Archives pour la catégorie – Femmes du Monde entier

Les anges et tous les saints Julie Courtney Sullivan

Résultat de recherche d'images pour "les anges et tous les saints"

Les anges et tous les saints ( Saints for All Occasions)  – Julie Courtney Sullivan, 2017, Editions rue fromentin 2018, traduit de l’anglais (américain) par Sophie Troff (413 pages)

Je lis cette auteure depuis sa première édition en français, et ce magnifique roman, Les débutantes. Elle fait partie de mes affinités électives. Une forme de sororité. J’ai l’impression de comprendre ce qu’elle écrit, sa véritable profondeur, sa portée. J’ai l’impression qu’elle me rend meilleure.

L’épigraphe est de Margaret Atwood, « J’existe en deux endroits,

Ici et là ou tu es ((Corpse song)

C’était de bon augure.

Deux sœurs irlandaises de 17 et 21 ans, quittent leur Irlande natale, comme beaucoup d’irlandais souffrant de la misère, pour rejoindre Boston, Etats-Unis, où les attend Charlie le fiancé de Nora, la sœur aînée.

La vérité est-elle supportable, ou le secret permet-il d’épargner ceux que l’on aime ? Je me souviens de cette formule d’un de mes professeurs de philosophie, Mr Florenti, « Mentir c’est voler la vérité à quelqu’un ». Cela m’avait beaucoup impressionnée à l’époque. Cela me semblait si juste, si vrai !

Ce roman, encore une fois, décrit les ravages que provoquent les secrets de famille, et combien ils font souffrir ceux qui les détiennent.

Mais ici, ils sont du côté des femmes, en quelque sorte condamnées au secret car « l’époque dans laquelle naissait une femme déterminait ce qu’elle serait autorisée à devenir. »

On fait en cachette ce qui est interdit, on tait ce qui est défendu parce que c’est une question de survie sociale. Il fallait parfois payer un prix trop élevé pour avoir le courage de vivre librement et selon ses convictions.

Surtout dans la communauté catholique irlandaise où sont convoqués les saints pour chaque occasion de la vie, et où les règles et les principes tirés de la Bible valent comme seule morale possible. La transgression pouvait conduire à la mort (physique ou symbolique). Les hommes sont plutôt soumis à l’alcoolisme.

C’est aussi un roman sur une mère incapable d’exprimer ses émotions ou ses sentiments, pour laquelle le sacrifice est une valeur fondatrice. Les générations successives feront cependant le chemin qui reste à parcourir en matière d’émancipation.

Une autrice à découvrir si vous ne la connaissez pas encore.

Dessinées – Visages de femmes, poèmes d’amour

J’ai vraiment un attachement particulier aux Editions Bruno Doucey dont je suis en train de lire « Comme résonne la vie »d’Hélène Dorion, Mais voilà, je ne sais pas parler de poésie même si je l’aime. Souvent les mots me manquent, aussi je passe sous silence les recueils que je lis. Ce qui est un tort ! Donc je laisse l’éditrice parler de ce recueil qui célèbre les femmes mais aussi l’amicale complicité entre elles et lui, entre elles et eux.

L’auteur : Zaü

En librairie le 18 octobre 2018

Le mot de l’éditrice : Qu’elles fassent du vélo, dansent, se promènent, s’habillent ou se déshabillent, qu’elles lisent, pensent, observent, pleurent ou rient, toutes les femmes captées par le regard aimant de Zaü sont terriblement vivantes. À l’encre de Chine, à la mine de plomb, à l’acrylique, au pastel gras ou sec… peu importe la technique empruntée, le grand illustrateur les a croquées tout au long de sa vie, pour lui-même, sans rien perdre de la fulgurante beauté de ces rencontres. Dans Dessinées – Visages de femmes, poèmes d’amour, il nous ouvre son carnet intime. Pour servir d’écrin à ces instantanés de femmes, il fallait de grandes voix de la poésie contemporaine, parmi lesquelles Maram al-Masri, Tanella Boni, Ananda Devi, Hélène Dorion, Bruno Doucey, Abdellatif Laâbi, James Noël, Ernest Pépin… Mots et images d’amour tressés déplacent les frontières de l’intime pour que nous ne vivions jamais exilés de la beauté. Un pur bonheur.

Des textes de :

Maram al-Masri, Lucien Becker, Gioconda Belli, Tanella Boni, Ananda Devi, Habiba Djahnine, Hélène Dorion, Bruno Doucey, Abdellatif Laâbi, Alexandrine Lao, Aurélia Lassaque, Rita Mestokosho, Ketty Nivyabandi, James Noël, Ernest Pépin, Pierre Seghers, Pierre Vavasseur…

Collection : Passage des arts 

Pages : 144

Festival America 2018 – Heather O’Neill – Les enfants de cœur

Les enfants de coeur par O'Neill

Heather O’Neill – Les enfants de cœur (The Lonely Hearts Hotel ), traduit de l’anglais (Canada) par Dominique Fortier, 480 pages, éditions du Seuil, Paris, 2018

Ce récit est un conte noir et cruel qui se déroule pendant la Grande Dépression qui jeta hors de leurs foyers des hommes, des femmes et des enfants, sur les routes, sous les ponts, et dans les orphelinats.

Deux de ces enfants se rencontrent dans un orphelinat, et tombent amoureux l’un de l’autre. Amour vite réprimé sous la férule des sœurs. Les brimades, les coups, les punitions injustes, et même les abus sexuels rythment la vie des deux enfants, Rose et Pierrot, qui trouvent malgré tout dans la force de leur imaginaire, et le pouvoir de création qui est en eux, les ressources pour résister, grandir et enfin partir de ce lieu de …perdition. Ils sont deux êtres solaires qui attirent et possèdent une aura qui a le pouvoir de captiver ceux qui les rencontrent.

Mais l’abandon laisse des blessures immenses et des failles dans lesquelles vont s’engouffrer les misères du temps : la prostitution, la drogue, le crime, règnent en maître dans Montréal dévasté et vont soumettre les enfants devenus adolescents à la tentation d’une vie facile.

« Ce n’était pas une bonne chose que de posséder une imagination pour une fille vivant à Montréal au début du XXe siècle. De l’intelligence, voilà ce qu’il lui aurait fallu ».

Pourtant Rose n’en manque pas, une forme d’ambition en tout cas, le désir d’échapper à la misère et de réaliser ses rêves.

Mais « Le corps d’une jeune fille est le lieu le plus dangereux du monde, car c’est là que la violence risque le plus de s’exercer. », Rose aura-t-elle suffisamment de chance pour y échapper ?

Ce conte est aussi un manifeste féministe :

« C’est parce qu’on est des filles. On est censées avoir seulement des émotions. On n’est même pas censées avoir des pensées. Et c’est très bien d’éprouver de la tristesse, du bonheur, de la colère et de l’amour – mais ce ne sont que des humeurs. Les émotions ne peuvent rien accomplir. Une émotion, ce n’est qu’une réaction. On ne veut pas simplement avoir des réactions, dans cette existence. Il faut accomplir aussi des actions. »

Il analyse finement la condition des femmes en ce début de siècle, et les multiples entraves dont Rose doit se libérer :

« On lui avait appris que les femmes devaient se montrer impassibles et qu’il était inconvenant pour elles d’exprimer leurs émotions en public. Avoir ouvertement des émotions, c’était comme être une prostituée debout à la fenêtre, la poitrine exposée à tous les vents. Mais elle s’en fichait. »

Elle a le pouvoir de croire en ses propres capacités. Elle prend conscience de son pouvoir et du pouvoir des autres femmes :

« Tout ce qui avait été écrit par une femme avait été écrit par toutes les femmes parce que toutes en bénéficiaient. Si une femme était un génie, c’était la preuve que c’était possible pour toutes les autres. »

Mais tout ne se paye-t-il pas, surtout quand on est une femme ?

Il est aussi un récit sur le pouvoir de l’art, du théâtre et du cirque face à un monde désenchanté.

Il faut lire ce roman échevelé, fantaisiste et parfois absurde, pour le savoir.

Heather O’Neill est née et vit à Montréal. Après La Ballade de Baby, finaliste du Orange Prize for Fiction, The Girl Who Was Saturday Night et le recueil de nouvelles Daydreams of Angels, à paraître aux éditions du Seuil, Les Enfants de cœur est son troisième roman.

america   chez Plaisirs à cultiver

Festival America 2018 – John Irving – lutter contre les discriminations sexuelles

JDescription de cette image, également commentée ci-aprèsohn Irving est une  grande figure, littéraire mais surtout un artiste, une personne, un homme fabuleux. La Grande Librairie , ce soir, mercredi 19 septembre, fêtera en sa compagnie les quarante ans de « Un monde selon Garp » véritable manifeste pour l’émancipation des femmes. Il sera également l’invité d’honneur du Festival America à Vincennes.

John Irving Cologne 2010, photo wikipedia

Il est l’invité d’honneur de cette 9e édition du Festival AMERICA de Vincennes à l’occasion de la réédition du Monde selon Garp par les éditions du Seuil (sortie le jeudi 20 septembre 2018, traduction Maurice Rambaud).

Les événements du festival autour de l’auteur :

Jeudi 20 septembre
18h : Cérémonie d’ouverture (Auditorium Cœur de Ville)

Vendredi 21 septembre
Après-midi : Café des Libraires (Salle des fêtes de l’Hôtel de Ville)
17h : Séance de dédicaces

Samedi 22 septembre
17h : Le Temps des écrivains, émission spéciale France Culture, animé par Christophe Ono-dit-Biot en direct de l’Hôtel de Ville de Vincennes.
18h : Conversation autour du métier d’écrivain et de la naissance des romans avec John Irving, Kevin Hardcastle et Nathan Hill (Centre culturel Georges Pompidou de Vincennes)
21h : L’Amérique de John Irving, rencontre animée par François Busnel, en partenariat avec le magazine America (Centre culturel Georges Pompidou de Vincennes)
22h : Projection du film Le Monde selon Garp de George Roy Hill

Résultat de recherche d'images pour "un monde selon Garp"12342-medium.jpg

« Jenny Fields ne veut pas d’homme dans sa vie mais elle désire un enfant. Ainsi naît Garp. Il grandit dans un collège où sa mère est infirmière. Puis ils décident tous deux d’écrire, et Jenny devient une icône du féminisme. Garp, heureux mari et père, vit pourtant dans la peur : dans son univers dominé par les femmes, la violence des hommes n’est jamais loin. Un livre culte, à l’imagination débridée, facétieuse satire de notre monde.Né en 1942, John Irving est l’un des plus grands romanciers américains de sa génération. Le Monde selon Garp, partiellement autobiographique, a connu un succès mondial et a été porté à l’écran » Editeur

Festival America 2018 : Anaïs Barbeau-Lavalette, La femme qui fuit

Résultat de recherche d'images pour "Anaïs Barbeau-Lavalette – La femme qui fuit – Le livre de poche, éditions Marchand de feuilles, 2015"

Anaïs Barbeau-Lavalette – La femme qui fuit – Le livre de poche, éditions Marchand de feuilles, 2015

Ce livre a eu un prodigieux succès à sa sortie, et a obtenu de nombreuses récompenses : Prix des libraires du Québec 2016, Prix France-Québec et grand Prix du livre de Montréal.

Les raisons en sont certainement la grande qualité de l’écriture, l’originalité du récit, louvoyant entre la réalité et la fiction, dans la quête de cette grand-mère que l’auteure a très peu connue, et qui a terriblement blessé sa mère en l’abandonnant à l’âge de trois ans et en refusant de la voir plus tard. Mère attendue, espérée et toujours absente. Forcément de récit nous touche, car il fait écho à la peur de l’abandon, profondément enracinée en nous, et la crainte de ne pas être aimé-e-s ou pas assez.

Peut-être a-t-on conscience également, en lisant ce récit, qu’être une femme libre dans la première moitié du XXe siècle était une véritable gageure quand on était une femme. Une femme pouvait être une muse, mais être artiste à part entière, reconnue à l’égale des hommes, il ne fallait pas y compter, c’était plutôt l’exception qui confirmait la règle. Suzanne Méloche était une artiste et l’une des rares femmes, peintre et poétesse, représentante du mouvement automatiste au sein du surréalisme.

Le destin de la plupart des femmes était de procréer et d’être femme au foyer, d’autant plus qu’au Québec, l’Eglise avait une influence extrêmement importante et que ses diktats, ses recommandations, avaient valeur de loi. Une forme de rigorisme moral et de censure, rendaient difficile l’expression artistique et l’évolution des mœurs. Les femmes et les artistes en furent également victimes et les femmes artistes, doublement.

J’ai aimé ces très courts textes-chapitres, comme des instantanés, où des moments de la vie de cette grand-mère inconnue, sont esquissés sur le vif, grâce à l’imagination qui pallie les blancs d’une histoire incomplète.

Un très beau livre, où l’émotion est un fil continu.

Vous pourrez rencontrer l’auteur au Salon du livre de Vincennes le samedi de 15h30 à 16h30,  et le dimanche de 11 h à 12h à et de 17H à 18H.

america chez Plaisirs à cultiver

Café Hyène de Jana Beňová Prix de littérature de l’Union européenne 2012

Résultat de recherche d'images pour "jana beňová café hyene"

Jana Beňová. Café Hyène. Un plan d’accompagnement. Texte intégral. Traduit du slovaque par Diana Jamborova Lemay. Le Ver à Soie. Virginie Symaniec éditrice 2015

Je voulais faire davantage connaissance avec ces voix distinguées lors du Prix de littérature de l’Union européenne dont les œuvres sont globalement peu traduites en français. Les voix de femmes sont pratiquement inaudibles car, c’est un fait, elles sont encore moins traduites. Et c’est vraiment dommage car ce prix vise à faire connaître la littérature de l’Europe et donc sa culture. Je suis curieuse de tous ces auteurs qui vivent si près de nous, de leur langue, de leur culture et de leur littérature.

Ce prix semble récompenser des œuvres originales, assez éloignées de l’académisme et de la littérature populaire.

Café Hyène est une déambulation intérieure, « une appropriation poétique subjective[1] » de la ville de Bratislava et de ses quartiers périphériques, que l’on découvre à travers les yeux de quatre jeunes slovaques, Elza, Rebeka et leurs deux compagnons, Ian et Elman.

Régulièrement leur voyage les conduit de la périphérie, vers le centre dans un café, le café Hyène, bondé de touristes et de gens aisés.

Ce centre, où  se promènent surtout des touristes : un des nombreux flâneurs qui habitent la vieille ville, slovaque lui,  confesse qu’on le paie pour se balader !  Ce tourisme de masse, cosmopolite, qui vide certaines capitales peu à peu de leurs habitants en provoquant une flambée des prix immobiliers, est le souffle de la mondialisation sur des pays dont l’ouverture au reste de l’Europe, est récente. Les pays de l’ancien bloc communiste ont accédé à l’économie de marché, et le bip, bip du scanner de codes barre enfle à mesure que progresse le récit.

Les déplacements des personnages tentent de relier des espaces en tension, entre le centre-ville préservé et les immenses cités dont fait partie Petržalka, « un endroit où le temps ne joue aucun rôle. Un endroit où vivent des créatures dont l’autre partie de la Terre pense qu’elles n’existent plus, qu’elles ont disparu. » Le post-socialisme n’a pas changé outre mesure la vie des habitants du quartier.

« Nous vivons avec Ian dans le ventre de Staline comme Pinocchio dans la baleine ». (p 82)

D’ailleurs, les amours d’Elza sont également nomades. Ces flux, et reflux, sont comme une respiration entre les différents espaces, tout au moins est-ce ainsi que je l’ai ressenti.

Pour ceux qui ne sont pas obsédés par la « ligne », car toute obsession peut conduire à la folie.

Elza écrit, elle tente de fixer sur le papier « son plan d’accompagnement », au fur et à mesure qu’elle déambule dans la ville.

Ce récit a beaucoup de charme, l’écriture est belle et les personnages attachants. Cela donne envie de bouger à son tour et d’aller voir ailleurs si on y est aussi.

Résultat de recherche d'images pour "bratislava" Résultat de recherche d'images pour "petržalka bratislava"

le centre                                                       Petržalka

Photos : réutilisation autorisée sans but commercial

[1] Alfrun Kliems, « « Localisme agressif » et « globalisme local » – La poétique des villes postsocialistes en Europe centrale », Revue des études slaves [En ligne], LXXXVI-1-2 | 2015, mis en ligne le 26 mars 2018, consulté le 14 août 2018. URL : http://journals.openedition.org/res/673 ; DOI : 10.4000/res.673

Le Canada invité au Festival America du 20 au 23 septembre 2018

Parmi les auteurs invités, vingt-huit sont canadiens, et sur ces vingt-huit, dix seront des femmes. C’est le hasard, je pense qu’il n’y a pas lieu de faire ici du mauvais esprit. Tout de même, ce n’est pas loin de la moitié ! Aie, c’est vraiment tout près du tiers… Enfin, si on se met à compter, on n’est pas sorti de l’auberge, comme disait ma grand-mère !

Je suis sûre qu’il y a une explication toute simple :

  • Elles ne peuvent pas faire garder les enfants.
  • Elles ont déjà pris toutes leurs vacances.
  • Elles se sont fait voler leurs papiers d’identité, et comme tout le monde le sait, ça prend un temps fou pour les faire refaire.
  • Au Canada, les femmes écrivent moins que les hommes, elles ont mieux à faire (shopping ?manucure ?).
  • Elles écriraient moins bien ?

Je blague bien sûr, et quand on aime, on ne compte pas.  Des progrès sont nets en France, si on consulte l’Observatoire des inégalités 2018,  la Part des femmes parmi les lauréat·e·s de quelques prix littéraires emblématiques, 1900-2017, est de 41%. La Part des femmes dans les jurys de quelques prix littéraires emblématiques, 2012-2017, est de 38% pour la composition de ceux-ci et 18% sont présidentes desdits jurys.

« Dans la majorité des domaines, les femmes sont exclues de la consécration artistique. []Malgré le nombre significatif de femmes dramaturges ou mettant en scène des pièces de théâtre, la part de femmes sélectionnées ou primées est très faible, sans présenter d’amélioration réelle depuis les années 1990.

Le livre est l’un des rares secteurs dans lequel les femmes reçoivent des prix (tableau 55), en dépit de jurys majoritairement masculins (tableau 54). » Observatoire des inégalités 2018

Mais qu’en est-il du Canada ?

Difficile de trouver des informations pour le Canada dans son intégralité, des études distinctes ont été réalisées pour le canada francophone et anglophone, mais elles commencent à dater. A la lecture des grands titres rencontrés sur le web, il semble que la situation soit assez similaire à celle que les femmes vivent dans le reste du monde occidental, mais je n’ai pas plus de précision. Si des canadiens passent par-là, peut-être pourront-ils nous éclairer ?

Qu’à cela ne tienne, nous essaierons de compenser cela en leur donnant un peu plus de visibilité. Il est très important que les français fassent véritablement leur connaissance.

Qui sont-elles ?

Margaret Atwood –  Anaïs Barbeau-LavaletteNaomi FontaineCatherine-Eve GroleauEmma HooperNancy LeeJulie MazzieriAndrée A Michaud Heither O’NeillLise Tremblay

Qui sont-ils ?

Christophe BernardDavid Chariandy – deWitt Patrick – Dickner Nicolas – El Akkad Omar – Goudreault David – Grenier Daniel – Guay-Poliquin Christian –  Hardcastle Kevin – Larue Stéphane –  McCabe Alexandre – Morissette Guillaume – Plamondon Éric – Reid Iain – Vigna John – Villeneuve Mathieu Wilson D.W. – Winter Michael

Nous lirons aussi un écrivain américain : Gabriel Tallent avec My absolute darling

L’auteure du mois d’août : Euphrosine de Polatsk ou de Polotsk (1110-1173)

L’auteure du mois d’août Euphrosine de Polatsk ou de Polotsk (1110-1173)

source wikicommons

Elle ne manque  pas de caractère Euphrosine car à douze ans, elle refuse tout net de se marier! Elle a déjà le goût d’une vie indépendante, prend le voile très jeune, et organise une solitude qu’elle aime paticulièrement, à la cathédrale Sainte Sagesse où elle obtient l’autorisation de résider. Elle aime l’écriture,  copie des manuscrits, et la vente des livres lui permet de gagner sa vie et de distribuer aussi des aumônes.[1

]Il n’y avait pas une infinité de destins possibles pour une femme à l’époque. La plupart du temps, elles se retrouvaient accablées d’enfants et soumises à la tutelle d’un mari.

La religion pouvait permettre d’étancher sa soif de savoir, dans certaines limites bien entendu que les doctes de l’Eglise ne manquaient pas de vous rappeler. Surtout si vous étiez une femme ! Il n’y a guère de femmes dans la hiérarchie de l’Eglise. Tout ça à cause d’une histoire de pomme !

En dehors de ses activités de copiste,  elle écrit également des traductions, des prières et des récits.[2] Elle voyage et entreprend un long périple vers Jérusalem où elle mourra.[3]

Des auteurs contemporains s’inspirèrent de sa vie dans leurs œuvres littéraires : « Ce fut notamment le cas de Taicy Bondar (TaicbI BOMap) dans son roman La tentation (CnaKyca), d’Alecia Asipienki (Anecia AcineHKi) dans son roman Les Saints pécheurs (CB5ITWIrp3IIlHiKi), de Volga Ipatau (BoJIHa InaTay) dans son roman historique Pradslava (TIpa,IJ,CJIaBa),ou d’Ouladzimir Arlou (YJIa,IJ,3iMip ApJIoy) dans ses œuvres. Elle inspira aussi les vers de la poètesse Nathalia Arcienieva. »[4]

Euphrosyne , à partir de 1984, en Biélorussie, a été reconnue comme un promoteur du christianisme, de la langue écrite, et de la culture.[5]

[1] wikipédia

[2] PARLONS BIELORUSSIEN, Langue et culture, MOBa it: KyJIbTypa,

Virginie Symaniec et Alexandra Goujon

[3] wikipedia

[4] Parlons biélorussien

[5] https://orthodoxologie.blogspot.com/2010/05/sainte-euphrosyne-de-polotsk.html

 

Marie-Pierre Cattino – « Ecrire »

Photographie  (copyright Sarah Meunier)

Marie-Pierre Cattino a accepté de livrer, pour Litterama, sa conception de l’écriture théâtrale.

ECRIRE…

« Il y a cette préférence chez moi pour un travail vecteur d’images. Mes textes sont une tentative d’approcher des personnages plongés dans un monde nouveau. Ce que je veux dire, c’est que je m’immerge dans un univers et regarde ce qui s’y passe quand les éléments bougent. Parfois, ils se défendent… Je travaille un texte jusqu’à ce qu’il ressemble à ce que je perçois de lui. Me mettre à table, pour comprendre ce qui se trame à l’intérieur, n’est pas un vain mot mais un choix, des lignes, des pistes pour obtenir ce qui ressemble à ce que je voudrais y mettre, tout en laissant une place au comédien et à l’imaginaire du lecteur. Je crois aussi que cette conscience poussée à l’extrême est usante et réjouissante et à la fois, me permet d’écrire de nouveaux textes. C’est difficile de transmettre le sens de son objet, car je ne suis ni sculpteur ni orfèvre, ne prends aucune matière brute en devenir. Je crée du sens avec du vide. J’aime tellement le vide et le plein. Ils sont faits pour cela les mots, mettre une matière à l’épreuve. Mais je le répète, pas comme un art en devenir mais plutôt comme une issue en phase avec son temps. On crée de la modernité incessante. L’écriture, serait alors mettre en bouche une langue formée de trous, d’aspérités, de silences, d’étonnement. Et le théâtre auquel j’aspire, (donner vie) use de la gomme. Il y a DES écritures, je le sais fort bien. Toutes et tous cherchons à y voir plus clair. Sans doute, est-ce pour cela qu’on écrit. Je me dis, parfois, qu’aller dans ce sens ne sera pas intéressant pour le texte, alors je m’efforce d’aller dans le sens où les personnages seraient à leur aise, c’est-à-dire, connivence entre sens et conflit. Mettre en jeu, en avançant un thème, un sujet, des personnages, ensemble, peu à peu, en faire un tout, une fin ouverte. Ce n’est pas si simple, on parle assez rarement des textes qui ont résisté, qui ne s’offrent pas facilement à l’auteur…« 

Embras(S)er la nuit/ Claire Barrabes-Marie-Pierre Cattino/ Sarah Pèpe- Sabine Revillet

Résultat de recherche d'images pour "embras(s)er la nuit éditions koiné"

Embras(S)er la nuit/ Claire Barrabes – Marie-Pierre Cattino – Sarah Pèpe- Sabine Revillet, Editions Koiné, Bagnolet, 2018

Ce recueil est composé de quatre monologues, de quatre autrices : Claire Barrabes, Marie-Pierre Cattino, Sarah Pèpe, Sabine revillet

Ces quatre textes aident à repenser les problèmes inhérents à la place de la femme dans l’espace public. Mais ils sont avant tout des variations littéraires sur un même thème conduites avec brio. Un petit bijou !

« Louis ! Dans sa nuque ça sent le soleil et la crasse. Et quand je suis perdue je pense à ce recoin de peau et ça se pose en moi » Traversée obligatoire Claire Barrabès

Naître homme, pas celui qui vous harcèlera dans le bureau, dont le regard salace plongera dans votre décolleté, mais l’homme libéré des préjugés, des « clichés sociaux millénaires intégrés », l’homme libre de demain, aimant, dont la paternité heureuse et bienveillante, inventera le fils pour qui non c’est non, respectueux du désir ou non-désir de l’autre, dans un espace public commun, mixte, et égalitaire.

L’écriture de Claire Barrabès est cet « art plein de rencontres » qui dit la violence, la mort et l’amour dans une écriture tendue et poétique. Une merveille.

« Les requins oui à cause des requins des vagues des remous profonds car tu ne sais pas toi s’ils sont sans dents ou avec des dents acérées et pointues comme des scies. » Marie-Pierre Cattino, Parfum coquelicot

Être femme, être aux aguets, proie possible, le soir dans le métro. Ne pas savoir d’où le danger viendra, parmi ces hommes qui occupent l’espace public alors que les femmes s’y occupent, traversent, filent comme des ombres, le regard baissé, comme s’excusant d’être là.

Marie-Pierre Cattino possède des techniques d’écriture extrêmement maîtrisées : dans une écriture heurtée, sombre et précise, qui ménage comme des « ouvertures », des « pans de ciel bleu ». Un très beau texte.

 « La guerre n’aura pas lieu »  Sarah Pèpe Rouge aiguilles

Apprendre à avoir peur. Espace public = danger. Peur transmise, intériorisée, violence redoutée comme une prison dans la tête des femmes, harcèlement de rue, agressions. Quand être femme, c’est avoir peur.

Une fille seule le soir est une fille disponible, une jupe courte, des talons, une invitation, et si elle se fait agresser, elle l’aura bien cherché.

Sarah Pèpe traduit avec beaucoup de force et de subtilité ce qui se joue dans l’espace public, la transmission de la peur en héritage, la soumission à ces règles non-écrites qui font d’une femme seule, le soir, une proie possible.

« Tais-toi reste à ta place […] Mieux vaut rester à sa place à l’écart, comme ça, t’aura aucun problème. » « La nuit, c’est chaud pour nous » L’allumeuse Sabine Revillet

L’espace public est légitimement occupé par les hommes, les femmes longtemps reléguées à l’espace privé et sûr, du foyer. Espaces questionnés aujourd’hui, en renégociation, pour une reconquête de l’espace public par les femmes.

L’allumeuse de Sabine Revillet est d’un genre tout à fait spécial, aussi je ne vais pas vous vendre la mèche !

Son écriture joue finement avec toutes les métaphores de l’embrasement, comme désir et  révolte.

Ce recueil est magnifiquement écrit, intelligent et poétique.

 

Les moments littéraires n°40, feuilles d’automne : Mais pourquoi lire des journaux intimes ? Vingt-six écrivains vous livrent leur journal intime.

Pierre Bergounioux, René de Ceccatty, Anne Coudreuse, Colette Fellous, Claire Dumay, Roland Jaccard, Lambert Schlechter, Charles Juliet, Belinda Cannone, Annie Ernaux, Lydia Flem, Marcelin Pleynet, Béatrice Commengé, Michel Braud, Emmanuelle Pagano, Hervé Ferrage, Jocelyne François, Dominique Noguez, Patrick Combes, Denis Grozdanovitch, Christian Garcin, Camille Laurens, Anne Serre, Régine Detambel, Fabienne Jacob, Jeanne Hyvrard.

PastedGraphic-5

Les moments littéraires est une revue littéraire, dirigée par Gilbert Moreau, qui publie exclusivement des écrits relevant de l’écriture de soi, de l’intime, à travers récits autobiographiques, carnets de notes, journaux intimes, correspondances. Vingt-cinq auteurs et autrices ont été sollicités afin de livrer leur journal écrit du 23 au 29 octobre.

Que cherche-t-on dans la lecture d’un journal intime ? Chacun certainement a sa réponse. En ce qui me concerne, j’en trouve souvent la lecture fastidieuse, soit je me sens exclue à la lecture – je ne connais parfois ni les gens dont on parle, ni les événements qui ne sont pas explicités,- soit j’ai l’impression d’être dans une position de voyeurisme qui me gêne un peu. Pourtant ici rien de tel.

Les journaux publiés dans cette revue ont une caractéristique commune : ils sont bien, voire très bien écrits car les diaristes sont des écrivains qui s’expriment dans des formes brèves ou longues, échappant peu ou prou au récit linéaire, acceptant de se livrer, ou se dissimulant tant bien que mal derrière l’écran des mots. Mais tout voilement est aussi un dévoilement, et l’on devine parfois ce qui est tû.

De l’immersion dans le présent du journal, les échos de l’actualité, l’affaire Weinstein, régulièrement évoquée, des prises de position politiques, bref tout ce qui agite le quotidien d’un individu.

La majeure partie des écrivains souligne la difficulté d’écrire un journal dont on sait d’avance qu’il va être publié : « Impossible d’être vraiment sincère dans l’exercice », « ce qu’il faut préciser, clarifier pour les autres, où à l’inverse, omettre, taire, afin de les épargner, lorsqu’on les connaît d’un peu trop près », « Au fond, je n’aime pas ça. Que je le veuille ou non, je me regarde écrire ».

Pourtant l’idée de Gilbert Moreau est vraiment intéressante, car chacun se confronte à sa manière à l’exercice, et s’y révèle. La saison aussi, donne une atmosphère un peu mélancolique, une sorte de retenue parfois heureuse, parfois douloureuse à l’ensemble des récits. Le lecteur a l’impression d’aller à la rencontre de chacun dans une sorte de speed-dating littéraire, où il ne parlerait pas avec des mots mais avec son corps, son regard, sa lecture.

J’ai eu l’impression d’aller à la rencontre d’êtres dont certains sont devenus des amis, des amis de littérature, dans une sorte de communauté bienfaisante, humaine, de valeurs et d’émotions partagées. A d’autres moments j’ai conçu de l’irritation, de l’agacement, et je me suis surprise à grommeler intérieurement, à objecter. Mais la plupart du temps, j’ai aimé rencontrer chacun, même dans les rodomontades, ou une légère crânerie, voyez-donc qui je suis, mais enfin si légère ! J’ai aimé rencontrer chacun disais-je, j’ai été parfois bouleversée, dans une totale empathie, émerveillée souvent devant la délicatesse de l’écriture, les vibrations intérieures, la beauté.

Merci.

Lisbonne et Lidia Jorge

« Je crois que Lisbonne est une ville secrète, est une ville labyrinthique. Et je ne suis pas née à Lisbonne, je suis venue quand j’étais jeune, et Lisbonne m’a pris complètement au cœur. »

Lidia Jorge archives INA

Résultat de recherche d'images pour "lidia jorge"

Photo wikipédia

Cycle romancières portugaises : Le rivage des murmures de Lídia Jorge

Le rivage des murmures (A costa dos murmurios,1988) Pour la traduction française, Editions Métailié, Paris, 1989Traduit du portugais par Geneviève Leibrich

« La culture, cela sert à tirer d’embarras les personnes cultivées, sinon à quoi servirait-elle ? A rien- et cela ne vaudrait pas la peine de se cultiver. » p 243

Les murmures sont « le dernier stade avant l’effacement total », ils signifient que quelque chose est en train de finir, de mourir.

Il s’agit ici des derniers soubresauts de la guerre coloniale au Mozambique, que Lídia Jorge connait bien pour y avoir suivi son mari en 1970.

Le récit se déroule en deux parties, le récit d’un journaliste, « Les sauterelles », assez bref, qui raconte, à travers l’épisode d’une invasion de sauterelles les événements marquants de cette histoire et la lecture de ce récit, des années plus tard, par Eva Lopo, qui le commente, le critique, rajoute des événements tus, en efface certains pour en ajouter d’autres, réécrit l’Histoire. Entre la vérité du roman, la vérité journalistique avec sa prétendue objectivité, ou la vérité de l’h(H)istorien qui s’en tient aux sources, aux documents et aux témoignages, laquelle privilégier ? Ou ne sont-elles, chacune, qu’une illusion, traduisant, au mieux, un point de vue, la situation d’un être soumis aux émotions, à la partialité et dont la finitude empêcherait d’avoir une sorte de vision panoramique qui engloberait tous les points de vue en un seul.

Le roman, comme toute œuvre d’art, permet un accès au sens, sinon à la vérité à travers ses mensonges savamment orchestrés.

Au Mozambique, l’armée portugaise maintient l’ordre, face aux assauts incessants de la guérilla. Les femmes attendent dans un hôtel le retour de leurs maris. Evita, jeune mariée, va découvrir peu à peu les transformations que la guerre a opéré dans la personnalité de son mari, faisant de ce jeune étudiant en mathématiques, une sorte de guerrier barbare.

Cette sauvagerie autour de la guerre, cette fascination pour la mort, n’est pas seulement dans les exactions que commettent les soldats, mais elles sont également dans le cœur des femmes qui attendent, et les vivent par procuration. Pour certaines d’entre elles, la gloire de leur mari rejaillira sur leur vie, elles pourront raconter les faits d’arme de leurs héros.

La guerre est partout, entre les africains et les colons mais dans les maris qui frappent leurs femmes, ou qui tuent pour « se dégourdir les doigts » des nuées d’oiseaux.

La guerre engendre des structures sociales qui reposent sur la domination et la mort et personne n’en réchappe.

Pas besoin de raconter d’interminables batailles, c’est l’avantage de ce roman, car le point de vue des femmes les en exclut. Pour en garder l’essentiel, pour en entendre les murmures…

L’écriture de Lidia Jorge est magnifique, son style, sa pensée d’une grande finesse, son intelligence font d’elles un des plus grands auteurs de son temps. Mais ce livre est un livre exigeant et difficile, qui demande parfois de la patience et …une bonne oreille !

Sonietchka – Ludmilla Oulitskaïa

Résultat de recherche d'images pour "ludmila oulitskaïa sonietchka"

Sonietchka – Ludmilla Oulitskaïa, traduit du russe par Sophie Benech , éditions Gallimard, 1998

« Il n’est pas dans la littérature, de personnage féminin qui soit moins héroïque, ni plus lumineux, plus pur, que la Sonietchka de Ludmilla Oulitskaïa »

Ce personnage de femme est tout à fait particulier. Nimbé d’une lumière presque surnaturelle, sanctifié par des qualités qui, pour ne pas être totalement absentes de ce monde, sont relativement rares, elle avance dans la vie portant sur les êtres et les choses un regard d’une grande bonté. On dit souvent que les gens heureux n’ont pas d’histoire, et bien Sonia démentirait tout à fait cet adage. Elle a quelque chose d’une sainte, sans la souffrance et le renoncement auxquelles celles-ci sont associées.

D’ailleurs, comme le souligne une étude, « n’y a-t-il d’expression romanesque de la bonté qui ne soit, implicitement ou non, chrétienne, c’est-à-dire qui ne doive, par définition, être entièrement désintéressée et sacrificielle ? »[1] Disons plutôt qu’elle a une conscience aiguë de tout ce qui lui est donné, la beauté et l’amour.

Elle redéfinit ce qu’on appelle l’« âme russe » que Dostoïevski, définit comme « le besoin spirituel le plus élémentaire du peuple russe […] la nécessité de la souffrance ». Ce concept est suffisamment complexe pour que je ne m’y attarde pas, car cela demanderait une érudition que je n’ai pas, mais je crois que l’auteure dépeint une forme de fatalisme, qui n’exclut pas la lutte (D’ailleurs les camps sibériens en sont la preuve), mais qui permet de trouver parfois le bonheur, malgré les aléas de l’Histoire. On ne peut pas dire que le peuple russe ait été épargné par l’Histoire, et les biélorusses non plus !

Le premier bonheur de Sonia est la lecture, elle « tombe en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu’à la dernière page du livre ». Et sa passion de la lecture est telle que son physique ingrat se dote d’un derrière en forme de chaise ! Elle cultive sa passion de la lecture » en menant paître son âme dans les vastes pâturages de la grande littérature russe ».  Robert, un peintre plus âgé qu’elle, va parvenir à lui faire lever le nez de ses livres, pour la plonger dans une vie bien réelle lorsqu’il la demande en mariage dans la bibliothèque où elle travaille. Il a connu les camps, mis au ban de la société communiste, éprouvé comme la majorité des Russes par les difficultés matérielles de l’après-guerre, « sa vie exténuée, recroquevillée contre terre ». Ils vivent en Biélorussie, ce qui me semble-t-il a son importance. En effet, elle n’a été constituée comme nation qu’en 1991, à la chute de l’Union soviétique, incorporée pendant longtemps à d’autres grandes puissances. Il me semble que cela demande une sorte d’endurance, de patience vis-à-vis de l’Histoire !

Sonia cultive donc le bonheur domestique (pour vivre heureux, vivons cachés), couronné par la naissance de sa fille Tania.

C’est par Tania que Jasia, fille de déportés, fait la connaissance de Robert et Sonia,, elle était «  la seule à lui laisser la possibilité de penser par elle-même, de réfléchir à voix haute, de choisir à tâtons ces petits riens à partir desquels un être dessine à son gré le motif originel sur lequel viendront se greffer tous les ramages de sa vie future. »

Jasia qui pourrait être un motif de jalousie, une épine dans sa chair (Je sais, c’est un peu christique), devient une raison de plus d’être heureux.

Ce livre est un petit bijou, il faut le dire, ciselé, à la langue poétique, riche, profonde. Il faut le lire, car Ludmilla Oulitskaïa est une grande dame des lettres russes.

 

 

[1] https://www.cairn.info/revue-du-mauss-2011-1-page-427.htm

Au pays de Donald, « La servante écarlate » relève la tête !

Résultat de recherche d'images pour "la servante écarlate"

Margaret Atwood – La servante écarlate (The Handmaid’s tale), Pavillons poche Robert Laffont, 2017, traduit de l’anglais (Canada) par Sylviane Rué

Il est particulièrement intéressant de lire ou de relire aujourd’hui « La servante écarlate » de Margaret Atwood, à la lumière de l’histoire récente des Etats-Unis, et des manifestations qui ont eu lieu pour protester contre les restrictions au droit à l’avortement, suivant la politique menée par Donald Trump, dans certains Etats américains ( Voir les photos ici)

Et l’auteure de rappeler la fondation profonde des Etats-Unis sur « la brutale théocratie de la Nouvelle Angleterre puritaine du XVIIe siècle, avec ses préjugés contre les femmes » et sa résurgence dans une certaine frange chrétienne extrémiste du Parti Républicain.

Pour ceux qui n’auraient pas encore lu l’histoire ou vu la série (saison 1 dirigée par Reed Morano sur un scénario de Bruce Miller, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, tournée entre septembre 2016 et février 2017 ), « La servante écarlate » est une dystopie situant le nouveau régime de la république de Gilhead, fondée par des fanatiques religieux, aux Etats-Unis. A la suite d’une chute de la fécondité due à la pollution et aux maladies sexuellement transmissibles, les quelques femmes encore fertiles sont réduites au rang d’esclaves sexuelles auprès des notables du régime. Defred, « servante écarlate » parmi d’autres n’a plus le droit ni de lire, ni de travailler, et ne possède plus rien.

Ce qui fait la force du régime, c’est son organisation : les femmes y sont surveillées et contraintes par des femmes, parmi elles certaines sont croyantes et persuadées du bien-fondé d’un tel régime.

Ce n’est pas sans rappeler le débat qui fait rage aux Etats-Unis et ailleurs entre les féministes essentialistes (considérées par beaucoup comme des antiféministes) et les autres, l’expérience de la maternité étant pour les premières la source essentielle du pouvoir féminin et ce qui les définit (l’éthique du care) ; dans cette optique, la contraception et l’avortement feraient obstacle au cycle naturel du corps féminin (et donc à son destin).   D’ailleurs, Defred le dit ainsi en s’adressant intérieurement à sa mère : « Tu voulais une culture de femmes. Et bien, la voici. »

Mais Margaret Atwood, ne fait pas de son héroïne, une simple héroïne féministe, cela va bien au-delà, en ce sens que la structure pyramidale du pouvoir, concentre hommes et femmes dans les strates supérieures – même si les hommes ont une réelle suprématie – de la même manière qu’en ces couches inférieures, existent des hommes et des femmes pareillement dépossédés d’une partie importante de leur liberté.

Elle rappelle en cela que toutes les femmes ne sont pas féministes, et que cela a été le principal obstacle à l’émancipation des femmes. Certaines se satisfont d’un rôle subalterne en échange du confort et de la sécurité. Bref, cela est un autre débat, forcément très politique et …polémique.

Vous comprendrez pourquoi « La servante écarlate » s’est vendu et continue à se vendre, à des millions d’exemplaires dans le monde entier, devenant une « sorte de référence pour ceux qui écrivent à propos d’évolutions politiques visant à prendre le contrôle des femmes, particulièrement celui de leur corps et de leurs fonctions reproductrices » (page 513).

Margaret Atwood est pressentie depuis plusieurs années pour le Prix Nobel de Littérature, elle est une des auteures majeures de la littérature de notre temps.

Vous pensiez qu’il n’y avait aucune femme dramaturge avant le XIXe siècle ? Que nenni…

« Pour la première fois en France, une anthologie réunit une cinquantaine de pièces écrites par des femmes dramaturges entre le XVIe et le début du XIXe siècle…

Enfin, toute l’énergie rassemblée par les chercheuses et les féministes de tous les continents portent enfin leurs fruits. Les auteures effacées des Histoires littéraires et des anthologies vont enfin pouvoir reprendre leur place grâce à ce magnifique travail de recherche et d’édition. Et dans une collection prestigieuse, puisqu’il s’agit des classiques Garnier (J’y ai lu « Le discours de la méthode de Descartes ! ) Vous pensiez qu’il n’y avait aucune femme dramaturge avant le XIXe siècle ? Que nenni…

Je vous invite à lire ce très bon article sur Catherine Bernard, dont l’oeuvre fut plagiée par … Voltaire !  Et dont un lent travail de sape fit oublier jusqu’à son nom. Mais elle n’est pas la seule … Des auteures oubliées parce qu’effacées

 » Les cinq volumes de cette anthologie au format poche présentent une trentaine d’autrices de théâtre nées sous l’Ancien Régime, dont la production s’étend des années 1530 (la reine de Navarre, première dramaturge connue à ce jour), jusqu’aux dernières productions théâtrales de Mme de Staël-Holstein (1811). En tout, une cinquantaine de pièces qui retracent l’Histoire du théâtre à travers la production de ses autrices, dans les différents genres dramatiques où elles se sont illustrées : comédies, tragédies, tragi-comédies, pastorales, drames, proverbes dramatiques… Les registres couvrent aussi bien la scène professionnelle que le théâtre amateur, dans des domaines aussi variés que les comédies religieuses de Marguerite de Navarre, le théâtre d’éducation de Mme de Genlis ou les pièces politiques révolutionnaires d’Olympe de Gouges. Presque toutes ces pièces ont été jouées, et près de la moitié ont été représentées sur les scènes de la Comédie-Française ou de la Comédie-Italienne. C’est donc tout un pan du répertoire dramatique français qui est ainsi remis à jour, offrant là une nouvelle page de l’histoire littéraire des femmes sous l’Ancien Régime, encore méconnue malgré les recherches de plus en plus nombreuses menées au cours de la dernière décennie. A travers les pièces de théâtres de ces autrices, professionnelles ou amatrices, se fait également entendre la voix de femmes décidées à braver l’interdit traditionnel d’un genre dit « mâle », pour accéder à la parole publique et à la mise en scène des rapports de sexe dans l’espace social et politique que constituait le théâtre de l’Ancien Régime. » Présentation de l’éditeur

Une équipe éditoriale internationale…

La direction de l’anthologie est assurée par trois spécialistes du théâtre des femmes sous l’Ancien Régime : Aurore EVAIN (Sorbonne Nouvelle), Perry GETHNER (Oklahoma State University) et Henriette GOLDWYN (New York University). La présentation et l’annotation des textes sont réalisées en collaboration avec des spécialistes reconnu-es des autrices/de la littérature féminine/du théâtre.

5 volumes brochés, format poche, textes en orthographe et ponctuations modernisées…

  • volume 1 : XVIe siècle. Marguerite de Navarre, Louise Labé, Catherine Des Roches. Parution : décembre 2006. 562 p., 10€.
  • volume 2 : XVIIe siècle. Françoise Pascal, Mme de Villedieu, sœur de La Chapelle, Anne de La Roche-Guilhen, Mme Deshoulières. Parution : mai 2008. 624 p., 15€.
  • volume 3 : XVIIe-XVIIIe siècle. Catherine Bernard, Mme Ulrich, Catherine Durand, Marie-Anne Barbier, Mme de Sainctonge, Mme de Gomez. Parution : 2009.
  • volume 4 : XVIIIe siècle Mlle Monicault, Mme Ricobonni-Baletti, Mme de Staal-Delaunay, Mme Duboccage, Mme de Graffigny, Mme de Montesson, Mme Benoist. Parution : 2010.
  • volume 5 : XVIIIe-XIXe siècle Mme de Genlis, Fanny de Beauharnais, Mlle de Saint-Léger, Olympe de Gouges, Isabelle de Charrière, Mme de Staël-Holstein. Parution : 2011.

Un site « compagnon »…

Ce site internet présente les volumes, accompagnés de documents inédits et d’extraits de pièces, ainsi que toute l’actualité consacrée au théâtre de femmes de l’Ancien Régime : articles, colloques, lectures, représentations, etc.

Des lectures videos

Un DVD de la lecture du Favori de Mme de Villedieu a été réalisé, sous le parrainage du GRAC (Université Lyon 2), de l’Université de Saint-Etienne, de l’Université de Liège et du département de français de l’Université de New York. Destiné aux centres de recherches, bibliothèques et départements universitaires, il est disponible au prix de 35€. (contact)

En savoir plus sur le projet

« Théâtre de femmes : les enjeux de l’édition », Agoravox.