Archives pour la catégorie ♥♥ J’ai bien aimé

Le manoir de Tyneford – Natasha Solomons

manoir de tyneford

Natasha Solomons Le manoir de Tyneford – Le livre de poche n°33310– Calmann-Lévy 2012

Vignette Les raconteuses d'histoireNatasha Solomons puise encore une fois dans l’histoire familiale pour raconter cette histoire. Le motif est le même que celui de « Jack Rosemblum rêve en anglais ». Le nazisme se répand dans l’Europe des années 30, et la persécution des juifs a commencé. 1938. L’Anschluss. Hitler annexe l’Autriche et ceux qui le peuvent fuient à l’étranger, la guerre n’est pas encore déclarée en 1938 malgré les provocations d’Hitler. Mais pour les candidats, c’est un véritable parcours du combattant, pots de vin, attente interminable, vexations de toutes sortes sont le lot de ceux qui sont à la merci de ce pouvoir corrompu qui ne dit pas encore tout à fait son nom.

La famille d’Elise Landau parvient à faire engager leur fille Elise Landau comme domestique en Angleterre, seul moyen d’obtenir l’autorisation de sortir d’Autriche.

Cette jeune fille oisive et vivant dans une certaine aisance se voit contrainte désormais de servir à table, de se lever à l’aube, et de dormir dans une chambre non chauffée à Tyneford, une grande propriété du Dorset.

Elle vit toute la douleur du déclassement, de l’exil , du racisme (l’antisémitisme sévit partout) et l’inquiétude sur le sort de ses parents qui sont restés en Autriche et attendent un visa pour l’Amérique qui visiblement ne vient pas.

De belles images rythment le récit, la beauté sauvage des paysages, le chant de la mer, et le charme autant que la rudesse des hommes pour cette jeune fille qui sans le savoir attend l’amour…

 Un roman qui se lit très agréablement, très distrayant et très bien écrit. Une bonne histoire.. J’ai préféré toutefois « Jack Rosemblum rêve en anglais, beaucoup plus profond.

 

L’excellence de nos aînés Ivy Compton-Burnett (1884-1969)

compton burnett

Deux familles, les Done et les Calderon, se rapprochent à l’occasion de la maladie d’un de ses membres, la tante Sukey. Sollicitude ou vil calcul ? La vieille tante à héritage devient l’objet de toutes les attentions. L’argent et la convoitise attisent les tensions et les masques bientôt tombent. Personnages amoraux, plutôt qu’immoraux, rien ne les retient, et ils semblent incapables de la moindre empathie. La compassion suppose que l’on puisse « pâtir avec », partager la souffrance. Tous les moyens sont bons pour parvenir à leur fin. Sournois et retors, ils arborent tous l’hypocrisie de façade dans la bonne société anglaise. Il s’agit juste de sauver les apparences quitte à sacrifier le plus fragile d’entre eux. L’auteure excelle à disséquer les faux-semblants avec une implacable cruauté.

La narration se construit et progresse à travers les dialogues essentiellement, qui est le style très personnel de cet auteur.

Nathalie Sarraute avait su voir la modernité stylistique et tout ce qu’on pouvait en tirer.

Ce n’est pas inintéressant bien sûr, et ce roman est pétri de malice et d’ironie. Mais l’impression d’ensemble est le sentiment d’un incroyable et incessant bavardage. Il m’est arrivé pendant la lecture d’avoir vraiment envie de les faire taire, de leur clouer le bec en quelque sorte.

Ecoutons-les :

« Oh, il arrive à chacun d’entre nous de se regarder, fit Anna. Je n’aurais pas cru que tante Jessica fasse exception à la règle.- Ce n’est pas tant qu’elle se regarde, c’est plutôt qu’elle regarde en elle-même, dit Thomas. Le visage de sa femme s’assombrit.

– Alors c’est de l’introspection, décréta Anna.

– Ne vous y livrez jamais ma chère, dit Jessica. C’est égoïste, inutile, et on en prend vite l’habitude . D’ailleurs qu’y a-t-il d’important en soi ?

– Rien qui gagnerait à être exposé aux yeux de tous, répondit Esmond.

– On ne connaît bien que soi-même, dit son père. Alors nous te croyons sur parole.

– En ce cas, à quoi bon penser à qui que ce soit ? dit Anna. Si personne n’a d’importance, pourquoi ne pas oublier toute l’humanité ? C’est en nous que toutes nos pensées, nos émotions se produisent. »

Mari et femme – Zeruya Shalev

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Zeruya Shalev Mari et femme –traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz

Gallimard 2OO2 pour la traduction française folio n° 4O34

Zeruya Shalev est née en 1959 dans un kibboutz en Galilée. Elle a fait des études bibliques. Mariée, mère de deux enfants, elle vit et travaille à Jérusalem en tant qu’éditrice.

Aama et son mari Oudi sont un couple comme tant d’autres, ni heureux, ni malheureux jusqu’au jour où les frustrations accumulées atteignent un trop plein et précipitent la chute du couple. Qui a raison, qui a tort dans un couple où chacun est à tour de rôle victime et bourreau ? Nul ne peut le dire. La narratrice raconte la genèse de ce couple, son acmé et sa lente décomposition. Son analyse des sentiments de culpabilité, de la part que chacun met dans la relation, de l’image de soi que l’on demande à l’autre de valider en permanence sonne assez juste. La question n’est pas de savoir si on aime, mais comment on aime, et si l’autre aime cet amour. L’auteur fait dire à un de ses personnages que souvent on se plaint pour se dispenser d’agir, afin que l’autre dirige notre vie à notre place et nous décharge du lourd fardeau de notre liberté. Dis-moi qui je suis et ce que je dois faire et je t’aimerai en retour. Les prises de conscience de la narratrice sont salutaires car elle l’aide à faire le point sur sa propre vie. Elle se rend compte qu’elle a davantage agi selon les désirs (supposés) de son compagnon que selon les siens propres et que cela provoque en elle du ressentiment et des regrets. Ce qu’elle a fait, elle l’a fait pour lui plaire et le garder et non pour réaliser ses aspirations et ses désirs. Elle se rend compte que c’est plutôt l’inverse qu’il faudrait faire : se réaliser et être aimé pour ce que l’on est et non pour ce que l’autre aimerait voir de soi. Ou ce que l’on croit qu’il aimerait, car il s’agit parfois seulement de nos propres fantasmes.

Ce livre n’a pas été un coup de cœur mais j’en ai apprécié la lecture. Il livre d’autre part un aperçu de la société israélienne et des relations entre les hommes et les femmes, des difficultés du couple, qui sont assez universelles dans un milieu qui n’est pas forcément très religieux même si des passages de la bible y sont cités parfois. La question de savoir si le mariage est une institution propre à consolider les liens ou à perpétuer l’amour est une question depuis longtemps débattue. La plupart des auteurs ont répondu par la négative. Le désir est désir de changement et de mouvement ; il n’y a en lui aucune parcelle d’éternité. Les seules associations durables sont celles qui reposent essentiellement sur autre chose que l’amour qui lui-même est une invention assez récente

Un secret de rue – Fariba Vafi

Fariba Wafi

Fariba Vafi est née en 1962 à Tabriz, dans le nord de l’Iran, et a publié quatre romans, dont le premier paru en 2002 a gagné plusieurs prix littéraires. Un secret de rue est sa première œuvre traduite en français

Un secret de rue; roman; Fariba Vafi; traduit du persan (Iran) par Christophe Balay

Homeyra , la narratrice revient dans le quartier de son enfance pour veiller sur son père, à l’agonie. Elle revient dans la maison familiale, retrouve quelques photos et les souvenirs affluent. Elle se souvient de sa mère, prisonnière de la jalousie de son mari, de son oncle bienveillant, des voisins, et surtout de sa petite amie Azar,

libre et joyeuse, dont elle a partagé les jeux dans cette rue d’un quartier pauvre.

Un terrible drame va mettre fin à cette amitié et hanter les nuits de Homeyra qui a fui sa famille et son père pour pouvoir oublier.

Un secret de rue est un roman poignant sur le sort des femmes en Iran. Je l’ai lu peu après avoir vu le film « Une séparation » et des correspondances se sont établies entre les deux œuvres. L’enfermement des femmes qui s’aventurent peu dans la sphère publique, la jalousie et la possessivité des hommes pour lesquels elles sont souvent des objets, la haine des femmes qui peut aller jusqu’au meurtre, la violence feutrée, les coups parfois sont des thèmes centraux de ces œuvres. L’impossibilité d’aimer aussi, de dialoguer , de se comprendre qui enferment chacun dans une stricte séparation des sexes. Mais les relations des hommes et des femmes ne se réduisent pas à cela, existent aussi des hommes bienveillants et aimants qui essaient de trouver une autre voie à l’intérieur de ce qui est permis et défendu, le dialogue avec un oncle ou un voisin, la plupart du temps furtifs, presque à la dérobée, dans une société iranienne qui voudrait autre chose. Fariba Vafi nous offre le tableau d’une société écartelée entre modernité et tradition, où la rigidité des codes empêche une réelle évolution.

Les lunes de Mir Ali Fatima Bhutto, auteure pakistanaise

les lunes de mir ali

Les lunes de Mir Ali, de Fatima Bhutto, traduit de l’anglais (Pakistan) par Sophie Bastide-Foltz, 305 pages, paru le 20 février 2014 à Les escales éditions

Par pur hasard, ce roman est le premier lu des huit sélectionnés par le prix. Son auteure, écrivaine et journaliste, est née à Kaboul en 1982 et nièce de Benazir Bhutto, ancienne Premier ministre du Pakistan assassinée dans un attentat en 2007. S’il s’agit ici de son premier roman, elle n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle a publié un premier recueil de poèmes à l’âge de quinze ans, et un essai, publié chez Buchet Chastel en 2011, Le chant du sabre et du sang qui raconte la mort de son père et l’histoire de sa famille au Pakistan.

Dans ce roman, s’entrecroisent les destins de trois frères tout au long du premier jour de fête de l’Aïd à Mir Ali, petite ville rebelle du Pakistan à la frontière de l’Afghanistan. Tout juste rentré des États-Unis, l’aîné a trahi une femme et revient sur les lieux de son crime afin de faire taire sa conscience tourmentée, il prend un taxi qui doit le conduire à la mosquée, le second, médecin, part travailler à l’hôpital, qui fut dans sa vie le lieu d’une terrible tragédie et enfin le benjamin rejoint son groupe de rebelles et une mystérieuse jeune femme qui en a pris le commandement.

Trois femmes apparaissent en contrepoint, Samarra, fille rebelle, qui a entrepris d’étudier seule chez elle, alors qu’on estime qu’elle sait tout ce qu’une femme doit savoir à l’âge de se marier et d’avoir des enfants, Zainab, la mère, présente à la manière d’une ombre, silencieuse et discrète, et Mina, l’épouse d’un des frères, qui est devenue folle après l’attentat qui a tué son jeune fils.

Dans ce roman, les femmes sont toujours trahies, blessées et victimes de la violence des hommes : viol, attentat terroristes qui tuent leurs fils, leurs amants, et leurs frères, en butte aux violences de toutes sortes ( Le vitriol, chef ? le vitriol, explique Sikandzar, parce qu’il est si souvent utilisé pour défigurer les femmes). Des femmes pourtant courageuses qui n’hésitent pas à braver le danger, et dont la témérité et la ténacité sont parfois bien supérieures à celles des hommes. Elles ont parfois si peu à perdre qu’elles n’ont plus peur de rien.

A travers le portrait de jeunes pakistanais dont les destins personnels ne peuvent être dissociés des enjeux politiques de leur pays, l’auteure dépeint la société pakistanaise actuelle déchirée par le terrorisme, et les réponses sanglantes d’une dictature largement soutenue par les États-Unis qui a fait de ce pays un avant-poste pour lutter contre le terrorisme islamiste.

La construction efficace de ce livre, une langue précise, sans superflu, font de ce livre un bon roman qui se lit avec plaisir. Pas un coup de cœur cependant pour moi.

La Femme auteur – Madame de Genlis

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Stéphanie-Félicité Du Crest, comtesse de Genlis (1746-1830)  fut très admirée en son temps et se présente comme la figure emblématique de la grande aristocratie de l’Ancien Régime. Disciple de Rousseau, elle réfléchit sur l’éducation et exposa ses théories pédagogiques dans son roman « Adèle et Théodore ». Mais cette communauté de pensées n’alla pas plus loin car elle se fâcha définitivement avec « les philosophes » quand ceux-ci lui demandèrent de quitter le parti des dévots (dixit Martine Reid). Elle émigra puis revint après la Révolution, défendant le christianisme contre la pensée des philosophes. Sa pensée est ce curieux mélange de conservatisme et d’érudition qui lui permet de penser avec les outils que donne une immense culture mais l’empêche d’aller trop loin et d’adopter des idées nouvelles.

La Femme auteur en est le parfait exemple : elle y analyse finement la société de son époque, et les codes du sentiment amoureux, tout en dénonçant les multiples contraintes auxquelles les femmes sont soumises, prisonnières de l’opinion et des conventions sociales.

Elle y brosse également le portrait d’une relation féminine ou l’amitié l’emporte sur la rivalité amoureuse. Voilà pour le côté moderne si l’on peut dire de Mme de Genlis. Mais son conservatisme la pousse du côté d’une vision assez pessimiste du métier d’auteure. En effet, son héroïne se retrouve puni d’avoir choisi la carrière d’auteure et on a l’impression que son roman pourrait servir essentiellement à dissuader les femmes d’écrire. Il faut dire que Mme de Genlis a elle-même essuyé de vives critiques et  des attaques virulentes lorsqu’elle a commencé à publier ses ouvrages. Aussi son personnage , Nathalie, est en fait son double en écriture.

Dorothée l’autre personnage féminin, sait, elle, se tenir à sa place : elle préfère le bonheur des vertus domestiques à la vie malheureuse des femmes auteurs, qui sont accusées de négliger leur rôle d’épouse et d’abandonner leur rôle de mère. Elles deviennent dès lors des femmes « publiques » et sont déshonorées.

Toutefois, on peut penser également qu’elle tient simplement à montrer le sort que réserve la société aux femmes qui ont quelques velléités d’écrire.

Martine Reid raconte comment ses positions ont évolué à la fin de sa vie et comment elle défendit les femmes contre l’inégalité de traitement qui leur était réservée , imaginant qu’un jour peut-être les femmes pourraient écrire librement, et pourquoi pas être critique littéraire.

Elle rendit également hommage aux femmes écrivains qui furent ses contemporaines. Elle plaida aussi pour l’éducation des jeunes filles, qui à l’époque était d’une pauvreté affligeante et ne leur permettait guère de rivaliser avec les hommes dans le domaine de la culture et l’esprit.

« Si vous devenez auteur, vous perdrez la bienveillance des femmes, l’appui des hommes, vous sortiriez de votre classe sans être admise dans la leur. Ils n’adopteront jamais une femme auteur à mérite égal, ils en seront plus jaloux que d’un homme. Ils ne nous permettront jamais de les égaler, ni dans les sciences, ni dans la littérature ; car, avec l’éducation que nous recevons, ce serait les surpasser. »

L’histoire : Nathalie est une jeune femme passionnée qui aime l’étude et l’écriture. Mariée très jeune, elle perd son mari à l’âge de 22 ans. Son statut change alors et elle se trouve courtisée plus ouvertement. Germeuil, amoureux de la Comtesse de Nangis depuis cinq ans, va peu à peu se détourner d’elle, captivé par la belle Nathalie. Celle-ci parviendra-t-elle à faire taire cet urgent besoin d’écrire afin de préserver son amour ?

La brave Anna – Gertrude Stein – Un coeur simple ?

La brave Anna

Gertrude Stein – La brave Anna – Traduit de l’américain par Raymond Schwab, nouvelle extraite du recueil « trois vies » (Gallimard, L’imaginaire N°87) repris dans la collection folio 2€

      Anna Federner, vieille gouvernante allemande, dont la vie nous est contée ici, est un cœur simple. Elle est généreuse, travailleuse et fidèle. Mais ces qualités ne suffisent pas à lui apporter le bonheur. Elle passe toujours à côté de quelque chose. Elle dirige de son mieux le ménage de ses employeurs successifs, attentive à leur bien-être, soucieuse d’économie.

 » Anna aimait à travailler pour les hommes, parce qu’ils peuvent manger tant et avec tant de plaisir. Et quand ils étaient réchauffés et rassasiés, ils étaient satisfaits, et la laissaient faire tout ce qui lui plaisait. Non que la conscience d’Anna s’endormît jamais, car qu’on s’en mêlât ou non elle ne s’efforçait pas moins de continuer à épargner chaque centime et à travailler à toute heure du jour. »

Elle a quelques amitiés qui suffisent à remplir sa vie. Gertrude Stein décrit parfaitement la banalité d’une vie vouée aux taches quotidiennes, dénuée d’ambition, dont les jours ternes s’écoulent sans événements notables.

On éprouve de la mélancolie à la lecture de ce texte. Il est tellement facile de passer à côté de sa vie, de s’oublier, de faire siennes les contraintes d’une vie étriquée et sans joie.

Un texte court qui se lit sans peine, et dont la maîtrise a assuré la renommée de son auteure avec les deux autres nouvelles qui composent le recueil « Trois vies ».

Billie – On ne badine pas avec Anna Gavalda !

Anna Gavalda – Billie – Le dilettante 2013

« Billie, ma Billie, cette princesse à l’enfance fracassée qui se fraye un chemin dans la vie avec un fusil de chasse dans une main et On ne badine pas avec l’amour dans l’autre est la plus jolie chose qui me soit arrivée depuis que j’écris. »

Billie, la narratrice, doit son prénom à la chanson éponyme de Mickael  Jackson,  l’histoire d’une groupie du chanteur, qui prétend que son fils est aussi le sien.  Premier leg d’une série dont elle se serait bien passé, par une famille violente et déstructurée, Billie se bat comme elle peut pour acquérir une identité et se forger un destin. Elle prend la parole, parfois outrancière et tonitruante, parfois tendre et bouleversante, pour raconter sa vie et son amitié avec  Frank, jeune homosexuel  aussi seul et perdu qu’elle. Peut-on être libre ou n’est-on que le résultat d’une série de déterminismes auxquels on ne peut échapper ? Tel est le fil rouge de ce court roman porté par la voix de Billie.

C’est à mon avis encore une fois le tour de force d’Anna Gavalda : le style a une importance capitale, il est l’épiderme du personnage et sa respiration. D’où l’impression troublante d’avoir Billie à côté de soi, et d’éprouver ses émotions dans une totale empathie. Elle est parfois insupportable, souvent grossière, mais jamais vulgaire… Pour autant, elle peut  être envahissante et même étouffante.  Il  arrive  qu’on lâche le livre pour ne plus l’entendre, pour échapper à cette gouaille dont le rythme et la surabondance d’aigus vrillent légèrement les tympans virtuels du lecteur.

On peut vouloir échapper à Billie, on peut refuser de l’entendre…

L’univers d’Anna Gavalda est d’une grande cohérence car elle bâtit une œuvre. Une œuvre singulière habitée par son regard sur la vie et les gens et par une extraordinaire sensibilité. Elle redonne ses lettres de noblesse à la littérature populaire, celle de Hugo ou de Zola qui, il faut bien le dire, firent pleurer dans les chaumières…  Elle redonne un certain lustre et une certaine profondeur au mélodrame, bien que Billie n’en raffole pas, elle avertit d’ailleurs, elle n’a été ni violée ni battue à mort, la violence fut bien plus profonde, souterraine et quotidienne.

Billie m’a touchée parce que je la connais peut-être. Billie n’en rajoute pas, elle raconte juste comment elle s’en est sortie… Une pièce de théâtre, un rôle, un professeur, une amitié, autant de jalons qui peuvent marquer une route, autant de tuteurs qui peuvent rendre possible une résilience. Et des mots surtout qui vous marquent à jamais et  vous indiquent un possible chemin.

Des mots comme ceux-là peut-être :

« Adieu Camille. Retourne à ton couvent. Et lorsqu’on te fera encore de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, vaniteuses, menteuses, curieuses et dépravées ; et le monde entier n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a dans ce monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux… On est souvent trompé en amour souvent blessé et souvent malheureux, mais on aime. Et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. » On ne badine pas avec l’amour, Musset

Anna Gavalda nous donne à entendre à nouveau ce texte sublime à travers la voix de Billie. Elle est une auteure d’une grande sincérité qui essaie de nous faire entendre les voix d’hier dans celles d’aujourd’hui pour mieux appréhender peut-être ce qu’il y a d’humanité en nous.

La Transcendante de Patricia Reznikov

la transcendante

Patricia Reznikov – La transcendante – Albin Michel 2013

Pauline réchappe de peu à un incendie. Sur sa peau, les stigmates de l’accident, des brûlures profondes, marquent sa peau. Au milieu des cendres et des livres carbonisés de sa bibliothèque, un livre, un seul, a été épargné par les flammes, il s’agit de « La lettre écarlate » de Nathaniel Hawthorne.

Est-ce un signe ? Et si oui, comment le déchiffrer ? A travers la vie de l’héroïne, Hester Prynne, qui dut porter une lettre écarlate cousue sur sa poitrine afin d’expier son adultère, ou à travers la vie d’Hawthorne et des Transcendantalistes qui marquèrent la vie intellectuelle de l’époque ?

Quelle étrange parenté les unit ? Quel parcours initiatique doit-on accomplir pour véritablement être soi-même ?

« Si je ne suis pas moi-même, qui le sera ? » demande Thoreau, l’auteur de « La désobéissance civile ». Et qui sera là pour me voir ? ajouterais-je . Qui me verra ?

Ce texte m’a rappelé un autre, de Pascal, sur le moi,

Qu’est-ce que le moi ?

Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants ; si je passe par là, puis-je dire qu’il s’est mis là pour me voir ?

Non ; car il ne pense pas à moi en particulier ; mais celui qui aime quelqu’un à cause de sa beauté, l’aime-t-il ? Non : car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu’il ne l’aimera plus.

Et si on m’aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m’aime-t-on? moi ? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où est donc ce moi, s’il n’est ni dans le corps, ni dans l’âme ? et comment aimer le corps ou l’âme, sinon pour ces qualités, qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu’elles sont périssables ? car aimerait-on la substance de l’âme d’une personne, abstraitement, et quelques qualités qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste. On n’aime donc jamais personne, mais seulement des qualités.

Qu’on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices, car on n’aime personne que pour des qualités empruntées.

Blaise Pascal Pensées(688 ) – Édition Lafuma, 323 Édition Brunschvicg

English: Hester Prynne & Pearl before the stocks
English: Hester Prynne & Pearl before the stocks (Photo credit: Wikipedia)

Qui suis-je, demande Pauline, après l’incendie qui a ravagé sa vie. M’aimera-t-on encore avec cette marque infamante sur le corps ? Qui traversera ce miroir des apparences pour me voir moi ?

Le roman de Patricia Reznikov est véritablement attachant, il pose une multitude de questions, esquisse un semblant de réponse. Il y a un œil pour voir, un œil nietzschéen peut-être (s’il existe). J’ai adhéré à ce texte dans un commun partage de valeurs, et l’authenticité d’une réflexion. Il y a un cyclope dans cette histoire, avec, bien sûr, un seul œil, et un corbeau qui pour une fois n’annonce ni drame, ni tragédie.

« Je compris alors que la vie était courte. Tragique. Précieuse. » écrit-elle.

Moi aussi.

Maine, J. Courtney Sullivan – Famille, je te hais !

Maine

Maine, J.Courtney Sullivan, Maine,(2011)  Editions rue Fromentin (2013), traduit de l’anglais (américain) par Camille Lavacourt

 Famille, je t’aime, et je te hais ! Tel pourrait être le cri des héroïnes de ce roman, trois générations de femmes qui se débattent dans des liens qui les unissent presque malgré elles, constituent leur identité tout en étant cause de leurs souffrances les plus intimes et les plus profondes.

Alice Kelleher, la patriarche de ce roman, est une belle femme encore malgré le poids des années, plutôt acariâtre, et au caractère intraitable, conservatrice, sa foi seule la soutient. Elle n’avait aucune envie de devenir une mère, ni une femme au foyer et les enfants ne l’intéressaient pas. Un accident et un profond sentiment de culpabilité qui s’en est ensuivi en a décidé autrement.

Kathleen, sa fille, a choisi de vivre loin de cette mère avec laquelle elle a des relations plutôt difficiles. Fille mal-aimée, mais mère aimante, elle doit se reconstruire loin d’Alice dont les remarques blessantes et les critiques assassines la font encore terriblement souffrir. Elle est à l’opposé d’Alice, plutôt baba-cool et écolo. Elle est le personnage qui m’a le plus touchée.

Maggie, la petite-fille, est au tournant de sa vie et va se réfugier quelque temps chez sa grand-mère qu’elle parvient à apprivoiser. Elle l’aime bien malgré ses défauts. Elle comprend intuitivement que sa grand-mère souffre d’une blessure ancienne et qu’elle n’est pas si méchante qu’elle le paraît.

Ann Marie, la belle-fille, a sacrifié ses ambitions pour élever ses enfants. Mais il n’est pas sûr qu’elle ait eu d’autre rêve que d’être l’épouse d’un homme respectable et financièrement à l’abri du besoin. On sent dans ce personnage toutes les frustrations accumulées et le conservatisme étouffant par lequel elle se protège des aléas de l’existence. Elle supporte tant bien que mal sa belle-mère et se dévoue pour le reste de la famille. Jusqu’au jour où elle décide de se rebeller…

C’est, rassemblées une dernière fois dans la maison familiale de vacances située dans le Maine, dans une sorte de huit-clos étouffant, que les quatre femmes fois vont vivre l’été qui va bouleverser leur existence.

J’ai eu envie de lire ce livre grâce à :

Clara

  à  Philisine Cave

J. Courtney Sullivan analyse les liens familiaux avec beaucoup de subtilité et les rapports mère-fille avec une plume plutôt acérée dans un récit pétri d’intelligence. J’avais déjà été conquise avec « Les débutantes », et ce second roman confirme le talent de cette auteure même si je suis moins emballée par ce récit dont la lenteur m’a parfois fait un peu décrocher.

Sylvie Germain – Petites scènes capitales

 

Syvie Germain Petites scènes capitales

Sylvie Germain – Petites scènes capitales, roman

Albin Michel, 2013

 Ce qui m’a d’abord intriguée dans ce livre, c’est son titre : Petites scènes capitales. Il y aurait donc des petites scènes, où quelque chose se joue, se montre, est offert au regard  et qui malgré leur apparente trivialité, ou banalité, seraient aussi fugitives qu’essentielles ?

Enfin, c’est ainsi que je l’ai entendu.. Cela m’a fait penser aussi à autre chose de capital et définitif, la « peine » dite capitale.

La vie de Lili se déroule au fil des pages. Née dans l’après-guerre, elle doit affronter le terrible mystère de la disparition de sa mère. Terrible, parce qu’elle n’est pas seulement absence, mais aussi écho, et que ses voix qu’elle entend, ne sont peut-être au fond  que les siennes. Il y a des mystères qui sont des abîmes parce qu’ils vous soumettent au vertige de l’interprétation. Vous ne saurez jamais les raisons qui poussent une mère à abandonner son enfant, vous ne pouvez qu’imaginer, vous pouvez TOUT imaginer. Et c’est cela le pire, cet espèce de vertige interprétatif.

Le mystère de la naissance en ouvre un autre plus lancinant encore, celui des origines : « Pourquoi suis-je là, pourquoi suis-je moi, en vie, telle que je suis, en cet instant ? Qu’est-ce que je fais là sur la terre ? A quoi bon ? Oui, à quoi bon exister ? A quoi bon moi ? »

Cette étrangeté qu’acquiert alors le monde est une nouvelle naissance, et fait partie de ses petites scènes capitales qui sont à la fois mort et renouveau.

La vie pourrait n’être qu’une simple comédie, et l’essentiel se loger ailleurs. Où est la vraie vie ? Ici-bas ou dans un au-delà ? Où loger le divin ? Les hommes regardent souvent en l’air et depuis si longtemps. Ils sondent le ciel et ses mystères. S’y côtoient science, religion et philosophie.

Sylvie Germain a une parfaite connaissance de la philosophie –elle a un doctorat – et le roman a une forte empreinte de toutes ces questions qui en parcourent l’histoire. La plus essentielle : « Avant, j’étais où ? Et comment j’étais ? »

Il y a quarante-neuf scènes capitales et bien sûr, la disparition de la mère de l’héroïne en est une parmi d’autres. Ce que je peux vous dire c’est qu’elles sont toutes, aussi tragiques qu’elles soient, le lieu d’une renaissance et d’une rédemption possible. Il y a quelque chose qui relève de la grâce (Simone Weil?). De la pesanteur vient peut-être aussi, chez Sylvie Germain, cette légèreté qui nous rend sensibles à la question du divin.

C’est la force et la faiblesse de ce roman : il se déroule comme une argumentation serrée, mais dont les fils parfois sont trop voyants.

J’ai découvert Sylvie Germain, avec « Le livre des nuits » que j’ai trouvé sublime, et qui était dans un parfait équilibre narratif. Ici , les questions philosophiques donnent à la fois une profondeur, et un intérêt mais aussi une certaine lourdeur au roman.

Je reste une inconditionnelle cependant. L’écriture de Sylvie Germain est d’une grande beauté, et l’émotion n’est jamais absente. Elle explore  une autre voie et un autre versant de l’écriture qui rend ses menées si captivantes.

La part du feu – Hélène Gestern

la part du feu

Helen Gestern – La part du feu – Arlea Janvier 2013

C’est en découvrant par hasard , dans les papiers  de sa mère, le nom de Guillermo Zorgen, militant d’extrême gauche qui a défrayé la chronique judiciaire dans les années 70, à travers les lettres qu’il a adressées à une mystérieuse Sonia, que Laurence voit ses certitudes voler en éclats. Tout ce semblant d’équilibre,  gagné à force de volonté malgré un divorce et pas mal de solitude, menace de s’écrouler.

Qui est véritablement Guillermo et pourquoi sa mère Cécile détient-elle des lettres adressées à une inconnue ? Laurence va mener sa petite enquête et tenter de le découvrir.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce récit car les activistes et autres terroristes des années 70, malgré tout l’intérêt de l’Histoire récente, m’intéressent assez peu. Je suis allergique à la justification politique du recours à la violence et à cette incitation à casser du bourgeois. Les émotions risquent toujours de prendre le pas sur la raison et je manque alors de la distance nécessaire pour poursuivre sereinement la lecture. Ceci-dit, j’étais prévenue du sujet puisque j’avais lu des articles sur ce livre et cela faisait un moment que je voulais lire Hélène Gestern. A vrai dire, je voulais commencer par « Eux, sur la photo ». Mais nul doute que je le lirai bientôt.

Car, passées ces premières réserves, il faut bien avouer que l’auteure a su me captiver par son récit. L’enquête que mène son héroïne est véritablement palpitante, les pièces du puzzle se mettent en place peu à peu et on prend plaisir à deviner les liens qu’entretiennent les protagonistes de ce drame familial.

Je ne m’attendais pas à la fin et la surprise a ajouté au plaisir de la lecture.

D’autre part HG joue habilement des métaphores de la brûlure, du danger de la passion, et explore la symbolique du feu rédempteur et purificateur invoqué par des terroristes pyromanes.

Nous gardons les stigmates du passé par des cicatrices laissées par la flamme que nous avons approchée de trop près à l’instar de ce roman.

Les personnages brûlent et se consument dans les affres de la passion, jouent avec le feu, côtoyant et appelant parfois la mort dans un mépris total du danger.

Alors forcément, à force d’ardeur, et de talent, Hélène Gestern nous fait brûler aussi.

Un bon roman à lire en cet été finissant ; garanti ignifugé, pas de risque qu’il vous brûle les doigts, vous ne le lâcherez pas.

Livre voyageur de Philisine Cave. Merci ! Lire son article :

La part du feu – Hélène Gestern *****

La fréquentation des à-pics de Catherine Charrier / Peut-on apprivoiser le vertige ?

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La fréquentation des à-pics, Catherine Charrier, mai 2013, éditions Kero

Comment se décident les grands changements de notre existence ? A partir de quel moment le chemin qui se fait en nous inconsciemment trouve-t-il son aboutissement ?

Catherine Charrier raconte avec beaucoup de justesse ce mouvement de bascule par lequel nous orientons plus ou moins consciemment nos existences. Elle décrit avec beaucoup de finesse ces états de conscience, d’une extrême acuité, par lesquels tout changement s’opère en nous.

Un jour, soudain, nous savons que plus rien ne sera comme avant.

Elle explore ces moments de vertige, ces à-pics que toute femme est amenée à connaître dans son existence, à travers des nouvelles de longueurs assez inégales mais qui forment un ensemble plutôt cohérent : la découverte d’un secret familial, la compréhension d’un lien dont on se sent exclu, l’expérience de la mort d’un proche, sont des expériences universelles qui sont cruciales dans la vie d’un individu.

                Notre conscience subit alors une sorte de dilatation qui nous permet d’appréhender une réalité qui nous est étrangère et dont l’expérience ouvre les champs inexplorés de notre sensibilité en la modifiant radicalement. Nous ne pourrons plus faire comme si nous ne l’avions pas vécue.

L’auteure conduit ces récits d’une langue sèche et précise, au détriment parfois de l’émotion car se tenant dans une distance qui a le défaut d’une certaine neutralité. Dans certaines de ses nouvelles, elle a sur ses personnages le regard d’un entomologiste.

                Toutefois, un véritable projet d’écriture est à l’œuvre au sein de ces récits : livrer des expériences significatives de la vie des femmes, prises entre des schémas traditionnels qui les conditionnent malgré elles et un désir profond de s’en affranchir. La quête infinie de la liberté…

Une auteure à suivre …

Je remercie les éditions Kero pour l’envoi de ce livre

Et presque en même temps que Clara : Moi, Clara et les mots

La voix d’Eilis – Brooklyn de Colm Tóibín

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Brooklyn – Colm Tóibín , Robert Laffont 2011, collection 10/18

Traduit de l’anglais(Irlande) par Anna Gibson

La voix d’Eilis

Colm Tóibín nous raconte l’exil d’Eilis à New York dans les années 1950. L’Irlande a connu plusieurs vagues d’immigration successives : les premières étaient dues à la famine, les suivantes sont plutôt d’ordre économique. Comment faire lorsque dans son pays on ne trouve pas d’emploi ? Les femmes commencent à s’émanciper et veulent avoir un travail qui leur assurera une indépendance financière, même si elles abandonnent souvent ce travail à leur mariage ou à la naissance de leurs enfants. Eilis a fait quelques études de comptabilité et espère un travail qui réponde à ses qualifications ; elle pense le trouver à Brooklyn sur la recommandation d’un pasteur, dans un quartier où existe déjà une forte communauté irlandaise. Elle ne trouvera, au début, qu’un travail de vendeuse mais prend des cours du soir à l’université afin de parfaire sa formation de comptable.

Elle rencontrera aussi un jeune italien qui la mettra face à des choix difficiles sur lesquels elles ne pourra pas longtemps tergiverser…

Ce récit est très linéaire. On suit le quotidien d’Eilis, son départ, son retour, ses pensées, tout cela orchestré de manière assez conventionnelle. On ne s’ennuie pas mais on ne palpite pas non plus. Eilis ne remet pas en cause l’ordre établi, ni les mœurs qui ont cours. Elle ne fait preuve ni de générosité, ni d’ouverture d’esprit. Elle accompagne cependant les changements de son époque sans résistance, alors que d’autres personnages dans le livre se montrent ouvertement racistes ou intolérants. Elle n’est pas une pionnière c’est certain, et se laisse davantage porter par les désirs des autres que par les siens propres, que ce soient ceux de son petit ami ou ceux de sa famille. Elle ne décide pas mais ce sont les événements qui décident pour elle ; elle ne veut ou ne peut pas lutter. A l’aube d’un nouvel amour, elle songe à divorcer, mais les conséquences que cela entraînerait la font facilement renoncer. On ne sait ce qu’elle deviendra mais on devine qu’elle sera profondément insatisfaite et qu’il lui faudra les épreuves ou la maturité pour changer sa vie. Elle a accompli pourtant quelque chose d’essentiel : des études. A gager donc que ce sera un atout dans l’avenir…

            Mon sentiment est très mitigé sur ce livre, d’autant que le thème est éculé , que de nombreux livres ont été écrits sur le sujets et que l’on n’apprend rien de nouveau. J’ai préféré le livre de Joseph O’Connor   L’étoile des mers qui, sur le plan de l’écriture lui est largement supérieur. J’ai passé cependant un agréable moment de lecture.

Le chant à ma soeur – Yannis Ritsos

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j'aime un peu beaucoup passionnémentj'aime un peu beaucoup passionnément

Yannis Ritsos est né en Grèce, le 1er mai 1909, dans une famille de propriétaires terriens. Sa jeunesse est marquée par la ruine économique, des drames familiaux et de longs séjours en sanatorium. Proche du parti communiste grec, il associe la poésie à l’engagement politique et lie l’héritage du surréalisme aux forces vives de la culture populaire. Ses combats contre la droite fasciste, la prison, l’exil ne l’empêchent pas de mener à bien une oeuvre de premier ordre. il s’éteint en 1990. Ce recueil est le troisième publié par les éditions Bruno Doucey.

Biographie plus complète

Le chant de ma sœur édition bilingue Collection « En résistance » traduit du grec par Anne Personnaz, préface de Bruno Doucey, en librairie à partir du 02 mai.

Dans une belle préface, Bruno Doucey présente ce recueil d’un poète engagé qui à l’heure où sa sœur malade est internée à l’asile psychiatrique de Daphni, écrit ce long poème afin de conjurer la maladie,  détourner le mauvais sort et infléchir le destin par la seule force de la poésie et de l’amour.

«  Ceux qui aiment l’œuvre de Yannis Ritsos savent que la poésie, comme l’amour, possède une formidable capacité d’intervention dans la réalité. Loula sortira guérie de l’asile psychiatrique. »

Si l’on en juge par la beauté et la force des images, que le français ne semble pas altérer, alors l’écriture de Yannis Ritsos peut sans nul doute accomplir de tels prodiges. La lecture opère le même miracle, en nous, lecteurs, de nous faire ressentir la puissance de ce rayonnement.

Devant cette sœur tant aimée, qui fut son seul secours, à la mort de sa mère et après l’internement de son père dans un « asile » psychiatrique « tandis que les nuits bleues s’immobilisent recueillies en pleurant des étoiles », le poète s’agenouille : il n’est plus qu’« une fourmi meurtrie qui a perdu son chemin dans la nuit infinie ». Car elle est sainte, « ombre de la sainte vierge »,et possède d’ailleurs cette « aura de sainte » et un cœur capable de l’abnégation la plus totale.

« Tu ne savais qu’offrir,

Tous tes cadeaux

Tu les partageais

Et tes paumes

Son demeurées vides »

Elle est sa mémoire, le seul témoin fiable de son existence et la main sûre qui le guide, lui insufflant la force et le réconfort au milieu des combats :

« Quand je rentrais fléchi

par mes errances nocturnes

et par la morgue amère de l’isolement,

je trouvais le souper de l’amour

fumant sur la table

et la mémoire de l’enfance

-frêle papillon,

folâtrait autour de ta lampe.

Tu veillais

Attendant mon retour.

Et quand moi,

L’amant de l’Infini,

Je m’enfonçais dans les ombres

Et dans les doutes de l’éther,

Toi

D’un doigt chaleureux

A nouveau tu me montrais les traces sur le chemin

Je n’étais plus que cendre

Et tu recréais une forme humaine. »

Cette sœur dont l’amour le conduit à « entendre le pouls de l’humanité » en elle, lui apprend à aimer les Hommes, ses frères. En son cœur singulier, il apprend l’universel dans une fusion du sentiment et de l’éthique.

La figure du Christ apparaît, messianique : « de mes larmes, je lave vos pieds meurtris »

« Semblable au Christ sans paroles

j’entendais la trompette des cieux »

Avec ses seuls armes, lle poète devient « un simple grillon/qui pour toi chantera/les nuits de printemps. » Il accepte de descendre au royaume des morts (image d’Eurydice), accueille en lui la détresse et la souffrance de celle qui reste « les mains liées dans le dos » pour remonter vers la lumière.

Le poète de promettre alors :

« Et moi qui n’eus pas la force

de te sauver de la vie,

je te sauverai de la mort. »

J’ai comme émergé moi aussi de cette lecture, émue jusqu’au plus profond de mon être. Chacun aura sa lecture mais nul doute que l’émotion sera au rendez-vous. Et autre chose aussi de plus têtu et de plus tenace.

Laissons entendre toutefois celle de Bruno Doucey :

«[…] le poète compose ce texte empreint d’humanité et de tendresse au moment où sa sœur Loula traverse les heures les plus sombres de sa vie. Il y évoque la folie qui ravage cette petite compagne de l’enfance, se souvient de l’âge édénique où elle le réconfortait, écrit pour conjurer la peur et exorciser le mal. Par ce texte, né en pleine dictature, Yannis Ritsos se montre également solidaire de « tous les hommes affligés qui passent en silence ». Il sait que personne ne répond aux suppliques des peuples défaits , mais il chante. Et ce chant ouvre la nuit aux lueurs de la fraternité. »

Je remercie les éditions Bruno Doucey pour cette petite merveille.Yannis Ritsos est né en Grèce, le 1er mai 1909, dans une famille de propriétaires terriens. Sa jeunesse est marquée par la ruine économique, des drames familiaux et de longs séjours en sanatorium. Proche du parti communiste grec, il associe la poésie à l’engagement politique et lie l’héritage du surréalisme aux forces vives de la culture populaire. Ses combats contre la droite fasciste, la prison, l’exil ne l’empêchent pas de mener à bien une oeuvre de premier ordre. il s’éteint en 1990. Ce recueil est le troisième publié par les éditions Bruno Doucey.

Biographie plus complète

Le chant de ma soeur édition bilingue Collection « En résistance » traduit du grec par Anne Personnaz, préface de Bruno Doucey, en librairie à partir du 02 mai.

Dans une belle préface, Bruno Doucey présente ce recueil d’un poète engagé qui à l’heure où sa sœur malade est internée à l’asile psychiatrique de Daphni, écrit ce long poème afin de conjurer la maladie, de détourner le mauvais sort et d’infléchir le destin par la seule force de la poésie et de l’amour.

«  Ceux qui aiment l’œuvre de Yannis Ritsos savent que la poésie, comme l’amour, possède une formidable capacité d’intervention dans la réalité. Loula sortira guérie de l’asile psychiatrique. »

Si l’on en juge par la beauté et la force des images, que le français ne semble pas altérer, alors l’écriture de Yannis Ritsos peut sans nul doute accomplir de tels prodiges. La lecture opère le même miracle, en nous, lecteurs, de nous faire ressentir la puissance de ce rayonnement.

Devant cette sœur tant aimée, qui fut son seul secours, à la mort de sa mère et après l’internement de son père dans un « asile » psychiatrique « tandis que les nuits bleues s’immobilisent recueillies en pleurant des étoiles », le poète s’agenouille : il n’est plus qu’« une fourmi meurtrie qui a perdu son chemin dans la nuit infinie ». Car elle est sainte, « ombre de la sainte vierge »,et possède d’ailleurs cette « aura de sainte » et un cœur capable de l’abnégation la plus totale.

« Tu ne savais qu’offrir,

Tous tes cadeaux

Tu les partageais

Et tes paumes

Son demeurées vides »

Elle est sa mémoire, le seul témoin fiable de son existence et la main sûre qui le guide, lui insufflant la force et le réconfort au milieu des combats :

« Quand je rentrais fléchi

par mes errances nocturnes

et par la morgue amère de l’isolement,

je trouvais le souper de l’amour

fumant sur la table

et la mémoire de l’enfance

-frêle papillon,

folâtrait autour de ta lampe.

Tu veillais

Attendant mon retour.

Et quand moi,

L’amant de l’Infini,

Je m’enfonçais dans les ombres

Et dans les doutes de l’éther,

Toi

D’un doigt chaleureux

A nouveau tu me montrais les traces sur le chemin

Je n’étais plus que cendre

Et tu recréais une forme humaine. »

Cette sœur dont l’amour le conduit à « entendre le pouls de l’humanité » en elle, lui apprend à aimer les Hommes, ses frères. En son cœur singulier, il apprend l’universel dans une fusion du sentiment et de l’éthique.

La figure du Christ apparaît, messianique : « de mes larmes, je lave vos pieds meurtris »

« Semblable au Christ sans paroles

j’entendais la trompette des cieux »

Avec ses seuls armes, lle poète devient « un simple grillon/qui pour toi chantera/les nuits de printemps. » Il accepte de descendre au royaume des morts (image d’Eurydice), accueille en lui la détresse et la souffrance de celle qui reste « les mains liées dans le dos » pour remonter vers la lumière.

Le poète de promettre alors :

« Et moi qui n’eus pas la force

de te sauver de la vie,

je te sauverai de la mort. »

J’ai comme émergé moi aussi de cette lecture, émue jusqu’au plus profond de mon être. Chacun aura sa lecture mais nul doute que l’émotion sera au rendez-vous. Et autre chose aussi de plus têtu et de plus tenace.

Laissons entendre toutefois celle de Bruno Doucey :

«[…] le poète compose ce texte empreint d’humanité et de tendresse au moment où sa sœur Loula traverse les heures les plus sombres de sa vie. Il y évoque la folie qui ravage cette petite compagne de l’enfance, se souvient de l’âge édénique où elle le réconfortait, écrit pour conjurer la peur et exorciser le mal. Par ce texte, né en pleine dictature, Yannis Ritsos se montre également solidaire de « tous les hommes affligés qui passent en silence ». Il sait que personne ne répond aux suppliques des peuples défaits , mais il chante. Et ce chant ouvre la nuit aux lueurs de la fraternité. »

Je remercie les éditions Bruno Doucey pour cette petite merveille.

Pauline Sales Family art

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Le titre m’a fait penser à une des scènes que nous avons jouées pour une pièce de Jean-Michel Ribes, « Musée haut, musée bas » qui est à mon avis une scène d’anthologie tellement elle est effiace :

Paulines Sales – Family art – Les solitaires intempestifs 2009

Saluons cette maison d’édition consacrée aux œuvres d’art dramatique située à Besançon

 « Les homes ne vivent que par ce que les femmes le veulent bien. Ils l’oublient trop souvent. Elles acceptent à plusieurs reprises de les prendre chez elles et régulièrement ça finit par une cohabitation de neuf mois. Il ne s’agit pas de colocation. Tout est à leur charge, la nourriture, le chauffage, l’électricité. Ce n’est pas grand mais je n’ai jamais entendu un homme se plaindre. Je l’ai déjà dit. Les hommes oublient. Et là-dessus, ils sont amnésiques. Quand ils sortent de là ils ne sont pas grand-chose. Mais comme ils n’étaient rien en entrant. Les trois-quarts se plaignent de sortir, les trois quart pleurent. On ne sait pas quoi puisque personne ne se souvient. Peut-être simplement d’être sortis ».

La plume malicieuse de Pauline sales pourrait faire croire tout d’abord à un pamphlet sexiste. Non, point de misandrie qui est : « est un sentiment sexiste d’aversion pour les hommes en général, ou une doctrine professant l’infériorité des hommes par rapport aux femmes. Elle peut être ressentie ou professée par des personnes des deux sexes. » Mais une pièce drôle et alerte qui explore en filigrane la vie d’une femme « Suzanne » pour qui la maternité pose problème. Ou selon n’en pose pas assez. On peut dire que d’une certaine façon elle s’en débarrasse (du problème).

Et ce sont deux hommes qui en héritent. Paul est gynécologue obstétricien et « la douceur flageolante des muqueuses » ne l’« effraie pas ». Sur scène coexistent son personnage jeune et âgé. Ce qui perturbe un peu la lecture mais qui imaginé dans l’espace scénique produit un effet intéressant. Son nom est révélateur en partie de son histoire car il s’appelle Paul Jesus.

Jean est le père de Maxime qui est clown pour enfants malades.

Le deuxième personnage féminin, Alice, suit des cours dans une école de dessin et maîtrise difficilement son cycle hormonal : « il y a des mois qui passent comme des années d’autres comme une journée et on prétend que c’est régulier ».

Une sorte de filiation s’établit entre Suzanne et Alice car c’est la même comédienne qui joue les deux rôles.

Ce procédé vise peut-être par une sorte de catharsis (pour la nouvelle génération représentée par Alice et Maxime) à éviter en la jouant, la répétition au cœur de toute histoire familiale, en se défaisant dans le présent des liens du passé, et des obsessions dont nous sommes les jouets parce que nous en héritons de manière inconsciente. Le théâtre est le lieu éminent de la parole. Pour moi, en tout cas.

Les hommes ont fort à faire et rétablissent à leur tour une saine vérité : « Les femmes naissent parce que les hommes le veulent bien. Elles l’oublient trop souvent. »

On suit donc les effort de ces hommes, pour contrôler l’incontrôlable, et leurs efforts désespérés mais pas totalement inutiles m’ont fait sourire plus d’une fois. Une pièce souvent jubilatoire !

  » On aimerait se dire que, dans ce que l’on est, peu de choses sont déterminées.
Que l’on aurait été “soi“ quelque soit notre père, notre mère, notre époque, notre milieu, on aurait été soi.
À l’inverse, dans certains moments de sa vie, on s’excuse soi-même de n’être pas à la hauteur de ce qu’on aurait pu être, et les premiers responsables de ce gâchis sont invariablement notre mère, notre père, notre milieu, notre époque.
La famille, celle dont on est issu et celle qu’on bâtit, les seuls à nous aimer pour ce que l’on est, les premiers à nous cadenasser dans des prisons sur mesure.
Ce serait un jeu pour mettre à l’épreuve “soi“ dans le cadre familial, Le grand mystère de l’inné et de l’acquis. Est-ce qu’on aurait pu être un autre ? Lequel aurait-on pu être ? »

Pauline Sales