Une maison de poupée Ibsen – La femme-objet

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Une maison de poupée est un drame en trois actes écrit par Henrik Ibsen dans la collection Théâtre de poche du Livre de Poche en 1990 pour l’introduction et et la traduction de Marc Auchet, professeur au département d’études nordiques de l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV). Il est l’auteur également d’études sur la civilisation et la littérature danoises des XIX et XXe siècles.

Elle fut pour la première fois publiée en 1879 à 8000 exemplaires et suscita de vives et nombreuses polémiques.

Nora est une femme-objet, un charmant petit « étourneau » selon son mari qui lui parle à la troisième personne comme si elle était absente, une poupée, dit-elle, avec laquelle on s’amuse.

Nora par amour pour son ami, afin de le sauver de la mort, contracte une lourde dette et commet un faux en écriture. Krogstad qui est son débiteur, devient celui par qui le chantage arrive. Nora attend de son mari une grandeur d’âme égale à la sienne, hélas…

C’est avec ce texte qu’Ibsen acquit une renommée internationale. Lors de sa sortie l’opinion fit de lui un défenseur de la femme et du féminisme, ce qui n’était peut-être pas tout à fait son intention. Il voulait, dit Marc Auchet, faire une « peinture de caractères », et œuvrer pour une cause qui concernait l’être humain en général, son affranchissement des codes sociaux en vigueur par l’affirmation d’un individu, d’une personnalité qui s’exprime librement.

Toutefois dans cette pièce, Ibsen exprime bien son indignation face à la femme-objet, poupée avec laquelle on joue, « pour laquelle tu voulais redoubler d’attention ; puisqu’elle était si fragile et si vulnérable » dit Nora. La jeune femme veut réfléchir par elle –même, « pour essayer d’y voir clair ». Elle veut désormais sortir du rôle que la tradition et une société matérialiste lui ont assigné. Les lois sont écrites par des hommes et la conduite des femmes est jugée selon des critères masculins : la femme n’a nulle place dans ce qui lui est édicté. La morale qu’Ibsen prête aux femmes « généreuse, spontanée et subjective » opposée à celle des hommes « froide, calculatrice, intéressée » ferait bondir bien des féministes aujourd’hui et présente de vagues relents d’essentialisme.

Marc Auchet raconte qu’Ibsen vouait un culte à la femme et que cela s’expliquait par la richesse des relations établies avec sa propre épouse qui l’a soutenu constamment dans son travail, faisant preuve d’indéniables qualités intellectuelles et d’une culture étendue pour une femme de l’époque, due certainement à son statut de fervente lectrice.

Paroles de femmes : Marguerite Duras

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« Je sais que quand j’écris, il y a quelque chose qui se fait. Je laisse agir en moi quelque chose qui, sans doute, procède de la féminité…c’est comme si je retournais dans un terrain sauvage. »

Sapho – Femme

sapho femme

Il l’encercle de mots pour la produire
Elle n’a pas de mots pour se dire
Il dit qu’elle est son continent noir
Elle une ombre un creux une oreille des yeux
Elle l’a encerclé un jour de ses bras
Pour contenir son discours et qu’il parle
Aujourd’hui vertige
Car vient
La parole de la femme
Dans la femme il y a l’homme
Dans l’homme il y a la femme il y a l’enfant
Il s’érige quand elle l’entend
Elle s’ouvre quand elle parle
Elle brise un grand secret
Ils ont peur de ce moment
Il y a le gant il y a le doigt
Ils se retournent
Il implore sa joie de se dresser
Elle dit à ses bouches de le cueillir
Ils sont deux à l’exercice éblouissant
Qui de l’homme sera l’homme
Qui de la femme sera l’homme
L’un ou l’autre
Ils jouent au bord d’un étrange air connu
En éventail dans la chaleur du combat
La femme
Pardonne-moi l’homme
Je ne pourrai jamais te l’expliquer
Je ne me connais pas
À chaque lune oui j’ensanglante la terre
À la lune je suis accordée
L’homme peut frapper la femme
Elle ne peut que le tuer
Elle n’a droit qu’à un geste
Il y a cet homme qui parle mieux des femmes
Que les femmes
Tout l’afflige et lui nuit et conspire à lui nuire
Ah si quelqu’un les a entendues c’est ce Jean-là
Une Grecque éperdue
Où suis-je qu’ai-je fait que dois-je faire encore

L’homme fait l’homme
La femme fait la femme
Où va-t-elle ainsi comme son travesti ?
Elle arrive elle marche douce panthère
Elle glisse des hanches des regards des mines
Mais elle pense à part
Elle jette des yeux à terre
Elle réveille la langue,
L’étrangère.

Son habit fatigué élégant, l’habit de l’homme
C’est le trouble de la femme
Lui aux lueurs de tabac
Son sourire en péril
À lui ses collines blanches
Elle a ri pour le foudroyer
J’ai hissé haut l’image
De la femme qui parle
Mais elle se tait.

Touche-moi
Et je me connaîtrai encore.
Mais quand tu me nommes tu me perds
Alors n’en parlons plus
Pour l’instant?

La violence et les femmes : Le sari vert d’Ananda Devi

Le sari vert

Ananda Devi – Le sari vert – Folio Gallimard. Editions Gallimard, 2009.

Folio n° 5191

 Ananda Devi est ethnologue et traductrice. Née à L’île Maurice, auteure prolifique, elle a publié des recueils de poèmes, des nouvelles et des romans, notamment « L Eve de ses décombres (2006) récompensée par de nombreux prix littéraires, dont celui des cinq continents et le prix RFO. Elle est considérée comme l’une des figures majeures de la littérature mauricienne.

 Son site ici…

 Il y a des monstres qui sous l’apparence la plus banale, causent souffrance et désordre autour d’eux. Ils ont remisé leurs trois têtes, six bras, leurs plaies et leurs bosses dans le placard des contes et de la mythologie, afin de ne pas vous effrayer et de s’approcher sans bruit.

Ils sont parfois souriants aux repas de famille, affables avec leurs amis, plein de délicatesse envers leur compagne. On trouve parmi eux quelques boute-en-train – les monstres…

«  Celui qu’on dit monstre est l’expression la plus achevée de l’espèce. Celui que l’on dit monstre est terrifiant de beauté parce qu’il décèle avec une finesse inhumaine les failles des autres et les élargit et les aggrave, et devient ainsi cet idéal de sombre masculinité dont les mythologies investissent également les dieux et les démons. Quelle merveilleuse sensation que de plier une créature à sa volonté !».

L’établissement des montres en leur demeure se fait parfois dans un consensus social presque total. On ne dit rien, au mieux un soupir, le plus souvent le silence, forment une couverture ouatée à travers laquelle on ne plus entendre les victimes.

Leurs victimes sont presque exclusivement des femmes, leurs épouses, leurs filles. Ils aiment livrer bataille à la mollesse, contempteur de la douceur qu’ils considèrent comme une faiblesse : ils insultent, violent, donnent des coups. Mais toujours, n’est-ce pas, ils le font par amour, pour redresser ce qui n’est pas droit, pour châtier la coupable ou même pour faire plaisir. Car les monstres disent souvent qu’elles aiment ça, qu’elles protestent oui, mais à peine, en fait ne serait-ce pas qu’elles en redemandent ?

Ici, je vous avertis, vous entendrez la voix d’un monstre, car c’est lui qui parle, qui raconte ce qui ne peut se dire. Ananda Devi a eu ce courage, ou cette folie, de vous la faire entendre…

Avec brio, elle vous  donne la tessiture, les accents, les intonations d’une voix à nulle autre pareille. Une voix qu’on ne peut entendre qu’une fois… qu’Annie a entendu avant moi et qu’elle m’a donné envie d’écouter.

Résumé de l’éditeur : Dans une maison de Curepipe, sur l’île Maurice, un vieux médecin à l’agonie est veillé par sa fille et par sa petite-fille. Entre elles et lui se tisse un dialogue d’une violence extrême, où affleurent progressivement des éléments du passé, des souvenirs, des reproches, et surtout la figure mystérieuse de la mère de Kitty, l’épouse du « Dokter-Dieu », qui a disparu dans des circonstances terribles. Elles ne le laisseront pas partir en paix.

La délicatesse, une vertu féminine ?

La tradition et la culture ont longtemps prêté aux femmes d’innombrables qualités et vertus. Les vertus humaines se partagent entre vertus morales et vertus intellectuelles,  sortes de dispositions à agir. Il faut prendre le pli et le bon. Mais la philosophie, la théologie, les ont allègrement mêlées toutes et le sens commun en a élargi le sens au-delà des simples vertus cardinales (Courage, tempérance, justice, prudence ) ou morales (chasteté, charité)

La femme étant en dernier ressort gouvernée par son utérus (dixit Diderot) et donc son corps, en fait la dépositaire naturelle de certaines vertus : la sensibilité, l’émotion, l’inspiration sur le versant intellectuel, et la délicatesse, la douceur, la modestie sur le plan moral.

Le héros de David Foenkinos lui, ou peu-être l’auteur lui-même, au lieu de diviser l’humanité entre hommes et femmes, pose plus fondamentalement que lesdites vertus sont davantage des aspects masculins et féminins de l’être que contiendrait chacun.

Ces vertus se complètent pour assurer l’équilibre au sein d’une personne : un homme sans vertus dites féminines serait une brute, de même qu’une femme sans vertus masculines serait une sorte de mollassonne sans colonne vertébrale.

Il y a peut-être une autre interprétation possible qui serait que ces vertus sont des constructions sociales pour contraindre les individus à tenir leur rôle dans la société et à garder leur place. Point n’est besoin de délicatesse pour chasser le mammouth… (Encore que …)

D’ailleurs pour que nous comprenions bien, l’auteur nous offre la définition de délicat qui sert à préciser la délicatesse (le fait d’être délicat) : d’une grande délicatesse ; exquis, raffiné ou qui manifeste la fragilité.

De même que le beaujolais, l’homme nouveau est arrivé : fort mais délicat.

La-delicatesse

L’héroïne est une femme en détresse, mais Markus, bien qu’un peu perdu, pas vraiment viril (dérivé du latin classique  virtus qui désigne l’énergie moralela force ), arrive à point pour la sauver de sa solitude. Il partage avec elle, malgré une gaucherie évidente, le sens de la délicatesse. Et elle, en dépit de son rouge à lèvres et de ses talons hauts (manifeste évident de sa féminité), possède une certaine force (une certaine virilité) : elle est indépendante, paye ses factures et conduit une voiture.

A défaut de prendre la voie de l’androgynie, ils s’en sortiront tous les deux et franchement, on est content pour eux. Ce livre et son succès considérable (qui m’a poussée à la lecture : je voulais voir) manifestent combien ce sujet est sensible et en évolution dans la société française. Malheureusement, le livre, qui n’est pas désagréable à la lecture, est truffé de clichés en tout genre, et dessert parfois la cause qu’il voulait servir. J’avoue avoir eu envie de secouer un peu Markus quelquefois (c’est ma part virile, je le crains) mais comme je suis une femme (douce et délicate), je me suis contentée de bougonner à certains passages…

Allez, on ne lui en voudra pas à David, délicatesse oblige.

Le coup de grâce – Marguerite Yourcenar

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Marguerite Yourcenar dit de ce récit qu’il semblait se « prêter admirablement à entrer dans le cadre du récit français traditionnel, qui semble avoir retenu certaines caractéristiques de la tragédie . Unité de temps , de lieu et « unité de danger ».

Alors que la révolution bolchevique fait rage, embusqués dans le  château de Kratovicé situé dans un obscur petit pays balte,  le narrateur, Eric von Lhomond, soldat contre-révolutionnaire d’origine française, raconte l’histoire qui le lia à Sophie et son frère Conrad en pleine guerre civile. Récit de passion et de mort, lutte contre soi et contre l’autre.

Marguerite Yourcenar explique qu’ elle a écrit le récit à la première personne « parce qu’il élimine du livre le point de vue de l’auteur, ou du moins ses commentaires, et parce qu’il permet de montrer un être humain faisant face à sa vie et s’efforçant plus ou moins honnêtement de l’expliquer, et d’abord de s’en souvenir ».

Mais cette confession est une convention littéraire car dans la vie réelle, elle ne s’organise pas de manière aussi rigoureuse, prévient encore l’auteur.

J’ai eu cette impression pourtant que c’est davantage Sophie qui apparaissait ici, et que l’on devine malgré les mensonges et parfois la mauvaise foi du narrateur, personnage peu sympathique, et dont la froideur apparente, qui n’est peut-être que de façade, empêche l’empathie. Je ne sais pas si c’est vraiment ce que Marguerite Yourcenar a voulu mais c’est ce que j’ai ressenti. Dans toute confession il y a des aveux qui sont pire que des mensonges.

« Je suis un mensonge qui dit la vérité » disait Cocteau. Le mensonge est peut-être un chemin détourné vers la vérité. On sait peut-être davantage d’une personne à travers ses omissions et ses oublis. C’est le cas ici.

Sophie apparaît ici, dans ses attentes déçues, son amour bafoué, dans la grandeur d’une héroïne grecque. Courageuse, elle n’a pas peur du danger, entière, elle se donne dans un mouvement d’une grande pureté.

 

Marguerite Yourcenar dit encore de son personnage ceci : « C’est au contraire au détriment du narrateur que s’exerce cette déformation inévitable quand on parle de soi. Un homme du type d’Eric von Lhomond pense à contre-courant de soi-même ; son horreur d’être dupe le pousse à présenter de ses actes, en cas de doute, l’interprétation qui est la pire ; sa crainte de donner prise l’enferme dans une cuirasse de dureté dont ne s’affuble pas un homme vraiment dur ; sa fierté met sans cesse une sourdine à son orgueil. »

Eric von Lhomond n’est pourtant pas une brute ou un sadique car il n’est pas sans remords, il semble mettre un point d’honneur à reconnaître la grandeur de Sophie, quitte à se fustiger lui-même : d’ailleurs c’est pour cette raison que dans le récit elle apparaît si lumineuse et si belle. Son martyre la grandit.

Non Eric von Lhomond, est un homme tourmenté par des désirs contradictoires, en proie aux remords et à la culpabilité, non seulement envers Sophie mais aussi envers lui-même, car ce qui l’empêche d’aimer vraiment Sophie est ce qui le pousse vers le frère de celle-ci, l’amour et le désir des hommes…

L’écriture et le talent de Yourcenar s’exerce ici encore de manière magistrale. Cependant ce court roman n’est pas facile à lire, il me semble, et j’ai trouvé peu de bonnes critiques sur la toile. J’ai bien aimé quant à moi la finesse des analyses et la complexité du personnage.

Paroles de femmes – Fanny Raoul 1801

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« Dans ce siècle où pour être philosophe on n’en est pas plus juste, on a encore pensé ainsi. Rousseau en parlant des femmes auteurs ou à talents, a dit : « On connaît toujours l’homme de lettres qui tient la plume, ou l’artiste qui tient le pinceau. » Ce grand homme ne fut pas exempt d’erreur, et celle-ci est pardonnable, en ce qu’il la partage avec ceux qui l’ont précédé ; mais on commence à croire qu’une femme peut elle-même écrire ses ouvrages, et que  pour se faire une réputation littéraire, elle n’a pas besoin qu’on lui abandonne les lambeaux de la médiocrité. Pour preuve, je pourrais citer ici plusieurs femmes reconnues, malgré d’injustes et absurdes préventions, pour auteurs des écrits qu’elles ont publiés telles que les Grafini, les Riccoboni, les Beauharnais, les Montanclos, les Bourdic, les Dusfresnoy, les Genlis, les Staël, les Pipelet; telles que beaucoup d’autres sans doute, que j’ai le malheur d’ignorer et auxquelles je paierais avec le même plaisir le juste tribut d’éloges qu’elles méritent. Femmes ! L’injustice et l’envie vous poursuivront peut-être encore ; mais vous les forcerez enfin au silence. »

 Opinion d’une femme sur les femmes, Fanny Raoul, 1801

Moi, Clea Shine Carolyn D. Wall / Se construire femme…

Moi, Clea Shine

Carolyn D.Wall – Moi, Cléa Shine, Grands romans Points Calmann-Lévy 2012 , original Carolyn D. Wall, 2012 Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Estelle Roudet

Ce roman est en deux temps bien distincts, le flash back sur l’enfance malheureuse de Clea Shine qui, abandonnée par sa mère, est recueillie par Jerusha Lovemore, femme noire du sud du Mississipi. Et le deuxième temps sur sa vie d’adulte. La fillette blanche est rebelle, n’a pas sa langue dans sa poche et tente de se construire malgré les blessures… Son regard reste souvent rivé à une maison de triste apparence, dont les murs s’ornent souvent de quolibets. Une femme vit là, à la fois proche et lointaine.

Un peu plus loin, une prison. Un paysage de tristesse, et dans ce paysage un petit garçon, Finn, qui vit perché dans un chêne…

Et puis dans la deuxième partie la vie de Clea Shine devenue adulte… Chute ou rédemption, résilience ou folie, comment Clea est-elle parvenue à grandir ?

J’avais lu et aimé son précédent roman Aurora Kentucky qui faisait le portrait d’une femme courageuse que la vie n’a pas épargné. Celui-là fait également un assez beau portrait de femme mais l’écriture m’a moins emportée. J’ai trouvé la construction moins aboutie, même si la première partie sur l’enfance de Cléa est véritablement belle. Des clichés alourdissent en quelque sorte le deuxième moment du récit et c’est un peu dommage.

Ayana Mathis – Les douze tribus d’Hattie

Les douze tribus d'Hattie

 

Les douze tribus d’Hattie d’Ayana Mathis, aux éditions Gallmeister, 2012.

Ce roman pourrait être le portrait d’une seule femme diffracté dans des éclats de miroir brisé : Hattie, dont la vie est narrée à travers la vie de ses enfants et les relations qu’ils entretiennent avec elle.
Le récit débute en 1923, à Philadelphie, où la jeune Hattie arrive en compagnie de sa mère et de ses sœurs pour fuir le sud, la ségrégation et la violence contre les noirs.
Au fil des années, ses douze enfants, cinq fils et six filles, vont naître de son mariage malheureux avec August. Ils vont témoigner, chacun à leur manière, des soubresauts de l’histoire américaine et de la condition des afro-américains aux Etats-Unis : Floyd, devenu trompettiste de jazz ; Six, prédicateur presque par hasard ; Ruthie, l’enfant d’une relation adultérine ; Allis, riche mais malheureuse ; Franklin, soldat brisé à Saigon ; ou Cassie, psychotique, décrivent une mère loin d’être exemplaire, souvent rude, aimée et haïe à la fois.
Vie individuelle et Histoire collective sont inextricablement mêlées. Mais qu’est-ce qu’un individu face à l’Histoire ? N’est-il pas toujours impitoyablement broyé par les événements qui la scandent ? Et la vie d’une femme, n’est-elle pas encore plus assujettie aux décisions politiques que prennent ceux qui ont le pouvoir dans un pays, le plus souvent des hommes ?
Au fond, comment Hattie pourrait-elle être heureuse ? Quelle marge de manœuvre lui a-t-on laissée ? Elle est femme et elle est noire. Double restriction dans l’Amérique blanche et raciste des années 30 à 50.
Pourtant, fétu de paille, mais femme énergique et fière, Hattie construira sa vie, une vie, accompagnera ses enfants, envers et contre tout, contre elle-même parfois.

Ce récit polyphonique est d’une grande beauté et Ayana Mathis, une conteuse hors pair. Elle a grandi dans les quartiers nord de philadelphie. « Férue de poésie, elle a suivi plusieurs cursus universitaires sans en terminer aucun, a travaillé comme serveuse puis fact-checker dans divers magazines et a vécu quelque temps en Europe. Publié en 2012 aux Etats-Unis, les douze tribus d’Hattie est son premier roman, salué par la critique américaine, porté aux nues par Oprah Winfrey qui a lancé ainsi la carrière de la jeune Américaine en la comparant à Toni Morrison.

Le Salon du livre de Paris : les romancières argentines

Du 21 au 24 mars 2014, s’est tenu le  Salon du livre de Paris !!

Malgré la joie d’avoir reçu mon accréditation encore cette année, je n’ai pu m’y rendre, car trop prise dans mes zones de turbulences. Mais ce n’est que partie remise…

L’Argentine devait permettre de beaux voyages aux lecteurs passionnés et Shanghai,  s’invitait loin des clichés. Une belle occasion pour rencontrer leurs auteurs et assister à de passionnantes conférences !
Trois belles expositions étaient offertes aux amateurs de BD.

Toute une vie de mots et d’images qui vous a fait palpiter pendant quelques jours  …

Et Litterama se réjouit car cette année, l’Argentine a montré l’exemple : il y a eu de nombreuses femmes écrivains présentes sur les stands et lors des conférences. Les mentalités changent peu à peu et cela fait du bien.

Quarante-six écrivains dont 18 femmes. Pas mal non ?

laura alcoba

1) Romancière et traductrice, Laura Alcoba est née en 1968 en Argentine. Elle vit à Paris depuis 1979.

selva almada

2) Selva Almada
Née dans la province d’Entre Ríos en 1973,  Selva   Almada   est l’auteure de plusieurs livres de contes et de poésie.

3) Silvia Baron Supervielle
Silvia Baron Supervielle est née à Buenos Aires d’une mère d’origine espagnole et d’un père d’origine française.


Diana bellessi
4) Diana Bellessi
Née à Zavalla, Santa Fe, en Argentine, en 1946, Diana Bellessi étudie la philosophie à l’Universidad Nacional del Litoral.


Liliana bodoc5) Liliana Bodoc
Liliana Bodoc est née à Santa Fe et a grandi à Mendoza.


Rosalba Campra7) 
Rosalba Campra
Rosalba Campra est née à Jesús María, dans la province de Córdoba. Ses études universitaires l’amènent à rejoindre la France puis l’Italie. 


8) Alicia Dujovne Ortiz
Née en Argentine en 1940, Alicia Dujovne Ortiz vit en   France depuis 1978 mais a conservé l’espagnol comme langue d’écriture.

 luisa F9)  Luisa Futoransky
Née à Buenos Aires en 1939, Luisa Futoransky est poétesse, romancière, essayiste, traductrice et journaliste.


Fernanda Garcia lao

10) Fernanda Garcia Lao
Née en 1966 à Mendoza et contrainte de s’exiler à Madrid avec sa famille en 1976…

Inès Garland

11) Inès Garland

(…) Inés Garland a été journaliste et productrice de télévision, éditrice de revue, réalisatrice de documentaires et de courts-métrages.

12) María Pía López
Née en 1969, María Pía López est sociologue et essayiste. Docteur en sciences sociales à l’Université de Buenos Aires…

Tununa

         12) Tununa Mercado
Née à Códoba en 1939, Tununa Mercado a publié son premier livre de récits, Celebrar a la mujer como a una pascua, en 1967.

Elsa Osorio

13) Elsa Osorio
Née à Buenos Aires en 1953, Elsa Osorio est romancière, biographe, nouvelliste et scénariste pour le cinéma et la télévision.

Les-veuves-du-jeudi-Pineiro

14) Claudia Piñeiro
Née à Burzaco en 1960, dans la province de Buenos Aires, Claudia Piñeiro est romancière, dramaturge et auteure de scénarios…

lucia puenzo

15) Lucía Puenzo
(…) Lucia Puenzo est auteure et réalisatrice. Elle a écrit L’enfant poisson, son premier roman, lorsqu’elle avait 23 ans.

samantha s

16) Samanta Schweblin
Samanta Schweblin est née à Buenos Aires en 1978. Son premier livre de nouvelles paraît en 2002.

Ana-Maria-Shua-La-Saison-des-fantomes

17)Ana María Shua
Née en 1951, à Buenos Aires, Ana María Shua a publié plus de quatre vingt livres dans divers genres : roman, nouvelle, microfiction…

Perla Suez

18) Perla Suez
Perla Suez est née en 1947 dans la province de Córdoba, et a grandi à Entre Ríos, au bord des rivières Paraná et Uruguay…

Née dans la province d’Entre Ríos en 1973, Selva Almada est l’auteure de plusieurs livres de contes et de poésie.
En savoir plus sur http://www.salondulivreparis.com/A-la-une/Actualites/Argentine-a-l-honneur-en-2014.htm#823zS0pmV0kutobQ.99
Selva Almada
Née dans la province d’Entre Ríos en 1973, Selva Almada est l’auteure de plusieurs livres de contes et de poésie.
En savoir plus sur http://www.salondulivreparis.com/A-la-une/Actualites/Argentine-a-l-honneur-en-2014.htm#823zS0pmV0kutobQ.99
Laura Alcoba
Romancière et traductrice, Laura Alcoba est née en 1968 en Argentine. Elle vit à Paris depuis 1979.
En savoir plus sur http://www.salondulivreparis.com/A-la-une/Actualites/Argentine-a-l-honneur-en-2014.htm#823zS0pmV0kutobQ.99
quarante-six écrivains parmi les plus représentatifs de la littérature argentine actuelle
En savoir plus sur http://www.salondulivreparis.com/A-la-une/Actualites/Argentine-a-l-honneur-en-2014.htm#823zS0pmV0kutobQ.99
quarante-six écrivains parmi les plus représentatifs de la littérature argentine actuelle
En savoir plus sur http://www.salondulivreparis.com/A-la-une/Actualites/Argentine-a-l-honneur-en-2014.htm#823zS0pmV0kutobQ.99
Selva Almada
Née dans la province d’Entre Ríos en 1973, Selva Almada est l’auteure de plusieurs livres de contes et de poésie.
En savoir plus sur http://www.salondulivreparis.com/A-la-une/Actualites/Argentine-a-l-honneur-en-2014.htm#823zS0pmV0kutobQ.99

8 mars : Manifeste pour Les Hommes qui aiment les femmes de Laure Adler

Manifeste pour les hommes qui aiment les femmes

Pour célébrer ce 8 mars, je souhaitais mettre en lumière par le biais du livre de Laure Adler,  tous ces penseurs, philosophes, écrivains, avocats, hommes politiques, médecins, couturiers, photographes, peintres qui aiment et respectent les femmes et ont contribué aux mouvements d’émancipation. Ils ont œuvré pour l’émancipation des femmes aux côtés de leurs amies, de leurs soeurs et de leurs compagnes.

Ce n’est pas un combat antagoniste d’un sexe contre un autre :

« Arrêtons de parler de normalité pour nous situer en termes d’humanité et de vivre ensemble dans un monde où – le jour viendra – la domination masculine cèdera. Voilà pourquoi, plus que jamais, nous devons continuer à lutter ensemble, féminin et masculin mêlés. Nous l’avons vu, les hommes ont joué un rôle dans le mouvement féministe. Qu’ils continuent de se battre à nos côtés. Continuons à agir dans la vie de la cité pour défendre et réclamer des droits qui ne sont pas donnés, soit pas respectés ».

Le livre de Laure Adler est passionnant, fourmillant d’exemples et d’anecdotes, soutenues par une solide argumentation théorique et en même temps très agréable à lire.

Renée Vivien : l’histoire d’une vie

Renee-Vivien

Renée Vivien est le pseudonyme de Pauline Tarn, poétesse du mouvement parnassien de la Belle époque, née en Angleterre , à Londres en 1877, d’une mère américaine et d’un père anglais, et décédée à Nice en 1909 âgée de 32 ans à peine. Elle connut la fin d’un siècle et le début d’un autre et fut la contemporaine de Sarah Bernhardt (1844-1923)  et de Colette (1873-1954) qui la décrivait ainsi :

« Il n’est pas un trait de ce jeune visage qui ne me soit présent. Tout y disait l’enfance, la malice et la propension au rire. Où chercher entre la chevelure blonde et la tendre fossette du menton effacé et faible, un pli qui ne fût point riant, l’indice, le gîte de la tragique tristesse qui rythme les vers de Renée Vivien ?  » (Dictionnaire des femmes célèbres)

Ses biographes racontent une vie tumultueuse et mondaine mais malheureuse. Ses amours féminines ont marquée sa vie, notamment sa passion orageuse avec Natalie Barney à qui elle reprochait ses nombreuses infidélités. Celle-ci tenta, sa vie durant, de la reconquérir.

« Des auteurs d’ouvrages critiques tels que Martin-Mamy, Le Dantec, Kyriac et Brissac firent de Renée Vivien une femme du mal et de la damnation, perverse et libertine à la fin de sa vie, allant jusqu’à lui inventer une vie de débauches et d’orgies auxquelles se marièrent la consommation de cocaïne. »Wikipédia

Colette raconta la fin de sa vie dans Le pur et l’impur paru en 1932 et Natalie Clifford Barney dans Souvenirs indiscrets paru en 1960.

Selon certains biographes, elle se serait laissée mourir de faim dans sa retraite niçoise à la suite du décès d’une amie. Mais il est fort probable que l’abus d’alcool, sa toxicomanie et une forme grave d’anorexie furent à l’origine de sa mort.

Elle publie son premier recueil en 1901, Etudes et Préludes, suivi en  1902 de Cendres et poussières, d’une traduction des poèmes de Sappho en 1903 ainsi que d’un recueil « Evocations », puis quelques années plus tard, A l’heure des mains jointes (1906), Les Flambeaux éteints (1907).

Elle publia aussi des poèmes en prose, Brume de fjords,(1902), Du vert et du violet (1903), un roman, Une femme m’apparut et Dans un coin de violettes, Le vent des vaisseaux et Haillons, recueils de poèmes posthumes parus en 1910.

Lus : dictionnaire des femmes célèbres (Laffont), article de Wikipédia, J.-P. Goujon, Tes blessures sont plus douces que leurs caresses : vie de renée Vivien, Régine desforges 1986.

Le surnom de Sappho 1900, a été donnée à Renée Vivien, en raison de sa traduction des poèmes de la poétesse grecque et de son homosexualité.

Si l’on considère l’histoire littéraire des femmes, les années 1900 virent la publication d’œuvres de femmes telles que Colette, Anna de Noailles, Lucie Delarue-Mardrus

Rééditions :

  • Études et Préludes, Cendres et Poussières, Sapho (2007)
  • Les Kitharèdes avec le texte grec (2008), avant-propos de Marie-Jo Bonnet
  • Sapho avec le texte grec (2009), avant-propos de Yvan Quintin
  • Poèmes : 1901-1910 (2009), avant-propos de Nicole G. Albert

Autres rééditions :

  • Œuvres poétiques, 1901-1903, 2007, aux éditions Paléo (Études et préludes, Cendres et poussières)
  • Du vert au violet, 2009 ; Brumes de Fjords, 2010 ; Chansons pour mon ombre, 2010, aux éditions du Livre unique avec un appareil critique de Victor Flori ;

Elle s’en est allée, de ses pas ailés, de son regard d’azur…

La mort est un grand mystère qui parfois nous saisit d’effroi… Expérience terrible qu’il m’a fallu vivre.  Une immense douleur et un immense amour, ma mère s’en est allée, de ses pas ailés, de son regard d’azur.

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Devant la mort

Ils me disent, tandis que je sanglote encore :
« Dans l’ombre du sépulcre où sa grâce pâlit,
Elle aspire la paix passagère du lit.
Les ténèbres au front, et dans les yeux l’aurore.

« Elle aura la splendeur de l’Esprit délivré,
Rêve, haleine, musique, essor, parfum, lumière.
Le cercueil ne la peut contenir tout entière,
Ni le sol, de chair morte et de pleurs enivré.

« Le cierge aux larmes d’or, le râle du cantique
Les lys fanés, ne sont qu’un symbole menteur :
Dans une aube d’avril qui vient avec lenteur,
Elle refleurira, violette mystique. »

— Et j’écoute parmi les temples de la mort.
Je sens monter vers moi la chaleur de la terre,
Dont l’accablante odeur recèle le mystère
Du sanglot qui se tait et du rayon qui dort.

J’écoute, mais le vent des espaces emporte
L’audacieux espoir des infinis sereins…
Elle ne sera plus dans l’heure que j’étreins,
L’heure unique et certaine, et moi, je la crois morte.

La nuit, dont la langueur ne craint plus le soleil,
L’enveloppant du bleu féerique de ses voiles,
Éteint jusqu’aux lueurs lointaines des étoiles,
Et le vin des pavots lui verse le sommeil.

O Morte que j’aimais, ô Pâleur étendue
Dans l’immobilité des néants noirs et froids,
Je n’ose t’apporter que les fleurs d’autrefois
Et mes sanglots païens sur ta beauté perdue.

Renée Vivien, Cendres et Poussières, 1902

Les femmes et la BD à Angoulème : la Corée et son devoir de mémoire « Les femmes de réconfort »

Des fleurs qui ne se fanent pas          Les « femmes de réconfort »,  furent les témoins et les victimes de l’Histoire  du XXe siècle lors de la seconde guerre mondiale. La Corée du sud, par les initiateurs de cette exposition,  réalisée par le biais de la bande dessinée, tente de revenir sur cette période douloureuse de l’Histoire.

L’armée impériale japonaise, instaura un  système d’esclavage sexuel des femmes dites « de réconfort ». Le scénariste Jeong Ki-young et le dessinateur Kim Gwang-sung retrace la vie et le drame de ces jeunes filles enlevées et employées de force par l’armée japonaise de l’époque à travers « Chanson de l’espoir du papillon », composée de 100 planches réalisées à l’encre de Chine sur un papier coréen traditionnel. « L’exposition sera aussi l’occasion pour une vingtaine d’auteurs coréens (notamment Tak Young-ho, Lee Hyun-se, Baek Sung-min, Park Jae-dong, Cho Kwan-je, Oh Sé-young, Ahn Soo-cheol, Kang Hyo-suk, Kang Do-ha, Park Kun-woong, Keum Suk Gendry-Kim) de porter leur regard sur le destin tragique de ces femmes. Leurs contributions, sous la forme d’histoires courtes, seront rassemblées et publiées dans un recueil.  »

On peut regretter tout de même que sur la liste d’auteurs présents, il n’y ait qu’une femme !

La BD s’engage aux côtés des femmes !

Caves du théâtre d’Angoulême • du jeudi 30 janvier au dimanche 2 février 2014, 10 h/19 h
Production : Gouvernement coréen, Komacon, Association coréenne pour le manhwa • Commissariat et scénographie : Shin Myeong-hwan.

Festival BD Angoulème du 30 janvier au 02 Février. Où sont les femmes ?

Il a toujours été difficile pour les femmes de s’imposer dans le monde de la BD. Quelles en sont les raisons ? Difficile de le savoir : certains avancent que c’est un domaine qu’elles ont investi plus tardivement, d’autres qu’elles sont cantonnées à des sujets plus féminins, moins universels, et les derniers assènent que le milieu de la BD est un des plus machistes qui soient et qu’elles vivent un véritable ostracisme. J’ai trouvé ces trois albums dans la sélection. Mais peut-être en ai-je oublié un, si c’est le cas, n’hésitez pas à me le signaler.

Bd angoulème

Accompagnée de sa petite-fille Mica, Regina Segal se rend à Varsovie afin de récupérer l’appartement qu’elle a dû quitter pendant la guerre pour se rendre en Palestine. Cette propriété ravive de lointains souvenirs et de douloureuses histoires de famille… Deuxième livre de Rutu Modan traduit en français après Exit Wounds, récompensé en 2008.

Rutu Modan est une dessinatrice israélienne de bandes dessinées née en 1966. Wikipédia
mauvais genre de chloé cruchaudetInspiré d’une histoire vraie, cet album met en scène une population parisienne meurtrie par la guerre et qui tente de survivre. Paul, un déserteur, est contraint de se cacher : travesti, il devient Suzanne. Mais Suzanne prend peu à peu son indépendance, et quand il/elle commence à fréquenter les mauvaises personnes, il est bien difficile de revenir en arrière.
Chloé Cruchaudet, née le 2 novembre 1976 à Lyon, est une scénariste, une dessinatrice et une coloriste française de bande dessinée.
Bd angoulème
La nuance tient à un son : plus tranchantes que lisses, les pierres évoquent ici le souvenir du père de la narratrice et la difficulté de leurs contacts. Jeune illustratrice et auteure de bande dessinée, notamment Le Tableau et L’Homme en pièces, Marion Fayolle sera exposée au Pavillon Jeunes Talents® pendant le Festival.
Née le 4 mai 1988, Marion Fayolle grandit en Ardèche et intègre l’école des arts décoratifs de Strasbourg en 2006 et obtient son diplôme en juin 2011.
Cesare 1
Avec un luxe de détails, cette fresque historique dans l’Italie renaissante du XVe siècle met en scène un étudiant jeune et naïf, Angelo da Canossa, qui aura le cruel privilège de se lier d’amitié avec Cesare Borgia, fils du futur Pape. Il croise les personnalités marquantes de son époque et s’efforce de ne pas succomber à de sombres machinations politiques.
Née le 6 janvier 1959, Fuyumi Sōryō (惣領 冬実, Sōryō Fuyumi?) est une mangaka connue pour être l’auteure de Shojo Mars et également de Mars Gaiden (one shot qui complète Mars) et Eternal Sabbath.

Quatuor – Catel and Co

catel quatuor

vignette Les femmes et la B.DDans cet album, seul l’homme est vraiment sujet car le personnage féminin, ainsi que l’avertit le préfacier, n’est qu’une convention nécessaire au propos puisqu’il s’agit pour Catel d’illustrer et donc d’adapter quatre histoires écrites par quatre auteurs très différents : Jacques Gamblin, José-Louis Bocquet, Thierry Bellefroid et Pascal Quignard.  Catel met en scène le sentiment amoureux dans un graphisme délicat.

Ce sont quatre histoires aux tempos différents : presto, largo, scherzo et … amoroso pour un quatuor d’auteurs.

Si l’amour est une danse, c’est l’homme qui la mène, qui conduit sa partenaire, car le pire c’est d’avoir « une cavalière qui mène », « du coup, les hommes sont fragilisés. » D’ailleurs, le danseur avertit sa partenaire, « il faut qu’il y en ait un qui commande. C’est l’homme. Vous ferez ce que vous voudrez ailleurs mais dans mes bras, vous pliez ! La danse, c’est macho. Je prends une femme qui m’obéit. »

Quant à la vitesse, elle peut devenir mortelle… La passion amoureuse se vit de manière frénétique dans la pulsion infernale du désir. On n’a plus les pieds sur terre, mais le nez dans les étoiles, la conscience du danger obscurcie par la violence et l’urgence du désir. La passion donne le sentiment d’être éternels. Cependant, pour échapper au temps, l’étreinte finit par être mortelle.

Certains êtres s’entendent mieux avec les animaux qu’ils traitent avec davantage d’égards que leurs semblables. Un homme murmure à l’oreille des chevaux alors qu’il hurle après sa femme. Scherzo, une gifle part et punit l’impudente. Le murmure, lui, appelle la caresse…

L’amour se nourrit du silence des regards ; mais certains hommes préfèrent regarder le dos d’une femme, au risque de manquer l’Autre. D’un dos de papier mâché à la séduction d’une chute de reins, le mirage est le même et l’illusion tenace.

Lorsque la belle se retourne, l’homme lit dans son regard ce qu’il n’a pas osé affronter.

La dernière histoire rappelle que nous devons la terre que nous foulons à la pomme (Eris donna la pomme de la discorde, Eve tenta Adam). Mais peut-être l’histoire est-elle encore plus subtile !

Le mensonge de la femme n’est-il pas de se conformer au désir de l’homme ? Le désir de trouver une femme capable de broder la ceinture qu’il n’a su broder lui-même alors qu’il est le meilleur tailleur de la ville. Les motifs en sont si compliqués, les fils si adroitement tissés, les couleurs si variées que l’amoureuse échoue à broder la ceinture. Elle ne peut pourtant renoncer à celui qu’elle aime.

Dans sa préface, Jean-Luc Fromental écrit que l’Eternel masculin se dessine dans cet album. Il m’a peut-être malheureusement pas tout à fait tort.