Amour et désamour …

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Amour et désamour …

  «  Dans l’acte amoureux, la personne sort d’elle-même : c’est peut-être le plus grand essai que la Nature fasse pour que chacun sorte de soi-même vers autre chose. Ce n’est pas elle qui gravite vers moi, c’est moi qui gravite vers elle ». Dans cette jolie formule, José Ortega Y Gasset tente de saisir une des caractéristiques de l’amour qu’il complète ainsi : « Dans l’amour, nous abandonnons le repos et l’assise en nous mêmes, et nous émigrons virtuellement vers l’objet. Etre en train d’aimer est ce mouvement constant d’émigration. » . Le monde s’enchante de la présence de l’Autre, se pare des plus vives couleurs, les sensations sont décuplées. Et puis, un jour, quelques heures ou quelques années plus tard, le miracle cesse, nous sommes rendus à l’uniformité des jours, à la grisaille quotidienne : on n’aime plus.

Tous les romans que j’ai lus jusqu’ici et qui ont servi de base au thème « Amour et désamour », sondent  la vie de couple, examinent, parfois au scalpel, ses échecs autant que ses succès et examinent les différentes manières de vivre aujourd’hui l’amour dans le couple.  On semble loin de l’amour fusion,  où l’Autre ne serait qu’un reflet de soi-même, et où l’union physique à travers la sexualité assurerait un arrachement à soi, proche de la mystique. Non, l’Autre est bien celui dont je dois accepter la différence, qui me reconnaît et me conforte dans mon sentiment d’exister. Seul l’amour humain procure cette confiance et cette assurance dans la parfois difficile tâche d’exister. Dans « Sublime amour », de Sophie Fontanel, que par ailleurs  j’ai abandonné, l’enfant Claudio Barbaro presse sa mère qui sort souvent le soir, de rester avec lui. Elle lui demande en quel honneur, et l‘enfant répond : « En mon honneur ! ». Et la mère d’éclater de rire. Claudio prend conscience alors de son inexistence. Nous ne sommes « je » que face à un « tu ». C’est cette différenciation qui nous constitue comme sujet. 

L’amour se décline sur le mode de la dualité, du couple, même s’il se révèle fragile et éphémère. Angela Huth dans « Invitation à la vie conjugale » décline toutes les modalités de cette vie à deux : du couple monogame et fidèle, au couple « ouvert » dans lequel  vie familiale et vie sexuelle sont dissociées, assumant ou pas les infidélités, en passant par le célibat assumé et une vie sexuelle complètement libre, tous les modèles sont passés au crible.

Valentine Goby (Des corps en silence), quant à elle, avertit, mais ne le savait-on pas déjà, que l’amour-passion est voué à l’éphémère et le désir  volatile. Il est le résultat de toute une histoire qui a assuré la lente déconnexion du couple d’avec son rôle biologique, économique et social. Le mariage d’amour a remplacé le mariage de raison avec, en contrepartie la fragilisation du lien. Je ne sais plus quel penseur a parlé de « monogamie séquentielle », mais il semble que ce soit dans la littérature le modèle dominant.  Le polyamour, terme que l’on utilise aujourd’hui  pour les expériences de couples à partenaires multiples semble aussi fragile que les autres car il n’évacue pas le sentiment de jalousie, qui fait beaucoup souffrir, et le danger d’un autre amour-passion qui par son exclusivité pourrait menacer l’équilibre du couple premier. Philosophie Magazine présente cet été un dossier très intéressant sur les différentes figures du couple aujourd’hui, et essaie de répondre à la question : « Sommes-nous fait pour vivre à deux ? ».  Il semblerait que la vie à deux soit le meilleur compromis possible, même si on peut aimer plusieurs personnes dans sa vie.

Toute la littérature s’attache à montrer qu’il vaut mieux aimer ces personnes successivement que simultanément : d’une part parce que seul le sentiment amoureux assure un véritable souci de l’autre dans le quotidien, et d’autre part parce que le sentiment d’exclusivité est très souvent lié à la passion amoureuse

       Toutefois, la littérature se fait aussi l’écho d’une époque : on y retrouve toutes les questions qui agitent la société, et les transformations qu’elle subit. Les tabous se lèvent : ainsi l’amour est-il aussi le refuge des êtres profondément blessés , le lieu d’une possible résilience. Véronique Biefnot, avec son roman « Comme des larmes sous la pluie » non seulement raconte un de ces sauvetages amoureux, mais évoque également la difficulté de l’identité sexuelle à travers l’expérience de la double appartenance , le genre fluide, qui nous rappelle que nous avons tous cinq identités sexuelles : chromosomique, anatomique, hormonale, sociale et psychologique et que si parfois elles coïncident, il arrive aussi qu’elles ne convergent pas, révélant des identités ambiguës ou hybrides. (voir le numéro de Sciences Humaines à ce sujet n°235 de mars 2012).

« C’est toute la différence entre la compulsion de répétition et la résilience. La première est à l’œuvre lorsque je m’engage dans un couple qui agrandit mes blessures au lieu de les recoudre. Ou lorsque je refuse l’amour de peur qu’il m’abandonne de nouveau. C’est ainsi que certains hommes fuient les femmes qu’ils voudraient aimer, tandis que des femmes agressent ceux qui leur manifestent de l’intérêt. Mais ce n’est pas une fatalité. Les carences du passé peuvent au contraire devenir un facteur de stabilité du couple : on est prêt à se donner du mal pour gagner ce dont on a manqué Et c’est ici que se situe la résilience : dans notre capacité à nous appuyer sur ce qu’il y a de plus constructif en nous pour recommencer à construire en dépit de nos blessures. Lorsque celles ou ceux qui ont été blessé(e)s par la vie rencontrent l’homme ou la femme de leurs rêves, il n’est pas rare qu’ils leur cachent les zones sombres de leur existence. C’est une forme d’amputation de la réalité, mais elle leur permet de partir sur des bases optimistes. » indique Boris Cyrulnik dans un entretient à Psychologies Magazine à propos de son livre « « Parler d’amour au bord du gouffre » »

De là,  la force du Premier amour, Veronique Olmi (Le Premier Amour) l’a bien compris. La puberté en favorisant la création de nouvelles relations entre les neurones, nous ouvre à de nouveaux apprentissages, et favorise des expériences inédites, qui sous l’effet des hormones et de l’émotion, laissent une empreinte durable. L’individu subit une métamorphose et le premier amour est alors une seconde chance. Peut-être est-ce le cas de l’héroïne de Véronique Olmi qui échappe ainsi au modèle amoureux de ses parents et aux frustrations endurées dans son milieu familial. Le Premier Amour est alors la conquête de soi et de sa liberté.

            Dans toutes les cultures , ici ou ailleurs, le cœur se met à battre, un peu plus vite, un peu plus fort, comme cet « Amour dans une vallée enchantée »(Wang Anyi),  « Elle se rend compte maintenant que quelque chose s’est réveillé en elle, tant dans son corps que dans son esprit. Telle une eau courante qui coule sans relâche, elle se sent vraiment tout autre ».

L’expérience est si belle qu’on ne peut manquer de la tenter, tant pis si parfois la chute est presque mortelle : « Quelque temps après qu’il eut prononcé le mot pause, je devins folle et atterris à l’hôpital. Il n’avait pas dit : Je ne veux plus jamais te revoir, ni :  C’est fini mais après trente années de mariage, pause suffit à faire de moi une folle furieuse dont les pensées s’entrechoquaient comme des grins de pop-corn dans un micro-ondes. » raconte la narratrice d’ « Un été sans les hommes » (Siri Hudsvedt).

De l’amour et son flamboiement au désamour, où tout s’éteint, la littérature ne cesse de s’intéresser sur la force et la  fragilité de ce lien.

« Je vous remercie dans le fond de mon cœur du désespoir que vous me causez, et je déteste la tranquillité ooù j’ai vécu avant de vous connaître » s’exclame Mariana Alcoforado, la religieuse portugaise.

De la frénésie à l’ennui, notre vie certainement, oscille sans cesse…

Quand la nuit – Cristina Comencini

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Cristina Comenci – Quand la nuit – Le livre de poche n° 32570 2012 Grasset 2011

Les deux livres sélectionnés par le comité de Terrafemina sont particulièrement intéressants ce mois-ci puisqu’ils ont pour thème la violence domestique.

Marina se sent un peu perdue. A bout de nerfs et de fatigue, s’évertuant à être la mère modèle qu’on attend d’elle, elle part à la montagne seule avec son fils. Mais voilà peut-être le problème, être une mère seule avec son enfant… Personne pour vous relayer quand votre enfant nécessite des soins et une surveillance constante parce que l’appartement est, pour un enfant de l’âge de deux ans, un véritable champ de mines où, tout, absolument tout, peut arriver.

Ce livre pourrait s’intituler « Mères au bord de la crise de nerfs » dans une société où les femmes sont parfois seules à élever leurs enfants et où les pères apparaissent et disparaissent tels des météores bienveillants. Mais des météores tout de même…

Nos sociétés ont distendu les liens familiaux, et on n’a pas toujours les grands-parents à portée de mains, ni des tantes et oncles qui prendraient le relais pour soulager les mères qui n’en peuvent plus à ces âges difficiles de l’enfance.  Et c’est un homme, qui va secourir la jeune femme, le tiers indispensable. Un homme difficile et égoïste avec lequel va se tisser une histoire difficile et profonde.

Ce livre exploite le thème de la violence parentale. « Aux tables des bars, dans les rues, des adultes inconscients, libres, fument, bavardent tranquillement, sans hâte, ils ont tout le temps qu’ils veulent. Ils n’ont pas conscience de leurs privilèges. J’avance avec la poussette, j’étais comme eux moi aussi. ». Personne ne vous a pas appris à faire face, on vous a vaguement avertie, mais des tabous empêchent les véritables confidences. On ne vous a pas vraiment dit ce que l’épuisement peut faire de ravages. La maternité est votre destin, l’instinct votre guide, et l’ amour  que vous éprouvez est si profond qu’il vous épargne les contingences. « Enfermée dans les ténèbres qui sont en moi, je ne vois plus rien », raconte la narratrice. Y a-t-il moyen de réparer ce que j’ai fait ? peut-on revenir en arrière ?

Les mères violentes et destructrices hantent la littérature : Folcoche de Vipère au poing, la mère violente de Jules Vallès ou celle de Poil de Carotte. Plus proche de nous la mère de Falaises (Olivier Adam), celle de Chloé Delaume dans le « Le cri du sablier », toutes absentes, violentes et négligentes.

La sphère familiale est un lieu clos, parfois étouffant, qui abrite les violences les plus indicibles. Ouverte sur l’extérieur, elle devient un lieu d’affection et de partage.

« Familles, je vous hais ! Foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur. », s’écriait André Gide dans « Les nourritures terrestres ».

Les discours lénifiants sur la maternité n’ont plus cours aujourd’hui, on le sait, l’amour s’apprend, et être une mère est autant un apprentissage culturel que biologique. Les mères toutes-puissantes ont fait leur temps dans la littérature et ailleurs. Elles ont d’ailleurs payé très cher ce statut si particulier que la religion a contribué à établir.  Marie, la femme sans sexualité, qui enfante, a fait des femmes

les dépositaires d’un pouvoir aussi contraignant qu’exorbitant …

Un enfant a besoin de multiples relations ouvertes sur l’extérieur pour grandir, afin que le giron maternel puisse être un lieu sécurisant et un repère stable.

Ce livre est intéressant et se lit avec plaisir. Il a pour mérite de raconter l’itinéraire d’une mère qui cède à la violence mais qui essaie de se sortir de cette violence qui l’emprisonne. Il ne sera pas un coup de cœur mais un assez bon livre tout de même.

Un bûcher sous la neige – Susan Fletcher

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Susan Fletcher Un bûcher sous la neige – Plon – Feux croisés – 2010 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Suzanne Mayoux

En Europe, le nombre de femmes accusées de sorcellerie et mortes sur le bûcher est estimé à quarante mille du XVe  au XVIIIe siècle.  En Grande-Bretagne, ce nombre atteignit plus de cent mille. Selon l’auteur, « La dernière exécution d’une prétendue sorcière eut lieu en 1727 ». Le Witchcraft Act mit fin aux persécutions en 1735. Ces femmes étaient pour la plupart « instruites, indépendantes, âgées ou ayant leur franc-parler ». On sait aujourd’hui que l’accusation de sorcellerie était aussi un moyen commode de se débarrasser de femmes dont l’indépendance et la liberté de mœurs étaient une menace pour la société patriarcale. Ces femmes étaient souvent des guérisseuses qui connaissaient les vertus des plantes et faisaient commerce de leur savoir.

Corrag, dont la mère a été pendue pour sorcellerie fuit les persécutions qui sévissent dans le nord de l’Angleterre pour se réfugier en Ecosse, dans les Highlands, sur le territoire de la famille MacDonald à la réputation de cruauté et de sauvagerie.  Témoin du massacre  des membres du clan, Corrag est emprisonnée et promise au bûcher.  Le révérend Charles Leslie lui rend visite dans sa cellule afin de faire la lumière sur ces massacres fruit d’une sombre machination politique.  Corrag décide de lui raconter sa vie et une relation profonde s’établit entre eux au fil des jours qui va les changer l’un et l’autre.

L’auteur dresse le portrait de la sorcière du XVIIIe siècle : elle jette des sorts, arrache des gésiers et hurle à la lune, se transforme en oiseau la nuit, se pose sur les navires pour qu’ils sombrent, pratique des baisers obscènes, mange des enfants, possède un troisième téton, et lit l’avenir dans un œuf pourri. Tout un cortège de superstitions qui condamna à mort un grand nombre de femmes. Soigner par les plantes, n’est pas vu d’un très bon œil. La guérison doit venir de la prière, et non de pratiques qui sont assimilées au diable ou à l’alchimie.

Les sorcières sont des femmes qui ont une relation très particulière avec la Nature, qu’elles savent observer et dont elles dégagent  les régularités dans une sorte d’empirisme balbutiant. Une même cause produit un même effet ; une plante possède des vertus curatives qu’elles conservent quoi qu’il advienne. Mais dans cette société profondément religieuse où tout pouvoir vient de Dieu et des Saintes Ecritures, toute pratique qui conteste ce pouvoir absolu est considéré comme hérétique. La science vient des livres et de la théorie et non de l’expérience. La vérité y est inscrite à tout jamais.

Les femmes partagent une certaine nature qui établit entre elles une forme de complicité. Elles portent la vie, ce qui la rend sacrée à leurs yeux, écoutent leur cœur, et leur intuition. Faisant partie de la nature, elles peuvent en comprendre les lois. La religion de Corrag est profondément animiste. La nature est sacrée, car chaque être, chaque plante est une parcelle de cette divinité, en interdépendance avec les autres.

« Un bûcher sous la neige » ainsi que « Cœur cousu » de Carole Martinez proposent une nouvelle vision des femmes et du merveilleux qui n’est au fond qu’une disposition particulière vis-à-vis de la nature et des Hommes. Ces vertus longtemps attribuées aux femmes, cantonnées dans l’intuition, se proposent comme une nouvelle voie et un nouveau mode de relation avec la Nature. Et il est intéressant de voir le succès de ces paradigmes en littérature.

Le bonheur d’être belle – Delphine Gay

Delphine Gay

Quel bonheur d’être belle, alors qu’on est aimée !

Autrefois de mes yeux, je n’étais pas charmée;

Je les croyais sans feu, sans douceur, sans regard;

Je me trouvais jolie un moment, par hasard.

Maintenant, ma beauté me paraît admirable.

Je m’aime de lui plaire, et je me crois aimable…

Il le dit si souvent ! Je l’aime, et quand je vois

Ses yeux avec plaisir se reposer sur moi,

Au sentiment d’orgueil je ne suis point rebelle,

Je bénis mes parents de m’avoir fait si belle !

Et je rends grâce à Dieu, dont l’insigne bonté

Me fit le cœur aimant pour sentir ma beauté.

Mais… pourquoi dans mon cœur ses subites alarmes?…

Si notre amour, tous deux, nous trompait sur mes charmes;

Si j’étais laide enfin? Non… il s’y connaît mieux !

D’ailleurs pour m’admirer je ne veux que ses yeux!

Ainsi de mon bonheur jouissons sans mélange;

Oui, je veux lui paraître aussi belle qu’un ange…

Apprêtons mes bijoux, ma guirlande de fleurs,

Mes gazes, mes rubans, et parmi ces couleurs,

Choisissons avec art celle dont la nuance

Doit avec plus de goût, avec plus d’élégance,

Rehausser de mon front l’éclatante blancheur,

Sans pourtant de mon teint balancer la fraîcheur.

Mais je ne trouve plus la fleur qu’il m’a donnée :

La voici; hâtons-nous, l’heure est déjà sonnée,

Bientôt il va venir! bientôt il va me voir!

Comme, en me regardant, il sera beau ce soir!

Le voilà! Je l’entends, c’est sa voix amoureuse!

Quel bonheur d’être belle! oh! que je suis heureuse !

Villiers-sur-Orge 1822 (Essis poétiques, 1824)

Delphine Gay (1804-1855) ou Madame Emile de Girardin. Née à Aix-la-Chapelle en 1804, fille de Sophie Gay considérée comme un bas-bleu. Elle est présentée dans les salons parisiens, admirée pour sa beauté et son intelligence. Elle côtoie Chateaubriand, Lamartine, et reçoit en 1822, à 18 ans une mention de l’Académie française pour un de ses poèmes.  Elle publie son premier recueil en 1824 et s’essaie à la poésie patritique. A 21 ans, on la désigne souvent comme « Muse de la Patrie ». Elle délaisse le genre pour exprimer son « enivrement narcissique que lui procurent sa beauté et son succès, et aussi la difficulté d’aimer et d’être aimée pour, in fine, dire dans d’émouvantes élégies le regret d’avoir manqué l’essentiel ». Elle souffre de n’avoir pas d’enfant, et sa vie de femme mariée à Emile de Girardin, patron de presse, met fin aux espoirs que lui ouvraient les succès de sa jeunesse. Elle cesse d’écrire vers sa trentième année.

Elle tient dès lors un salon brillant fréquenté par Gautier, Balzac et Lamartine. Elle s’essaie à divers genres, le roman, la nouvelle, la chronique dans la Presse sous le pseudonyme du Vicomte de Launay, des pièces de théâtre où elle va de la comédie à la tragédie. Elle meurt à 51 ans.

Comme le remarque Marie-Claude Schapira, qui donne ces informations dans sa préface, (Femmes poètes du XIXe siècle une anthologie, sous la direcion de Christine Planté, Presses Universitaires de Lyon, 1998), « L’intérêt de ses derniers vers […] est dans l’insatisfaction profonde d’une femme qui ne trouve ni dans son éducation, ni dans son époque, ni dans ses choix personnels, à employer les dons qui lui ont été si largement prodigués.

Marie-Claude Schapira, docteur d’Etat en littérature française, membre de l’U.M.R 5611 L.I.R.E du CNRS, de l’Université de Lyon 2, est l’auteur d’une thèse et d’un ouvrage sur Théophile Gauthier, Narcisse et le récit, et de nombreuses contributions à l’étude du XIXe siècle, de la monarchie de Juillet à la Commune. Elle a édité et préfacé Le Mur de Maurice Montégut, aux Editions du Lérot, en 2000. Elle a, ces dernières années, publié plusieurs articles sur Georges Sand.

L’impossible pardon – Randy Susan Meyers

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Née à Brooklyn, Randy Susan Meyers a toujours été passionnée de littérature. Pour ce livre, elle s’est inspirée de son travail auprès des victimes de violence domestique. Elle vit aujourd’hui à Boston avec son mari et ses deux filles.

           Comment vivre lorsque votre père est un assassin ? Comment échapper à la culpabilité et au tourment ? Comment vivre et se reconstruire ? Telles sont les questions douloureuses que pose ce roman à travers l’histoire de Louise et Merry, dont le père, ivre, a assassiné la mère alors qu’elles n’avaient que 6 et 10 ans. Comment simplement survivre à un pareil drame ?

Louise, dite Lulu, essaiera de se protéger en oubliant, et raye une fois pour toutes son père de son existence, du moins le croit-elle, tandis que la cadette en proie à une culpabilité qui la ronge et l’empêche d’être heureuse, rend visite à son père en prison.

            Est-on déterminé par nos actes, sommes-nous ce que nous faisons ou y a-t-il en nous quelque chose qui y échappe ? La conscience morale, le pouvoir de se retourner sur ses actes et de les juger, d’éprouver de la peine et du remords est-il ce qui nous permet de ne pas coïncider totalement avec nos actions même si nous en portons l’entière responsabilité ?

Dire que nous sommes responsables suppose que nous sommes libres, que nous pouvons juger de la valeur et les conséquences possibles d’un acte et que nous connaissons, les règles, les lois et les contraintes auxquels nous sommes soumis dans la société où nous vivons. Une personne violente sous l’emprise de drogues ou d’alcool est-elle encore responsable de ses actes ? On peut penser que oui, puisque rien ne l’obligeait à se droguer ou à boire plus que de raison. On pourra alléguer les circonstances qui poussent à la violence telle personne ou telle autre. Mais si ces circonstances peuvent alléger la sanction, en aucun cas elle n’efface l’acte.

Le mal qui est fait ne peut être défait sans aucun doute, mais peut-on réparer ?  Est-il possible de payer sa dette à la société et plus encore à un être proche, voire à un membre de sa famille? Ce roman ne répond pas à toutes ces questions mais il tente de montrer comment des victimes de violences peuvent tenter de reconstruire leur vie.

  Randy Susan Meyers sait adopter le ton juste, en totale empathie avec ses personnages, sans verser dans ce qui pourrait n’être qu’une tragédie sordide. Elle ne force jamais le trait, d’une écriture sensible et généreuse, évitant les jugements expéditifs et le ton moralisateur. Un livre bien écrit  qui permet de réfléchir à des questions qui à des degrés divers ne peuvent manquer de nous concerner.

Comme des larmes sous la pluie de Véronique Biefnot

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Véronique Biefnot Comme des larmes sous la pluie, éditions Héloïse d’Ormesson, 2011, Le livre de poche 2012.

    Ce livre est un thriller amoureux, nous prévient la quatrième de couverture, d’où l’importance de la découverte, de l’adrénaline qui monte peu à peu chez le lecteur au fil d’un récit qui devient de plus en plus haletant. Ce qui va m’obliger à scinder mon article en deux, une première partie pour ceux qui ne l’ont pas lu ou veulent le lire et une seconde partie pour ceux qui l’ont déjà lu ou ne comptent pas le lire.

  Première partie

Simon Bersic tombe sous le charme de Naëlle qu’il croise dans le métro. Magnifique et mystérieuse, elle semble lui échapper sans cesse, ou peut-être l’étrangeté de son comportement vient-il de sa méconnaissance des codes sociaux et des rituels qui président aux relations humaines. Une voix douloureuse et inquiète d’enfant parfois s’élève et entrecoupe le récit. Alors qu’il croit enfin la connaître et que toutes les promesses de l’amour semblent sur le point de se réaliser, Simon est entraîné au cœur de l’histoire douloureuse et tourmentée de Naëlle, qui fit en son temps la une des faits divers de la Belgique.

  C’est un récit époustouflant que conduit ici Véronique Biefnot de main de maître malgré quelques platitudes dans le récit, et une analyse du sentiment amoureux un peu conventionnelle. Il n’en reste pas moins que de la première à la dernière page vous êtes happé par le récit et que c’est à bout de souffle et exsangue qu vous fermez enfin le livre, à la dernière page. Bouleversant, souvent intelligent, parce qu’il pose des questions non seulement pertinentes mais complètement actuelles sur le genre, -qu’est-ce qu’être un homme, une femme- parfaitement construit, et c’est là aussi sa force, « Comme des larmes sous la pluie » est un récit au vitriol dont vous ne sortirez pas complètement indemne. Lisez-le !

Deuxième partie

            Inspiré par l’affaire Dutrou qui a secoué la Belgique et suscité l’incompréhension la plus totale devant la monstruosité du personnage et les actes qu’il a commis, ce récit mêle la voix d’un enfant, désespéré, à l’histoire d’amour qui se noue entre Simon Bersic et Naëlle. Simon Bersic est écrivain, une sorte de Marc Lévy version belge, qui a perdu sa femme et vit en reclus avec son fils.

          Dans ce roman, l’amour est le refuge des êtres profondément blessés , le lieu d’une possible résilience. Véronique Biefnot non seulement raconte un de ces sauvetages amoureux, mais évoque également la difficulté de l’identité sexuelle à travers l’expérience de la double appartenance sexuelle, le genre fluide ainsi le nomme-t-on,  qui nous rappelle que nous avons tous cinq identités sexuelles : chromosomique, anatomique, hormonale, sociale et psychologique et que si parfois elles coïncident, parfois aussi elles ne convergent pas, révélant des identités ambiguës ou hybrides. Naëlle est un de ces êtres au bord du vertige,  flirtant avec l’intersexualité et dont l’identité est trouble.

L’amour peut-il nous aider à réparer les outrages subis, à cicatriser les anciennes blessures de l’enfance ? « Et c’est ici que se situe la résilience : dans notre capacité à nous appuyer sur ce qu’il y a de plus constructif en nous pour recommencer à construire en dépit de nos blessures », explique Boris Cyrulnik, théoricien de la résilience.

C’est quitte ou double ! On ne sait pas vraiment pourquoi certaines personnes trouvent la force en elles de s’extraire de la violence de leur propre histoire et parviennent à transformer les traumatismes en énergie positive. L’amour agrandit souvent les blessures et réactive la peur de l’abandon chez nombre d’entre nous. On sait aussi, intuitivement, qu’il n’est pas donné pour toujours et qu’il peut nous être enlevé aussi soudainement qu’il nous a été donné. La rupture peut être une tragédie et il faut une certaine force et une réelle assise dans l’existence pour pouvoir la surmonter et continuer à vivre. On peut aussi mourir d’amour, la littérature ne manque pas d’exemples de Tristan et Iseult à  Roméo et Juliette !

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Lessing (Doris) – Victoria et les Staveney

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English: Doris Lessing, British writer, at lit...
English: Doris Lessing, British writer, at lit.cologne, Cologne literature festival 2006, Germany (Photo credit: Wikipedia)

Née en Iran le 22 octobre 1919 de parents britanniques, Doris Lessing a six ans quand sa famille décide de s’installer dans l’actuelle Rhodésie du sud. Elle quitte l’école à 15 ans et travaille d’abord comme gouvernante puis comme dactylo et standardiste à Salisbury.

En 1938, elle commence à écrire des romans et se marie à l’âge de dix-neuf ans avec Frank Wisdom, avec qui elle aura deux enfants. Elle le quitte en 1943 pour Gottfried Lessing dont elle aura un fils.

De retour en Angleterre en 1949, elle publie l’année suivante son premier roman, « The Grass is singing » (Vaincue par la brousse) qui raconte l’histoire des relations entre la femme blanche d’un fermier et son serviteur noir. Elle a publié ensuite « Les enfants de la violence », fresque romanesque d’inspiration autobiographique qui comprend « Martha Guest » (1952), « Un mariage comme il faut » (1954), L’écho lointain de l’orage (1958) et « La cité promise » (1966). Elle y retrace la vie de Martha Quest, son enfance en Rhodésie et sa vie dans l’Angleterre de l’après-guerre.

Son œuvre la plus connue est « Le carnet d’or » (1962), roman autobiographique là encore, (décidément elle se sera beaucoup nourrie de sa propre expérience), considéré comme un classique par le mouvement féministe.

A partir de 1979, elle place ses intrigues dans l’univers de la science-fiction : « Canopus in Argos : Archives » en 2 volumes, « Shikasta »1979, et « Mariage entre les zones 3,4,et 5 » (1981).

Elle a été une romancière aux idées engagées et s’est intéressée très tôt à la politique. Elle a reçu le Prix Nobel de Littérature en 2007.. A aujourd’hui plus de 90 ans , elle a accompli l’essentiel d’une œuvre variée et originale dont pas moins de 35 ouvrages traduits en français.

Victoria et Staveney (2008), 2010 pour la traduction française de Philippe Giraudon (J’ai lu n°9519).

Court roman d’une centaine de pages, Victoria et les Staveney ouvre le récit lorsque Victoria, métisse de neuf ans, pénètre pour la première fois chez une riche famille blanche de Londres. Elle découvre un monde parallèle insoupçonné, cultivé et libéral où règne le politiquement correct. En effet, il est de bon ton dans un tel milieu où l’on affiche des idées socialistes d’envoyer ses enfants à l’école publique du quartier, quitte à les en retirer ensuite pour qu’ils fassent une bonne scolarité. C’est cette ambivalence profonde qu’analyse implacablement Doris Lessing, avec une certaine férocité. Elle montre de manière très juste, sans jamais céder à la caricature, l’étanchéité de ces deux mondes qui se touchent, à une rue parfois l’un de l’autre, mais ne se rencontrent jamais.

Victoria retrouvera les Staveney quelques années plus tard, et ce qui se présentait comme une chance, l’opportunité d’une vie meilleure se révèlera une lente dépossession d’elle-même.

J’ai beaucoup aimé l’écriture au scalpel de Doris Lessing, sa finesse et son extrême maîtrise. Cela m’a donné envie de découvrir toutes les facettes de son œuvre.

La revue des femmes philosophes

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vignette Les femmes et la PenséeCette revue se veut un lieu de communication et de diffusion des membres du Réseau international des femmes philosophes à l’initiative de Moufada Goucha. Quand on connaît le nombre de femmes philosophes qui furent publiées dans l’histoire, on ne peut que se féliciter de cette démarche de l’UNESCO. Il semble que les thématiques  et les problématiques visent à éclairer le monde d’aujourd’hui puisque le numéro 2 s’intéresse aux révolutions arabes. L’autre intérêt de cette démarche est de rassembler des femmes du monde entier, et notamment d’offrir un espace d’expression et d’argumentation aux femmes de chaque pays. Cette solidarité internationale est particulièrement innovante. L’autre point qui me paraît véritablement fondamental est que cette démarche souhaite intégrer la diversité des actes de pensée au sein de cultures variées en respectant les traditions intellectuelles des pays concernés et de promouvoir ou rendre visibles des pratiques culturelles  autres.

« Les femmes philosophes sont invitées à se saisir de questions fondamentales qui sont d’importance aujourd’hui dans les domaines du travail intellectuel et son influence sur la société, de l’égalité des genres, des droits de l’homme et de l’universalité, du dialogue interculturel et de la politique orientée vers la communauté. »

Numéro actuel

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Le sommaire de ce premier numéro est particulièrement alléchant :

– Ce que pensent les hommes philosophes des femmes philosophes, Qui est homme, qui est femme? et bien d’autres questions. Espérons que leur langue sera plus abordable.

Cette revue est disponible sous forme électronique en français et en anglais.

La Revue des femmes philosophes n°2, de novembre 2012 présentera :

  • « Printemps arabes, printemps durables »
    Ce que les femmes philosophes pensent du (nouveau) monde arabe
    Ce que les femmes philosophes du (nouveau) monde arabe pensent

A suivre donc… D’autant plus qu’après ce mois passé sur le blog à m’y intéresser, j’aimerais beaucoup connaître les opinion des intéressées.

Gille Ménage – Histoire des femmes philosophes

  Histoire des femmes philosophes

Gilles Ménage.
Gilles Ménage. (Photo credit: Wikipedia)

Gilles Ménage – Histoire des femmes philosophes

« Paru en 1690, Mulierum
Philosopharum historia répare une double injustice. Injustice d’abord faite à Gilles Ménage (1613-1692), latiniste , grammairien éclairé et précepteur de Madame de Sévigné et de Mme de Lafayette.
Injustice ensuite, faite aux femmes qui pensent depuis l’Antiquité… A l’instar de Villon, Ménage rapporte ici la vie de bien des dames du temps jadis, qu’elles appartiennent aux grands courants de
la philosophie grecque ou qu’elles aient préféré la pensée libre, sans  affiliation à une école.

D’entre les meilleures, citons les Aspasie, les Diotime, Anthuse, Hypathie, Arété, Nicarète, Hyparchie, Hestia, Théodora,  Léonce, et autre Thémistoclée, sans oublier l’intrépide et hautaine Timycha, qui se coupa la langue pour la cracher à la face de Denis le tyran. »

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné
Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (Photo credit: Wikipedia)

« Longtemps, on nous a dit que le savoir n’avait qu’un sexe.

Longtemps, on nous a fait croire que la philosophie n’avait pas de bassin féminin.

Longtemps on nous a caché que nos arrière-grands-mères étaient des femmes savantes.

Longtemps, on a oublié que l’art de la conversation était œuvre commune. » Claude Tarrène

vignette Les femmes et la Pensée

Histoire minuscules des révolutions arabes

Histoires-minuscules-des-revolutions-arabes

Ce livre est un recueil dirigé par Wassyla Tamzali. Née en Algérie, elle a exercé les fonctions d’avocat à Alger puis est entrée à l’UNESCO où elle a été chargée du programme sur les violations des droits des femmes. En 1996, elle a été nommée directrice du programme de l’Unesco pour la Promotion de la condition des femmes de la Méditerranée.

Pourquoi « histoires minuscules » ? »Parce que les révolutions sont arrivées par la grâce de héros minuscules, et que si elles existent c’est par leur vertu de mettre enfin l’homme – la femme – au centre du devenir arabe, chassant Dieu et la Nation. »

       Beaucoup de ces textes parlent de la haine des femmes révélée lors de ces rassemblements en Egypte place Tahrir, leurs seins que l’on dénude, photographie et placarde sur les murs pour les effrayer, les violences qu’elles ont subies, le viol entre autres visant à les décourager de s’engager en politique, ou de pratiquer des métiers tels que le journalisme.

          Tel ce vieux militaire algérien qui soliloque avec sa femme, essayant de lui expliquer encore une fois que les Algériens sont musulmans et que le féminisme, l’émancipation des femmes ce sont des idées étrangères qui n’ont pas leur place en Algérie. D’ailleurs c’est curieux, « le Monde bouge. la Syrie flambe, l’Egypte tangue, le Yémen s’insurge, la Tunisie mute » et l’Algérie ? Serait-ce parce qu’elle a déjà fait sa révolution? demande Mohamed Kacimi (co-auteur de Le jour où Nina Simone a arrêté de chanter).  

            Et le Liban ?

« […] le Liban joue à être une carpe aveugle. »se plaint Hyam Yared. « Trop peu de femmes dans ces foules », signale Michèle Perret. » Mais le jasmin est vivace, le printemps revient toujours. Les filles aux sourires d’ogresses tiennent bon dans les orages, les petites vieilles en haïk en ont vu d’autres. » Et Nadine Ltaïf de lancer ce poème comme un cri de guerre : « Ton cri Iman est comme un stylo/la dernière arme/entre tes mains/ et tu creuses un sillon/dans la terre/et tatoues la mémoire des femmes/Ton cri est un séisme. Iman Al Obeidi a été violée par les miliciens de Khadafi.

         En Tunisie, il fallut ce drame, l’immolation par le feu du jeune Mohamed Bouazizi de Sidi Bouzid suite à la perquisition de sa petite charrette de vendeur par les policiers de la municipalité, nous rappelle Lina Ben Mhenni. Peut-on imaginer un tel désespoir ? La rue s’est alors enflammée le 14 janvier 2011. On ne sait jamais d’où viennent les révolutions, elles sont imprévisibles. Toutes les frustrations s’accumulent jusqu’à un certain point. Sans le savoir, nous sommes toujours assis sur des braises.

Lina Ben Mhenni, cyberdissidente, blogueuse, et journaliste tunisienne. Son blog « A tunisian girl » fut interdit. (source photo Wikipédia)

Cécile Oumhani lui rend hommage dans son article « Bloggueuses rebelles ».

Hejer Charf avertit des lendemains qui déchantent, rappelle que Tahar Haddad, réformiste défenseur des femmes, fut l’inspirateur du moderniste Habib Bourguiba et du Code du statut personnel, auteur de « Notre femme dans la charia et dans la société » qui rappelait en 1930 : « Notre devoir nous appelle aujourd’hui plus que jamais à sortir la femme de cet obscurantisme des siècles passés et à la considérer comme un membre vivant et un comparse égal à nous dans la vie. »

Simone Molina avertit que parfois il faut partir, parce que rien n’est possible, et  » C’est alors que Semmia avait choisi de partir, de garder ses cheveux dénoués, son regard droit et fier qui lui valaient insultes. Elle voulait une vie où il serait permis de respirer l’air marin, seule au bout de la digue, sans crainte des regards absurdes qui renvoyaient chaque femme de ce pays solaire dans l’enfer de la soumission. »

Il reste beaucoup d’incertitudes un an après ce printemps arabe et les femmes ne semblent toujours pas à la fête…

A lire ce livre passionnant sur les événements de cette révolution arabe. Et je clos avec cet article mon mois commémoratif !

Puisque mon coeur est mort – Maïssa Bey

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Maïssa Bey est le nom de plume de Samia Benameur. Elle est née en 1950 en Algérie.

Maïssa Bey est le nom de plume de Samia Benameur. Elle est née en 1950 en Algérie.

Elle a suivi des études de lettres à Alger à Alger puis enseigne le français dans l’ouest algérien. Elle anime l’association « Paroles et écritures » à Sidi-Bel-Abbès depuis 2000 dont l’objectif est la création d’une bibliothèque avec organisation de rencontres avec des auteurs, ateliers d’écriture et animations diverses.

Elle a reçu en 2005 le grand prix des libraires algériens pour l’ensemble de son œuvre.

Maïssa Bey « Puisque mon cœur est mort, éditions de l’aube poche, 2011

L’auteure rappelle avec ce récit la décennie sombre des années quatre-vingt-dix en Algérie, lorsque le FIS s’est rallié en 1992 à la lutte armée qui a fait de nombreuses victimes parmi les civils algériens, victimes collatérales de l’affrontement entre les Islamistes et le pouvoir. La crise semble s’être résolue par le « pardon », l’amnistie de leurs crimes et le retour des « repentis » qui avaient pris le maquis pour s’engager dans des actions terroristes, dans leur foyer, après avoir accepté de déposer les armes en échange d’une impunité totale.

Mais ce récit est avant tout celui d’une mère, de sa douleur et de son désir de vengeance. Ce deuil prématuré et sa violence font d’Aïda une femme solitaire et rebelle, fermée à tout ce qui n’alimente pas son chagrin. Le souci des convenances et du qu’en-dira-t-on qui avaient jusque-là guidé sa vie s’efface progressivement devant les turbulences de sa douleur. Maïssa Bey décrit les soubresauts du cœur dans une langue précise et parfois abrupte mais toujours infiniment poétique.

Les femmes sont condamnées au silence et à la pudeur. Même leur douleur se doit d’être « raisonnable » et intérieure. Emprisonnées dans ce carcan, qui demande une constante maîtrise de soi, mais aussi une négation des sentiments et du droit à les exprimer, Aïda s’insurge et rompt les amarres avec sa communauté. Elle est la seule femme à ne pas porter de djellaba et à oser sortir de chez elle la tête découverte.

« Il leur faut des silences et des prières. Des visages fermés, des yeux baissés et des formules conventionnelles. »

Elle rencontre alors d’autres mères, comme ces mères de disparus qui à Alger tiennent des sit-in pour réclamer des nouvelles des leurs. Des mères qui ont aussi perdu leurs enfants, d’un milieu social beaucoup plus défavorisé, qui doivent surmonter des difficultés matérielles insolubles, la promiscuité avec les autres membres de leur famille, et dont le courage et la ténacité va lui permettre de trouver ses propres ressources pour avancer jusqu’au dénouement final …

Je me suis laissée prendre par l’écriture de Maïssa Bey même s’il ne se passe, à vrai dire, pas grand-chose dans ce livre. On se laisse gagner par le récit de cette femme, on entre en empathie avec elle et on la porte jusqu’au bout de la lecture, même si la fin, inattendue, attriste et déconcerte. On comprend depuis le début

Maïssa Bey - Comédie du Livre 2010 - P1390386
Maïssa Bey – Comédie du Livre 2010 –

qu’il n’y aura de toute façon aucun happy end possible et que la tragédie répondra à la tragédie. L’écriture d’une grande qualité, brève et précise, tourmentée et sèche, ou profonde et triste sert le récit magnifiquement. Elle est la petite musique intérieure qui nous captive tout au long du récit.

Milena Agus / Nicole Garcia

Sur le stand des auteurs du Salon du livre 2012 à Paris a eu lieu une belle rencontre et un intéressant dialogue entre Milena Agus, dont je viens juste de terminer le dernier livre et Nicole Garcia dont j’aime également beaucoup les films, « Un balcon sur la mer » est l’un des derniers que j’ai préférés. Je me suis donc armée de mon calepin et de mon stylo et j’ai pris quelques notes.milena 1

 

« La princesse de Ricotta » de Milena est-il un livre sur les perdants ? demande la journaliste qui doit animer le débat. Des trois comtesses qui habitent trois appartements dans l’ancien palais familial aujourd’hui en décrépitude à Cagliari en Sardaigne, l’une, Maddalena, n’arrive pas à avoir d’enfants, l’autre, Noemi, souhaiterait rétablir la splendeur ancienne du palais mais n’y parvient pas, la troisième, la comtesse de Ricotta, qui ne sait rien faire, a un fils qui louche et ne réussit pas à rencontrer l’amour. On la nomme princesse de Ricotta car avoir des mains de Ricotta veut dire être maladroit. En effet la ricotta est un fromage mou sans grande consistance. Ce sont des gens qui ne réussissent pas mais qui essaient désespérément.milena 2

Milena Agus explique que c’est sans doute un peu autobiographique car elle ne se sent pas elle-même faire partie des gagnants, aussi éprouve-t-elle une certaine sympathie pour les perdants. Il s’agit peut-être à travers l’écriture de donner une revanche possible pour les perdants. Et le public a aimé une histoire qui est à rebours de l’air du temps qui glorifie plutôt la réussite et l’argent.

  L’amour est la chose la plus difficile à saisir et pourtant la plus importante. Si on n’est aimé par personne, alors on n’est rien. C’est le sentiment de l’écrivain.

  Nicole Garcia va adapter le livre « Mal de pierres » au cinéma.  Elle l’a perçu comme l’histoire d’une femme qui est contrainte à une grande construction fantasmatique pour pouvoir vivre sa vie conjugale avec son mari. Il lui faut ce détour nécessaire pour aimer son mari si tant est qu’elle parvient à l’aimer. Elle joue tout au long du roman avec les ellipses , c’est un roman ambitieux et qui a séduit Nicole Garcia. Elle raconte qu’elle avait lu ce livre d’une traite, dans le train, en allant de Paris à Marseille. C’est alors qu’elle s’est dit « Il faut absolument que j’adapte ce livre ». La transmission du secret saute une génération et cela doit devenir l’axe de narration du film. Au cinéma, il est nécessaire de suivre un espace-temps. C’est donc la grand-mère qui va raconter son histoire à la petite fille. Selon Nicole Garcia, c’est un hymne à la conjugalité et à l’amour durable. Et si elle s’est reconnue dans le livre de Milena Agus, c’est parce qu’elle aussi parle de perdants dans ces films au début de l’histoire, mais le film leur fait toujours gagner quelque chose. Il y a dans ces histoires, un rêve d’amour qui porte très haut les femmes, une sorte d’ubris. L’héroïne de Mal de pierres va inventer cette histoire pour arriver à vivre.

  Milena Agus raconte que c’est seulement à la fin de l’histoire qu’elle a soudain décidé qu’elle n’avait pas eu lieu. Dans la première version, l’histoire s’arrêtait au moment où le grand-père perdait une jambe à la guerre. Elle s’est rendue compte que le plus beau était de se trouver face à quelque chose qu’on n’attendait pas. Donc elle a construit la psychologie de son personnage de cette manière : une femme qui ne peut vivre qu’un amour imaginaire, qui est incapable de vivre un amour réel, avec lequel elle est obligée de composer. D’où le pouvoir singulier de l’écriture…

 Pour Nicole Garcia, le véritable amour, c’est son mari qui le lui a donné en étant tout simplement .

  Milena Agus a vu certains films de Nicole Garcia et les a beaucoup aimés. Elle estime que la cinéaste peut faire ce qu’elle veut de cette histoire car le cinéma est une autre forme d’art qui a son propre langage.

A partir des détails on arrive au général, c’est ce qui l’a frappée dans ses films.

  Nicole Garcia nous informe que le film sortira dans les deux prochaines années mais que les acteurs ne sont pas encore choisis. Elle n’a encore qu’une vague idée.

  Le journaliste revient sur « la comtesse de Ricotta » et dit que la presse italienne a comparé le livre aux trois sœurs de Tchékov. Milena Agus avoue que c’est en fait un hommage à Grazia Deledda (Sarde qui fut prix Nobel en 1926).

Elle ajoute qu’elle est fille unique et qu’elle a des sœurs amies qui sont toutes également filles uniques. Ce sont des personnages féminins qui bâtissent son œuvre, c’est naturellement que ça surgit car c’est ce qu’elle connaît le mieux. ». Pendant longtemps la Sardaigne a été une société matriarcale, c’étaient les femmes qui avaient les clefs attachées à leur ceinture. Le mari avait la place de l’ombre.

Toutefois dans ses romans, il y a toujours de très belles figures masculines, comme la figure du grand-père qui passe toute sa vie à faire semblant de ne pas comprendre.

  La rencontre s’achève plus tard avec un autographe de celle qui est vraiment un de mes écrivains préférés et dont je ne raterai jamais aucun livre.

 

Les romancières tunisiennes : entre tradition et modernité

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source Cyberien -Tous droits réservés

          Les femmes n’écrivent pas d’une façon différente en fonction de leur sexe mais ont eu un accès à l’écriture spécifique du fait de leur genre. Cet accès a été plus difficile et marqué de nombreux interdits, le « silence matériel et symbolique » des femmes étant la preuve de leur pudeur et de leur retenue. Leur accès à l’éducation supérieure a été aussi plus tardif que celle des hommes et a conditionné la maîtrise de l’acte et du projet d’écriture. L’histoire littéraire des femmes est indissociable, de ce fait, de l’histoire des femmes. C’est également la raison pour laquelle certaines des thématiques de leurs œuvres peuvent être des témoignages de leur situation de femmes, de leur révolte et des injustices qu’elles subissent. L’écriture est alors un moyen de libérer une parole tue ou asservie, et d’accéder à une reconnaissance. Les quelques pionnières qui ont été l’exception qui confirme la règle sont les romancières venant de la communauté juive (voir Marta Segara – Les nouvelles romancières francophones du Maghreb).

         Dans cet ouvrage, elle explique le choix du français comme « voie de libération » par opposition à la langue arabe considérée comme « la langue du pouvoir patriarcal et religieux qui empêche l’amélioration de leur condition».  Les femmes du Maghreb furent le symbole de la terre outragée, gardiennes des traditions, représentantes de l’espace privé et de la transmission orale des coutumes face à l’emprise de la colonisation. Toute modernité était de ce fait considérée comme occidentale et donc condamnable. Dans une société où la séparation des sexes était déjà relativement marquée, ce retrait symbolique des femmes dans l’espace domestique du foyer a considérablement empêché ou ralenti l’accès des femmes à l’écriture et leur insertion dans l’espace public.

         La division sexuée de l’espace privé et de l’espace public a ainsi acquis une rigidité d’autant plus forte que la menace était grande. Assia Djebar dans l’Amour, la Fantasia, dit que le langage de la femme a été voilé comme son corps.

Françoise Collin cite Rosi Braidotti selon laquelle, pour une femme, « habiter la langue » est toujours « habiter plusieurs langues » en dehors même du colonisateur car la langue, ses codes, les institutions qui lui sont liées (Académie etc.) ont été établis par les hommes, pour les hommes, traduisant leur espace mental et fantasmatique.

En conclusion de mes lectures, je pourrais dire de manière un peu schématique que les romancières ou écrivaines ont investi l’écriture à  la fois pour se construire en tant que sujet et recouvrer une autonomie que la tradition leur a dénié, pour affirmer la dimension politique de l’égalité des sexes en réaction à l’oppression, et pour explorer des thématiques liées profondément à l’univers féminin (champ dans lequel les femmes ont été longtemps retranchées et qui a nourri leurs expériences, notamment les écrivaines des années 30), qu’elles sont aujourd’hui partagées entre la modernité représentée par l’Occident mais aussi l’ancien colonisateur, et la tradition qui représente les liens affectifs avec la famille et l’identité nationale véhiculés plus particulièrement par la langue arabe. Il y a également un autre mouvement qui apparaît ces dernières années et qui revendique le port du voile et l’appartenance à une culture traditionnelle fortement modelée par la religion musulmane (voir Jelila Behi  sans contrainte l’islam au féminin)

Certains auteurs mentionnaient dans les années quatre-vingt-dix, des problèmes de diffusion des œuvres littéraires en Tunisie (voir la littérature maghrébine d’expression arabe) mais aussi de censure. Il semble que la situation se soit considérablement amélioré, vingt ans après, notamment grâce à de  jeunes et dynamiques maisons d’éditions qui ont dans leur catalogue de nombreuses femmes auteurs. Les éditions Elyzad sont nées en 2005 à Tunis et ont pour projet de présenter des ouvrages d’une littérature « vivante, moderne et qui s’inscrit dans la diversité ». Elle ne néglige pas les réseaux sociaux, partenariats avec des blogs, qui ont contribué à la faire connaître.

Les romancières tunisiennes les plus citées :

  Noura Bensaad

Née à Salambô en Tunisie de père tunisien et de mère française, Noura Bensaad rédactrice Web après avoir été professeur de français et traductrice. Elle a publié aux éditions l’Harmattan : L’immeuble de la rue du Caire (roman, 2002) et Mon cousin est revenu (nouvelles, 2003). Son deuxième recueil de nouvelles Quand ils rêvent les oiseaux paraît aux éditions elyzad (2009).

Souad GUELLOUZ

née le 30 Décembre 1937 à Metline. 

Auteur de plusieurs ouvrages : La vie simple en 1957 (publié en 1975), « Les jardins du nord » en 1982, Myriam ou le rendez-vous de Beyrouth en 1998, ainsi que de nombreux poèmes, dont un recueil, en français avec sa traduction arabe, Comme un arc en ciel  Elle a obtenu le prix « France-Méditerranée » en 1983, à Paris, pour Les jardins du nord, Le Comar d’Or, à Tunis, pour « Myriam ou le rendez-vous de Beyrouth »

Azza Filali

Azza Filali est née en 1952. Elle est professeur de Gastro-entérologie à l’hôpital La Rabta à Tunis. Elle a par ailleurs obtenu un master en philosophie à l’université Paris-I en 2009.

Elle a publié des romans, des nouvelles et des essais :  Vingt ans plus tard  (Elyzad 2009), L’heure du cru (2009), Ouatann (2012)

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Emna Belhaj Yahia

Elle est née à Tunis où elle vit encore aujourd’hui. A enseigné la philosophie pendant plusieurs années.

L’Étage invisible (Joëlle Losfeld / Cérès, 1997), Tasharej (Balland, 2000). Jeux de rubans (Elyzad 2011)

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Hélé Béji 

Ecrivain francophone tunisienne
Née à Tunis en 1948. Agrégée de lettres modernes, elle a enseigné la littérature à l’Université de Tunis avant de travailler à l’Unesco en tant que fonctionnaire internationale. Elle fonde le Collège international de Tunis en 1998.

Désenchantement national. Essai sur la décolonisation, (éd. François Maspéro, Paris, 1982) ; L’œil du jour, (éd. Maurice Nadeau, Paris, 1985, rééd. Cérès Productions, Tunis, 1993) ; Itinéraire de Paris à Tunis : satire, éd. Noël Blandin, Paris, 1992 ; L’art contre la culture : Nûba, éd. Intersignes, Paris, 1994 ;Dernières nouvelles de l’été, éd. Elyzad, Tunis, 2005 ;Une force qui demeure, éd. Arléa, Paris, 2006 ;Entre Orient et Occident. Juifs et musulmans en Tunisie, éd. de l’Éclat, Paris, 2007 ; Nous, décolonisés, éd. Arléa, Paris, 2008 ; Islam pride.  Derrière le voile, éd. Gallimard, Paris, 2011

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Fadhila Chebbi

Elle est née en 1946 à Tozeur, poétesse d’expression arabe. Elle a été professeur d’arabe pendant plus de trente ans. Son premier recueil s’intitule « Odeurs de la terre ». Elle reçoit en 1988 le prix Zoubeida B’chir pour la création littéraire en langue arabe ainsi qu’en 2 009 pour son recueilBourouk El Mata.

Mais elle a écrit aussi des nouvelles, romans et livres pour enfants.

Références :

Le site Internet le plus riche : www.limag.com

Littérature francophone. Tome 1 : Le Roman. Ouvrage collectif sous la direction de Charles Bonn et Xavier Garnier, Paris, Hatier et AUPELF-UREF, 1997

Jean Déjeux – La littérature féminine de langue française au Maghreb (Paris – Karthala – 1994)

La question du droit des femmes en Tunisie par Abir Krefa

Corps et sexualité chez les romancières tunisiennes :Enjeux de reconnaissance, coûts et effets des « transgressions » par Abir Krefa

Romancière égyptienne : May Telmissany

May-Telmissany

May Telmissany fait partie de ces romancières qui ont quitté l’Egypte et vivent à l’étranger. Difficile d’être une intellectuelle et de vivre en femme libre en Egypte ! L’auteure est née au Caire en Egypte et réside en permanence au Canada.. Elle a obtenu une maîtrise de lettres françaises à l’Université du Caire en 1995. Elle a entrepris des recherches sur Marcel Proust afin de préparer un doctorat de littérature comparée à l’Université de Montréal.

Son oeuvre traduite en français :

A Héliopolis, le nouveau quartier du Caire construit au début du XXe siècle sur un site pharaonique, un monde en voie de disparition. A travers l’histoire de Micky, l’enfant-narratrice, de sa mère, de sa grand-mère et de ses tantes, se dessine la carte des espaces féminins oubliés où se greffe l’Egypte des années 70.

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Une invitation à pénétrer dans les hammams égyptiens, lieux de détente et de rites, connus pour leurs vertus thérapeutiques, menacés par l’évolution des traditions et la pression immobilière. Le travail photographique de P. Meunier rend compte de l’architecture de ces bâtiments : décors orientaux, objets insolites, couleurs chaleureuses.

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Après la disparition de sa fille, une jeune femme reprend peu à peu pied dans la vie grâce au récit qu’elle fait de son deuil.

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Les femmes mènent l’enquête : Mary Lester

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Vignette Les femmes mènent lenquèteJ‘ai fait la connaissance de cette intrépide jeune enquêtrice grâce à un livre qu’on m’a prêté, qui se décline en deux tomes et s’intitule « Villa des quatre vents ». Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de romans policiers, le dernier devant être « Millenium ». Jean Failler suit de près la jeune femme et nous raconte une de ses enquêtes. J’avoue que j’aime beaucoup les changements de genre en littérature ! On peut s’amuser à décrypter la façon dont l’auteur se met dans la peau de cette jeune femme !

Mary est jeune, la trentaine et si l’on en croit la photographie sur la couverture du livre, plutôt blonde. Elle est célibataire, sans enfants, et les hommes de sa vie sont plutôt des amis que des amants, même si elle a un petit ami Lillian Rimbermin qu’elle voit de manière épisodique. Elle ne fait pas non plus l’apologie de la fidélité. Elle est née à Quimper, de Jean-marie Le Ster, capitaine marchand, et Thumette-Prunelle Draoulec, pianiste décédée.

Intelligente et cultivée, elle possède une licence de droit, le CAPA ( certificat d’aptitude à la fonction d’avocat, sait jouer du piano et écrit des romans policiers.

Elle est libre, indépendante, un brin cynique mais foncièrement intègre. Elle méprise le danger mais n’est pas téméraire pour autant : elle n’a rien d’une écervelée.

Elle ne s’en laisse pas compter, sait déjouer les pièges qu’on lui tend et possède des amis puissants. Pendant un temps, elle a exercé le métier de journaliste d’investigation et a de nombreuses relations dans ce métier.

Amandine Trépon, sa voisine, lui sert à la fois d’amie et de gouvernante, lui mitonne de bons petits plats et entretient son jardin.  Le commissaire Fabien, son supérieur, est une sorte de père de substitution, à la fois autoritaire et bienveillant qui admire le courage et l’énergie de cette jeune femme.

Pour finir, née à Quimper, Mary Lester est profondément attachée à sa Bretagne natale, ce qui lui fait fuir les promotions qui l’obligeraient à habiter Paris ou la région parisienne.

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Résumé de l’éditeur

Enquête de Mary Lester n°37 – Villa des Quatre Vents – Tome 1

Un double meurtre bien mystérieux vient d’être découvert dans le Finistère Nord. Un homme d’affaires parisien, Louis Sayzé, et sa jeune amie sont retrouvés chacun avec une balle dans le coeur à la Villa des Quatre Vents, une vaste maison isolée au milieu des champs d’artichauts et de choux-fleurs.

Enquête de Mary Lester n°37 – Villa des Quatre Vents – Tome 2

L’enquête menée par Mary Lester sur le double meurtre de la Villa des Quatre Vents l’a conduite dans la région parisienne où vivaient les victimes. À peine a-t-elle gagné la capitale que les deux flics des Renseignements généraux rencontrés en Bretagne resurgissent, nettement moins cordiaux cette fois. Ils n’apprécient pas qu’une fliquette de province vienne empiéter sur leurs plates-bandes et sont décidés à employer la manière forte pour la dissuader de poursuivre son enquête.

Nourredine Saadi et Aliaa Magda El Mahdi, jeune blogueuse égyptienne qui posa nue sur son blog

Il est né et a grandi à Constantine. Professeur à l’Université d’Alger jusqu’en 1994 et depuis, à l’université d’Artois en France où il enseigne le droit public et la science politique. Ecrivain, il a notamment publié Dieu-Le-Fit, 1996, La Maison de lumière, 200, La Nuit des origines, 2005, Il n’y a pas d’os dans la langue, 2008 etc…Il a obtenu le Prix Kateb Yacine, et le prix Méditerranée.

 rev arabes

 « Vous criez « Liberté » sur cette place de la Liberté, vous voulez chasser les nouveaux pharaons, le dictateur, le taghout, mais vous avez peur de vos femmes, des épouses que vous engrossez, des poupyates que vous enfermez, des charmoutates que vous voilez, des qahbates que vous méprisez, des bonnes que vous cognez, des maîtresses que vous achetez, de vos mères castratrices, peur pour l’hymen de vos filles, peur du qu’en-dira-t-on, peur de vos ombres, peur de vos peurs, peur de vous-mêmes »

Nourredine Saadi prend ici la voix d’une femme Aliaa Magda El Mahdi, jeune blogueuse égyptienne qui avait posé nue sur son blog pour défendre les droits des femmes. Sur Facebook, elle a lancé un cri contre la société de son pays, où le sexisme et le harcèlement sexuel sont monnaie courante. Cela viendrait selon elle du fait que les femmes sont considérées comme des objets sexuels.

« Cachez les livres d’arts et écrasez les statues archéologiques nues, puis enlevez vos vêtements et regardez-vous dans le miroir. Brûlez vos corps que vous méprisez dans le but de vous débarrasser de vos complexes sexuels pour toujours, avant de diriger vos insultes sexistes contre moi et de nier la liberté d’expression » cité par Wikipédia