amoureuse, et un avenir dans cette région où elle reste l’étrangère. Son mode de vie ne l’a pas préparé à la dure condition des femmes innues. Et sa relation avec la nature reste extérieure, celle-ci n’est pas peuplée d’esprits, à la manière innue qui entretient des relations extrêmement vivantes et étroites avec les lieux – la rivière est vivante, elle attend ses morts, elle s’endort ou se réveille.

« Louise fait bien attention de ne pas dévisager les gens qu’elle croise. Elle ne veut pas qu’ils se sentent regardés comme des objets, des sujets d’étude. À vrai dire, c’est plutôt elle qui se sent observée. Les gens interrompent leurs occupations, lèvent les yeux, se retournent sur son passage.»

Ouverte d’esprit, elle tente d’apprendre la langue autochtone, l’inuktitut, et fait de son mieux pour comprendre les coutumes locales.

Mais la démesure du nord vous ravit, dans les deux sens du mots, elle vout émerveille, et vous engloutit.

Ces chroniques du Nord sont passionnantes, je les ai lues de bout en bout, absorbée par elles. Lucie Lachapelle y est respectueuse de l’altérité, et tente de raconter un itinéraire singulier, une rencontre.

Grâce à mes « amies » québécoises, je ressens mieux ce que veut dire d’appartenir à une communauté francophone.

Et puis c’était un Québec en novembre… avec avec  Karine et Yueyin. Elles me pardonneront si je suis complètement à contretemps car c’est aujourd’hui le jour d’

Anais Barbeau Lavalette que j’ai déjà chroniquée avec « La femme qui fuit »

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