Dans la ville d’or et d’argent de Kenizé Mourad

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Kénizé Mourad Dans la ville d’or et d’argent, Editions Robert Laffont 2010, Le livre de poche 2012.

Cette lecture a fait parfaitement écho au livre de Moïra Sauvage « Guerrières ! A la rencontre du sexe fort » car il s’agit vraiment ici de l’histoire d’une guerrière, Hazrat Mahal, quatrième épouse du roi d’Awadh, au nord de l’Inde, qui fut à la tête du soulèvement du peuple et mena jusqu’u bout cette première guerre nationale.

  Lorsque la Compagnie anglaise des Indes orientales décide de s’emparer d’Awadh, Etat prospère du nord de l’Inde, en 1856,  le roi, la Rajmata, sa mère, et une partie de sa cour décident d’aller en Angleterre plaider leur cause auprès de la reine Victoria. Sans monarque, le royaume se retrouve livré au pouvoir du résident anglais.

  Enfermée dans le Harem depuis de nombreuses années, Hazrat s’ennuie. A l’époque, la purda impose la réclusion des femmes et une stricte séparation entre les sexes. Le roi a de nombreuses épouses qu’il délaisse une fois son caprice satisfait. Elle est encore jeune, et excepté son amour de la poésie, et son habileté à versifier, dans le « Zenana », il n’y a rien d’autre à faire que déjouer la malveillance et la jalousie des autres concubines du roi. La vie émolliente de la cour, l’indolence et le désœuvrement ne lui permettent pas d’exprimer sa personnalité. Le Zénana se révèle vite être ce qu’il est, une prison, « où s’étiolent les plus belles femmes du royaume ». Les femmes passent leur vie à attendre et finissent « enterrées vivantes ».

Son parcours est une réussite : orpheline, vendue par ses tuteurs comme courtisane, elle bénéficie d’une éducation poussée. En effet, les courtisanes ne sont pas des simples prostituées mais ont un statut très élevé. « En général, elles ont un riche protecteur et reçoivent chaque soir dans leur salon des aristocrates et des artistes. Tout en buvant et se restaurant de mets choisis, on écoute de la musique, récite des poèmes et converse jusqu’aux petites heures de l’aube »

Enfant, son père lui a laissé une grande liberté en pensant qu’elle aurait bien le temps de « subir sa vie de femme », et cette expérience lui a laissé le goût de la liberté.

 D’autres personnages de « Guerrières » émaillent ce livre : Lakshmi Baï dont le père a fait une cavalière hors pair, rompue au maniement des armes et d’autres personnages historiques dont l’auteure nous rappelle l’histoire. Ainsi Razia Sultane, que son père en 1236, désigna pour lui succéder sur le trône de Delhi, ou au XVIIe siècle Nur Jehan, épouse de l’empereur Jahangir qui dirigea l’empire Moghol pendant que son mari s’adonnait à la poésie et la boisson ou encore les souveraines de Bhopal, l’une des plus grandes principautés musulmanes des Indes

 Musulmane, elle s’élève contre le détournement et la méconnaissance des textes sacrés, et rappelle que « Le prophète a au contraire, donné aux femmes des droits qu’aucune chrétienne, juive ou hindoue n’avait à l’époque et n’obtiendrait avant des siècles : le droit à l’héritage, la libre disposition de ses biens, le droit de faire des affaires… », que nulle part dans le Coran, il n’est demandé de cacher son visage, ni même ses cheveux. » Elle cite ces passages : « Dis aux croyantes de baisser le regard, d’être pudiques, de ne monter que l’extérieur de leurs atours, de rabattre leur voile sur leur poitrine »Sourate 24, verset 31, et « Dis à tes épouses et à tes filles, et aux femmes des croyants, de se revêtir de leur mante ».Sourate 33, verset 59.

 

English: Begum Hazrat Mahal, also known as Beg...

English: Begum Hazrat Mahal, also known as Begum of Awadh, was the wife of Nawab Wajid Ali Shah (Photo credit: Wikipedia)

Hazrat, par la seule force de sa personnalité, une vive intelligence, et une détermination sans faille, va savoir profiter de la guerre pour conquérir sa liberté. De tout temps on a interdit aux femmes la guerre, et les quelques personnages de femmes qui ont réussi à échapper à ce tabou sont encore et toujours des exceptions. Elles ont osé aller contre la tradition. En Inde au XIXe siècle, en dehors du Harem, une femme mariée « est moins qu’une prostituée qui, elle, a la liberté de refuser sa couche. Une femme mariée, si elle n’a pas de fortune personnelle, est totalement dépendante du bon vouloir et des humeurs de son époux. »

            Cette begum courageuse exploitera ses qualités viriles, exprimera sa force, et conduira même ses hommes à la bataille, preuve s’il en est que ces qualités ne sont pas l’apanage des hommes.

  C’est le livre de Moïra Sauvage ( Guerrières), qui par ricochet, m’a intéressée à ce récit qui sinon m’aurait peut-être un peu ennuyée. Presque 500 pages de récits de batailles, de stratégies militaires, de descriptions de milliers de morts, d’atrocités commises, c’en était assez pour moi ! Heureusement il y a une belle et malheureuse histoire d’amour qui soutient le récit !

6 réflexions sur “Dans la ville d’or et d’argent de Kenizé Mourad

  1. J’ai lu et vraiment aimé « De la part de la princesse morte » et aussi avec « Le jardin de Badalpour » je n’ai pas lu ce titre parce que des lecteurs de ma bibliothèque m’ont dit qu’il était moins captivant. J’aime beaucoup le fait que cette femme témoigne de sa vie. J’espère que tu as fait une bonne rentrée……
    Commentaire n°2 posté par Nina le 05/09/2012 à 23h36

    Oui, c’est un livre très moyen.
    Réponse de Anis le 08/09/2012 à 08h24

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  2. Oui, alors s’il faut se farcir 500 pages de descriptions toutes plus morbides le sunes que les autres, je dis non ! et tant pis pour l’histoire d’amour.
    Commentaire n°3 posté par Philisine Cave le 05/09/2012 à 20h20

    Oui, il y a des petites longueurs, tout de même.
    Réponse de Anis le 08/09/2012 à 08h22

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  3. Comme quoi une lecture en entraîne une autre…
    Commentaire n°4 posté par keisha le 05/09/2012 à 14h23

    Oui, c’est amusant. Tout se tisse et s’entremêle pour fabriquer du sens.
    Réponse de Anis le 05/09/2012 à 16h59

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  4. Les descriptions des batailles me font fuir…
    Commentaire n°5 posté par clara le 05/09/2012 à 07h47

    Ca montre vraiment la cruauté du colonialisme.
    Réponse de Anis le 05/09/2012 à 16h58

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  5. Ce livre ne m’intéresse pas. En revanche, j’aime beaucoup l’idée de  » la lecture en ricochet » : ce lien inextricable qu’ont certains livres entre eux…tiens justement évoquer les liens inextricables me fait penser à Calvino – dans un réseau de lignes entrelacées / dans un réseau de lignes entrecroisées – de son chef d’oeuvre Si par une nuit d’hiver un voyageur…faut que je le relise! Bon je suis complètement hors-sujet, mais bon l’esprit d’escalier… bises
    Commentaire n°1 posté par Nadael le 07/09/2012 à 14h11

    Non, tu n’es pas du tout hors sujet. C’est exactement ce qui se passe,on tisse entre les textes.
    Réponse de Anis le 08/09/2012 à 08h25

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