Survivre : Le cœur des femmes / café des libraires

Survivre : Le cœur des femmes

Ce qui me semble particulièrement intéressant, est le fait, que le roman  (XIIe, XIIIe siècle pour sa naissance?) , s’est très tôt emparé de la condition des femmes (Il a quand même fallu attendre un peu) pour la dénoncer, de façon très indirecte tout d’abord, puis plus frontale, moins déguisée, jusqu’à nos jours. Le roman a été et reste un moyen de lutte, le lieu d’une prise de parole dénonçant les violences faites aux femmes. Et la littérature est peuplée d’héroïnes, parfois malmenées (je pense au naturalisme condamnant Thèrèse Raquin ou à la femme fatale du XIXe), mais d’héroïnes tout de même. Je renvoie à cet article

La vierge et autres racontars sur l’éternel féminin. Visions de la femme dans les romans masculins

Destins de femmes dans le roman populaire en France et en Angleterre au XIXe siècle (1)

David-Ménard Monique. Qu’est-ce qu’une femme fatale ? Hécate et les autres. In: Les Cahiers du GRIF, N. 47, 1993.
Misogynies. pp. 101-106.

dimanche 23 septembre 2018 de 14h00 à 15h00

Hôtel de ville – Salle des Fêtes Localisation

« Jusque dans leur chair, les femmes ont, de tout temps, été brimées, violentées, brisées. C’est peut-être cette lutte pour la survie, comme inscrite dans leurs gênes, qui les rend aujourd’hui si fortes et si combatives. Trois portraits de femmes aux prises avec la rudesse du monde. »

En présence de :

F… comme Femmes : Portraits de femmes #2

Des femmes avaient répondu à cette question, ce sont maintenant les hommes qui vont s’atteler à cette tâche. Passionnant !

samedi 22 septembre 2018 de 18h00 à 19h00
Espace Sorano – Théâtre Localisation

« Longtemps, les femmes ont été cantonnées au rôle de personnages secondaires. Heureusement, les choses ont bien changé. Aujourd’hui, les femmes marquent de leur empreinte la richesse et la diversité de la culture contemporaine. Mais il est encore utile de s’interroger sur la place des femmes dans le monde, ce qui a été acquis de haute lutte et ce qu’il reste à conquérir. Quelle est maintenant la place des femmes dans la fiction ? Écrit-on de la même manière un personnage féminin lorsqu’on est un homme ou une femme ? »

En présence de :

F… comme Féminisme : Le Deuxième Sexe. L’écriture, un moyen de lutte ?

samedi 22 septembre 2018 de 14h00 à 15h30
Centre Culturel G. Pompidou Localisation
L’écriture des femmes est profondément liée à leur combat pour exister car elle a fait l’objet de luttes féroces. Avoir le droit d’écrire, d’être publiée, pouvoir s’exprimer dans la sphère publique, a été conquis de haute lutte. J’entends souvent les femmes elles-mêmes rejeter les combats féministes au motif qu’aujourd’hui dans le monde occidental, les femmes ont à peu près les mêmes droits que les hommes. D’ailleurs, dans des journaux d’écrivain que j’ai lus récemment des auteurs se font l’écho de l’affaire Weinstein, au mois d’octobre dernier, et se demandent pourquoi autant de bruit pour rien, au prétexte que les femmes peuvent toujours se défendre, qu’elles sont des « grandes filles ». Il me semble que c’est exactement là que le bât blesse. Un philosophe que j’aime beaucoup, qui représente pour moi, tout ce que devrait être un homme aujourd’hui, dit que le féminisme est un humanisme, mais en réponse Beatriz ou Paul Preciado (transgenré ? mais proclame n’appartenir à aucun genre), dans le journal Libé du 26 septembre 2014, assène qu’il est plutôt un animalisme, « Alors, l’humanisme inventa un autre corps qu’il appela humain : un corps souverain, blanc, hétérosexuel, sain, séminal. « 
Pourtant nombre de femmes dans le monde savent qu’être femme les conditionne à un statut et un devenir auxquels elles voudraient bien échapper. Ainsi assignées à leur genre, elles n’ont d’autre choix que le revendiquer. L’écriture est un moyen de lutte. Je lis des femmes du monde entier, et force est de le constater.

« Les récents scandales d’abus sexuels aux États-Unis, l’émergence du #Metoo Movement ont permis de rebattre les cartes du combat pour l’égalité entre hommes et femmes dans la société et la vie privée. Force est de constater qu’il reste beaucoup à faire partout dans le monde. De quelle manière la fiction s’empare-t-elle du sujet ? L’écriture est-elle un moyen de lutte efficace ? »

En présence de (les liens renvoient au site du festival) :

F… comme Femmes : Portraits de femmes #1 Festival America

F… comme Femmes : Portraits de femmes #1

Quelques débats extrêmement passionnants vont avoir lieu pendant le festival,  auxquels j’ai vraiment envie d’assister cette année, même si le mois de septembre est un mois extrêmement chargé,  je vais faire en sorte d’oublier mon « sacerdoce » pour rejoindre cette incursion du continent américain en terres franciliennes.

La première conférence qui intéresse au premier chef Litterama examine la place des femmes dans la fiction. Ecrit-on de la même façon un personnage féminin selon le genre auquel on appartient ?

Lorsqu’on est homme, il me semble que percevoir une femme peut se faire de deux manières, une profondément intérieure, dans son féminin profond, que possèdent les hommes eux aussi et dont on les a longtemps privée, et une autre plus sociologique, sur la base de ce qui pourraient être des clichés liés au genre même si on tente de les dynamiter. En effet, à quelle autre expérience peuvent faire appel les écrivains qui veulent dresser un portrait de femme : ce qu’ils observent des femmes dans la société dans laquelle elles vivent, l’analyse de leur situation, de la domination qui est exercée sur elle ? Face à cette question, des femmes vont répondre dans un premier temps et, dans la soirée, une autre conférence aura lieu, tenue par des hommes.

samedi 22 septembre 2018 de 11h30 à 13h00
Cœur de ville – Auditorium Jean-Pierre Miquel Localisation

« Longtemps, les femmes ont été cantonnées au rôle de personnages secondaires. Heureusement, les choses ont bien changé. Aujourd’hui, les femmes marquent de leur empreinte la richesse et la diversité de la culture contemporaine. Mais il est encore utile de s’interroger sur la place des femmes dans le monde, ce qui a été acquis de haute lutte et ce qu’il reste à conquérir. Quelle est maintenant la place des femmes dans la fiction ? Écrit-on de la même manière un personnage féminin lorsqu’on est un homme ou une femme ? »

En présence de :

Le Canada invité au Festival America du 20 au 23 septembre 2018

Parmi les auteurs invités, vingt-huit sont canadiens, et sur ces vingt-huit, dix seront des femmes. C’est le hasard, je pense qu’il n’y a pas lieu de faire ici du mauvais esprit. Tout de même, ce n’est pas loin de la moitié ! Aie, c’est vraiment tout près du tiers… Enfin, si on se met à compter, on n’est pas sorti de l’auberge, comme disait ma grand-mère !

Je suis sûre qu’il y a une explication toute simple :

  • Elles ne peuvent pas faire garder les enfants.
  • Elles ont déjà pris toutes leurs vacances.
  • Elles se sont fait voler leurs papiers d’identité, et comme tout le monde le sait, ça prend un temps fou pour les faire refaire.
  • Au Canada, les femmes écrivent moins que les hommes, elles ont mieux à faire (shopping ?manucure ?).
  • Elles écriraient moins bien ?

Je blague bien sûr, et quand on aime, on ne compte pas.  Des progrès sont nets en France, si on consulte l’Observatoire des inégalités 2018,  la Part des femmes parmi les lauréat·e·s de quelques prix littéraires emblématiques, 1900-2017, est de 41%. La Part des femmes dans les jurys de quelques prix littéraires emblématiques, 2012-2017, est de 38% pour la composition de ceux-ci et 18% sont présidentes desdits jurys.

« Dans la majorité des domaines, les femmes sont exclues de la consécration artistique. []Malgré le nombre significatif de femmes dramaturges ou mettant en scène des pièces de théâtre, la part de femmes sélectionnées ou primées est très faible, sans présenter d’amélioration réelle depuis les années 1990.

Le livre est l’un des rares secteurs dans lequel les femmes reçoivent des prix (tableau 55), en dépit de jurys majoritairement masculins (tableau 54). » Observatoire des inégalités 2018

Mais qu’en est-il du Canada ?

Difficile de trouver des informations pour le Canada dans son intégralité, des études distinctes ont été réalisées pour le canada francophone et anglophone, mais elles commencent à dater. A la lecture des grands titres rencontrés sur le web, il semble que la situation soit assez similaire à celle que les femmes vivent dans le reste du monde occidental, mais je n’ai pas plus de précision. Si des canadiens passent par-là, peut-être pourront-ils nous éclairer ?

Qu’à cela ne tienne, nous essaierons de compenser cela en leur donnant un peu plus de visibilité. Il est très important que les français fassent véritablement leur connaissance.

Qui sont-elles ?

Margaret Atwood –  Anaïs Barbeau-LavaletteNaomi FontaineCatherine-Eve GroleauEmma HooperNancy LeeJulie MazzieriAndrée A Michaud Heither O’NeillLise Tremblay

Qui sont-ils ?

Christophe BernardDavid Chariandy – deWitt Patrick – Dickner Nicolas – El Akkad Omar – Goudreault David – Grenier Daniel – Guay-Poliquin Christian –  Hardcastle Kevin – Larue Stéphane –  McCabe Alexandre – Morissette Guillaume – Plamondon Éric – Reid Iain – Vigna John – Villeneuve Mathieu Wilson D.W. – Winter Michael

Nous lirons aussi un écrivain américain : Gabriel Tallent avec My absolute darling

L’auteure du mois d’août : Euphrosine de Polatsk ou de Polotsk (1110-1173)

L’auteure du mois d’août Euphrosine de Polatsk ou de Polotsk (1110-1173)

source wikicommons

Elle ne manque  pas de caractère Euphrosine car à douze ans, elle refuse tout net de se marier! Elle a déjà le goût d’une vie indépendante, prend le voile très jeune, et organise une solitude qu’elle aime paticulièrement, à la cathédrale Sainte Sagesse où elle obtient l’autorisation de résider. Elle aime l’écriture,  copie des manuscrits, et la vente des livres lui permet de gagner sa vie et de distribuer aussi des aumônes.[1

]Il n’y avait pas une infinité de destins possibles pour une femme à l’époque. La plupart du temps, elles se retrouvaient accablées d’enfants et soumises à la tutelle d’un mari.

La religion pouvait permettre d’étancher sa soif de savoir, dans certaines limites bien entendu que les doctes de l’Eglise ne manquaient pas de vous rappeler. Surtout si vous étiez une femme ! Il n’y a guère de femmes dans la hiérarchie de l’Eglise. Tout ça à cause d’une histoire de pomme !

En dehors de ses activités de copiste,  elle écrit également des traductions, des prières et des récits.[2] Elle voyage et entreprend un long périple vers Jérusalem où elle mourra.[3]

Des auteurs contemporains s’inspirèrent de sa vie dans leurs œuvres littéraires : « Ce fut notamment le cas de Taicy Bondar (TaicbI BOMap) dans son roman La tentation (CnaKyca), d’Alecia Asipienki (Anecia AcineHKi) dans son roman Les Saints pécheurs (CB5ITWIrp3IIlHiKi), de Volga Ipatau (BoJIHa InaTay) dans son roman historique Pradslava (TIpa,IJ,CJIaBa),ou d’Ouladzimir Arlou (YJIa,IJ,3iMip ApJIoy) dans ses œuvres. Elle inspira aussi les vers de la poètesse Nathalia Arcienieva. »[4]

Euphrosyne , à partir de 1984, en Biélorussie, a été reconnue comme un promoteur du christianisme, de la langue écrite, et de la culture.[5]

[1] wikipédia

[2] PARLONS BIELORUSSIEN, Langue et culture, MOBa it: KyJIbTypa,

Virginie Symaniec et Alexandra Goujon

[3] wikipedia

[4] Parlons biélorussien

[5] https://orthodoxologie.blogspot.com/2010/05/sainte-euphrosyne-de-polotsk.html

 

Marie-Pierre Cattino – « Ecrire »

Photographie  (copyright Sarah Meunier)

Marie-Pierre Cattino a accepté de livrer, pour Litterama, sa conception de l’écriture théâtrale.

ECRIRE…

« Il y a cette préférence chez moi pour un travail vecteur d’images. Mes textes sont une tentative d’approcher des personnages plongés dans un monde nouveau. Ce que je veux dire, c’est que je m’immerge dans un univers et regarde ce qui s’y passe quand les éléments bougent. Parfois, ils se défendent… Je travaille un texte jusqu’à ce qu’il ressemble à ce que je perçois de lui. Me mettre à table, pour comprendre ce qui se trame à l’intérieur, n’est pas un vain mot mais un choix, des lignes, des pistes pour obtenir ce qui ressemble à ce que je voudrais y mettre, tout en laissant une place au comédien et à l’imaginaire du lecteur. Je crois aussi que cette conscience poussée à l’extrême est usante et réjouissante et à la fois, me permet d’écrire de nouveaux textes. C’est difficile de transmettre le sens de son objet, car je ne suis ni sculpteur ni orfèvre, ne prends aucune matière brute en devenir. Je crée du sens avec du vide. J’aime tellement le vide et le plein. Ils sont faits pour cela les mots, mettre une matière à l’épreuve. Mais je le répète, pas comme un art en devenir mais plutôt comme une issue en phase avec son temps. On crée de la modernité incessante. L’écriture, serait alors mettre en bouche une langue formée de trous, d’aspérités, de silences, d’étonnement. Et le théâtre auquel j’aspire, (donner vie) use de la gomme. Il y a DES écritures, je le sais fort bien. Toutes et tous cherchons à y voir plus clair. Sans doute, est-ce pour cela qu’on écrit. Je me dis, parfois, qu’aller dans ce sens ne sera pas intéressant pour le texte, alors je m’efforce d’aller dans le sens où les personnages seraient à leur aise, c’est-à-dire, connivence entre sens et conflit. Mettre en jeu, en avançant un thème, un sujet, des personnages, ensemble, peu à peu, en faire un tout, une fin ouverte. Ce n’est pas si simple, on parle assez rarement des textes qui ont résisté, qui ne s’offrent pas facilement à l’auteur…« 

Lecture des monologues du recueil Embras(S)ser la nuit

Lecture des monologues du recueil Embras(S)ser la nuit, Claire Barrabes, Marie-Pierre Cattino, Sabine Revillet et Sarah Pèpe, le jeudi 13 décembre 2018, Bibliothèque Lancry, Paris 10eme.(Rue de Lancry, près de la place de la République). A confirmer car la maison d’édition mentionne le 18e.

Résultat de recherche d'images pour "bibliothèque dessin"

Embras(S)er la nuit/ Claire Barrabes-Marie-Pierre Cattino/ Sarah Pèpe- Sabine Revillet

Résultat de recherche d'images pour "embras(s)er la nuit éditions koiné"

Embras(S)er la nuit/ Claire Barrabes – Marie-Pierre Cattino – Sarah Pèpe- Sabine Revillet, Editions Koiné, Bagnolet, 2018

Ce recueil est composé de quatre monologues, de quatre autrices : Claire Barrabes, Marie-Pierre Cattino, Sarah Pèpe, Sabine revillet

Ces quatre textes aident à repenser les problèmes inhérents à la place de la femme dans l’espace public. Mais ils sont avant tout des variations littéraires sur un même thème conduites avec brio. Un petit bijou !

« Louis ! Dans sa nuque ça sent le soleil et la crasse. Et quand je suis perdue je pense à ce recoin de peau et ça se pose en moi » Traversée obligatoire Claire Barrabès

Naître homme, pas celui qui vous harcèlera dans le bureau, dont le regard salace plongera dans votre décolleté, mais l’homme libéré des préjugés, des « clichés sociaux millénaires intégrés », l’homme libre de demain, aimant, dont la paternité heureuse et bienveillante, inventera le fils pour qui non c’est non, respectueux du désir ou non-désir de l’autre, dans un espace public commun, mixte, et égalitaire.

L’écriture de Claire Barrabès est cet « art plein de rencontres » qui dit la violence, la mort et l’amour dans une écriture tendue et poétique. Une merveille.

« Les requins oui à cause des requins des vagues des remous profonds car tu ne sais pas toi s’ils sont sans dents ou avec des dents acérées et pointues comme des scies. » Marie-Pierre Cattino, Parfum coquelicot

Être femme, être aux aguets, proie possible, le soir dans le métro. Ne pas savoir d’où le danger viendra, parmi ces hommes qui occupent l’espace public alors que les femmes s’y occupent, traversent, filent comme des ombres, le regard baissé, comme s’excusant d’être là.

Marie-Pierre Cattino possède des techniques d’écriture extrêmement maîtrisées : dans une écriture heurtée, sombre et précise, qui ménage comme des « ouvertures », des « pans de ciel bleu ». Un très beau texte.

 « La guerre n’aura pas lieu »  Sarah Pèpe Rouge aiguilles

Apprendre à avoir peur. Espace public = danger. Peur transmise, intériorisée, violence redoutée comme une prison dans la tête des femmes, harcèlement de rue, agressions. Quand être femme, c’est avoir peur.

Une fille seule le soir est une fille disponible, une jupe courte, des talons, une invitation, et si elle se fait agresser, elle l’aura bien cherché.

Sarah Pèpe traduit avec beaucoup de force et de subtilité ce qui se joue dans l’espace public, la transmission de la peur en héritage, la soumission à ces règles non-écrites qui font d’une femme seule, le soir, une proie possible.

« Tais-toi reste à ta place […] Mieux vaut rester à sa place à l’écart, comme ça, t’aura aucun problème. » « La nuit, c’est chaud pour nous » L’allumeuse Sabine Revillet

L’espace public est légitimement occupé par les hommes, les femmes longtemps reléguées à l’espace privé et sûr, du foyer. Espaces questionnés aujourd’hui, en renégociation, pour une reconquête de l’espace public par les femmes.

L’allumeuse de Sabine Revillet est d’un genre tout à fait spécial, aussi je ne vais pas vous vendre la mèche !

Son écriture joue finement avec toutes les métaphores de l’embrasement, comme désir et  révolte.

Ce recueil est magnifiquement écrit, intelligent et poétique.

 

Challenge « Lire Margaret Atwood »

A l’occasion de la venue de Margaret Atwood au Festival America à Vincennes, je propose à ceux qui le souhaitent de lire en commun autour de cette auteure magnifique et prolifique.

Plusieurs parcours de lecture sont possibles :

Etincelle : 1 à 2 œuvres- Philisine Cave de Je me livre

Oeil-de-chat : 3 et 4 œuvres

Captive : 5 et 6 œuvres

L’odyssée  : Plus de 6

Résultat de recherche d'images pour "margaret atwood images"

Voici sa bibliographie sur Wikipedia

Œuvre

Son œuvre se compose d’une quinzaine de romans, nouvelles, de recueils de poèmes et d’essais.

Romans

Trilogie romanesque Le Dernier Homme

  1. Le dernier homme, Robert Laffont, 2005 ((en) Oryx and Crake, 2003)
  2. Le Temps du déluge, Robert Laffont 2012 ((en) The Year of the Flood, 2009)
  3. MaddAddam, Robert Laffont, 2014((en) MaddAddam, 2013)

Autres romans

  • La Femme comestible, Robert Laffont, 2008 ((en) The Edible Woman, 1969)
  • Faire surface, Grasset, 1978 ((en) Surfacing, 1972)
  • Lady Oracle, Étincelle, 1980 ((en) Lady Oracle, 1976)
  • La Vie avant l’homme, Robert Laffont, 1981 ((en) Life Before Man, 1979)
    Publié également sous le titre La Vie devant l’homme aux éditions Quinze en 1981
  • Marquée au corps, Étincelle, 1983 ((en) Bodily Harm, 1981)La Servante écarlate
  • La servante écarlate, Robert Laffont, 1987 ((en) The Handmaid’s Tale, 1985)
  • Œil-de-chat, Robert Laffont, 1991 ((en) Cat’s Eye, 1988)
  • La Voleuse d’hommes, Robert Laffont, 1994 ((en) The Robber Bride, 1993)
  • Captive, Robert Laffont, 1998 ((en) Alias Grace, 1996) adapté en 2017 sous forme de mini-série de six épisodes par Netflix
  • Le Tueur aveugle, Robert Laffont, 2000 ((en) The Blind Assassin, 2000)
  • L’Odyssée de Pénélope, Flammarion, 2005 ((en) The Penelopiad, 2005)
  • C’est le cœur qui lâche en dernier, Robert Laffont, 2017 ((en) The Heart Goes Last, 2015)

Album jeunesse

  • Tout là-haut dans l’arbre, Rue du monde, 2010 (Up in the Tree, 1978)
    Adaptation par Alain Serres

Recueils de nouvelles

  • Les Danseuses et autres nouvelles, Quinze, 1986 ((en) Dancing Girls, 1977)
  • Meurtre dans la nuit, Remue-ménage, 1987 ((en) Murder in the Dark, 1983)
  • L’Œuf de Barbe-Bleue, Libre Expression, 1985 ((en) Bluebeard’s Egg, 1983)
  • (en) Through the One-Way Mirror, 1986
  • Mort en lisière, Robert Laffont, 1996 ((en) Wilderness Tips, 1991)
  • La petite poule vide son cœur, Serpent à plumes, 1996 ((en) Good Bones, 1992)
    Réédité sous le titre La Troisième Main aux éditions La Pleine Lune en 2005
  • (en) Good Bones and Simple Murders, 1994
  • Le Fiasco du Labrador, Robert Laffont 2009 ((en) The Labrador Fiasco, 1996)
  • (en) The Tent, 2006
  • (en) Moral Disorder, 2006
  • Neuf contes, Robert Laffont, 2018 ((en) Stone Mattress: Nine Wicked Tales, 2014)

Recueil de poésie

  • (en) Double Persephone, 1961
  • Le Cercle vicieux, Prise de parole- Du Noroît, 2000 ((en) The Circle Game, 1964)
  • (en) Expeditions, 1965
  • (en) Speeches for Doctor Frankenstein, 1966
  • (en) The Animals in That Country, 1968
  • Le Journal de Susanna Moodie, Bruno Doucey, 2011 ((en) The Journals of Susanna Moodie, 1970)
  • (en) Procedures for Underground, 1970
  • Politique de pouvoir, L’Hexagone, 1995 ((en) Power Politics, 1971)
  • (en) You Are Happy, 1974
  • (en) Selected Poems, 1976
  • (en) Two-Headed Poems, 1978
  • (en) True Stories, 1981
  • (en) Love songs of a Terminator, 1983
  • (en) Interlunar, 1984
  • Matin dans la maison incendiée, Écrits des Forges, 2004 ((en) Morning in the Burned House, 1996)
  • (en) Eating Fire: Selected Poems, 1965-1995, 1998
  • (en) The Door, 2007

Essais

  • Essai sur la littérature canadienne, Boréal, 1987 ((en) Survival: A Thematic Guide to Canadian Literature, 1972)
  • (en) Days of the Rebels 1815-1840, 1977
  • Cibles mouvantes, Boréal, 2006 ((en) Second words: Selected Critical Prose, 1982)
  • (en) Strange Things: The Malevolent North in Canadian Literature, 1995
  • (en) Negotiating with the Dead: A Writer on Writing, 2002
  • Cibles mouvantes, Boréal, 2006 ((en) Moving Targets: Writing with Intent, 1982-2004, 2004)
  • (en) Writing with Intent: Essays, Reviews, Personal Prose–1983-2005, 2005

Christian Bach, un éditeur engagé…

Christian Bach est l’éditeur des Editions Koiné et publie de nombreux textes de femmes. Fruit du hasard, et non geste politique, attentif seulement aux qualités du texte, cet état de fait montre encore, s’il était besoin, que non seulement les auteures ont toutes les qualités nécessaires pour faire le chemin par elles-mêmes mais bat en brèche la thèse essentialiste de l’incapacité des femmes à écrire pour la scène.

Cecilia Beach a dénombré 1500 femmes dramaturges pour le XXe siècle, mais 15 % des textes joués aujourd’hui sont écrits par des femmes. D’autre part, si vous tapez « auteurs contemporains » dans un moteur de recherche, certains sites proposent dix noms de femmes pour une quarantaine de noms d’hommes.  Ce n’est pas faute d’être publiées (En tout cas par les éditions Koiné). Elles sont également moins nombreuses à être couronnées par des Prix  (mais ça, on a l’habitude !). Cependant, des hommes et des femmes aujourd’hui tentent de faire bouger les lignes. A remarquer que Lucie Depauw,et son oeuvre « Lili Heiner intra-muros » publiée par les éditions Koiné, ont fait partie des cinq finalistes de ce prix prestigieux qu’est le Prix de Littérature dramatique en 2015 (Il était présidé par Jean-René Lemoine et composé de Maïa Bouteillet, Hubert Colas, Dominique Chryssoulis, Gilles David, Michel Didym, Mohamed El Khatib, Joëlle Gayot, Marguerite Gourgue, Bernard Garnier, Claire Lasne-Darcueil et Clémence Weill.)

Au catalogue de la maison, en dehors de Lucie Depauw déjà citée plus haut, Aurore Jacob, Noémie Fargier, Marie-Pierre Cattino, Sonia Ristíc, Yan , Benoît Fourchard, Joachim Latarjet, Sarah Pèpe, Gwendoline Soublin et  prochaînement Nina Chataignier et Sabine Revillet.. J’ai posé quelques questions à cet éditeur qui m’intrigue depuis longtemps :

Litterama : Christian Bach, vous êtes profondément homme de théâtre : metteur en scène, comédien, éditeur de textes dramatiques, compositeur, directeur de compagnie  quel est l’itinéraire qui vous a conduit à cet engagement ?

Christian Bach : Je suis d’abord musicien (agrégé de musique hors classe), je suis passé par la danse baroque avant d’aborder le théâtre (baroque dans un premier temps puis contemporain) par la pratique de la scène et par la création.

L:  Votre catalogue d’éditeur fait la part belle aux auteures/autrices, est-ce un pur hasard ?

CB : Je mets le texte au centre de mes préoccupations.

L : Quelles sont les qualités déterminantes selon vous pour qu’un texte dramatique puisse être édité ?

CB : Qu’il est difficile de définir cette fameuse ligne éditoriale dont les contours sont si malaisés à baliser. Une de ces balises, pour moi primordiale, est la forme. Ce qui m’intéresse est la construction du récit. Le sujet aussi bien sûr, le théâtre est pour moi un miroir du monde et l’auteur.e fait un pas de côté pour mieux l’observer (par l’originalité de son style, de sa langue…). Le récit seul ne me suffit pas. Disons que j’aime bien tricoter des neurones quand je lis ou que j’écoute, sans doute ma formation de musicien, l’écriture polyphonique de la musique permettant d’entendre ce qui n’est pas dit. C’est aussi pour cela que je ne lis pas les didascalies.

C’est l’interaction entre ces deux balises qui me sert de guide, l’une pouvant être plus importante, ça dépend du projet: 50%/50% ou 40%/60% c’est selon, l’un dépendant de l’autre.

Liiterama : Un texte de théâtre doit-il forcément être joué ?

CB : Non, pour moi un texte de théâtre se joue et/ou se lit. Par contre tous les textes portés sur la scène ne font pas forcément de bons livres.

L : Il me semble que vous éditez de nombreux  monologues, quels sont les atouts et les inconvénients de ce type de texte ?

CB : Non, il n’y pas que des monologues. Dans le contexte économique actuel du monde du spectacle l’investissement financier est devenu très important, le monologue répond sans aucun doute à ces difficultés.  Je choisi des textes, qu’il y ait un ou plusieurs personnages, peu m’importe.

L : On redécouvre aujourd’hui des textes d’autrices du XVIe siècle jusqu’au XIXe siècle, effacés des manuels d’Histoire littéraire, l’intérêt est-il seulement historique ?

CB : Il est politique. On se sert communément maintenant du mot autrice parce qu’on a redécouvert cette façon de dénommer les femmes écrivains et on s’est alors aperçu qu’une partie de la langue française avait servi à privilégier les hommes au détriment des femmes. Les dénominations féminines des noms de métier sont éloquentes à ce sujet.

Les préoccupations actuelles et légitimes de l’égalité femmes/hommes s’appuient donc sur une réalité historique.

L : Comment voyez-vous l’éditeur du futur ?

CB : Permettez-moi de ne pas répondre à cette question en me défaussant, je n’en sais rien. Peut-être simplement qu’il sera toujours dépendant de la qualité des textes qui sont écrits. Car on écrira encore.

Les moments littéraires n°40, feuilles d’automne : Mais pourquoi lire des journaux intimes ? Vingt-six écrivains vous livrent leur journal intime.

Pierre Bergounioux, René de Ceccatty, Anne Coudreuse, Colette Fellous, Claire Dumay, Roland Jaccard, Lambert Schlechter, Charles Juliet, Belinda Cannone, Annie Ernaux, Lydia Flem, Marcelin Pleynet, Béatrice Commengé, Michel Braud, Emmanuelle Pagano, Hervé Ferrage, Jocelyne François, Dominique Noguez, Patrick Combes, Denis Grozdanovitch, Christian Garcin, Camille Laurens, Anne Serre, Régine Detambel, Fabienne Jacob, Jeanne Hyvrard.

PastedGraphic-5

Les moments littéraires est une revue littéraire, dirigée par Gilbert Moreau, qui publie exclusivement des écrits relevant de l’écriture de soi, de l’intime, à travers récits autobiographiques, carnets de notes, journaux intimes, correspondances. Vingt-cinq auteurs et autrices ont été sollicités afin de livrer leur journal écrit du 23 au 29 octobre.

Que cherche-t-on dans la lecture d’un journal intime ? Chacun certainement a sa réponse. En ce qui me concerne, j’en trouve souvent la lecture fastidieuse, soit je me sens exclue à la lecture – je ne connais parfois ni les gens dont on parle, ni les événements qui ne sont pas explicités,- soit j’ai l’impression d’être dans une position de voyeurisme qui me gêne un peu. Pourtant ici rien de tel.

Les journaux publiés dans cette revue ont une caractéristique commune : ils sont bien, voire très bien écrits car les diaristes sont des écrivains qui s’expriment dans des formes brèves ou longues, échappant peu ou prou au récit linéaire, acceptant de se livrer, ou se dissimulant tant bien que mal derrière l’écran des mots. Mais tout voilement est aussi un dévoilement, et l’on devine parfois ce qui est tû.

De l’immersion dans le présent du journal, les échos de l’actualité, l’affaire Weinstein, régulièrement évoquée, des prises de position politiques, bref tout ce qui agite le quotidien d’un individu.

La majeure partie des écrivains souligne la difficulté d’écrire un journal dont on sait d’avance qu’il va être publié : « Impossible d’être vraiment sincère dans l’exercice », « ce qu’il faut préciser, clarifier pour les autres, où à l’inverse, omettre, taire, afin de les épargner, lorsqu’on les connaît d’un peu trop près », « Au fond, je n’aime pas ça. Que je le veuille ou non, je me regarde écrire ».

Pourtant l’idée de Gilbert Moreau est vraiment intéressante, car chacun se confronte à sa manière à l’exercice, et s’y révèle. La saison aussi, donne une atmosphère un peu mélancolique, une sorte de retenue parfois heureuse, parfois douloureuse à l’ensemble des récits. Le lecteur a l’impression d’aller à la rencontre de chacun dans une sorte de speed-dating littéraire, où il ne parlerait pas avec des mots mais avec son corps, son regard, sa lecture.

J’ai eu l’impression d’aller à la rencontre d’êtres dont certains sont devenus des amis, des amis de littérature, dans une sorte de communauté bienfaisante, humaine, de valeurs et d’émotions partagées. A d’autres moments j’ai conçu de l’irritation, de l’agacement, et je me suis surprise à grommeler intérieurement, à objecter. Mais la plupart du temps, j’ai aimé rencontrer chacun, même dans les rodomontades, ou une légère crânerie, voyez-donc qui je suis, mais enfin si légère ! J’ai aimé rencontrer chacun disais-je, j’ai été parfois bouleversée, dans une totale empathie, émerveillée souvent devant la délicatesse de l’écriture, les vibrations intérieures, la beauté.

Merci.

Lisbonne et Lidia Jorge

« Je crois que Lisbonne est une ville secrète, est une ville labyrinthique. Et je ne suis pas née à Lisbonne, je suis venue quand j’étais jeune, et Lisbonne m’a pris complètement au cœur. »

Lidia Jorge archives INA

Résultat de recherche d'images pour "lidia jorge"

Photo wikipédia

Cycle romancières portugaises : Le rivage des murmures de Lídia Jorge

Le rivage des murmures (A costa dos murmurios,1988) Pour la traduction française, Editions Métailié, Paris, 1989Traduit du portugais par Geneviève Leibrich

« La culture, cela sert à tirer d’embarras les personnes cultivées, sinon à quoi servirait-elle ? A rien- et cela ne vaudrait pas la peine de se cultiver. » p 243

Les murmures sont « le dernier stade avant l’effacement total », ils signifient que quelque chose est en train de finir, de mourir.

Il s’agit ici des derniers soubresauts de la guerre coloniale au Mozambique, que Lídia Jorge connait bien pour y avoir suivi son mari en 1970.

Le récit se déroule en deux parties, le récit d’un journaliste, « Les sauterelles », assez bref, qui raconte, à travers l’épisode d’une invasion de sauterelles les événements marquants de cette histoire et la lecture de ce récit, des années plus tard, par Eva Lopo, qui le commente, le critique, rajoute des événements tus, en efface certains pour en ajouter d’autres, réécrit l’Histoire. Entre la vérité du roman, la vérité journalistique avec sa prétendue objectivité, ou la vérité de l’h(H)istorien qui s’en tient aux sources, aux documents et aux témoignages, laquelle privilégier ? Ou ne sont-elles, chacune, qu’une illusion, traduisant, au mieux, un point de vue, la situation d’un être soumis aux émotions, à la partialité et dont la finitude empêcherait d’avoir une sorte de vision panoramique qui engloberait tous les points de vue en un seul.

Le roman, comme toute œuvre d’art, permet un accès au sens, sinon à la vérité à travers ses mensonges savamment orchestrés.

Au Mozambique, l’armée portugaise maintient l’ordre, face aux assauts incessants de la guérilla. Les femmes attendent dans un hôtel le retour de leurs maris. Evita, jeune mariée, va découvrir peu à peu les transformations que la guerre a opéré dans la personnalité de son mari, faisant de ce jeune étudiant en mathématiques, une sorte de guerrier barbare.

Cette sauvagerie autour de la guerre, cette fascination pour la mort, n’est pas seulement dans les exactions que commettent les soldats, mais elles sont également dans le cœur des femmes qui attendent, et les vivent par procuration. Pour certaines d’entre elles, la gloire de leur mari rejaillira sur leur vie, elles pourront raconter les faits d’arme de leurs héros.

La guerre est partout, entre les africains et les colons mais dans les maris qui frappent leurs femmes, ou qui tuent pour « se dégourdir les doigts » des nuées d’oiseaux.

La guerre engendre des structures sociales qui reposent sur la domination et la mort et personne n’en réchappe.

Pas besoin de raconter d’interminables batailles, c’est l’avantage de ce roman, car le point de vue des femmes les en exclut. Pour en garder l’essentiel, pour en entendre les murmures…

L’écriture de Lidia Jorge est magnifique, son style, sa pensée d’une grande finesse, son intelligence font d’elles un des plus grands auteurs de son temps. Mais ce livre est un livre exigeant et difficile, qui demande parfois de la patience et …une bonne oreille !

Sonietchka – Ludmilla Oulitskaïa

Résultat de recherche d'images pour "ludmila oulitskaïa sonietchka"

Sonietchka – Ludmilla Oulitskaïa, traduit du russe par Sophie Benech , éditions Gallimard, 1998

« Il n’est pas dans la littérature, de personnage féminin qui soit moins héroïque, ni plus lumineux, plus pur, que la Sonietchka de Ludmilla Oulitskaïa »

Ce personnage de femme est tout à fait particulier. Nimbé d’une lumière presque surnaturelle, sanctifié par des qualités qui, pour ne pas être totalement absentes de ce monde, sont relativement rares, elle avance dans la vie portant sur les êtres et les choses un regard d’une grande bonté. On dit souvent que les gens heureux n’ont pas d’histoire, et bien Sonia démentirait tout à fait cet adage. Elle a quelque chose d’une sainte, sans la souffrance et le renoncement auxquelles celles-ci sont associées.

D’ailleurs, comme le souligne une étude, « n’y a-t-il d’expression romanesque de la bonté qui ne soit, implicitement ou non, chrétienne, c’est-à-dire qui ne doive, par définition, être entièrement désintéressée et sacrificielle ? »[1] Disons plutôt qu’elle a une conscience aiguë de tout ce qui lui est donné, la beauté et l’amour.

Elle redéfinit ce qu’on appelle l’« âme russe » que Dostoïevski, définit comme « le besoin spirituel le plus élémentaire du peuple russe […] la nécessité de la souffrance ». Ce concept est suffisamment complexe pour que je ne m’y attarde pas, car cela demanderait une érudition que je n’ai pas, mais je crois que l’auteure dépeint une forme de fatalisme, qui n’exclut pas la lutte (D’ailleurs les camps sibériens en sont la preuve), mais qui permet de trouver parfois le bonheur, malgré les aléas de l’Histoire. On ne peut pas dire que le peuple russe ait été épargné par l’Histoire, et les biélorusses non plus !

Le premier bonheur de Sonia est la lecture, elle « tombe en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu’à la dernière page du livre ». Et sa passion de la lecture est telle que son physique ingrat se dote d’un derrière en forme de chaise ! Elle cultive sa passion de la lecture » en menant paître son âme dans les vastes pâturages de la grande littérature russe ».  Robert, un peintre plus âgé qu’elle, va parvenir à lui faire lever le nez de ses livres, pour la plonger dans une vie bien réelle lorsqu’il la demande en mariage dans la bibliothèque où elle travaille. Il a connu les camps, mis au ban de la société communiste, éprouvé comme la majorité des Russes par les difficultés matérielles de l’après-guerre, « sa vie exténuée, recroquevillée contre terre ». Ils vivent en Biélorussie, ce qui me semble-t-il a son importance. En effet, elle n’a été constituée comme nation qu’en 1991, à la chute de l’Union soviétique, incorporée pendant longtemps à d’autres grandes puissances. Il me semble que cela demande une sorte d’endurance, de patience vis-à-vis de l’Histoire !

Sonia cultive donc le bonheur domestique (pour vivre heureux, vivons cachés), couronné par la naissance de sa fille Tania.

C’est par Tania que Jasia, fille de déportés, fait la connaissance de Robert et Sonia,, elle était «  la seule à lui laisser la possibilité de penser par elle-même, de réfléchir à voix haute, de choisir à tâtons ces petits riens à partir desquels un être dessine à son gré le motif originel sur lequel viendront se greffer tous les ramages de sa vie future. »

Jasia qui pourrait être un motif de jalousie, une épine dans sa chair (Je sais, c’est un peu christique), devient une raison de plus d’être heureux.

Ce livre est un petit bijou, il faut le dire, ciselé, à la langue poétique, riche, profonde. Il faut le lire, car Ludmilla Oulitskaïa est une grande dame des lettres russes.

 

 

[1] https://www.cairn.info/revue-du-mauss-2011-1-page-427.htm

Au pays de Donald, « La servante écarlate » relève la tête !

Résultat de recherche d'images pour "la servante écarlate"

Margaret Atwood – La servante écarlate (The Handmaid’s tale), Pavillons poche Robert Laffont, 2017, traduit de l’anglais (Canada) par Sylviane Rué

Il est particulièrement intéressant de lire ou de relire aujourd’hui « La servante écarlate » de Margaret Atwood, à la lumière de l’histoire récente des Etats-Unis, et des manifestations qui ont eu lieu pour protester contre les restrictions au droit à l’avortement, suivant la politique menée par Donald Trump, dans certains Etats américains ( Voir les photos ici)

Et l’auteure de rappeler la fondation profonde des Etats-Unis sur « la brutale théocratie de la Nouvelle Angleterre puritaine du XVIIe siècle, avec ses préjugés contre les femmes » et sa résurgence dans une certaine frange chrétienne extrémiste du Parti Républicain.

Pour ceux qui n’auraient pas encore lu l’histoire ou vu la série (saison 1 dirigée par Reed Morano sur un scénario de Bruce Miller, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, tournée entre septembre 2016 et février 2017 ), « La servante écarlate » est une dystopie situant le nouveau régime de la république de Gilhead, fondée par des fanatiques religieux, aux Etats-Unis. A la suite d’une chute de la fécondité due à la pollution et aux maladies sexuellement transmissibles, les quelques femmes encore fertiles sont réduites au rang d’esclaves sexuelles auprès des notables du régime. Defred, « servante écarlate » parmi d’autres n’a plus le droit ni de lire, ni de travailler, et ne possède plus rien.

Ce qui fait la force du régime, c’est son organisation : les femmes y sont surveillées et contraintes par des femmes, parmi elles certaines sont croyantes et persuadées du bien-fondé d’un tel régime.

Ce n’est pas sans rappeler le débat qui fait rage aux Etats-Unis et ailleurs entre les féministes essentialistes (considérées par beaucoup comme des antiféministes) et les autres, l’expérience de la maternité étant pour les premières la source essentielle du pouvoir féminin et ce qui les définit (l’éthique du care) ; dans cette optique, la contraception et l’avortement feraient obstacle au cycle naturel du corps féminin (et donc à son destin).   D’ailleurs, Defred le dit ainsi en s’adressant intérieurement à sa mère : « Tu voulais une culture de femmes. Et bien, la voici. »

Mais Margaret Atwood, ne fait pas de son héroïne, une simple héroïne féministe, cela va bien au-delà, en ce sens que la structure pyramidale du pouvoir, concentre hommes et femmes dans les strates supérieures – même si les hommes ont une réelle suprématie – de la même manière qu’en ces couches inférieures, existent des hommes et des femmes pareillement dépossédés d’une partie importante de leur liberté.

Elle rappelle en cela que toutes les femmes ne sont pas féministes, et que cela a été le principal obstacle à l’émancipation des femmes. Certaines se satisfont d’un rôle subalterne en échange du confort et de la sécurité. Bref, cela est un autre débat, forcément très politique et …polémique.

Vous comprendrez pourquoi « La servante écarlate » s’est vendu et continue à se vendre, à des millions d’exemplaires dans le monde entier, devenant une « sorte de référence pour ceux qui écrivent à propos d’évolutions politiques visant à prendre le contrôle des femmes, particulièrement celui de leur corps et de leurs fonctions reproductrices » (page 513).

Margaret Atwood est pressentie depuis plusieurs années pour le Prix Nobel de Littérature, elle est une des auteures majeures de la littérature de notre temps.