Merci

logo 1Merci à l’équipe de la médiathèque de Poissy, à son directeur, aux participants de cette soirée littéraire, à leur accueil, en cette soirée du 8 mars consacrée à l’écriture des femmes. Merci donc d’avoir fait une place à Litterama, les femmes en littérature.

De belles présentations de livres, qui ont donné l’envie de continuer les découvertes !

 

 

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Toi Innu – Joséphine Bacon

Dame Castelloza – C’est un honneur pour moi de vous aimer et de vous prier même sans profit

File:BnF ms. 854 fol. 125 - Na Castelloza (2).jpg

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Femme troubadour au début du XIIIe siècle. Gaie, belle, habitant un château près d’Aurillac, épouse d’un croisé vaillant et sanguinaire, elle dédia trois chansons de ferveur et d’humilité à Armand de Bréon, un grand seigneur qui lui en imposait.

Désormais de chanter, je ne devrais plus avoir envie,

Car plus je chante

Et pis il en va de mon amour

Puisque plaintes et pleurs

Font en moi leur séjour;

Car en un mauvais service

J’ai engagé mon cœur et moi-même

Et si, à bref délai, il ne me retient près de lui,

J’ai fait trop longue attente.

 

Ah! bel ami, du moins qu’un bel accueil

Me soit fait pour vous avant

Que je meure de douleur,

Car les amoureux

Vous tiennent pour farouche,

Voyant qu’aucune joie ne m’advient

De vous. Et pourtant je ne me lasse pas

D’aimer avec bonne foi,

En tous temps, sans cœur volage.

 

Mais jamais envers vous je n’aurai cœur vil

Ni plein de fourberie

Bien qu’en échange je vous trouve pire à mon égard,

Car je tiens à grand honneur

Pour moi cette conduite au fond de mon cœur.

Au contraire, je suis pensive, quand il me souvient

Du riche mérite qui vous protège

Et je sais bien qu’il vous convient

Une dame de plus haut parage.

 

Depuis que je vous ai vu, j’ai été à vos ordres.

Et jamais néanmoins,

Ami, je ne vous en trouvai meilleur pour moi;

Car ni suppliant

ne m’a envoyé par vous ni messager

Disant que vous tourniez le frein vers moi,

Ami, et que pour moi vous fassiez rien.

Puisque la joie ne me soutient pas,

Peu s’en faut que de douleur je n’enrage…

 

1) BnF_ms._854_fol._125_-_Na_Castelloza_(2).jpg ‎(443 × 590 pixels, file size: 49 KB, MIME type: image/jpeg)

Joséphine Bacon – Hommage aux femmes autochtones disparues et/ou assassinées

Béatrice de Die – Chanson

Au XIIe siècle, en Provence, la Comtesse de Die épousa Guillaume de Poitiers. Elle chanta dans la langue d’Oc de l’époque son amour pour Raimbaut d’Orange, qui lui fut indifférent et infidèle. Voici sa chanson extraite d’une anthologie établie par Régine Desforges, dans la traduction de Pierre Seghers. Voir ici : les trobairitz

Chanson

Grande peine m’est advenue

Pour un chevalier que j’ai eu,

Je veux qu’en tous les temps l’on sache

Comment moi, je l’ai tant aimé;

Et maintenant je suis trahie,

Car je lui refusais l’amour.

J’étais pourtant en grand’folie

Au lit comme toute vêtue

 

Combien voudrais mon chevalier

Tenir un soir dans mes bras nus,

Pour lui seul, il serait comblé,

Je ferais coussin de mes hanches;

Car je m’en suis bien plus éprise

Que ne fut Flore de Blanchefleur.

Mon amour et mon cœur lui donne,

Mon âme, mes yeux, et ma vie

 

Bel ami, si plaisant et bon,

Si vous retrouve en mon pouvoir

Et me couche avec vous un soir

Et d’amour vous donne un baiser,

Nul plaisir ne sera meilleur

Que vous, en place de mari,

Sachez-le, si vous promettez

De faire tout ce que je voudrais.

Celles qui…

« Un sort mauvais est fait aux femmes poètes; on a l’impression qu’elles ne sortiront jamais du ghetto de la « féminitude ». Les anthologies leur font la part congrue quand elles ne les ignorent pas tout simplement. Comme partout ailleurs, on retrouve « la femme alibi » – une par siècle, rarement plus. leurs noms nous sont connus : Christine de Pisan, Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, Anna de Noaïlles, Marie Noël, Andrée Chédid… Mais les autres, toutes les autres ? Celles qui trouvaient dans la poésie, le rêve et l’évasion, l’expression de leurs joies, de leurs peines, ou de leur foi, qui manifestaient, dans des vers souples et amples, leur sensualité, l’émerveillent de la maternité, leur amour du beau, leur peur devant la mort, qui disaient le bonheur des matins auprès de l’être aimé ou celui, simple, d’exister, qui jouaient avec les mots, avec les rimes, qui montraient leur sens aigu d’observation du monde, leur difficulté à se prendre au sérieux, qui dissertaient savamment, en alexandrins, de philosophie et de politique, qui prenaient la plume contre l’injustice et celles pour qui la poésie donnait, le plus souvent, un sens à la plus banale existence. »

Régine Desforges, 1993 in Poèmes de femmes

Vendredi 8 mars 19H30-21H00, Médiathèque de Poissy (Yvelines) « Y a-t-il une écriture féminine ? »

J’aurai le plaisir de participer à cette soirée…

Natasha Kanape Fontaine – Bleuets et abricots

A mon amie Claire, pour son anniversaire…

Nanimissuat Île-tonnerre, Natasha Kanapé Fontaine , Mémoire d’encrier 2018

Nanimissuat Île-tonnerre, Natasha Kanapé Fontaine , Mémoire d’encrier 2018

L’oiseau-tonnerre (1)

Nanimissuat IÎle tonnerre de Natasha Kanapé Fontaine est l’histoire bouleversante d’une renaissance.

En proie à l’alcoolisme, l’auteure prend conscience des blessures de ses ancêtres qui sont en elle, qu’elles lui ont été léguées, même si elles ne lui en ont jamais parlé. Qui la font souffrir. Ce manque de repères la noie et il faut qu’elle se sauve, il lui faut une île.

« Je me suis rendu compte que j’avais les mêmes symptômes que quelqu’un qui aurait vécu des atrocités, alors que je n’en ai pas vécu. J’ai mesuré pour la première fois tout ce que je porte en moi depuis des années et qui ne m’appartient pas » lit-on sur le site du Devoir. Je vous en recommande la lecture.

Le recueil s’ouvre sur une première partie : « Je suis trois femmes en une »,  « Nous sommes mortes/ensevelies/Sous des pluies diluviennes/ De migrantes/ D’assassinées/ Disparues ».
Les blessures sont les siennes. Elles ont l’odeur de leurs plaies.

De cet amalgame, elle doit séparer les trois éléments afin de les faire parvenir à sa conscience, de les imaginer heureuses aussi.

Sa grand-mère, partie trop tôt à l’âge de 59 ans, « Je perds pied/ Les tempêtes/ Mes empreintes/ Sur la grève s’envolent. »

De sa mère, elle récoltera la mémoire : « Les enfants plongent dans le sable/ Et récoltent les fruits/ leur mère »

La fille ne sait pas encore « parler aux étrangères » qui « l’habitent ».

Il lui faut trouver son île, « qui regorge de constellations. »

Les tambours se mettent alors à résonner, si importants dans la culture innue, fait de la peau des caribous, qui relient l’homme à la nature et à tous les êtres vivants.

« Combattre/ Que nous puissions/ Faire fondre nos chaînes/ A force de friction »

Extraire la mémoire,  c’est en Nouvelle-Zélande que l’auteure trouvera son île. L’oiseau apparaît dans le ciel, pour recommencer le récit du monde, réécrire l’histoire.

L’histoire sera peuplée de volcans, d’ouragans et d’éclairs mais peu importe, la paix est retrouvée.

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Thunderbird on top of Totem Pole in Thunderbird Park in Victoria, BC Canada. Taken by Dr Haggis on 29JUL04

 

Natasha Kanapé Fontaine :  » La poétique de la relation au territoire

 

« Le nomadisme a beaucoup influencé la perception du monde, de l’être humain dans son environnement, et la perception de l’être humain avec les animaux, avec les autres êtres vivants, les végétaux, non seulement le territoire, l’environnement, la nature, la planète, mais aussi avec l’univers, de cela a résulté une certaine perception extraterrestre et intraterreste. »

« Le mot « innu » veut dire « être humain ». »

« Le concept de mouvement a beaucoup forgé, j’imagine, la perception de l’innu dans son environnement, […], cela a influencé sa philosophie, mais aussi sa spiritualité, la spiritualité étant un aspect de l’être innu, de la vie innue, étant le concret de la relation au territoire, […]constitué du tambour qui était un instrument qui servait à entrer en relation soit avec l’univers, soit avec l’environnement, les animaux, mais surtout à placer l’innu dans cette relation-là et rappeler à l’environnement qu’elle existe et que l’être humain accepte chaque jour de dire « oui » à cette relation que la nature lui propose. »

Chercher ses grands-mères en littérature – Christine Planté

Par The Roycrofters — Little Journeys To The Homes Of Famous Women, Domaine public, Elisabeth Barrett Browning

« Les femmes écrivains sont d’autre part très souvent parties à la recherche de ce qu’Elisabeth Barrett Browning appelait leurs « grands-mères en littérature » — parfois d’ailleurs pour les rejeter violemment ou affirmer une rupture. Ceci ne signifie pas nécessairement un reniement ou un refus des « grands-pères », mais la conviction qu’ils ne suffisent pas et que, pour que l’activité d’écriture, et de publication, soit pour une femme possible et pensable (1), il faut qu’elle puisse s’autoriser de références féminines. »

(1) souligné par moi.

Femmes innues à Mingan en 1947 Les Innus de Ekuanitshit

Français : Femmes montagnaises à Mingan, 1947, public domain

source : banq.qc.ca

Photo d’archives du Bas-Saint-Laurent

Jeudi 14 mars 2019 – Paris – Apéro littéraire « Les femmes qui écrivent sur le monde du travail »

apéro littéraire

Marche des peuples #3 – Slam de Natasha Kanapé Fontaine

« Je parle ta langue pour que tu me comprennes

Quand nous sommes plusieurs à avoir oublié la nôtre

[…]

Nos femmes sont plus fortes que les tiennes

Elles ont cent mille ans de résistance dans les veines… »

2014 – La marche des peuples pour la Terre-Mère

700km, 34 jours de marche le long du fleuve St-Laurent

Initiative citoyenne de protestation contre les projets de pipelines visant à exporter les sables bitumeux albertains

Réflexion sur la féminité native au XXIe siècle – Natasha Kanapé Fontaine

« Cela faisait longtemps que les aînées nous disaient : « Femmes, reprenez votre place, reprenez votre parole, reprenez la force de votre culture, de votre spiritualité, et mettez ça dans un tout et vous verrez, ce que ça va faire. »

Il y a quatre ans, on a assisté au mouvement pancanadien « Idle no more »[1] qui fait que maintenant, un mouvement de réaffirmation identitaire des femmes à l’intérieur des communautés autochtones partout au pays et à travers le monde. Par cette force, cette énergie qui passe au travers de nous, on sent finalement qu’on peut appartenir à notre époque, on peut appartenir à cette renaissance, à cette revitalisation des êtres au sein des individus, des communautés, de recréer des politiques organiques qui sont à l’image de notre tradition, et qui avaient cours avant la colonisation, avant qu’un autre système soit imposé, en totale opposition  de la manière dont on pense. A l’intérieur de ces communautés, les femmes sont en train de recréer ça et ça a vraiment des répercussions sur la santé spirituelle , mentale, de la plupart des individus de la communauté. »

« Notre capacité de résilience est assez phénoménale. »

[1] Le mouvement Idle No More – Jamais plus l’inaction1, désigne le mouvement de contestation des Premières Nations du Canada, déployé en réaction à l’adoption par le gouvernement harper d’une loi qui entraîne selon les manifestants, la violation des traités ancestraux.

Dès le 2 décembre 2012 , le mouvement Idle No More est lancé dans l’Ouest du Canada par quatre femmes : Nina Wilson, Sylvia McAdam, Jessica Gordon et Sheelah McLean.

Innu de Pessamit, Natasha Kanapé Fontaine est poète, slameuse, peintre, comédienne et militante pour les droits autochtones. Elle a publié « N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures » (Prix de poésie de la Société des Écrivains francophones d’Amérique 2013), « Manifeste Assi » (2014) et « Bleuets et abricots » (2016) chez Mémoire d’encrier.

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Printemps des poètes Litterama – la beauté in Le mois des poétesses innu

Édition 2019

La beauté pour les poétesses innu, est la beauté de la Terre, de la terre souffrante,

« Ma Terre, je la prendrai dans ma main

Je la soignerai avec un pan de ma jupe

Essuierai ses larmes noires

Mes cheveux ses joues creuses

Je la bercerai en ses tremblements

Je ne dors plus

L’endormirai sur mes genoux

et saluerai mes ancêtres de la main

Avec le bégaiement,

L’enfant à naître que je suis… »

Natasha Kanapé Fontaine