Colette de Jouvenel, « fille de… » : Impasse de l’Ecritoire

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Voyager , dans son propre pays ou ailleurs, c’est aller à la rencontre des autres, provoquer le destin ou laisser celui des autres croiser le nôtre et le modifier.

C’est en allant à Curemonte, qui est un très beau village corrézien perché sur une colline, dont toutes les maisons sont soigneusement conservées, ses vielles pierres luisant sous le soleil, que j’ai fait la connaissance de Colette de Jouvenel par le biais d’une exposition sous la halle aux grains retraçant une fois encore la vie de la « Grande » Colette, sa mère, mais évoquant également la sienne, et notamment les quelques années qu’elle passa dans ce village pendant l’Occupation et l’intense atcivité de résistante qu’elle y déploya. Son visage, étrangement émouvant sur les photographies, la solitude qu’on peut lire sur ses traits et une espèce de mélancolie a attisé ma curiosité et j’ai cherché à en savoir un peu plus. 2013 étant le centenaire de sa naissance, une exposition lui avait été consacrée jusqu’au 15 juillet.

Mais il a fallu que j’aille visiter les « jardins » de Colette, l’écrivain, à Varetz, pour trouver plus d’informations sur sa fille, grâce au livre notamment de François Soustre, « Colette de Jouvenel en Corrèze ».  Ce parc est situé à côté de Castel-Novel, propriété qui domine la commune de Varetz et fut la demeure paternelle où Colette de Jouvenel passa son enfance confiée aux bons soins d’une nourrice anglaise. Je me suis également procuré « Lettres à sa fille » publiées sous la direction de Anne de Jouvenel, nièce de Colette de Jouvenel, afin d’éclairer ces relations mère-fille si compliquées. Les différencier déjà est difficile puisque l’écrivain Colette a prénommé sa fille Colette. Seule la fille issue de l’union de l’écrivain Colette et  de Henri de Jouvenel s’appelle en droit Colette de Jouvenel. L’écrivain se nomme Gabrielle Sidonie Colette et Colette n’est pas un prénom mais un nom de famille qu’elle utilisera comme nom de plume. Même de manière posthume, la fille de l’écrivain aura beaucoup de mal à avoir une place d’autant plus que sa mère utilisait aussi le même patronyme ! Afin de les différencier j’utiliserai toujours Colette de Jouvenel pour parler de la fille de l’écrivain puisque c’est son véritable patronyme.

A vrai dire, le visage de l’écrivain s’est progressivement effacé, pour laisser place à celui de Colette de Jouvenel dont le destin tourmenté, m’a en quelque sorte happée grâce au talent de François Soustre.

Elle est fille unique de Colette et de l’homme politique Henry de Jouvenel, tout deux fort occupés à leur carrière sinon à leurs amours. « Quelle fichue situation d’être la fille de deux quelqu’un, elle a un sacré besoin de s’appeler Durand, ma fille. » écrivait Colette, l’écrivain, à une amie.

Colette de Jouvenel tint peut-être de sa mère son goût pour l’écriture car elle publia quelques articles dans la presse parisienne au lendemain de la Seconde guerre mondiale, composa des contes, des chansons, et tint un journal dont François Soustre donne quelques extraits avec l’autorisation de Anne de Jouvenel. Peut-être un jour sera-t-il publié et pourrons-nous le lire.

Née en 1913, Colette de Jouvenel a un an lorsque la première guerre éclate et ses parents n’ont guère le temps de s’occuper d’elle : son père va rejoindre le front et sa mère contribue à la rédaction du « Matin », elle est confiée alors  à la garde d’une nurse anglaise, Miss Draper jusqu’en 1922.

« Miss Draper, pudeur,hygiène et châtiment, aima loyalement et profondément « le petit fille », matant un peu trop son penchant latin à la tendresse fougueuse. », écrit-elle.

Elle va à l’école de Varetz avec les autres enfants de la commune avant de devenir pensionnaire à l’internat de Saint-Germain en Laye. Elle y fait l’apprentissage d’une terrible solitude : « C’est au lycée de Saint-Germain que je commençai à voir que je n’appartenais pas aux miens. Au bout de quelques mois, je commençai à rêver de pouvoir être à d’autres. A des parents comme ceux dont mes compagnes étaient dotés. S’ils devaient venir le jeudi ou le samedi, ils venaient, ceux des autres ». Elle retrouve les siens pour de brefs séjours à Castel-Novel ou à Rozven en Bretagne.

Puis elle va étudier Outre-Manche dans la petite ville de Clifton, près de Bristol avant d’être inscrite dans un établissement du VIe arrondissement à Paris où elle prendra des cours de sténographie et de secrétariat.

« On ne sut jamais que la peinture m’eut rendue heureuse, sinon géniale. Je n’en savais rien non plus, je n’indiquais aucune préférence, bien que je me sois honorablement tirée de quelques essais au Lycée de Versailles où je profitai, pendant les deux mois qui précédèrent mon expulsion de l’établissement, des leçons d’un charmant avec lavallière à pois et chapeau à larges bords. »

          Les résultats de Colette de Jouvenel sont désastreux et elle est expulsée de deux établissements privés, avant d’être orientée, en désespoir de cause, vers l’apprentissage de la couture. Son père se remarie avec Germaine Louis-Dreyfus et si Colette de Jouvenel ne sympathise pas avec sa belle-mère, elle s’entendra très bien en revanche avec sa fille Arlette qui épousera plus tard son demi-frère Renaud. Et sa mère convole également en justes noces quant à elle avec Maurice Goudeket.

Pour ne pas être en reste peut-être, en 1935, Colette de Jouvenel épouse Denis Dausse, docteur en médecine, pour divorcer peu de temps après. Ses parents la soutiennent mais son père meurt quelques mois plus tard, ce qui l’affecte profondément.

Elle devient assistante de réalisation et travaille auprès de Solange Bussi pour le tournage de La Vagabonde en 1931, puis avec Marc Allégret pour Le Lac aux dames en 1934 et avec Max Ophuls pour Divine en 1936.

Elle abandonne la réalisation pour exécuter des travaux de traduction avant finalement de bifurquer vers la décoration. Mais la guerre éclate et Colette de Jouvenel se réfugie en Corrèze à Curemonte, qu’elle appellera sa « Toscane limousine » dans le château familial acheté en 1912.

Elle se rapproche des antifascistes du coin, les Videau, couple d’instituteurs, et Berthe Vayssié qui tient le café-bar-épicerie du village. Colette de Jouvenel commence par mettre en place un circuit de ravitaillement efficace puis participe de plus en plus à des activités de résistance. Elle accueille sa mère qui a fui sa Seine-et-Oise et se révèle une invitée irritable, qui tourne sur elle-même et accable ses proches de récriminations. Pour finir elle tombe malade et Colette de Jouvenel s’occupe d’elle avec dévouement. Mais après quelques mois elle décide de revenir en région parisienne tant elle s’ennuie dans ce petit coin de province.

Les retrouvailles, encore une fois, n’ont pas eu lieu.  Colette de Jouvenel pense à fonder une revue mais son projet sera refusé par Vichy, les valeurs issues de la « Révolution nationale » n’entrant dans son plan éditorial.  Elle se met au service de l’OSE  (Organisation de secours aux Enfants) par l’intermédiaire de sa belle-sœur ; il s’agit de mettre à l’abri des enfants dont les parents ont été arrêtés ou déportés. En 1943, elle fréquente André Malraux, et Josette Clotis, sa compagne, Emmanuel Berl et sa femme Mireille, chanteuse qui ne peut plus travailler étant juive. Si elle n’appartient officiellement à aucun mouvement de résistance, elle est en charge de missions précises dans les rangs de l’opposition active au STO.

Colette de Jouvenel vit deux histoires amoureuses d’abord avec Simy Wertheim, puis Jocelyne Alatini un peu plus tard qui lui permettent de trouver un peu de joie dans cette période sombre et agitée. Mais la guerre se termine et Colette de Jouvenel aimerait écrire. Depuis quelque temps elle tient un  journal où elle note ses impressions.

Elle lui confie: « Si je me relis, je m’attendris presque : pauvre de moi qui tente à trente et un ans d’apprendre à penser, à la manière d’un devoir de philosophie d’adolescent, parce que personne ne t’a appris à penser. Mais aussi, c’est que je ne peux exprimer librement ma pensée, pour n’avoir pas accepté les contraintes qui m’eussent été nécessaires pour y parvenir – écrire chaque jour, dompter style et pensée. »

A la fin de la guerre, elle est nommée présidente du Comité social et sanitaire, il s’agit de remettre de l’ordre dans les différents établissement publics qui composent l’administration. Mais écrire ?

En novembre 1944, elle publie son premier article dans « Femmes françaises » sous le titre « Travail urgent : travail social ». Louis Aragon lui-même souhaite avoir un de ses articles…  Elle est pressentie par Juliette Jonvaux qui dirige Fraternité, journal d’extrême-gauche pour rejoindre le comité de rédaction du journal. Elle couvre le retour des déportés et des prisonniers de guerre, s’insurge, se révolte contre le manque d’organisation des secours aux déportés, qui doivent en plus de leurs souffrances attendre et attendre encore… Elle se rend en Allemagne et publie un article « Eté allemand » qui aura un certain écho.

Très sensible aux problématiques liées au rôle des femmes dans le monde du travail, elle utilise sa plume pour défendre l’égalité des sexes et « la promotion des femmes aux postes à haute responsabilité » car ni « le ravaudage des chaussettes, ni les collections de couturiers, ni même le soin des enfants ne suffiront à remplir leur vie tout à fait. »  C’est son article « L’Abeille citoyen » publié dans Vogue qui va reprendre ces idées et  provoquer bien des remous . Elle rendra compte par la suite des débats du tout premier Congrès international des femmes qui se réunit à Paris, à la Mutualité, du 25 novembre au 1er décembre 1945.

Mais ses prises de position radicales agacent passablement sa mère qui lui fait quelques remontrances : « Maurice me dit que Fraternité est un journal impossible. Je ne le saurai donc que par ouï-dire si tu n’y rentres pas ». Elle abandonne donc le journalisme et à la mort de sa mère en 1954, découvre que le testament de cette dernière la désavantage considérablement.

« En ce jour de 1954, il y eut en moi beaucoup de la femme trompée depuis toujours. Sans doute n’avais-je que trop rarement eu le sentiment avec ma mère de vivre le grand amour. Lorsque d’elle à moi, il y eut grand amour, ce fut de loin. L’éprouva-t-elle ? de loin, avec l’écart d’âge qui nous séparait ?  Elle m’aima de loin, au temps où je ne savais pas répondre à cet amour. »

Elle parvint à recouvrer son droit moral sur l’œuvre de sa mère et à compter de 1977, elle se consacra à la réédition de ses œuvres et se réfugia Impasse de l’Ecritoire, à Beaumont-du-Gâtinais en Seine-et-Marne quand elle n’était pas à Paris.

Elle meurt en 1981 des suites d’un cancer et confie sa correspondance à sa nièce Anne de Jouvenel en lui demandant de la publier le plus tard possible.

Colette de Jouvenel eut un lien très fort à l’écriture et c’est à cet égard qu’elle m’a intéressée, lien tissé de mots en creux, des mots tus, des mots manqués, des mots d’une mère écrivain et des mots secrets de son journal qui ne sera peut-être jamais publié.

Le récit de François Soustre est passionnant et il faut le lire  si, par hasard, vous avez croisé ce visage d’une grave beauté et ce regard empreint de mélancolie. Vous découvrirez l’histoire d’une vie …J’espère vous avoir donné envie d’aller plus avant dans cette aventure. Dans quelque temps peut-être ouvrirez-vous ce livre d’un doigt impatient et retrouverez-vous un peu des émotions qui m’ont agitée à sa lecture.

Les mères de Samantha Hayes

les mères de samantha hayes

Les mères de Samantha Hayes – 2013 Le Cherche-midi 2013 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Florianne Vidal Collection Thrillers

Vignette Les femmes mènent lenquèteRien de mieux qu’un bon polar pour commencer l’été ! Et celui-là est un des meilleurs que j’ai lus ces derniers temps !

Les mères : cruelles, aimantes, passionnées ou attentives, indifférentes ou maltraitantes sont les véritables héroïnes de ce roman psychologique particulièrement retors et efficace.

Attention, derrière le mythe de la mère aimante et dévouée se cache une réalité bien différente. On ne naît pas mère, on le devient, pourrait être l’avertissement donné par ce roman noir. Les inspecteurs Lorraine Fisher et Adam Scott le savent bien, habitués aux méandres de l’âme humaine. Unis pour le meilleur et pour le pire, enquêtent sur un meurtre particulièrement sordide : une femme sur le point d’accoucher a été sauvagement assassinée, et son bébé n’a pas survécu à une césarienne particulièrement macabre.

Vous habitez Birmingham ? Votre ventre s’arrondit déjà ? Fermez bien votre porte et vos fenêtres et ne vous fiez à personne car les apparences sont trompeuses. Qui peut être l’auteur de meurtres aussi barbares ? Votre voisin de palier ? le plombier qui vient réparer une fuite alors que vous n’avez appelé personne ? Ce collègue à l’apparente bonhommie ? vous n’en saurez rien car le mystère sera savamment entretenu. Samantha Hayes ferre le lecteur avec un art consommé de l’intrigue. Elle s’amuse à semer des fausses pistes jusqu’au dénouement qui opère un retournement assez inattendu.

Claudia, enceinte, rayonne. Enfin, elle va être mère. Belle-mère de deux intrépides jumeaux, elle attend impatiemment la petite fille qui sera bien à elle. Son mari, James, officier à bord d’un sous-marin, par pour de trop longues missions. Ils décident alors de recruter une nounou qui pourra aider Claudia quand le bébé sera là. Zoé semble être la perle rare mais son comportement est parfois bien étrange…

« Lorraine trouvait que le temps passait trop vite. Ces jeunes femmes n’en étaient qu’au début. Elles avaient devant elles des nuits et des nuits sans sommeil, de couches-culottes par milliers, sans parler de cette culpabilité, cette impression de ne pas être à la hauteur. »

« Je connais ce regard : c’est celui d’une femme vide, obsédée par le désir, le besoin de donner la vie. Le regard d’une mère frustrée. »

« Je lève les yeux et j’imagine son jeune corps gonflé d’une nouvelle vie – une vie engendrée par la haine et la peur. Elle ne sera jamais capable d’aimer son bébé. Elle ne s’aime déjà pas elle-même. »

J’ai beaucoup aimé ce thriller particulièrement bien construit qui aborde le thème de la maternité sous tous ses aspects. Etre ou ne pas l’être, telle sera la question. La frustration pour celles qui n’y parviennent pas provoque de dangereux déséquilibres. N’est pas mère qui veut mais n’est pas mère non plus qui peut…

Les enquêteurs échappent aux modèles du genre : en pleine crise de couple, leur vie privée empiète souvent sur leur vie professionnelle, au détriment de quelques indices qu’ils laisseront malheureusement échapper. Je n’ai jamais lu Gillian Flynn, ni Mo Hayder, mais Samantha Hayes me semble très bien se débrouiller toute seule car j’ai eu beaucoup de mal à lâcher ce roman !

Je remercie les éditions du cherche-midi pour l’envoi de ce roman.

Itinéraire d’une blogueuse n°11- Les vacances ! Et un petit programme de lectures !

john-mantha

Nous allons tourner un peu au ralenti ces prochaines semaines et prendre un peu de vacances. je reviendrai à l’occasion de quelques connexions Wi-Fi mais par contre pas de pauses pour mes lectures.

Au programme :

     

L’héritier – Roselyne Durand-Ruel ou la transmutation des valeurs

L'héritier

Roselyne Durand-Ruel  présente dans « L’Héritier » une saga familiale chinoise, qui balaie l’histoire de la Chine des années 70 à aujourd’hui. Liu Sin-Ming est le seul fils d’un couple d’intellectuels, « rééduqués » dans les laogai ( goulag maoïste), victimes d’un collectivisme forcené et d’une idéologie sans pitié. Hong Kong, l‘opulente, est par contraste, son antithèse. Y règnent un capitalisme décomplexé, et une liberté d’entreprendre qui attirent de nombreux étrangers dont quelques français qui témoignent de la difficulté de créer une entreprise en France :

« Il faut être cinglé ou inconscient pour monter sa boîte en France. Surtout pour quelqu’un comme moi qui n’a travaillé qu’en Asie. L’entrepreneur est responsable de tout, libre de rien et suspecté en permanence par l’administration. On comprend pourquoi les jeunes rêvent de devenir fonctionnaires. Ni soucis, ni stress, la garantie de l’emploi et une pléthore de vacances. »

Le ton est donné comme vous l’aurez compris: Ce roman est un roman d’initiation, l’initiation d’un jeune homme contraint à fuir son pays pour trouver un peu de liberté et pouvoir épanouir ses talents. Son père le prépare pendant de longues années à devenir champion de natation sans dévoiler l’objectif final et même si le fils n’est pas fan de la discipline, en bon chinois il obéit à son père. Ce moment m’a fait penser au film « Welcome » dans lequel un jeune homme veut franchir la Manche à la nage pour rejoindre l’Angleterre. Ce mode de locomotion assez original deviendrait presque à la mode en littérature et au cinéma ! Sin Ming va tenter à son tour une aventure dans laquelle de nombreux chinois, candidats à l’exil, ont péri avant lui. Il franchit courageusement « le rideau de bambou » à la nage.

Va commencer pour lui l’apprentissage d’une sorte d’inversion de toutes ses valeurs, du collectivisme à l’individualisme et de l’obéissance confucéenne à l’exercice de l’esprit critique.

Peut-on toutefois oublier totalement l’éducation que l’on a reçue ? Héritier des traditions de son pays, où »la face », sorte d’honneur viril, tient une grande place, où le fils devient l’héritier et le garant de la continuation de la famille,  Sin Ming se trouve confronté à des choix cornéliens, pris dans des dilemmes que sa double culture ne lui permet pas de résoudre. Et c’est peut-être là tout l’intérêt de ce livre. Quelle est notre marge de liberté, quel poids ont les valeurs héritées, comment tracer sa propre route ?

Ce roman de presque cinq cent pages se lit avec plaisir. Il sait doser les différents ingrédients qui font une bonne histoire : l’amour, le danger, la réussite et l‘argent. Il propose une certaine vision de la Chine d’aujourd’hui mais surtout celle de l’auteure qui l’air de rien, passe au crible toute une série de valeurs fondatrices d’une civilisation, ainsi que la délicate question de l’articulation entre bonheur individuel et intérêt collectif.  Je ne me suis pas retrouvée dans cette ode au libéralisme, et bon nombre d’assertions m’ont considérablement agacées.  D’autre part, la facture en est vraiment très classique, trop classique, et la construction irréprochable n’empêche pas un sentiment de déjà-lu. Toutefois ses qualités en font un bon pavé pour l’été !

Au final, les quelques femmes qui traversent ce roman, sont des femmes énergiques, loin de l’image de la femme soumise. Elles ont beaucoup de mal toutefois à trouver le bonheur, enchaînées pour une part à la tradition, ou victime d’une idéalisation de l’amour à l’occidentale qui ne correspond pas toujours à la réalité.

« Entre une existence de princesse à Hong Kong et un r^le de soubrette en chef chez mon paternel, y a pas photos », s’était-elle dit avec pragmatisme. D’ordinaire les hommes prennent sans rien donner. »

« – La passion, peut-être. L’amour ? Est-ce que j’ose y croire ? Quant à toi tu devrais lire des romans russes ou français.

–         Pour être frustrée de n’avoir jamais éprouvé le grand frisson ?

–         Non, pour apprendre à rêver !

–         Mais ma vie est toute tracée !

–         Dommage ! Le Prince Charmant ne hante pas les petites filles de l’Ouest par hasard. Elles s’identifient aux héroïnes de la littérature. Une sorte de formation à l’esprit romanesque qui n’existe pas dans cette partie du monde. »

Un roman est cité cmme roman d’apprentissage de Sin Ming, il s’agit d’une ode à l’individualisme radical : La Source vive est un roman de l’écrivain américaine Ayn Rand publié en 1943 sous le titre The Fountainhead. Ce sera Description de l'image  Ayn Rand Portrait.png.son premier grand succès, adapté par la suite au cinéma par King Vidor en 1949 (voir Le Rebelle).

Le récit décrit la vie d’un architecte individualiste dans le New-York des années 1920, qui refuse les compromissions et dont la liberté fascine ou inquiète les personnages qui le croisent. (Source Wikipédia)

 

PPRF copie

Au clair de la nuit de Janine Teisson

enfance

La lune accrochée dans le ciel
Voit les humains tout petits.
Mais elle n’a pas de jambes
Pour courir derrière les voleurs,
Pas de bras pour serrer
L’enfant qui fait des cauchemars,
Pas de pieds pour danser.
Alors elle regarde, c’est tout.

Poème extrait de Au clair de la nuit, Motus, 2009

Sur le thème « Enfance » en écho avec Martine

car comme chaque dimanche poetisons-Martine

Janine Teisson est une romancière française née en 1948 à Toulon. Elle écrit en littérature générale mais également à destination de la jeunesse. Elle vit dans le Sud de la France. Elle a publié à ce jour une trentaine de livres dont certains traduits en espagnol, portugais, allemand, italien, catalan, coréen et chinois.

Itinéraire d’une blogueuse n°10 – Prix des lecteurs du livre de poche

Je suis d’assez près la sélection pour le prix des lecteurs du livre de poche et j’ai repéré quelques ouvrages qui me tenteraient bien. Les connaissez-vous ? Lequel me conseilleriez-vous ?

 

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Les débutantes – J.Courtney Sullivan

à lire debutantes courtney sullivan

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« Les débutantes » est un roman d’initiation, dans lequel quatre jeunes filles, Celia, Bree, Sally et April tentent de construire à la fois leur identité personnelle et leur avenir professionnel, sous l’égide de leurs aînées, certaines aujourd’hui disparues, d’autres références vivantes du féminisme, dont le nom aura marqué l’histoire politique et littéraire des femmes : Margareth Mitchell (1922), Sylvia Plath (1955), Gloria Steinem(1956) , mais aussi plus récemment Catharine
A. MacKinnon (1968), juriste et militante féministe américaine.

English: American feminist Gloria Steinem at B...
English: American feminist Gloria Steinem at Brighton High School, Brighton, Colorado (Photo credit: Wikipedia)

 L’entrée à Smith College marque pour ces jeunes filles le début d’une amitié mais aussi une initiation intellectuelle qui va changer leur regard et remettre en question les valeurs héritées de leur éducation : Naomi Wolf, Susan Faladi et Robin Morgan, auteures et activistes américaines vont accompagner une forme de conversion intellectuelle et les sensibiliser aux problèmes liés au sexisme et à l’identité et l’orientation sexuelle.

Cette immersion totale dans un univers presque exclusivement féminin pendant quatre ans de deux mille quatre cents femmes crée une symbiose et une synergie tout à fait particulières. L’une des jeunes filles raconte comment toutes les filles de sa résidence ont leurs règles exactement au même moment comme si le rythme impulsé à leur vie avait pour conséquence de mettre leurs corps au diapason en exacerbant leur féminité.

Que reste-t-il pourtant de cette expérience pour toutes celles qui à l’issue de leurs études se lancent dans la vie active ? Et pour nos quatre amies ? Rejoint-elle un folklore lié à la jeunesse et à la vie étudiante ou a-t-elle marqué suffisamment leur personnalité pour la modifier en profondeur et rendre leur amitié indestructible ?

C’est à la disparition de l’une d’entre elles que la réponse va être donnée.

Je me suis plongée dans ce livre comme dans un univers
extrêmement familier et proche parce qu’il correspond à mon univers mental et aussi parce qu’il reflète en partie mes propres découvertes des problématiques liées au féminin et à ses multiples représentations. Se construire une identité en tant que femme aujourd’hui suppose connaître son histoire et celle des femmes qui nous ont précédées. Combler les lacunes et les vides d’un silence imposé, établir des filiations « positives », retrouver une mémoire et aussi l’estime de soi me semble  important. Tout cela constitue une véritable initiation en même temps qu’une conversion du regard. Je suis convaincue que, forte de soi-même, les relations que l’on peut avoir avec les autres ( hommes ou femmes) s’en trouvent enrichies.

Je remercie  Nadael et Kathel d’avoir attiré mon attention sur ce livre.

Paroles de femmes : J. Courtney Sullivan

Portrait of Edna St. Vincent Millay (1933-01-14)
Portrait of Edna St. Vincent Millay (1933-01-14) (Photo credit: Wikipedia)

« Ecoutez ça dit-elle. C’est tiré d’un essai de 1937 sur Millay (Edna St.Vincent Millay), écrit par ce type, John Crowe Ransom, et voilà comment il explique son manque de talent : »Une femmes vit pour l’amour… L’homme se distingue par L’intellect… Si je devais l’exprimer en un mot, je me vois toujours obligé de dire que c’est son manque d’intérêt intellectuel… qui fait défaut dans sa poésie pour le lecteur masculin… j’ai utilisé un symbole conventionnel, lequel, je l’espère, n’était pas désobligeant, lorsque j’ai exprimé ce manque qui la caractérise : lacune de masculinité. »

  Finalement, rien n’a vraiment changé depuis 1937, dit April.

      Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda Bree .

   En fait quand une femme écrit un livre qui se rapporte de près ou de loin aux sentiments ou aux relations humaines, on l’estampille littérature pour filles ou roman féminin, pas vrai ? Mais regardez Updike ou Irving. Imaginez qu’ils aient été des femmes. Essayez seulement de l’imaginer. Quelqu’un aurait collé une couverture rose sur Rabbit at rest, et plouf, adieu au Pulitzer de mes fesses. »

J. Courtney Sullivan, Les débutantes

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