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Les réécritures de Médée (2/11) : Euripide, « Médée »

euripide médée

Médée suivi des Troyennes Euripide 2002 (- 431 ?)

Vignette Les femmes et le théatreAprès le fabuleux voyage des Argonautes, Jason épouse Médée qui l’a aidé à conquérir la Toison d’or. Dix ans plus tard, à peu près, Jason répudie Médée et prend pour femme la fille du roi Créon. Profondément blessée, humiliée, Médée dresse un plan aussi machiavélique que cruel.

Euripide (480-406 av. J.-C.) est considéré comme le plus modernes des poètes tragiques grecs. Il décrit les passions humaines pour mieux en observer leurs ressorts. Il se sert des légendes sacralisées des poèmes homériques moins pour en célébrer les héros que comme matériau pour questionner le mal de notre condition.

Rappelons que la tragédie grecque est constituée d’un prologue (avant l’entrée du chœur), d’une parodos (pendant l’entrée de celui-ci), d’épisodes (dialogues entre le personnage et le coryphée), entrecoupés de stasima (intermèdes chantés) et de l’exodos qui suit le dernier chant du chœur.
Ces considérations techniques sont relativement importantes pour comprendre au fil de l’Histoire les réécritures de Médée, et surtout sa reprise par la tragédie classique. Les contemporains vont se situer également par rapport à la somme des réécritures du corpus.

Euripide est le premier à donner la parole aux petites gens. Le prologue est tenu par la nourrice qui plante les circonstances de l’action. Dans l’histoire littéraire, Euripide fut considéré comme le plus (Aristote) ou le moins (Nietzsche) tragique des poètes grecs.
« L’agonie de la tragédie c’est Euripide. Avec lui, c’est l’homme de tous les jours qui passa des gradins à la scène, et le miroir qui ne reflétait naguère que les traits de la grandeur et de l’intrépidité accusa désormais cette fidélité exaspérante qui reproduit scrupuleusement jusqu’aux ratés de la nature. »
Mais ce que reproche Nietzsche fut célébré par d’autres auteurs et tient à son étude des caractères approfondie et qui fit de Médée un chef d’œuvre, référence à la fois pour les auteurs latins et pour les classique (Sénèque, Corneille).
Euripide écrit dans un contexte troublé, agité par la guerre, et une situation économique difficile.
Mathilde Landrain (la traductrice ?), dans sa préface, en souligne les répercussions sur l’œuvre : « Il se pose d’incontournables questions ; ce qu’il cherche ce sont les raisons de la misère humaine, les débordements de l’orgueil, la vanité de toute victoire. »
Euripide n’aime pas la guerre. Elle est le mal au cœur de l’homme et de la politique.
Si la Médée d’Euripide est si forte, si elle a inspiré autant de nos contemporains, jouée, rejouée, déjouée ( ?), reprise, c’est qu’elle symbolise la femme amoureuse aux prises avec l’inconstance de l’homme.
Les féministes auront remarqué la critique réaliste de la condition de la femme mariée en Grèce : « De tous les êtres doués de vie et de pensée, c’est bien nous autres femmes qui sommes le rameau le plus misérable. Pour commencer il nous faut, par surenchère de dot, nous acheter un époux – et c’est un maître que nous recevons pour notre corps, ce qui rend plus mauvais encore ce mauvais marché. » pages 20 et 21. Plus loin, elle se plaint que « le divorce ternit la réputation d’une femme, et elle ne peut pas, elle , répudier son conjoint. » De la sexualité, elle ne connaît rien, elle se marie, « sans avoir reçu chez elle aucune leçon sur ce point. »
En conclusion, « on dit que nous menons une vie sans péril à la maison, tandis que les hommes sont voués aux combats et aux armes : quelle erreur ! J’aimerais mieux trois engagements le bouclier au bras qu’une seule maternité. »
Jason est un politique qui soumet l’amour à ses ambitions politiques.
Médée représente « le mystérieux féminin : l’instinct maternel, la passion, la fureur et la jalousie. »
Médée est une femme puissante, une magicienne, petite fille du soleil, plongée dans les affres d’un amour bafoué qui résonne en elle comme un tambour de folie.
« Complexe, tout en contraste, elle passe d’une émotion à une autre parfois si contradictoire. Il se joue un combat intérieur qui ne lui laisse aucun répit : raison et passion s’affrontent dans une rare violence. »
Elle sait, se raisonne, puis succombe à sa violence intérieure. Socrate affirmait que le mal naît de l’ignorance, Médée y oppose un furieux démenti. Les forces qui nous gouvernent sont souterraines, et le miracle de la volonté ne s’accomplit pas toujours.

Médée doit sa fascination aussi à sa dimension de femme fatale, à la fois monstrueuse, fascinante et terriblement humaine. Les réécritures sont essentiellement masculines, si l’on excepte Agota Kristof et plus récemment Sara Stridsberg.

Les réécritures de Médée (1/11) : Médée endeuillée de Sylvain Grandhay

Médée endeuillée de Sylvain Grandhay, 2011, 80 pages, éditions du Panthéon

Vignette Les femmes et le théatreSylvain Grandhay revisite le mythe intemporel de Médée, magicienne de Colchide qui aide Jason et les Argonautes à conquérir la Toison d’Or. Femme étrangère, femme barbare, Jason l’épouse par gratitude et lui donne deux fils avant de la répudier pour épouser la fille de Créon, roi de Corinthe.
Médée, femme bafouée, organisera la plus terrible des vengeances.

Dans la version de Sylvain Grandhay, dans des références constantes au monde contemporain (Jason lui annonce la rupture par texto) mêlant des aspects oniriques et des anachronismes, Médée est la « femme totale », amoureuse et passionnée, « fatale » dans tous les sens du terme, femme d’un seul homme, mais aussi femme sensuelle, éminemment charnelle et sauvage qui bascule dans le crime par excès de colère et d’amour.
Elle se révolte contre la toute-puissance de la société patriarcale :
« Les hommes ont tous les droits ici-bas. », reconnaît-elle, amère, dans un des nombreux dialogues avec sa nourrice à qui elle se confie.

L’amour de Médée est un amour charnel, sensuel, qui la gouverne entièrement et auquel tous ses actes sont soumis.
« Je suis femme avant d’être Médée. Je nous revois, lui et moi, nus, sur la toison d’or, enlacés, la première fois embrassée et embrasée. Je découvrais, par une mystérieuse abolition du temps et de l’espace, le goût de sa patrie. Je sentais le parfum des olives qui mûrissent sous le soleil, celle des lavandes céruléennes et l’odeur du goudron qui fond sous la chaleur de l’été. »

Médée devient criminelle, dans un basculement, et une logique qui est la conséquence de la nature de cet amour. Quand on lui fait remarquer qu’il y a plusieurs étapes dans le deuil, qu’il lui suffit d’attendre, elle se moque, elle n’est pas femme de nuances, ni de raison. Sa seule logique est implacable, le crime lui coûte, car elle aime ses enfants, mais ses enfants eux-mêmes n’existent qu’en raison de son amour pour Jason auquel elle a tout sacrifié. Si Jason disparaît, tout doit disparaître avec lui.

Amour absolu et charnel, d’autant plus redoutable, qu’il est éminemment pulsionnel et sexuel. L’amour est jouissance de soi et de l’autre, fièvre et tourment, extase et dénuement.

La tragédie de Médée est qu’elle aime toute seule, de cet amour-là, qui est sa valeur suprême. Jason conditionne l’amour à sa réussite personnelle, à son ambition politique, alors que Médée est toute entière dans sa passion.

Il y a de très beaux passages dans cette pièce, d’autres un peu moins réussis, notamment les moments où la nourrice raconte à nouveau la fuite de Médée avec Jason, et la trahison dont va souffrir celui-ci à son retour en Grèce. Finalement, une pièce doit être jouée et vue, et j’aimerais bien voir celle-là.

Heureux les heureux, les affres du couple vues par Yasmina Reza

Heureux les heureux

Des œuvres de littérature contemporaine qui passeront à la postérité, on ne sait rien. Peut-être certaines œuvres se distinguent-elles par leur souffle puissant, par la maîtrise de leur écriture, et on peut tout de même parier sur quelques noms. Ce qui toutefois les rendra incontournables, à mon avis, c’est leur manière de capter l’air du temps.

Dans les nombreuses thématiques qui agitent nos contemporains, il y a encore et toujours les affres de l’amour, la crise du couple et les innombrables tentatives des individus pour trouver des solutions à l’enlisement et à l’impasse sentimentale.

Les personnages littéraires se débattent comme nous dans des histoires compliquées.

On pourrait croire, par le nombre de divorces, que le vingt-et-unième siècle a sonné le glas du couple. Yasmina Reza, dans son livre « Heureux les heureux », présentent dans des scènes de la vie conjugale quelques couples aussi malheureux les uns que les autres. Ils se trompent, se mentent, se déchirent mais tiennent malgré tout à une certaine stabilité. Des relations ordinaires habitées par la plus grande violence. D’ailleurs ne passent-ils pas leur temps à faire saigner l’autre, à le déchiqueter à petits coups de dents, à petits coups de phrases assassines, une lutte à mort dans un supermarché entre un homme et sa femme à propos d’un morbier, une carte qu’un homme avale devant sa femme qui lui a fait perdre une partie de bridge. On ne sait trop pourquoi ils restent d’ailleurs, les enfants peut-être, les habitudes dont il est difficile de changer. Un rêve perdu d’éternité qui seul saurait nous sauver de la mort ? Après tout, s’il n’y a pas d’amour, ou s’il est d’avance condamné, pourquoi changer ? Quant à la fidélité, pari impossible à tenir, n’en parlons même pas. Les aventures extra-conjugales sont presque une nécessité pour échapper à l’asphyxie du couple.

« Il y a en moi une région qui aspire à la tyrannie », avoue Hélène, « Une femme veut être dominée. Une femme veut être enchaînée », assène-t-elle plus loin comme une évidence.

« Les femmes sont séduites par des hommes effroyables, parce que les hommes effroyables se présentent masqués comme au bal. », renchérit plus loin Hélène. Un masochisme féminin semble entraîner inexorablement les femmes vers leurs bourreaux. Quant aux hommes, leurs prédateurs, il se meuvent dans cet univers de faux-semblants avec une parfaite aisance.

Mais il faudrait prendre garde au titre repris de José Luis Borges, « Heureux les aimés et les aimants et ceux qui peuvent se passer de l’amour. Heureux les heureux. »,  inspiré des huit Béatitudes énoncées par le Christ dans son Sermon sur la montagne (Matthieu 5-3).

 Une œuvre littéraire n’est pas un essai, et il ne pose pas d’axiomes, ni n’essaie de convaincre, il naît avant tout d’une expérience personnelle, et d’observations aussi fragmentaires que fragmentées, de la vie réelle. Tout dépend de ce que vous avez vécu, si vous êtes heureux ou malheureux en amour. Si vous avez souffert. Il y a fort à parier que beaucoup ont souffert, mais qui sait, peut-être, quelques-uns …

Festival international de la BD d’Angoulême 2015. Y sont-elles ?

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Le goût des pépins de pomme – Katharina Hagena

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Le goût des pépins de pomme de Katharina Hagena roman traduit de l’allemand par Bernard Kreiss, éditions Anne Carrière, 2010

Der Geschmack von Apfelkernen, 2008

 A la mort de sa grand mère, Iris, sa petite fille se retrouve avec sa mère et ses tantes dans la maison de famille à Bootshaven, dans le nord de l’Allemagne, pour la lecture du testament. Sa grand-mère lui a légué la maison et elle doit décider en quelques jours si elle accepte cet héritage. Au fil des jours, en déambulant dans la maison les souvenirs affluent au gré des pièces et des trouvailles, en flânant dans le jardin ou en mettant les vieilles robes contenues dans la grande armoire. Elle reconstitue ainsi, à la faveur de ses souvenirs, l’histoire de trois générations de femmes.

C’est un magnifique roman sur la mémoire et la filiation. La narration s’articule autour des témoignages des différents acteurs du drame familial, et autour d’un lieu essentiellement : la maison de Bootshaven. Car la maison, dans la mémoire des femmes, a une importance capitale, elle est le lieu jusqu’à la moitié du vingtième siècle, où se déploie leur activité. Dans les familles bourgeoises, les femmes ne travaillent pas à l’extérieur mais s’occupent essentiellement des tâches ménagères. Il en va de même pour Bertha qui en est la seule propriétaire et à laquelle ce bien apporte une certaine indépendance puisqu’elle peut décider qui elle peut accueillir, malgré ou en dépit de la réprobation de son mari.

Ses propres transgressions ont d’ailleurs lieu à l’intérieur même de la maison quand son mari n’est pas là.

Des trois filles, une seule trouvera refuge dans la maison familiale pour son plus grand malheur. Elle la quittera pour choisir désormais des habitats ouverts et communautaires, des ashrams ou des lieux similaires ou l’héritage est plus spirituel.

La maison c’est l’origine, là où tout a commencé : les femmes accouchaient à la maison et les trois filles y sont nées . Elle est le lieu où s’opère la continuité.

Autant que celui ou s’opère toute discontinuité. La maladie et la mort instaurent la rupture. La mémoire de Bertha s’effiloche, se « comble » de trous et elle est obligée de partir.

Du drame, on ne sait rien avant les dernières pages, à peine si l’on recueille quelques indices. Chacun veut l’oublier car il réveille de vieilles blessures. « L’oubli partagé est un lien aussi fort que les souvenirs communs », dit la narratrice.

Les silences et les oublis se transmettent aussi bien que ce qui est dit ou écrit, mieux même, car l’oubli s’ancre dans les profondeurs de l’inconscient.

L’oubli est seulement un souvenir inconscient.

D’ailleurs la mémoire est sélective, car je me souviens d’autant mieux que j’oublie tout un tas de choses. Je ne peux pas me souvenir de tout. L’hypermnésie est un trouble qui gêne terriblement la vie quotidienne de ceux qui en souffre. Pour me souvenir, je dois oublier.

Et la narratrice de conclure : «  J’en déduisais que l’oubli n’est pas seulement une forme de souvenir, mais que le souvenir est aussi une forme de l’oubli. »

Quel a été le rôle du grand-père pendant la guerre ? Les seuls souvenirs qu’il laisse n’en disent rien et son journal a été brûlé.

La narratrice est enfin revenue à la maison. Elle renoue avec le passé et exorcise les vieux fantômes, panse les blessures afin de pouvoir construire à son tour. Elle déterre et exhume. Elle aère et met à jour.

Le personnage littéraire renoue avec la vieille tradition d’une femme faible et forte à la fois. A chaque fois qu’elle voit son amoureux, elle se trouve en fâcheuse posture et lui laisse ainsi jouer tranquillement son rôle de sauveur.

La boucle est ainsi bouclée.

Barbara Yelin et Peer Meter- L’empoisonneuse / Les femmes et la BD

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L’Empoisonneuse ” par Barbara Yelin et Peer Meter Éditions Actes Sud – l’AN 2

vignette Les femmes et la B.DUn immense coup de cœur pour ce roman graphique aux illustrations magnifiquement ciselées de noir, de blanc dans lequel chantent toutes les nuances de gris, au fusain ( ?), au crayon, une merveille !

Il est réalisé par une femme, genre très minoritaire dans la Bande dessinée (Thierry Groensteen , le responsable du label l’An 2 chez Actes Sud est aussi un des jurys du prix Artémisia, et milite pour la promotion de la bande dessinée féminine). La promotion des œuvres de femmes n’est pas seulement l’affaire des femmes et des hommes de valeur, de conviction et d’engagement sont à leur côtés.

La narratrice, romancière anglaise, amie de Lou Andréas Salomé(c’est une hypothèse, ladite Lou mentionne son ami Nietzsche), venue à Brême , pour réaliser un guide de voyage sur la ville se retrouve en butte à la misogynie ambiante : elle ne peut rester dans un hôtel car elle n’est pas accompagnée, subit des critiques incessantes sur sa conduite et son projet. « Une femme n’est finalement rien d’autre qu’un degré intermédiaire entre l’enfant et l’homme, donc pas vraiment une personne, tout au plus un être immature », lâche un inconnu dans la rue. Misogynie d’autant plus vive qu’elle est alimentée par l’événement qui enfièvre toute la ville : l’exécution d’une empoisonneuse, accusée d’une quinzaine de meurtres par empoisonnement dont ses parents, ses deux maris, son fiancé et ses enfants.

A la veille de l’exécution, un mari se rengorge, satisfait : « Demain , il est clair que les femmes trembleront de tous leurs membres quand elles verront tomber la tête. »

Le destin de la romancière va se trouver mêlé à l’histoire de cette meurtrière.

Ce drame historique est basé sur une histoire vraie, celle de Gesche Margarethe Gottfried (1785-1831), surnommée « L’Ange de Brême ». Presque malgré elle, elle va enquêter sur les motivations de la meurtrière.

Peer meer qui a écrit le scénario, Brêmois d’origine s’intéresse à ces crimes depuis 1988. Il en a d’abord tiré une pièce de théâtre, puis un livre-enquête (Gesche Gottfried – Ein langes Warten auf den Tod).

Au final, un album sombre et prenant, au graphisme parfaitement maîtrisé !

Hirondelle : Louise Michel

Louise_Michel

 

Hirondelle qui vient de la nue orageuse
Hirondelle fidèle, où vas-tu ? dis-le-moi.
Quelle brise t’emporte, errante voyageuse ?
Écoute, je voudrais m’en aller avec toi,

Bien loin, bien loin d’ici, vers d’immenses rivages,
Vers de grands rochers nus, des grèves, des déserts,
Dans l’inconnu muet, ou bien vers d’autres âges,
Vers les astres errants qui roulent dans les airs.

Ah ! laisse-moi pleurer, pleurer, quand de tes ailes
Tu rases l’herbe verte et qu’aux profonds concerts
Des forêts et des vents tu réponds des tourelles,
Avec ta rauque voix, mon doux oiseau des mers.

Hirondelle aux yeux noirs, hirondelle, je t’aime !
Je ne sais quel écho par toi m’est apporté
Des rivages lointains ; pour vivre, loi suprême,
Il me faut, comme à toi, l’air et la liberté.

Louise Michel

Louise Michel, née le 29 mai 1830 à Vroncourt-la-Côte (Haute-marne) et morte le 9 janvier 1905 à Marseille alias « Enjolras », est une militante anarchiste et l’une des figures majeures de la Commune de Paris. Première à arborer le drapeau noir, elle popularise celui-ci au sein du mouvement anarchiste.

Préoccupée très tôt par l’éducation, elle enseigne quelques années avant de se rendre à Paris en 1856. Là, à 26 ans, elle développe une activité littéraire, pédagogique, politique et activiste importante et se lie avec plusieurs personnalités révolutionnaires blanquistes du Paris des années 1860. En 1871, elle participe activement aux événements de la Commune de Paris, autant en première ligne qu’en soutien. Capturée en mai, elle est déportée en Nouvelle-Calédonie où elle s’éveille à la pensée anarchiste. Elle revient en France en 1880, et, très populaire, elle multiplie les manifestations et réunions en faveur des prolétaires. Elle reste surveillée par la police et est emprisonnée à plusieurs reprises, mais poursuit inlassablement un activisme politique important dans toute la France jusqu’à sa mort à l’âge de 74 ans. (source Wikipédia)

 

Paroles de femmes : Herbjørg Wassmo

Herbjørg-Wassmo

« Pourquoi l’as-tu fait ? demande-t-elle.

Assise dans son fauteuil de lecture à côté de la bibliothèque, les mains nouées entre ses  genoux, Virginia Woolf ne répond pas.

Je comprends que tu aies été déprimée par la guerre qui arrivait. Ou un chagrin d’amour ? Mais tu avais du succès. Étais respectée. Avais écrit des livres, des essais et …

Entends-tu les détonations au-dehors? s’enquiert Virginia. Les canons ? Les mitrailleuses? Entends-tu le gène masculin ? Ceux qui demandent la bénédiction de leur dieu pendant qu’ils tuent.

Non, chuchote-t-elle.

Alors, tu as de la chance. Moi, oui. Je marche sur des plages interminables en ramassant des galets. A la fin, mes poches sont pleines. Je vais alors dans les profondeurs. »

In « Ces instants-là »

Etre femmes et écrire… Ces instants-là de Herbjørg Wassmo

Ces instants-là

Ces instants-là de Herbjørg Wassmo Gaïa éditions (2014) – édition originale 2013 traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

Herbjørg Wassmo est née en 1942, dans le nord de la Norvège. Ses romans et nouvelles sont empreints de l’atmosphère de ces régions septentrionales.
Auteure de sagas flamboyantes telles que la Trilogie de tara, Le livre de Dina et Cent ans, elle a vu son œuvre récompensée de nombreux prix.

Les femmes des romans de Herbjørg Wassmo sont toujours en mouvement. Elles font de terribles efforts pour se libérer du carcan familial, pour briser les tabous imposés par la société et revendiquer leur liberté. Nées dans des contrées rudes, assez inhospitalières, leur caractère est trempé dans l’acier. Si elles peuvent douter parfois, rien ne leur fait peur. Elles sont en marche …

Ce roman a quelque chose d’universel, elle pour la femme, l’homme pour tous les hommes, aucun ne sera vraiment nommé, la fille, le fils pour tous les enfants passés, présent et à venir.
Les brumes du nord, le froid mordant, les jours sombres donnent à ce roman une certaine mélancolie et une atmosphère en demi-teintes au charme puissant.

Elle porte déjà un terrible fardeau et le poids de la culpabilité. Elle pourrait se laisser terrasser mais décide d’avancer coûte que coûte. Elle prend appui sur « ces femmes courageuses qui ont travaillé dur et véritablement risqué quelque chose. Lutté pour le droit de vote et l’égalité des salaires. Se sont érigées contre les généraux et les bastions masculins. »
Elle lit Simone de Beauvoir (On écrit à partir de ce qu’on s’est fait être), mais aussi les auteures scandinaves Edith Södergran, Karin Boye, Tove Ditlevsen, Inger Hagerup et Magli Elster. Et met ses pas dans les leurs.

   Être femme et écrire… Être en charge du foyer et de l’éducation des enfants, soumise aux attentes et aux désirs de l’homme et pourtant vouloir écrire. « Les romans requièrent des nuits longues », des nuits à écrire, car quand et comment écrire quand autant de tâches vous accaparent ?
Être femme et écrire, c’est toujours sacrifier quelque chose, c’est pourquoi les femmes entretiennent un rapport singulier à la littérature qui devient leur combat.

Être femme et écrire devient un credo, un espoir, un long chemin vers la liberté…

A Nadael, Les mots de la fin, qui a attiré mon attention sur ce livre

La théorie de la contorsion – Margaux Motin

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Qu’est-ce que la théorie de la contorsion ?

C’est la faculté de s’adapter à toutes les situations ! Ce qui requiert une grande souplesse. Mais toutefois on peut profiter de cette douceur de votre caractère pour vous ranger dans des cases, ce qui est beaucoup moins bien ! Dessiner en fin de compte permet de résister !

Finies les jeunes filles bien élevées qui serrent les dents … et les fesses ! Margaux Motin n’a pas peur d’aligner quelques gros mots, ce qui à priori n’est pas très féminin, a utiliser des images légèrement scatologiques, et à mettre les pieds dans le plat !

Elle le dit : « Dès qu’on essaie de me ranger dans des cases, je suis trop nombreuses, on fait des crises de claustrophobie… »

Son héroïne, longue et glamour, passionnée par la mode et les pompes, un brin (vous avez dit un brin ?) futile, femme-enfant parfois, boudeuse, mutine, utilisant tous les clichés du genre pour mieux les désamorcer quelques planches après, de la mère à l’amante, à la copine, Margaux Motin utilise tous les clichés, les pétrit, les remodèle, les régurgite à sa façon, dans un jeu et un art très personnel.

 

De beaux dessins très dynamiques, drôles, au trait noir agrémenté de couleurs tendres ou vives, c’est selon ! Elle agace, elle exaspère, elle réjouit !

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Son blog : Le blog de Margaux Motin

Prix Artemisia 2015

Barbara Yelin Irmina

L’album Irmina, de Barbara Yelin, remporte l’édition 2015 du Prix Artémisia de la bande dessinée féminine. Le scénario est de Alexander Korb .

« Née à Munich en 1977, Barbara Yelina a étudié l’illustration et la bande dessinée à Hambourg et vit désormais à Berlin.Ses deux premiers livres ont été publiés à l’An 2 : Le Visiteur en 2004 et Le Retard en 2006. Elle a participé en 2008 à deux albums collectifs : Les Bonnes Manières (Actes Sud – l’An 2) et Pommes d’amour (Delcourt). Elle fait partie du collectif de dessinatrices qui publie la revue Spring. Elle est ici pour la première fois associée à un scénariste. »

J’avais beaucoup aimé barbara yelin l'emposonneuse. Elle possède un magnifique coup de crayon, une esthétique très particulière, un graphisme délicat et profond.

« Inspiré d’une histoire vraie, le parcours d’une femme allemande des années 1930 à 1980. Un drame poignant sur le conflit entre l’intégrité personnelle et les compromis auxquels peut conduire l’ambition. À travers des images suggestives et pleines d’atmosphère, l’évocation d’une carrière pleine de fractures, exemplaire de la complicité que beaucoup ont nouée avec le régime hitlérien, en détournant les yeux et parce qu’ils y trouvaient avantage. »Actes Sud

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Je ne sais quelles gens : Wislawa Szymborska

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Wislawa Szymborska est née le 2 juillet 1923 en Pologne, près de Poznan. De 1945 à 1948, elle a écrit dans différents journaux et revues. De 1953 à 1981, elle a rédigé des critiques de livres touchant à tous les domaines, de la cuisine à la littérature tout en continuant à écrire sa propre poésie. 

Elle a reçu le Prix Nobel de littérature en 1996. Elle est morte le 1er février 2012 à Cracovie en Pologne.

Je ne sais quelles gens (1997)

Voilà les petites filles,
maigres, et sans certitude
que leurs taches de rousseur disparaîtront un jour,

n’attirant l’attention de personne,
elles marchent sur les paupières du monde […]

  • Je ne sais quelles gens, Wisława Szymborska (trad. Piotr Kaminski), éd. Fayard, coll. Poésie, 1997, Moment à Troie, p. 32

Ils n’étaient pas pareils, jadis,
l’eau et le feu, différends vifs,
dépouillements et folles dépenses,
ivres désirs, charges de chimères.
Enlacés, ils s’appropriaient et s’expropriaient,
si longtemps
qu’un jour entre leurs bras l’air seul a subsisté,
transparent, comme après le départ des éclairs.
[…]

  • Je ne sais quelles gens, Wisława Szymborska (trad. Piotr Kaminski), éd. Fayard, coll. Poésie, 1997, Noces d’or, p. 37

( Source : Wikiquote, citations libres)

En français
Dans le fleuve d’Héraclite. Trad. par Ch. Jezewski et I. Macor-Filarska. Éd. bilingue. – Beuvry : Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais 1995*
De la mort sans exagérer. Trad. du polonais par Piotr Kaminski. – Paris : Fayard, 1996*
Je ne sais quelles gens ; précédé du Discours prononcé devant l’Académie Nobel. Trad. du polonais par Piotr Kaminski. – Paris : Fayard, 1997*

Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles de Bernard Maris

Je l’aimais beaucoup. Je l’écoutais souvent à la radio et je menais, en pensée, une conversation ininterrompue avec lui. Je l’avais rencontré au salon du Livre, et cet homme chaleureux, à l’intelligence claire, à l’argumentation implacable, à la culture vaste, profondément humaniste, était un interlocuteur passionnant et passionné.

Nos conversations silencieuses vont continuer, bon gré, mal gré.

Bernard maris Lettre aux gourous de l'économie qui nous ...« A quoi servent les économistes ? s’interroge Bernard Maris, le co-auteur de Ah ! Dieu ! Que la guerre économique est jolie !
Si l’économie est une science qui prédit l’avenir, le plus grand économiste s’appelle Madame Soleil. Rappel de leurs propos à l’appui, nos Minc, Attali, Barre et Sorman font pâle figure. L’oracle George Soros, vénéré pour avoir spéculé sur la livre et fait fortune, a perdu le double en jouant sur le rouble. Car tous ces experts qui viennent nous conter l’avenir et les bontés du marché ne cessent de se leurrer et de nous tromper en toute impunité, profitant de ce que la théorie économique est à l’agonie. Les nouveaux gourous Merton et Sholes, prix Nobel d’économie 1997, ont été ridiculisés par le naufrage de leur fonds spéculatif et ces adeptes du libéralisme sans entraves ont dû en appeler à l’argent des contribuables pour éviter un krach boursier. Quant au patron du Fonds monétaire international, le Français Michel Camdessus, il n’a vu venir ni les crises asiatiques, ni celles du Mexique et du Brésil.
Les Balladur, Tietmayer, Trichet, Dominique Strauss-Kahn et autres marchands de salades économiques ont surtout une fonction d’exorcistes. Dans un monde sans religion, ils sont devenus les conteurs intarissables des sociétés irrationnelles, chargés de parler sans cesse afin d’éviter que le ciel ne nous tombe sur la tête. » Présentation de l’éditeur.

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Adieu

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Charb, Cabu, George Wolinski ,Tignous, Honoré, Bernard Maris, Soren Seelow, Honoré , Moustapha, Michel Renaud, Franck, Ahmed.

Niki de saint Phalle de Dominique Osuch et Sandrine Martin

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Niki de saint Phalle, Le jardin des secrets (Casterman, 15 octobre 2014) est une magnifique BD qui retrace la vie et l’œuvre de Niki de Saint Phalle.
Le trait est à la fois puissant et délicat, le scénario bien ficelé et la colorisation fait surgir des pastels tendres ou des personnages colorés suivant les besoins du scénario, sur une base graphique en noir et blanc particulièrement bien maîtrisée.

Cette biographie dessinée retrace la vie de l’artiste à travers des moments clefs de son existence, de son enfance, élevée par ses grands-parents, en passant par le traumatisme violent qui marqua son enfance et sa vie à tout jamais et dont elle ne put jamais se libérer, jusqu’à sa mort en 2002. Une voix intérieure, comme un journal secret, jalonne le récit et lui donne un fil conducteur. Tout fait sens. Il s’agit de montrer comment l’Art sauva Catherine Marie-Agnès de Saint-Phalle de la folie et de la violence.

Le récit est rythmé par les 22 cartes du tarot (le nombre des arcanes majeurs) qui chacune annonce un tournant dans l’existence de Niki. En effet, l’artiste concevra en Toscane un grand parc de sculptures intitulé Le Jardin des tarots.
De ses premiers pas d’artiste autodidacte à sa rencontre et son mariage avec Jean Tinguely (qui avait une autre compagne et un enfant de celle-ci), de ses célèbres nanas qui sont un véritable manifeste pour la liberté des femmes, à ses jardins de sculptures monumentales, en n’oubliant pas tous ses travaux communs avec Jean Tinguely, dont la Fontaine Stravinsky sur le plateau de Beaubourg et le cyclop de Milly-la-Forêt, l’œuvre de l’artiste fut foisonnante et puissante.

Elle souffrit de problèmes respiratoires de plus en plus aigus qui la firent souffrir une grande partie de sa vie jusqu’à sa mort en 2002 mais elle connut de son vivant la consécration grâce à des expositions à Munich, Genève et aux Etats-Unis, sans oublier Paris, qui firent connaître son œuvre dans le monde entier.

Dominique Ouch a suivi une formation en illustration aux Arts décoratifs de Strasbourg, et s’est consacrée aussi à la peinture. Elle rélise de nombreux poches pour la jeunesse aux éditions Milan, un album chez hatier, écrit et illustre un recueil de comptines aux éditions du Basberg, et participe pendant une dizaine d’années à la revue dessins et peintures.
Sandrine Martin, elle aussi, a étudié l’illustration aux art décoratifs, mais à Paris et travaille pour la presse et l’édition depuis 2004. Elle a réalisé la bande dessinée « L’œil lumineux et le souterrain », et dessine sculptures de couettes et tas de matière visqueuse pour La montagne de sucre (L’Apocalypse).

Paroles de femmes : Niki de Saint Phalle

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« J’ai abandonné mes enfants ! Je suis devenue le monstre qui me poursuivait depuis si longtemps ! Il faut à présent, et jusqu’à ma mort, que je prouve au monde entier que cela en valait la peine. Il faut que je crée une œuvre, puissante et immortelle…. cité in « Niki de saint Phalle, Le jardin des secrets de Dominique Osuch et Sandrine Martin

 

ST. PHALLE, NIKI 1964        © ERLING MANDELMANN
Portrait de Niki de Saint Phalle en 1964 par Erling Mandelmann

 

Exposition Niki de Saint Phalle du 17 Septembre 2014 au 02 Février 2015 dans les Galeries nationales du Grand Palais, entrée Champs Elysées.