Tous les articles par Anna G

Collection « Nos héroïnes » chez Grasset

Cette nouvelle collection est dirigée par Caroline Fourest et Fiammetta Venner
Cette collection vise à répondre à la question : « Qu’est-ce qu’une héroïne ? »
Elle s’attache à réunir des vies de femmes dont la vie a été éclairée et bouleversée ou a pris sens à travers une cause, un combat.

La mélancolie ouvrière de Michelle Perrot
Michelle Perrot raconte l’histoire de Lucie Baud, ouvrière qui en 1905 mène la révolte dans les usines textiles de Vizille et Voiron. Elle a laissé un texte autobiographique, publié dans une revue syndicaliste et l’on sait qu’elle a fait une tentative de suicide. Michelle Perrot tente de combler les silences de son histoire.

« L’idée d’une tombe sans nom » de Sandrine Treiner « Ne venez pas. Nous nous sommes trompés ». Manya Schwartzman, jeune révolutionnaire, quitte sa terre natale, la Bessarabie, pour construire le socialisme en Union soviétique et disparaît en 1937 dans les grandes purges staliniennes après ce dernier message aux siens.
Parce que l’idée d’une tombe sans nom lui déplaît, Sandrine Treiner mène l’enquête pour arracher son héroïne à l’anonymat des fosses communes.

Le troisième et dernier titre est Noire La vie méconnue de Claudette Colvin de Tania de Montaigne.

     tania de montaigne noire

Vous voulez devenir noire vous aussi ? C’est ce que vous propose Tania de Montaigne – Noire La vie méconnue de Claudette Colwin

tania de montaigne noire

Tania de Montaigne – Noire – La vie méconnue de Claudette Colvin collection Nos héroïnes Grasset – Editions Grasset & Fasquelle 2015

Vignette les grandes héroïnesCe livre est passionnant, à la fois documentaire et fiction, il possède une forme profondément originale qui tient à l’écriture de Tania de Montaigne et à la construction de son récit. Livre qui vous fait vivre de l’intérieur l’histoire de Claudette Colvin, vous devenez noire comme elle dans l’Alabama des années cinquante et vous éprouvez ce que cela veut dire dans une société où le pouvoir appartient aux blancs : la haine de soi, la peur, l’humiliation subie chaque jour, l’arbitraire et l’injustice. Expérience qui se diffracte dans le temps et vous fait comprendre ce qu’est être noire aujourd’hui en France. Le passé éclaire le présent même s’il ne le rejoue pas, les temps changent, mais être noir, aujourd’hui comme hier, « ça n’est pas une question de peau, c’est une question de regard, de ressenti. ». On n’est pas noire, mais on le devient. Et ce n’est jamais anodin. « Que celle qui ne s’est jamais jeté la première pierre lève le doigt », commente Tania de Montaigne.
Et leur expérience, celle de Claudette, puis celle de Tania, rejoint la mienne, je peux la continuer, à travers mes proches dont certains ont la peau foncée eux aussi. Bizarrement, je suis devenue noire moi aussi, dans des situations, des instantanés de vie. Blanche dans une famille où les peaux présentent tous les dégradés les plus subtils, les mélanges les plus étonnants, et où chacun devient l’autre. Cette expérience du regard, je la connais, mais à l’envers, j’ai oublié ce qu’était une peau noire que l’on regarde, parce que je ne la vois plus. Je vois juste des gens différents avec leur beauté propre, leurs qualités et leurs défauts, leurs passions et leur expérience. La couleur de leur peau est un simple détail de l’apparence physique, parce qu’il faut le dire, je ne suis pas plus blanche qu’ils ne sont noirs, ce n’est qu’une anecdote me concernant. Nous nous sommes accolorisés. C’est la vertu du mélange.
Mais cette situation est une exception, et il faut revenir à Claudette et à Tania qui regarde Claudette, qui déroule sa vie à travers la sienne. A Tania, qui est devenue noire, à son entrée à la maternelle, et à Claudette, qui un jour, bien avant Rosa Parks « Mère du mouvement des droits civiques » le 2 mars 1955, refuse de céder son siège dans le bus à un passager blanc. Jetée en prison, elle décide de plaider non coupable et d’attaquer la ville, ce qui est une première. Ce coup d’éclat ne sera pas suivi d’effet, et ce sera Rosa Parks, qui plus tard deviendra l’héroïne du mouvement de boycott des bus de Montgomery en Alabama. Militante depuis longtemps, Rosa Parks est choisie parce qu’elle présente toutes les qualités nécessaires à son rôle, de la classe moyenne, la quarantaine, irréprochable et vertueuse, elle ne peut prêter le flanc à la critique des blancs. Aujourd’hui on dirait que c’est un coup médiatique. Pourquoi et comment Claudette Colvin a-t-elle sombré dans l’oubli ? A-t-elle fait partie de ces quatre jeunes femmes qui vont attaquer les lois de la ségrégation dans les transports de Montgomery devant la cour fédérale, demandant qu’elle les déclare inconstitutionnelles ?
A-t-elle pris part à cette immense victoire et l’en a-t-on récompensée ? Vous saurez tout cela en lisant le livre de Tania de Montaigne, et bien plus encore, vous serez devenue noire le temps de quelques heures… Vous aurez aussi compris comment les femmes qui ont tenu tout le mouvement, auront été évincées par ce jeune et brillant pasteur américain, Martin Luther King … Parce qu’être femme et noire, en ces temps de ségrégation et en quelques autres, c’est double peine…

Logo Prix Simone Veil

Fait partie de la sélection 2015

La clandestine du voyage de Bougainville, « Jeanne Barré, la voyageuse invisible »

Michèle Kahn raconte l’histoire romancée de Jeanne Barré, première femme à avoir accompli un voyage autour du monde lors de l’expédition de Bougainville.
A une époque où les femmes sont interdites à bord des bateaux, Jeanne, qui connaît parfaitement les plantes, guérisseuse à ses heures, se travestit en valet pour suivre son amant botaniste, Philibert Commerson, à bord de l’Etoile le 10 janvier 1767. Son histoire est romancée dans La Bougainvillée, de Fanny Deschamps (1982), et reprise en 2014 par Michèle Kahn dans « La clandestine du voyage de Bougainville » qui en propose une manière d’épopée.

Vignette Les femmes et le théatreLe théâtre de Sartrouville a proposé cette histoire« Jeanne barré, la voyageuse invisible » , du 17 au 21 mars 2015 à travers un texte d’Eudes Labrusse et une mise en scène de Jérôme Imard & Eudes Labrusse.
« Des campagnes françaises aux plages de Tahiti, l’étonnant voyage d’une femme au siècle des lumières.
Un beau matin de 1776, une jeune femme s’embarque sous le nom de Jean Barré à bord d’un des navires de l’expédition légendaire de Bougainville. Pendant deux ans, aux hasards de la mer, elle vit travestie en homme au milieu des marins et des plus grands savants de l’époque. Jeanne Barré est la première femme à avoir fait le tour du monde. Son histoire, bien réelle, est pourtant percée de mystères. Eudes Labrusse en comble les vides en réinventant la vie intérieure de l’aventurière et son périple autour du monde. Toutes voiles dehors, c’est ce destin de femme exceptionnelle que deux comédiens et un violoncelliste nous invitent à découvrir à bord d’un imposant « bateau-théâtre ». Une rencontre avec une personnalité surprenante, aussi déterminée que brillante ! »

Laura Kasischke – En un monde parfait

laura kasischke en un monde parfait

Laura Kasischke – En un monde parfait Le livre de poche – Christian Bourgois Editeur 2010
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Eric Chédaille, livre de poche 345 p

Vignette femmes de lettresQu’arrivera-t-il à une jeune femme si celle-ci rencontre le prince charmant au début du conte ? Faudra-t-il prendre l’histoire à rebours ?
Le prince charmant se présente à Jiselle, la trentaine, sous les traits d’un séduisant pilote, veuf et père de trois enfants qui, au bout de quelques semaines, la demande en mariage.
Elle accepte, et le lecteur a déjà envie de lui dire : « Stoppe là, y’a un problème ! Et l’indépendance financière des femmes ?». Mais non, Jiselle, naïve et confiante, abandonne son métier d’hôtesse de l’air pour celle de belle-mère au foyer. Et c’est là, bien sûr, que cela se gâte, tout d’abord, parmi les enfants, les deux adolescentes se sont promises de lui rendre la vie infernale, et ensuite une mystérieuse épidémie de grippe frappe les États-Unis et les isole dans leur grand et beau chalet.
Les États-Unis, cette super-puissance, devient un pays indésirable et ses ressortissants sont frappés d’ostracisme. Comment survivre quand tout vous manque ? Comment s’organiser ? Une robinsonnade de plus ?
On sait bien sûr, dés le début, que ce monde parfait n’existe pas alors on se demande juste comment il va s’écrouler et on attend. Cela prend du temps, au bout d’une centaine de pages on n’est guère plus avancés. La princesse aurait pu se faire la malle, mais non, elle reste. Elle a les vertus morales de l’héroïne. Et ce monde parfait reste parfait jusqu’au bout.
Si vous avez déjà vu ces films catastrophe dont les américains sont si friands, où soudain une catastrophe écologique ou climatique fait basculer un pays et une société, alors vous ne serez pas surpris. De nouveaux héros surgissent dans un monde qui chavire, dont la force morale va leur permettre de braver toutes les difficultés. Jiselle, personnage inconsistant au départ, acquiert l’étoffe des héros. On a déjà vu et lu ça, et c’est un peu convenu. Chacun va se débarrasser de ses oripeaux, et révéler tout ce qui sommeillait en lui. Derrière la Barbie hôtesse de l’air se cache une jeune femme courageuse et intègre. On sait, n’est-ce pas, que c’est dans les situations limites que se révèlent les gens.
Au fond, nous avons une capacité d’adaptation et un instinct de survie qui nous permettent d’affronter les situations les plus périlleuses. Au fond, qu’est-ce qui aurait pu se passer ? Que l’héroïne meure dans d’atroces souffrances, devienne alcoolique et fini le rêve américain.
Ne vous inquiétez pas, les tremblements de terre peuvent bien secouer le Népal, et un volcan entrer en éruption au Chili, si un américain est sur place, il s’en sortira toujours.
Jusqu’où va cette dystopie ? Dans quelle mesure dénonce-t-elle l’impérialisme américain et sa société consumériste ?

Je n’avais jamais lu cette auteure que j’ai découverte avec ce roman et je suis restée assez mitigée. J’en ai lu deux autres par la suite qui m’ont davantage plu. Mais je ne suis pas vraiment conquise non plus même si l’auteure a beaucoup de talent,  maîtrise parfaitement la narration et sait ménager le suspense. On la compare souvent à Joyce Carol Oates dont je trouve l’univers beaucoup plus sombre. Il me semble que la critique de Laura Kasischke est plus centré sur les systèmes et leurs faiblesses que sur les failles individuelles mais je me trompe peut-être. En tout cas, on passe un bon moment avec ses romans, les heures défilent et on est toujours plongés dedans.

Prix Simone Veil 2015 – Finalistes

Finalistes 2015FINALISTES 2015
Laurence de Cambronne – Madame de Staël : La femme qui faisait trembler Napoléon / Allary
Michèle Fitoussi – La nuit de Bombay / Fayard
Natacha Henry – Les Sœurs Savantes : Marie Curie et Bronia Dluska, deux destins qui ont fait l’histoire / Librairie Vuibert
Laure Hillerin – La comtesse Greffulhe : L’ombre des Guermantes / Flammarion
Tania de Montaigne – Noire : la vie méconnue de Claudette Colvin / Grasset
Colombe Schneck – Dix-sept ans / Grasset
Alessia Valli – La nostalgie du crépuscule / Michalon

Sibilla Aleramo Une femme – L’égérie italienne

sibilla aleramo

Sibilla Aleramo – Une femme première édition 1906 et 2002 pour la traduction française aux Editions du Rocher dans la collection Anatolia 249 pages
Traduction de Pierre-Paul Plan révisée et amendée par James-Aloïs Parkheimer

En 1906, une jeune italienne de 30 ans publie un premier roman « Une femme » qui agit comme une déflagration dans la société de son temps. Elle est considérée comme une héroïne par les féministes de son temps, puis élevée par celles des années 70 au rang d’icône. Son premier roman, largement basé sur des éléments autobiographiques, fait partie aujourd’hui du patrimoine mondial de la littérature écrite par des femmes. D’ailleurs il fut traduit assez rapidement en France en 1908 aux Editions Calmann-Levy et reçut les éloges enthousiastes d’un critique de l’époque, au Figaro, Anatole France.

Tout au long de sa vie elle voyagea beaucoup et vint notamment à Paris, où elle rencontra Rodin, Anna de Noailles, Valery Larbaud, Charles Péguy, Apollinaire et Colette qui la fêtèrent et qu’elle fascina durablement.
On dit même que Stefan Zweig au retour de Rome où il l’avait vue, s’exclama : « Qui n’a pas vu Sibilla Aleramo en cette première décennie du XXe siècle n’a rien vu. »
Elle était belle et indépendante, vivait librement ses amours mais s’engagea en politique de manière plutôt sporadique (pour à la fin de sa vie adhérer au Parti Communiste).

Sibilla Aleramo de son vraie nom Rina Faccio est née en 1876 à Alexandrie dans le Piémont et passa son enfance à Milan puis dans les Marches. Elle fut éduquée dans une famille bourgeoise, son père, au tempérament plutôt emporté, était directeur d’une entreprise après avoir été professeur,  et sa mère femme au foyer, dépressive,  fut internée au milieu de sa vie dans un établissement psychiatrique. Elle mourut à Rome en 1960.

Sibilla Alaramo raconte la période de sa vie qui va de son enfance à l’âge adulte. Le récit s’arrête à l’âge de 26 ans alors qu’elle quitte le domicile conjugal. A travers ce récit, elle construit son propre mythe, sélectionne les événements qui agissent en tant que symboles, en expurge d’autres, notamment ses amours avec le poète Felice Guglielmo Damiani (cf préface du traducteur) et construit ainsi le personnage d’une héroïne féministe pure et sans tache dont la vie sentimentale et les appétits sensuels pèsent peu dans les choix existentiels. Dans ce récit, elle n’a que des rapports sexuels forcés ou obligés et doit subir la violence de son mari qu’elle a épousé alors qu’elle n’avait que quinze ans.
Tout cela est bien réel, effectivement, elle a subi le viol et sa vie conjugale fut pour elle un calvaire. En proie au désespoir, parce que toute issue lui semblait condamnée, elle tente même de se suicider.
Quels sont les droits pour les femmes italiennes à l’époque ? On peut dire qu’il n’y en a pas encore : elles sont soumises à l’autorité de leur mari, éternellement mineures puisqu’elles n’ont aucun droit légal sur les enfants – le père étant seul chef de famille- ne peuvent disposer librement de leur capital, revenus ou héritage. (cf Alison Carton-Vincent : Sibilla Aleramo, une héroïne du féminisme italien, revue Clio)
Il semble donc pour les commentateurs qu’il n’y ait pas de pure adéquation entre la vie de Sibilla et les faits mentionnés dans son roman. C’est  la fiction qu’il faut interroger et l’intention, ou la question qui sous-tendent cette narration. Que veut montrer l’auteure ?
Que les femmes sont dépossédées de leur vie, soumise à la violence des hommes et enfermées dans un stricte rôle d’épouse et de mère. Elles ne peuvent choisir de métier qui les intéressent vraiment car beaucoup de carrières leur sont encore interdites. Leur vie étriquée conduit les bourgeoises à la neurasthénie, à la mélancolie, parfois à la folie. Elles ne peuvent pas quitter des époux avec lesquels elles ne sont pas heureuses sous peine de se retrouver sans revenus ou d’abandonner leurs enfants. La liberté se paye chèrement. Si Sibilla adore son père qui l’éduque de manière assez libre pour l’époque, elle ressent peu d’amour pour sa mère dont la timidité et la mélancolie lui répugnent. C’est en vivant à son tour le destin des femmes mal mariées qu’elle sera en mesure de mieux la comprendre . Si son destin devient un exemple pour les autres femmes et si ce roman a un tel retentissement, c’est qu’il est le récit d’une lutte pour l’émancipation. Tout d’abord par l’écriture, le journalisme, les revendications pour les droits des femmes, la critique de la misère sociale et de la condition des ouvriers, et l’expression de sa propre individualité et de sa liberté, quitte pour cela à laisser son enfant. Elle sait que son mari se sert de leur fils qu’il prend en otage pour mieux la retenir. Ce lien est un joug qu’ elle doit le rompre. D’une certaine manière, il faut trancher dans le vif, pour renverser la tradition qui assignent à la femme des rôles étroits dans lesquels leur individualité ne peut s’exprimer totalement. Cela ne peut se faire sans douleur.
Franca Rame et Dario Fo, des compatriotes de Sibilla, qui participèrent à la seconde vague du féminisme en Italie font dire à Médée dans Récits de femmes et autres histoires : « Nos enfants sont comme le joug de bois dur pour la vache : vous autres hommes, vous nous les mettez au cou pour mieux nous assujettir, dociles, afin de nous traire et de nous monter. »

J’ai dévoré ce roman qui est pour moi un bijou de l’histoire littéraire. J’étais très émue d’entendre la voix de cette femme par delà le temps, de me dire que c’était grâce à des femmes comme elle que je pouvais décider aujourd’hui librement de ma vie.

Prix Simone Veil 2015 – VIIe salon des femmes de lettres

Créé en 2009 par l’association Cocktail & Culture, le Salon des femmes de lettres est un salon littéraire parisien qui réunit chaque année une quarantaine de femmes écrivains à l’occasion d’une séance de dédicace.

Le 7ème Salon des Femmes de Lettres aura lieu le jeudi 28 mai 2015 de 19h à 21h au Cercle National des Armées Paris 8ème.

Logo Prix Simone Veil

Logo Prix de la Poesie Venus Khoury-Ghata

Membres du Jury du Prix Simone Veil 2014Affiche 7ème Salon des Femmes de Lettres 2

  • Elisabeth Barillé, écrivain, lauréate du Prix Simone Veil 2014, Marie Billetdoux, écrivain, Emmanuelle de Boysson, journaliste et écrivain, lauréate du Prix Simone Veil 2014, Huguette de Broqueville, écrivain, Cécilia Dutter, écrivain, Irène Frain, écrivain, Christelle Gallé, rédactrice en Chef Hors-Séries Femme Actuelle
  • Alix Girod de l’Ain, écrivain, scénariste et journaliste à Elle, Pascale Hugues, journaliste et écrivain, lauréate du Prix Simone Veil 2014, Anaïs Jeanneret, écrivain
  • Michèle Kahn, écrivain, Kenizé Mourad, écrivain, Guillemette de Sairigné, écrivain

5 ans …

Femme volant avec livres copie

Deux ans sur ce blog à lire, à faire de belles trouvailles, avec l’envie de continuer encore longtemps ce projet…..en votre compagnie…

et bien sûr trois ans sur une autre plateforme, ce qui fait

5 ans !

Je m’étais donnée comme objectif, au moins 10 ans….

Joyce Carol Oates – Premier amour

 joyce carol oates premier amour

Joyce Carol Oates Premier amour Philippe Rey /fugues 2015 – Actes Sud 1999 -, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sabine Porte, 105 pages.

Ce récit, présenté comme un « conte » gothique a été publié pour la première fois en 1997 par The Ontario Review.

Atmosphère macabre, noirceur, et sentiment d’horreur mais aussi conte d’avertissement vont donc caractériser ce court récit. Joyce Carol Oates est un auteur prolifique qui écrit la plupart du temps de longs romans de plusieurs centaines de pages mais aussi de nombreuses nouvelles, et des poèmes. L’écriture est sa respiration et un thème hante tous ces récits : celui de la violence de la société et des hommes sur d’autres plus faibles qu’eux, souvent des enfants. En général, les victimes deviennent des adultes résilients, fragilisés par leurs traumatismes mais éclairés aussi par une force, une intuition, une intelligence qui leur a permis de survivre. Le ressort du récit tient dans leur fragilité mise à mal par un ou des événements qui réveillent les blessures enfouies. La tension du récit s’organise autour du trauma initial et de la façon dont le personnage principal va apporter une réponse à la situation qui le fait basculer. Joyce Carol Oates sait doser tous les ingrédients psychologiques pour distiller un suspense efficace.
Le récit pourrait commencer par : « Voilà ce qui arrive si …. ». Voilà ce qui arrive si vous êtes l’enfant d’une mère frivole et faible qui ne s’occupe pas de vous, si votre cousin est un enfant pervers adulé par sa tante, si délaissée vous avez terriblement besoin d’amour.
Voilà ce qui arrive si les adultes qui sont censés vous protéger sont des adultes défaillants.
Vous ne devrez qu’au hasard, à la chance et aussi un peu à vous-même de ne pas être broyé totalement par le monstre.
Elle a onze ans, cette fois, et se retrouve un été dans la maison de sa grand-tante Esther, hautaine et méprisante, qui couve d’un amour jaloux son petit neveu Jared, vingt-cinq ans, et étudiant en Théologie. Un bois et un marais jouxtent la maison, des figures fantasmagoriques peuplent le récit d’éléments fantastiques, les humains se transforment en serpent ou en rapace, et la figure d’un Jésus martyrisé hante la bibliothèque de la maison.
La religion ici est le couvert sous lequel s’abrite l’hypocrisie des habitants de cette petite bourgade, leur faiblesse, leur lâcheté mais aussi leur cruauté. Se punir de ses crimes pour mieux les perpétrer, briser son corps et ses élans mène à la perversité et à la déviance. La haine du corps et de l’amour charnel conduit à de terribles expiations. Et l’idée du sacrifice permet de justifier le crime.
Comment aimer au milieu de tout cela, dans tant d’obscurité ? Au bord de quelle sordide histoire d’amour Josie va-t-elle être entraînée ? Et qui pourrait la sauver sinon Joyce Carol Oates dans un monde où les contes de fée ne sont plus pour les petites filles ?

Antigone/Juliette Binoche

Antigone – Sophocle/Ivo Van Hove

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Cette pièce est jouée en anglais surtitrée en français.

 Juliette Binoche (Antigone) apparaît, le vent s’engouffre dans sa tunique noire, et la lune incandescente éclaire la scène.

Vignette Les femmes et le théatreAu centre d’un long plateau noir, dont les côtés recèlent des éléments qui pourraient faire penser à du mobilier de bureau (superbe exploitation à la fin de la pièce), un canapé deux places, et découpée au centre de la scène une fosse rectangulaire d’où apparaîtront et disparaîtront les corps. Un écran vidéo distribue des images mouvantes du quotidien, ou des plans figurant des paysages désertiques. La collaboration pour les décors et lumières de Jan Versweyveld et de Yal Tarden pour la création vidéo est parfaitement réussie. Le décor planté, la pièce peut commencer dans un parti-pris résolument contemporain (costumes-cravates, tailleur et talons hauts) qui va résonner pendant une heure et quarante-cinq minutes avec le monde d’aujourd’hui (le mythe est fécond et parle à toutes les époques) dans la mise en scène particulièrement soignée de Ivo Van Hove.

Photo  Jan Versweyveld

C’est l’affrontement, dans la pièce de Sophocle, de deux conceptions antagonistes de la raison d’état, toute-puissante chez Créon, mais qui doit s’effacer devant le sentiment, l’amour, et la piété filiale pour Antigone. Cependant  la raison déraisonne et l’absolu du sentiment mène à la mort. Aucun compromis n’est possible et Créon, dans son entêtement, ne veut apprendre de personne. Lorsqu’il se décidera à changer, il sera trop tard, et son fils Hémon, accablé par la mort d’Antigone qui lui était promise, se donnera la mort.

Rappelons l’histoire : dans un épisode précédent (Œdipe à Colonne), Antigone et Ismène prennent soin de leur père Œdipe, banni de Thèbes (Sans le savoir,il avait tué son père et épousé sa mère). Ses fils Etéocle et Polynice règnent en alternance sur Thèbes, jusqu’au jour où Polynice devant devenir roi au bout d’un an, son frère Etéocle, au pouvoir, lui refuse l’accession au trône. Une guerre fratricide s’ensuit (raconté avec un point de vue original dans l’Antigone de Buchau). Créon interdit qu’on ensevelisse la dépouille de Polynice sous peine de mort. Or, on sait que ce sont les rites funéraires qui font entrer l’homme dans la civilisation et la culture. Refuser à Polynice une sépulture, c’est lui dénier son humanité sous prétexte qu’il est un ennemi.

Ivo Van Hove établit un parallèle avec la tragédie de la Malaysian Airlines dont l’avion s’est écrasé en Ukraine dans une zone de guerre. Les corps des victimes avaient été laissés en plein champs pendant plus d’une semaine. Lorsque les corps ont été récupérés pour l’identification, le gouvernement néerlandais a décidé d’organiser ensuite un convoi funéraire avec un corbillard pour chaque corps.

Créon donc occupe le trône et règne en tyran. Il essaie de gouverner de façon moderne, de rétablir la paix, de réfléchir sur la meilleure façon de gouverner. Il a une véritable pensée politique autonome. Il ne veut pas faire entrer la filiation et les liens du sang en ligne de compte dans l’exercice du pouvoir parce que la terrible guerre civile due aux deux frères lui a enseigné qu’une société basée sur ces principes est désastreuse, trop soumise aux rivalités et aux affects et donc trop fragile. Son objectif est de parvenir à régner sur une société qui puisse vivre en paix.  Il veut introduire de la rationalité dans la manière de gouverner, avec des lois qui soient les mêmes pour tous, et une vision claire de la citoyenneté. Mais il ignore une composante essentielle : les citoyens qui composent cette société. Il finira seul et brisé parce qu’il ne peut pas s’adapter. Comme on dit il y a la loi et l’esprit de la loi. Avec Créon, il ne pourrait y avoir de jurisprudence. Il veut calquer une structure rationnelle sur la société sans tenir compte de la réalité mouvante et fluctuante auquel tout gouvernement éclairé doit s’adapter. Gouverner en tenant compte des aspirations de ses citoyens est gouverner de façon démocratique.

Juliette Binoche déclarait le mois dernier au magazine Vogue à propos d’Antigone:« Quand on la découvre, on se dit que c’est l’histoire d’une femme contre l’empire masculin, qu’il y a là quelque chose de féministe, et moi ce n’est pas du tout ce qui me touche aujourd’hui, ce que j’ai envie de montrer. Parce que c’est par la féminité qu’elle change le monde, le monde est en mal de féminin.» Je me suis dit que ces deux visions n’étaient pas exclusives l’une de l’autre. Il me semble que le féminisme n’est qu’une revendication politique pour des droits égaux et aussi pour une vision multiple du féminin, selon ce que vit et ressent chacune (et chacun). C’est en tant que femme qu’elle s’oppose à Créon, dans un monde qui refuse le féminin qu’il soit celui d’une femme ou d’un homme et c’est pourquoi il le tient à l’écart du politique. Comme ce monde refuse toute virilité et accomplissement dans l’action des femmes. C’est une pensée ancienne qui déjà pose l’exigence d’une redéfinition du féminin comme un principe éminemment actif. Elle fait, elle agit sur le monde en tant que femme. Le jour où cessera de définir le féminin du côté de la passivité, de l’intuition et de l’affect, on aura fait un grand pas.

Tous les comédiens sont absolument magnifiques et en particulier Patrick O’Kane, le comédien irlandais qui interprète Créon, et s’est déjà taillé une belle notoriété avec son rôle dans « Game of Thrones » (dans la seconde saison en jouant le rôle de Jaqen H’ghar après qu’il ait changé d’apparence).

Kirsty Bushell, telle une liane sur ses escarpins, est parfaitement convaincante dans le rôle d’Ismène, qui échoue à être l’intermédiaire entre deux absolus.
Obi Abili incarne à la fois le garde et le chœur avec une belle présence, Samuel Edward Cook, un Hémon fou d’amour et de douleur, Kathryn Pogson, une Eurydice digne et fière jusque dans son désespoir et le chœur, Finbar Lynch la sagesse de Tirésias et le chœur, et Matthias Minne présente le corps (parfait quoiqu’un peu meurtri) de Polynice et il est presque le seul en plus à ne pas être chauve !.

 Nouvelle traduction : Anne Carson ; Mise en scène : Ivo Van Hove ; Décors et lumières : Jan Versweyveld, Dramaturgie : Peter Van Kraaij, Création vidéo : Tal Yarden, Composition et création son : Daniel Freitag, Costumes : An d’ Huys ; Assistant à la mise en scène : Jeff James ; 2e assistant à la mise en scène : Thierry Mousset, Assistant décor : Ramon Huijbrechts, James Turner, Assistant lumière : Richard Beaton ; Casting : Joyce Nettles, Voix : Patsy Rodenburg, Assistante Photographie : Sjoerd Knibbelaar, Traduction française : Thomas and Neel, Surtitrage : Claire Northey, Directeur technique : Simon Bourne ; Administratrice de production : Anna Paschali, Responsable costumes : Jane Dickerson, Programmateur lumière : Marcus Krömer ; Manager de la compagnie : Tim Speechley, Régisseur Général Adjoint : Emily Porter, Assistante du Régisseur Général, Alexandra Isaacs, Régie lumière : Stevie Porter, Régie son : Neil Sowerby, Régie Vidéo : Gilbert Roper, Technicienne audio/vidéo : Angela Di Tomaso, Techniciens plateau : Jamie Massey/Chris Wilby, Chef habuilleuse : Rebecca Rees, Coiffeuse et maquilleuse : Martina Luisetti.

Alice Zeniter – Sombre dimanche ou la maison qui tuait les femmes

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Alice Zeniter – Sombre dimanche – Editions Albin Michel 2013 – Le livre de poche 2015 Prix de Closerie des Lilas – Prix du Livre Inter 2013 – Prix des lecteurs de l’Express Sélection Prix des Lecteurs du livre de poche 2015 Quelle influence ont les lieux sur nos vies ? Nos maisons sont-elles assassines ? Faites pour abriter nos amours, élever nos enfants, nid douillet, refuge, peuvent-elles un jour se retourner contre nous ? Et pire encore, existe-t-il des maisons tue-femmes ? De quelle sorte est cette maison, coincée au milieu des rails, près de la gare de Nyugati, à Budapest ? Cette maison qui abrite les Màndy de génération en génération. Une maison peuplée d’hommes, où bizarrement les femmes disparaissent parce que c’est une tare familiale chez eux, perdre les femmes qu’ils ne peuvent ni garder, ni protéger. Ils y sont aidés par la dureté des temps, car il y a des époques et des lieux où il ne fait pas bon être une femme. Comme en 1945 , en Hongrie, lorsque des soldats soviétiques traînent dans les rues, ivres et désœuvrés… C’est peut-être la faute de Staline, ce monde épais et lourd, rempli de chuchotements et de secrets ? Imre assiste à l’effondrement de l’URSS, à l’arrivée des sex-shops, et à une liberté toute neuve sous les traits d’une jeune allemande de l’ouest. Mais « partout les gens manquent. Le monde ne sera jamais suffisamment plein. Sous trop de porches, des gens attendent, sûrs que la vie leur doit quelque chose, quelqu’un, et jamais ça n’arrive ». Kerstin sera-t-elle l’amour d’Imre, brisera-t-elle la malédiction familiale, de ces hommes enfermés en eux-mêmes comme des poissons dans un bocal ? Pour lesquels personne n’existe assez fort pour les atteindre, pour habiter leur monde, et devant qui les gens passent comme des trains. Des femmes qui restent au seuil d’eux-mêmes, comme au seuil de cette maison, des femmes obligées de se retirer ou de périr… Comment dire la beauté de ce roman ? Sa nostalgie, sa mélancolie, le miracle de sa construction qui s’égrène comme les vers d’un poème. Délicat et subtil, il dit notre solitude, la brutalité de l’histoire, notre profond désir d’aimer et notre impuissance. Née en 1986 en Basse-Normandie, Alice Zeniter est normalienne, doctorante en études théâtrales et chargée d’enseignement à Paris III. Elle a publié un premier roman à l’âge de 16 ans, « Deux moins un égal zéro » (Prix littéraire de la ville de Caen 2003) puis « Jusque dans nos bras » en 2010.

Beth Hart – Mama this one’s for you

Françoise Giroud – Histoire d’une femme libre

giroud

En 1960, après une tentative de suicide, et sur les conseils d’un médecin, Françoise Giroud tente de comprendre « le pourquoi d’elle-même » : les blessures, les fêlures qui l’ont conduite à ce geste. Elle décide de rédiger son autobiographie. Mal aimée par un père disparu trop tôt, et qui s’écrie le jour de sa naissance qu’il voulait un fils, jeune fille puis femme rebelle qui n’accepte pas le rôle étroit assignée aux femmes de son époque, mise à l’écart d’une famille bourgeoise dont elle est la parente pauvre, Françoise Giroud aura bien du mal à trouver une place qui soit « sa » place. « Homme » le jour, « femme » le soir, dans une extrême « tension », elle sera la compagne non-officielle de Jean-Jacques Servan-Schreiber avec lequel elle fondera l’Express. Femme des années cinquante, comme Simone de Beauvoir, elle est précurseur d’un nouveau type de relation où la femme s’accomplit professionnellement, est autonome et choisit librement son compagnon selon des affinités intellectuelles et sexuelles .

Elle trouvera dans sa relation avec lui, une dimension qu’elle n’avait certainement jamais vécue avec aucun autre, faite de camaraderie, de partage intellectuel, d’amour-passion, et d’une création commune qui lui donne une saveur inégalée.

« Un homme, pour moi, ce n’est ni un porte-feuille pour assurer mon existence, ni une étiquette dont j’ai besoin pour circuler dans la société, ni un bijou qu’il m’amuserait de porter pour que d’autres me l’envient, ni un sexe où accrocher mon reste de jeunesse pour la retenir, ni un poste à transistor destiné à combler le silence.

C’est un être humain avec lequel je veux trouver ce qu’il y a de plus rare au monde : un langage commun. Communiquer, s’entendre, être entendu et entendre l’autre. »

Mais voilà, elle qui pensait avoir trouvé une place, on lui enlève : son amant, mari de Madeleine Chapsal, veut divorcer et épouser sa jeune stagiaire afin d’avoir des enfants (Ils en auront quatre ensemble).

Tout bascule alors, et Françoise Giroud avale une dose létale de barbituriques. Secourue par son médecin, elle se rend compte que cet amour qui lui demandait tant d’énergie à gagner, on le lui offre sans compter. « […]j’ai admis que, peut-être ils m’aimaient. Pas pour eux, puisque je n’avais rien à donner que le spectacle d’une grande faiblesse, pour moi ».Et ajoute-t-elle, ce « capiton de sollicitude, j’avais envie de l’accepter, je l’acceptais[…]. »

Se reconstruire après une tentative de suicide, c’est long, très long car « du pays du non-espoir on revient toujours les mains vides. ». Françoise Giroud entamera un long voyage, en compagnie de Lacan, afin de pouvoir vivre.

Il y a dans ce livre des accents d’une absolue sincérité, et une voix, inimitable.

Ce manuscrit a été retrouvé par Alix de Saint-André dans les Archives Giroud à l’Imec.

Paroles de femmes : Eugénie de Keyser

« Le chien fut écrit presque entièrement le soir, à la lampe.
La surface de l’eau à des heures diverses (tout entier face au jardin).
Aujourd’hui je n’écris guère que le matin.
La machine? Vieille! Rien d’autre à en dire.
Il faut avouer qu’elle n’est pas le seul instrument. Il arrive que ce qu’on transporte avec soi ait une vie différente de la chose ou du personnage. La phrase aussi peut surgir d’endroit en endroit, n’importe où, dans le tram, dans une salle de cours, en promenade, pendant que l’on consulte un ouvrage de référence pour tout autre
chose, et c’est le stylo alors qui est le maître de l’«œuvre». »

Eugénie de Keyser – La surface de l’eau

La surface de l’eau – Eugénie de Keyser – Gallimard – 1966

eugénie de keyser

Marie, une femme vieillissante, est licenciée de son poste d’institutrice car elle ne parvient pas à faire régner la discipline parmi ses élèves. Elle erre dans la ville de Bruxelles à la recherche d’un emploi. Commence alors une lente dissolution du personnage, comme un visage à la surface de l’eau dont le reflet aux contours imprécis changent selon la lumière et les mouvements de l’onde.

Marie est l’anti-héroïne par excellence. Son existence se défait lentement, sans but et sans affection, dans une parfaite solitude. Le passé se fond dans le présent, et des souvenirs remontent à la surface, tous les moments douloureux, mais aussi les rencontres manquées, les promesses non tenues. La vérité du personnage est dans ses profondeurs inconscientes, ses traumatismes, une enfance malheureuse. Si l’identité est ce qui donne forme et contours, Marie devient de plus en plus anonyme, visible seulement par fragments, dans les rares reflets que le lecteur peut capter d’elle. Elle vit par une sorte de procuration, à travers la vie de ses voisins d’immeuble. Seul son petit voisin, rebelle à la discipline scolaire, tout entier dans le présent, bouillonnant de vie et de désirs, offre un contrepoint à la monotonie du personnage. Et pourtant, ce roman sombre n’est pas désespérant car il possède une grande beauté.

Eugénie de Keyser est née le 17 mai 1918 à Bruxelles et décédée à Ixelles le 4 avril 2012.Son écriture est somptueuse, les descriptions minutieuses, la langue magnifique. Elle est surtout connue pour ses travaux en esthétique et en histoire de l’art et a publié seulement trois romans. Elle a été influencée par les travaux du nouveau roman et ses tentatives de déconstruction du personnage.

La Surface de l’eau a obtenu le prix Victor Rossel en 1966.

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