Mutuwhena – La lune dort – Patricia Grace / Littérature maorie de Nouvelle-Zélande

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Mutuwhena – La lune dort – Patricia Grace, traduit par Jean Anderson et France Grenaudier-Klijn – 1978 – Editions Au vent des îles (2012)

Je continue mon exploration de ces femmes d’ailleurs, vues à travers la littérature.  Les Institutions néo-zélandaises font de louables efforts pour redonner une place à la culture maorie, et encourager la lecture de ces auteurs. Patricia Grace a été une des premières à écrire sur ce peuple et sa culture.

Née en 1937 à Wellington, d’un père maori et d’une mère européenne, elle s’identifie à la culture paternelle et s’affilie aux Iwi Ngati Toa, Ngati Raukawa et Te ati Awa. Son premier ouvrage en 1975, Waiariki and Other Stories, fait partie des premiers ouvrages publiés par un auteur maori. Son œuvre sera récompensée par le prix Neustadt (dit aussi le « Petit Nobel ») en 2008 et l’auteur a reçu l’équivalent de l’Ordre du Mérite néo-zélandais en 2007.

Elle connaît les difficultés de l’appartenance à deux cultures et du possible écartèlement qui en résulte. A cette construction de l’identité, s’ajoute la problématique du statut des femmes :

« Dans les livres que j’avais lus, il n’y avait qu’une chose qui nous arrivait, à nous les filles. […] Soit nous nous attirions ce qu’on appelait des « ennuis », soit on se retrouvait allongées sous un type quelconque qui s’envoyait passionnément en l’air. Et c’était tout. »

La vie de Linda, jeune maorie éprise d’un Pakeha (Néo-Zélandais d’origine européenne), doit se marier. Mais un tel mariage peut-il se faire ? La vie de la jeune femme  va se compliquer d’autant plus que les différences culturelles semblent parfois infranchissables, tant les traditions occidentales sont éloignées de la culture maorie, notamment dans son attachement à la terre et aux lieux : « « …j’ai toujours su que la terre peut aimer les siens et j’ai toujours compris les liens de réciprocité entre les gens et la terre ». Issue d’une famille très liée aux valeurs ancestrales et aux traditions, la jeune femme va aussi devoir faire accepter son compagnon par les siens. Le passé colonial de l’île entache encore les relations entre maoris et descendants d’Européens, situant cette histoire d’amour au sein de la complexité des liens transculturels mais aussi lestée par  l’appartenance au clan et à la terre. Le dilemme se nourrit d’autres dichotomies entre la ville et la compagne, la modernité et la tradition, faisant surgir parfois des images très poétiques nourries par la poésie de la mythologie maorie.

Plutôt que de renoncer à ses origines, Linda/Ripeka demande à son mari de l’aider dans sa quête, et d’accepter peut-être ce qu’il ne comprend pas.

Tout l’intérêt de ce livre consiste dans les éléments de la culture maorie qui sont portés à la connaissance du lecteur, quant au récit, si le livre se lit sans déplaisir, on ne peut pas dire qu’il m’a vraiment enthousiasmée.

Une autre auteure maorie, de la jeune génération, Alice Tawhai m’a par contre franchement séduite. Je vous en parlerai une prochaine fois.

Si vous connaissez d’autres auteurs, n’hésitez pas à me laisser leurs noms en commentaire.

Fiona Kidman Rescapée/ Magnifique voix de la Nouvelle-Zélande !

Fiona Kidman rescapée (2005) Sabine Wespieser éditions 2006 et Grands Romans Points

Fiona Kidman a publié plus de vingt livres dans sa Nouvelle-Zélande natale et seulement quelques-uns d’entre eux (4 si je ne me trompe pas) ont été traduits en français. Quel dommage ! Peut-être les éditeurs peinent-ils à trouver un lectorat français.

J’adore véritablement la plume de cette auteure qui excelle à retracer l’histoire de son pays et de ses habitants dans une veine romanesque et réaliste à la fois. Elle campe toujours des personnages extrêmement attachants, aux personnalités complexes et décrit de manière très subtile leurs révolutions intérieures.

Rescapée ne déroge pas à la tradition. Le roman retrace l’arrivée et l’installation des convicts, c’est-à-dire des bagnards européens qui, après avoir purgé leur peine, tentent de vivre et travailler sur ce sol étranger qui est devenu le leur. Une polyphonie de voix, à travers des extraits de journaux, de lettres et de confessions retrace l’histoire d’Elizabeth Parker, dite Betty, mariée à quatorze ans à un homme de vingt ans son aîné, John Guard, et capturée lors d’un naufrage au large de la Nouvelle-Zélande, peuplée à l’époque essentiellement de Maoris.

Elle restera plusieurs mois chez ses ravisseurs maoris avant d’être délivrée. Mais cela suffira à changer sa vie. La rencontre de ce monde étranger, de cette terre magnifique, va finir de la transformer intérieurement.

Elle racontera son histoire à son ancienne institutrice, Adeline Malcolm. En effet, depuis son retour, elle est en butte à des rumeurs malveillantes qui prétendent qu’elle n’est pas l’héroïne que l’on croit.

Le roman retrace la condition des femmes en ce début de dix-neuvième siècle franchement misogyne. La bonne société s’est reformée ici comme en Angleterre, confite dans son apparente morale et sa dévotion, plus soucieuse des apparences, de la fortune et du rang social que de la vérité des personnes. Elle juge, sanctifie ou condamne selon les rumeurs et une réputation peut se bâtir ou se défaire en quelques insinuations bien placées lors d’un dîner. Ce monde est aussi celui des baleiniers, et du massacre de ces mammifères au large de la Nouvelle-Zélande, grâce auquel on fabriquait de l’huile pour les lampe, des baleines pour les corsets ou les parapluies et une grande quantité d’objets au quotidien. Les maoris sont choqués par ces pratiques, plus proches de la nature, ils attendent qu’elles s’échouent sur les plages pour les consommer et utiliser leur matière première.

Un grand roman d’aventures, un talent d’exception pour nouer une intrigue et entretenir le suspense, mais aussi pour donner un souffle profond au récit, et construire des personnages, font de ce livre un dépaysement total !

La tresse, Laetitia Colombani / Trois femmes, trois destins et un vrai succès éditorial

La tresse - Laetitia Colombani - edition grasset - Lire sous Le ...

Laetitia Colombani – La tresse  Grasset § Fasquelle 2017

Voilà un livre qui a fait beaucoup parler de lui, gros succès éditorial, boudé par certains critiques, célébré comme le possible best-seller de l’été. A la Foire du Livre de Londres, seize pays ont déjà acheté les droits de traduction. A quoi est dû ce formidable succès ?

Peut-être en tout premier lieu, la force de l’intrigue, très habilement nouée et dénouée par son auteure, à l’image de cette tresse que l’on fait et défait qui tient le lecteur en haleine.

Ensuite, l’écho à cette mondialisation dans laquelle nous vivons pour le meilleur et pour le pire. Ces trois femmes vivent en Inde, au Canada et en Italie et sont reliées entre elles par un fil, ou plutôt une histoire de cheveux. La plus humble et la plus déshéritée est Intouchable et s’appelle Smita. Elle vit en Inde et est chargée de nettoyer le village des excréments de ses concitoyens. Elle rêve d’un autre avenir pour sa fille et voudrait l’envoyer à l’école. Ce tableau de l’Inde et de la violence qui est faite aux femmes ne peut que toucher le lecteur occidental et le révolter.

Sarah, canadienne, est la femme cadre, à qui tout réussit mais qui sacrifie sa vie personnelle et sa famille au travail. La maladie la forcera à réinventer sa vie.

Quant à la troisième, Giulia, elle travaille aux côtés de son père dans un atelier de confection de perruques en Sicile. Face à la pénurie de cheveux qui ne permet plus de produire les postiches et autres mèches, elle devra trouver une alternative au cheveu sicilien.

Pour finir, la force de ce livre tient à cette idée d’une solidarité universelle. Ce qui passe dans un endroit de la terre a des répercussions dans un autre. Nous sommes tous liés et l’indifférence n’est plus possible car aujourd’hui nous savons grâce à la vitesse de l’information et aux réseaux de l’internet. Nous ne pouvons ignorer la détresse de cette femme indienne, d’autant plus que notre modèle occidental attaché de plus en plus aux droits des femmes, nous a sensibilisé à ces problèmes.

On peut y voir aussi un féminisme planétaire, centré sur l’égalité des droits. Certains pourraient lui reprocher une forme d’ethnocentrisme laïque et occidental qui méconnaîtrait les particularismes locaux.

Peut-être une certaine idée du bonheur, de l’égalité des sexes et de l’amour sont la trame de ce livre, mais qui s’en plaindrait ?

Un très bon roman pour l’été.

Chibundu Onuzo – La fille du roi araignée / Nigéria

Livre: La fille du roi araignée, Onuzo, Chibundu, 10-18, Littérature ...

Chibundu Onuzo – La fille du roi araignée (2012), traduit de l’anglais (Nigeria) par Sylvie Schneiter

Editions Les Escales 10/18

Jeune prodige, l’auteure n’a que dix-sept ans lorsqu’elle rédige ce récit. Originaire de Lagos au Nigéria, elle attendra encore deux ans avant que son manuscrit soit accepté par Faber § Faber, maison d’édition anglaise dont elle devient la plus jeune auteure. Depuis, elle étudie l’histoire au King’s College à Londres. Son second roman, non traduit encore en français, « Welcome to Lagos », a été publié en janvier 2017. Elle a émigré en Angleterre à l’âge de 14 ans.

« I knew from a young age about injustice and was aware of that aspect of Nigeria. », avoue l’auteure dans le Guardian

Le roman campe une société où la corruption n’a d’égale que la misère du peuple. L’argent détourné au profit de quelques-uns et une injustice criante gouvernent les vies dans cette partie du monde. Il est aussi facile d’y vivre que d’y mourir. Et les plus faibles n’ont nul recours face à ce pouvoir écrasant. Tel celui de ce roi araignée dont la toile emprisonne chaque jour de nouvelles proies, et dont la puissance s’alimente de ses victimes.

La fille du roi a dix-sept ans, et son père pour l’endurcir, l’entraîne à subir la Frustration, dans une espèce de jeu sadique où ce à quoi elle tient peut toujours être piétiné. Pour se montrer forte, il lui faut serrer les dents et faire croire qu’elle n’éprouve rien.

Elle rencontre, sur la route qui la conduit à l’école (ou plutôt le chauffeur, enfin les deux) un jeune homme, un colporteur qui la sort de son indifférence glacée. Mais peut-elle encore éprouver de l’amour, ou son père a-t-il fait d’elle irrémédiablement une copie à son image, un monstre ?

On apprend tout au long du roman comment le père a bâti sa richesse, et les liens qui l’unissent mystérieusement à son ami Runner G.

Dans cet espèce de Roméo et Juliette des temps modernes, un monde sépare les deux jeunes gens et les conventions sociales mais aussi le poids du crime risquent bien avoir raison d’eux.

Blanche City Lights

Emily Perkins – La nouvelle amie / Nouvelle-Zélande

La nouvelle amie  La Nouvelle amie

Emily Perkins – La nouvelle amie (2001) – traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Anouk Neuhoff

2003, Plon pour la traduction française.

Dans une bourgade éloignée de tout, une bande d’adolescents s’ennuie. La piscine est fermée, la rivière polluée, et il n’y a vraiment rien à faire. Aussi lorsque Miranda, qui arrive de la grande Ville, propose d’animer des ateliers dédiés à la découverte de soi, est-elle plutôt bien accueillie. Les trois amies inséparables, Julia Chicky et Rachel, s’inscrivent en attendant les résultats de leur BAC (ou ce qui y correspond) dans un temps suspendu par l’ennui et l’attente. Partiront-elles à leur tour ou resteront-elles, comme leurs parents dans ce trou perdu ?

Emily Perkins sait parfaitement camper le décor et nouer l’intrigue. On ressent parfaitement l’ennui de cette petite bourgade, le désœuvrement des adolescents et le naufrage de certains dont la vie, à force de médiocrité, s’est engluée ici. Peu à peu s’esquisse le personnage de Miranda, par petites touches, et le mystère s’épaissit. Qui est-elle et ne joue-t-elle pas avec le feu avec des jeux, proche du psychodrame, qu’elle organise durant les sessions de son atelier d’été ? Personnage trouble, ambivalent, manipulatrice ? Le lecteur découvre peu à peu ses multiples facettes. Et puis il y a Julia, si attachante, qui fera l’expérience de la désillusion, à travers la trahison de celle en qui elle croyait tant. Le récit met son point final en orchestrant un drame dont on ne connaîtra l’issue qu’à la dernière ligne.

 

Ce livre a été réédité en poche dans la collection 10/18.

En 2015, a été publié un nouveau roman en français, Les Forrest, que j’ai aussi très envie de découvrir.

Les Forrest
« Il y a Lee, la mère, et Frank, le père. Dorothy et ses soeurs, Eve et Ruth, leur frère Michael. Et Daniel, le fils quasi adoptif, au passé tumultueux. Dans cette famille, excentrique et sans le sou, chacun essaye de se construire en dépit des failles des autres.
Pour Dorothy, le salut, ce sera Daniel. Un amour secret, initié dans l’enfance à l’abri des hautes herbes de la communauté hippie qui les accueillera un temps. Mais quelques années plus tard, Dorothy s’est mariée avec un autre et c’est désormais Eve qui partage le lit de Daniel. Daniel, personnage magnétique, omniprésent mais disparaissant sans cesse, sorte de Heathcliff au charme envoûtant.
Récit sensuel et palpitant, ode à l’énergie vitale qui existe en chacun de nous, Les Forrest nous entraîne dans le sillage de Dorothy. Trop perméable aux sensations du monde qui l’entoure, elle assiste peu à peu à l’effondrement de tout ce qu’elle a construit. Un seul espoir, retrouver Daniel, un jour, dans une autre vie peut-être.
Une structure romanesque remarquable, audacieuse, au service d’une exploration extrêmement juste des ressorts humains et des valeurs familiales. »

A lire cet été !

Voici quelques romans à découvrir cet été !

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L’angoisse du poisson rouge de Mélissa Verreault

Drôle de titre, surtout étendue sur une plage au bord de la mer ! Qu’à cela ne tienne, il s’agit de ne pas bronzer idiot. Et selon l’éditeur, cette  » épopée improbable où les méduses détiennent la réponse aux questions existentielles, où les messages sont livrés par pigeon voyageur et où il est parfois nécessaire d’entrer par effraction dans sa propre demeure » risque vous faire oublier que vous êtes allongé sur une serviette (ce qui n’est pas sans danger!).

L’avis d’Anne du blog « Des mots et des notes »

Désorientale de Négar Diavadi

Pour ceux qui seraient étendus dans un hamac à l’ombre d’un palmier, il s’agit de ne pas se laisser abattre, on nous promet de l’émotion, de la comédie et du drame, cocktail indispensable à une lecture d’été. ce roman déroule « histoire des Sadr sur trois générations: les tribulations des ancêtres, une décennie de révolution politique, les chemins de traverse de l’adolescence, l’ivresse du rock, le sourire voyou d’une bassiste blonde…  »

A mes yeux de Laurence Werner David

Entre le mystère, la splendeur et le danger de vivre, ce roman promet d’être haletant.  A lire, si vous êtes dans un jardin fleuri orné d’une fontaine.

Manuel à l’usage des femmes de ménage Lucia Berlin

A lire peut-être si vous êtes dans un refuge en haute montagne. Car de la hauteur, il en faut, pour déguster ces nouvelles vibrantes où une femme, presque toujours, fait le récit de ce qui lui est arrivé, événement trivial ou banal, mais souffle profond.

Allez, c’est pas le tout, c’est dimanche et il est urgent de ne rien faire !

L’écriture des femmes – Annie Ernaux

«Pour La femme gelée, j’ai eu beaucoup de lectrices. D’ailleurs, lorsqu’on met le mot femme dans un titre, on est à peu près sûr d’en écarter les hommes. Pour mes autres récits, j’ai reçu autant de courrier d’hommes que de femmes. Enfin pour Passion simple (Gallimard), les femmes me sont tombées dessus. On attend d’une romancière qu’elle vous parle de l’amour de manière sentimentale. Les valeurs qui nous restent attachées sont l’altruisme, la douceur…»  in Y a-t-il une écriture féminine ?

et in Litterama(Les femmes en littérature)

L’écriture-feminine-est-elle-une-ecriture-spécifique ?

 

Annie Ernaux

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Rebecca Wells   Les divins secrets des petites yayas

HT LIVRE - OCCITANIE : Les divins secrets des petites ya-ya de Rebecca ...

Rebecca Wells   Les divins secrets des petites yayas , traduit de l’anglais par Dominique Rinaud, Belfond 1998, Charleston 2016

Ce roman est un de ceux que l’on n’oublie pas. Les détails peuvent s’estomper, certains éléments du récit paraître anecdotiques, l’essentiel garde toute sa virulence. Pourtant, il faut beaucoup avancer dans la lecture avant que les événements soient révélés, ou que l’on soupçonne la violence qui semble tapie dans les pages, comme une bête prête à bondir.

Pourquoi Siddy accuse-t-elle sa mère de l’avoir maltraitée, c’est ce que prétend la journaliste qui l’a interviewée, alors qu’elle est au faîte de son succès. Sa pièce « Femmes à l’aube d’un jour nouveau » lui apporte la renommée mais cet éclairage soudain n’est pas sans quelques inconvénients.

Peut-on aimer un parent qui vous maltraite, d’ailleurs où commence la maltraitance, les sévices corporels ? Les traditions dans ce domaine varient selon les contrées et les époques. Ils étaient prônés dans l’éducation comme quelque chose de nécessaire et faisaient partie de la panoplie de l’éducateur. L’Ancien Testament prête au roi Salomon « Qui épargne la baguette hait son fils, qui l’aime prodigue la correction. » Il fallait répondre à une violence par une autre et endurcir l’âme autant que le corps. Ils ont été interdits relativement tardivement dans certains pays.

Pourtant cette violence institutionnalisée a été meurtrière, et les enfants martyrs sont encore trop nombreux. En 2008, l’Aide sociale à l’enfance estimait à 19 000, le nombre d’enfants victimes de mauvais traitements en France. Dans 90% des cas, ces violences leurs sont infligées par des membres de leur propre famille.

Revenons à notre livre, Siddy a-t-elle été une enfant martyr ? Elle part faire une retraite sur une île alors que sa mère refuse désormais de la voir et reçoit un paquet des petites yayas, nom cajun donné aux amies intimes de sa mère Vivi, qui vont tenter de renouer les relations entre la mère et la fille. Elle va découvrir les souffrances et la jeunesse de cette mère qui l’a tant blessée et remonte le cours de son enfance à travers ses souvenirs et ceux des ya-yas.

Dans ce roman, règne toujours l’ambivalence des sentiments, comment pardonner à un parent qui a failli vous tuer ? Je ne sais pas moi si je pourrais donner la réponse qui est celle du livre. Livre bouleversant et profond.

Et plus bouleversant encore, à peine le livre publié, l’auteure a dû se battre contre les symptômes de la maladie de Lyme.

Un livre puissant, à lire.

Un film en a été tiré dont la critique a été très mitigée

Grands Prix de littérature dramatique et de Littérature dramatique Jeunesse 2017

Je n’en avais pas parlé, donc voici le planning :

– 17 mars : les éditeurs envoient leur choix d’ouvrages à ARTCENA
– 12 juin : 1er tour de délibération du jury
– 11 septembre : 2e tour de délibération et annonce publique des 8 ouvrages finalistes
– 9 octobre : 3e tour de délibération et cérémonie de remise des Prix.

La cérémonie se déroulera au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique en présence des auteurs finalistes et de leurs éditeurs, du jury, de la presse et des partenaires.

Les élèves du CNSAD, préparés par Robin Renucci, liront des passages des huit oeuvres finalistes.

ARTCENA oeuvre ensuite à la mise en lumière et à la promotion de ces textes primés par une campagne de communication et de diffusion.

Kerry Hudson – La couleur de l’eau / Une plume venue d’Ecosse

Kerry Hudson - La Couleur De L'eau (2015) » telecharger-magazine

Kerry Hudson – La couleur de l’eau – 2014 et 2015 pour la traduction française – Editions Philippe Rey 10/18, traduit de l’anglais par Florence Lévy-Paoloni

Prix Femina étranger 2015

L’amour offre parfois l’opportunité d’une formidable résilience. Lorsque la confiance s’installe, que chacun accepte de se laisser profondément toucher par l’Autre, alors les carapaces tombent et mettent à nu la profonde richesse de chacun. Boris Cyrulnik en a fait un très beau livre « Parler d’amour au bord du gouffre » et il définit l’amour ainsi :

« C’est le plus joli moment pathologique d’une personnalité normale. Joli, parce qu’il s’agit d’une extase mais celle-ci côtoie souvent l’angoisse. On est donc au bord de la pathologie. Pour un fait, pour un regard raté de l’autre, les grandes amours se muent en grande souffrance. Ça paraît anormal de -souffrir quand on aime ! Mais l’état amoureux est un état anormal, hors norme! Cette intensité affective enferme l’individu dans son propre monde intime : le reste du monde devient fade et non perçu. C’est presque un état délirant, au sens étymologique du terme : délirer = je sors du sillon, je quitte la société, je quitte ma famille, parfois je quitte ma femme ou mon mari, tellement je suis prisonnier de ce qui se passe en moi, de ce qu’il ou elle a déclenché en moi. »

Le livre de Kerri Hudson organise la rencontre de deux êtres blessés qui vont s’apprivoiser. Alena est russe et s’envole vers Londres dans l’espoir d’une vie meilleure. Elle tombe dans un guet-apens. Dave, vigile dans un magasin, va croiser la jeune fille et lui offrir son aide de la manière la plus inattendue qui soit : en la laissant partir.

Tous les deux ont des rêves immenses que la souffrance peine à contenir, tous les deux ont soif d’une autre vie, et tenteront peut-être d’unir leurs forces. Parfois c’est simplement plus facile à deux. Il faudra aller jusqu’à la fin du livre pour savoir s’ils réussiront.

Histoire d’amour moderne qui ménage rebondissements et suspense, portrait social de l’Angleterre d’aujourd’hui, l’indifférence pour ceux qui sont à la marge, et la lutte pour la survie. L’Angleterre, un modèle ?

J’ai lu avec beaucoup de plaisir cette histoire qui parle un peu de chacun de nous …

« Kerri Hudson est née en 1980 à Aberdeen. Avoir grandi dans une succession de HLM, Bed and Breakfasts et camping à l’année lui a fourni la matière de son premier roman. Après Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman, elle signe La couleur de l’eau. Elle vit, travaille et écrit à Londres. » Editeur

Les dix ans de l’association Artémisia à la galerie Art Maniak …jusqu’à demain !

Tintine, Chantal Montellier

 

 

Même si l’accès au monde de la BD se démocratise pour les femmes, elle reste tout de même un bastion d’homme. Les femmes sont entrées en BD plus tardivement et elles doivent faire leur place, ce qui n’est pas sans difficultés. Mais l’association Artémisia pour la BD au féminin s’engage aux côtés des femmes auteurs et multiplie les actions pour soutenir et promouvoir la Bande Dessinée féminine.

La galerie Art Maniak (paris, 9e) s’est associée à elle (s) et expose 15 dessinatrices, et/ou scénaristes de bande Dessinée pour fêter les dix ans du Prix Artémisia.

L’accrochage intitulé Pluri(elles) propose des œuvres majoritairement en noir et blanc, dans des techniques elles aussi plurielles, encre de chine, crayon, aquarelle, lavis, venant d’albums parus en librairie, et édités par Dargaut, Glénat, Casterman, Actes Sud BD, Delcourt ou plus confidenti ‘elles comme la boîte à bulle ou Les Requins Marteaux.

On peut admirer les œuvres de Céline Wagner, Rachel Deville, Claire Braud, Jeanne Puchol , Chantal Montellier, Cécilia Capuana, Catel Muller, Sylvie Fontaine, Marion Laurent, Mandragore, Lauréline Mattiussi, Fanny Michaëlis, Jeanne Puchol, Silvia Radelli, et Théa Rojzman.

 

Tintine de Chantal Montellier

7, j’ai dit sept ans… L’âge de raison pour ce blog…

 

Et bien ce blog continue son petit bonhomme de chemin, avec plus ou moins de régularité. Les femmes entretiennent un lien étroit avec la littérature depuis longtemps;  aujourd’hui à travers les blogs ou la lecture, elles sont très présentes. Les écrivains le soulignent régulièrement, leurs lecteurs sont la plupart du temps des lectrices. Pourquoi ? Les raisons en sont diverses et variées. L’une d’entre elles, cependant, a permis de tisser un lien étroit entre les femmes et la littérature : l’ insubordination et la désobéissance aux traditions qui voulaient les cantonner à la nuit de l’esprit et l’ignorance. Ainsi que le montre Laure Adler, « lire « devient une expérience de liberté individuelle au XVIIIe siècle, puis au siècle suivant accompagne la vie intérieure en mettant au centre la sensibilité de l’individu en lui permettant de s »identifier aux sensations qu’un autre que soi avait confiées au papier et, du même coup, explorer et élargir l’horizon de ses propres possibilités d’éprouver et de ressentir ». Si le xxe siècle n’est pas celui de la lecture mais davantage celui de l’image et des mondes de l’internet, « Les femmes lisent davantage, et elles ont tendance, du fait d’habitudes sociales et culturelles historiquement différentes, à chercher dans les livres des réponses à des questions vitales essentielles ».

Je m’étais donné comme objectif de suivre avec attention ce chemin commun des femmes et de la littérature, au moins dix ans, et de faire découvrir toutes ces femmes, souvent oubliées, dont l’aventure fut d’écrire.

Livre - Les femmes qui lisent sont dangereuses - Laure Adler - ACHETER ...

Prix Simone Veil 2017

Le Prix Simone Veil 2017 a été décerné le jeudi 18 mai dernier à 20h30, à l’occasion du 9e Salon des Femmes de Lettres, au Cercle National des Armées.

Le jury du Prix Simone Veil 2017 était composé de Marie Billetdoux, écrivaine ; Ariane Bois, journaliste et écrivaine ; Emmanuelle de Boysson, journaliste et écrivaine ; Cécilia Dutter, écrivaine ; Irène Frain, écrivaine ; Anne Fulda, journaliste et écrivaine ; Christelle Gallé, rédactrice en Chef Hors-Séries Femme Actuelle ; Alix Girod de l’Ain, journaliste, écrivain et scénariste ; Anaïs Jeanneret, écrivaine ; Michèle Kahn, écrivaine ; Kenizé Mourad, écrivaine ; Luce Perrot, présidente-fondatrice de l’Association « Lire la Société » ; Guillemette de Sairigné, écrivaine, et Isabelle Spaak, écrivaine et lauréate 2016.

Prix Simone Veil 2017 — Catégorie Roman : Theresa Révay, La Vie ne danse qu’un instant, Albin Michel

Prix Simone Veil 2017 — Catégorie Essai : Sabine Melchior-Bonnet, Les Grands Hommes et leur mère, Odile Jacob

Les Grands Hommes et leur mère - Histoire et civilisation - Sciences ...

Prix Simone Veil 2017 — Prix Spécial du Jury : Marie-Eve Lacasse, Peggy dans les phares, Flammarion

Peggy dans les phares, Marie-Ève Lacasse. - Livres - Télérama.fr

Prix Simone Veil 2017 — Prix de la Mairie du 8ème : Diane Ducret, Les Indésirables, Flammarion

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Ce que la littérature doit aux femmes

Un numéro passionnant qui tente de montrer ce que l’âpre combat des femmes pour avoir le droit de publier et d’écrire, leur situation dans la société et l’acuité de ce regard a apporté à la littérature.

La nuit spirituelle – Lydie Dattas / En réponse à Jean Genet.

La nuit spirituelle – Lydie Dattas – Gallimard 2013

La nuit spirituelle de Lydie Dattas, Ernst Jünger, Jean Grosjean ...

La genèse de ce long poème en prose écrit en 1977 est tout à fait intéressante.  Admiratrice de Jean Genêt, Lydie Dattas le rencontre un soir dans le studio qu’il avait loué dans son immeuble et une discussion s’engage où elle lui fait part de ses désaccords. Profondément blessé, Jean Genêt lui signifie son bannissement par personne interposée : « Je ne veux plus la voir, elle me contredit tout le temps. D’ailleurs Lydie est une femme et je déteste les femmes. » Rejetée ainsi dans la « nuit » de son sexe, elle décide d’écrire un long poème « si beau » qu’il l’obligerait à revenir vers elle, cherchant à lui rendre mot pour mot, la blessure qu’il lui a infligée. Elle y réussit car le jour suivant il se tenait à sa porte.

Il écrivit même : « Je ne comprends pas comment vous avez pu faire des phrases si riches. C’est comme ce que j’aime le mieux, Baudelaire, Nerval. »

A son tour, jean Grosjean en fit l’éloge : « C’est passionnant et arrachant, et tout à fait scandaleux »

Etre femme c’est être renvoyée à la « nuit » de son sexe, exclue de la beauté et de l’esprit. Les femmes ne peuvent pas créer à l’égal des hommes, la misogynie ambiante les condamne à leurs fonctions biologiques, dans le cercle étroit de leur foyer. Qu’à cela ne tienne, puisque Lydie est exclue de ce cercle des créateurs parce qu’elle est une femme, elle fera de cet exil un chant, plus beau que tous les autres.

Ce poème s’articule autour des métaphores de la nuit et du jour, de la lumière et de l’obscurité, dans la grande tradition :

« Si je chante c’est d’une voix sombrée : aucun motif, aucun ornement qui doive ici sa beauté à la lumière, mais chacun tirant son éclat de la nuit et son rayonnement de la tristesse, aggravera sa misère. »

La beauté est désespoir, elle renvoie à la nuit intérieure, à la nuit spirituelle de celle qui en est exclue. Mais son art est si consommé que les ténèbres irradient de manière plus somptueuse encore.

« Ne pouvant supporter de vivre en dehors de la beauté, mais ne pouvant m’en approcher sans la profaner davantage, je m’efforcerai de rendre cette malédiction même une beauté, je m’efforcerai de rendre cette malédiction si profonde et si sombre qu’elle en soit belle. »

Ainsi la condamnation et l’exclusion, seront les moteurs de la création, mais rien, vraiment rien n’empêchera la poétesse de parfaire son chant.

Un très beau texte.

Merci à Claire de me l’avoir offert.