Archives pour la catégorie – Femmes du Monde entier

Les Testaments – Margaret Atwood/ Eblouissant !

Les testaments

Testaments – Margaret Atwood – Collection Pavillons – Robert Laffont, octobre 2019

 Lorsque j’ai appris la sortie de ce nouvel opus du chef-d’œuvre dystopique de Margaret Atwood « La servante écarlate », je me suis demandé pourquoi l’autrice avait ressenti le désir d’écrire cette suite : une série télévisée s’en était chargée avec brio, malgré quelques critiques cependant sur une forme de surenchère dans la cruauté et la violence du système totalitaire de Galaad.

Mais Margaret Atwood, dans ses remerciements, à la fin de l’ouvrage, ne manque pas d’adresser ses plus vifs remerciements aux « équipes MGM et de Hulu qui ont adapté le livre en une captivante série télévisée, magnifiquement réalisé et maintes fois primée ».

Mais il est à noter qu’elle ne mentionne que l’adaptation du roman et non la suite.

Parce que la patronne, c’est elle, et la suite sera la sienne !

Mais quid de cette suite ? Est-il encore possible de maintenir la même tension, le même suspense et la même émotion  ?

Le récit se situe quinze ans après « la servante écarlate » dans un régime théocratique corrompu, dont les rouages impitoyables assassinent, torturent et réduisent au silence tous ceux et surtout toutes celles qui lui résistent.

Testaments, est le récit de trois femmes dont l’une est la fondatrice du système, et les deux autres  deux jeunes filles dont l’une a été élevée à Galaad, et l’autre au Canada.

Les destins de ces trois femmes vont être réunis sous le sceau du secret, dans une lutte clandestine et souterraine, éminemment dangereuse qui pourrait les broyer.

Je n’en dirais pas plus, parce qu’il ne faut rien savoir  afin de pouvoir se laisser porter par le récit.

Selon Margaret Atwood, il s’agissait de répondre à une question récurrente qui lui était posée : « Comment Galaad s’est-il disloqué ? »

Testaments y apportent une réponse.

« Il arrive que les totalitarismes s’effondrent, minés de l’intérieur, parce qu’ils n’ont pas réussi à tenir les promesses qui les avait portés au pouvoir ; il se peut aussi qu’ils subissent des attaques venues de l’extérieur ; ou les deux. Il n’existe pas de recette infaillible, étant que très peu de choses dans l’histoire sont inéluctables. »

 Il s’agit selon moi d’un récit virtuose, qui ne vous lâche pas, dont le suspense est haletant et vous fait vibrer jusqu’à la dernière page.

Je vous le dis, Margaret Atwood voulait avoir le dernier mot. Et elle l’a eu dans cette suite éblouissante.

Margaret Atwood – Graine de sorcière

Margaret Atwood – Graine de sorcière –  (2016) Editions Robert Laffont, Paris 2019

Est-ce un signe des temps ? Margaret Atwood revisite le personnage de Miranda dans la Tempête de Shakespeare. Et c’est fabuleusement réjouissant !

Quelle ne fut pas ma surprise en lisant le dernier roman de Margaret Atwood traduit en français, « Graine de sorcière » de découvrir que Miranda en était l’un des sujets. Ou plutôt sa réhabilitation.

Un des nombreux clins d’œil de ce roman foisonnant !

Les féministes tentent aujourd’hui de redonner aux personnages féminins des romans masculins, victimes d’une société patriarcale qui les a contraints, l’occasion de régler quelques comptes. Avant de lire ce roman, j’avais découvert la version de la librettiste (peut-on l’appeler comme cela ?) Cordelia Lynn dans un semi opéra qui lui est consacré, où Miranda se venge de son existence bafouée.

Pourquoi m’être intéressée à la Tempête ? Parce que j’avais vu la pièce au théâtre, que le personnage de Miranda m’avait semblé assez symptomatique de la société de l’époque, où les femmes étaient exclues du pouvoir, et aussi parce que ma fille Héloïse dessinait les personnages pour Ted Ed et relisait donc la pièce. (J’ai la chance d’être la mère d’une jeune femme prodigieusement intéressante et talentueuse (mais si, mais si, je suis objective, l’amour n’est-il pas une seconde vue ?).

La mise en abyme de Margaret Atwood est diablement futée ! Lisez plutôt : « Injustement licencié de son poste de directeur du festival de Makeshiweg, au Canada, alors qu’il mettait en scène la tempête de Shakespeare, Felix décide de disparaître. Il change de nom et s’installe dans une maisonnette au cœur de la forêt pour y panser ses blessures, pleurer sa fille disparue. Et préparer sa vengeance. »

Douze ans après, il a l’occasion de monter une pièce avec un groupe de détenus dans une prison. Et il va s’arranger pour orchestrer sa vengeance et débouter du pouvoir ceux qui lui ont nui autrefois. D’une manière tout à fait jouissive pour le lecteur qui s’amuse bien, je vous prie de le croire, en opérant une sorte de renversement des valeurs ! Dont le personnage de Miranda ne fera pas l’économie.

Une sorte de tempête à bord d’une île qui serait la société du spectacle d’aujourd’hui.

Et un gigantesque pied de nez aux salauds de tout poil.

lire margaret Atwood

Une nouvelle Miranda, libérée du patriarcat étouffant de « La tempête » de Shakespeare. A l’opéra…

Miranda, en latin, veut dire « celle qui doit être admirée ».

A L’Opéra Comique, le semi-opéra (alternance du parlé et du chanté, genre populaire au XVIIe siècle) conçu par Katie Mitchell, Cordelia Lynn et Raphaël Pichon à partir d’œuvres de Shakespeare et Purcell (mais aussi de Matthew Locke, Orlando Gibbons, Jeremiah Clarke, et aussi Ann Boleyn…), remet à l’honneur Miranda, unique personnage féminin de The tempest de Shakespeare.

Cet opéra est  une création originale de la metteuse en scène Katie Mitchell , de la dramaturge Cordelia Lynn, et du chef d’orchestre Raphaël Pichon .

Qui est donc Miranda, fille unique de Prospero, élevée de manière libre mais soumise au pouvoir des hommes ?

« Violée, abusée, mariée alors qu’elle n’était encore qu’une enfant » elle représente une figure du martyre féminin, et de son statut de victime dans une société patriarcale qui la violente. les femmes, ici, utilisent  » le désir de vengeance, la violence, l’invective, le reproche, la déploration « .

Dans cet opéra, Miranda organise un faux suicide (une noyade) afin de revenir demander des comptes aux hommes qui ont marqué sa vie et se venger.

D’objet de convoitise, elle devient sujet de la narration.

La critique (essentiellement Télérama) pointe un certain manichéisme dans ce huit clos (étouffant ?) où les femmes sont toutes des victimes et les hommes tous des salauds. Mais il faut dire que dans la pièce de Shakespeare, c’est bien la violence de ce monde d’hommes qui sert d’armature au récit. Et il me semble que la librettiste voulait rééquilibrer le monde un peu patriarcal de Shakespeare.

Seul lueur d’espoir du récit, Ferdinand, le mari de Miranda, s’exclame :  « Je veux trouver un moyen d’aimer qui ne blesse pas. Un amour sans douleur. Sans craintes »

mezzo : Kate Lindsey (Miranda); soprano : Katherine Watson (Anna, épouse de Prospéro) ; ténor : Allan Clayton (Ferdinand); soprano (14 ans) Aksel Rykkvin (fils de Miranda); baryton : Marc Mauillon (le pasteur)

Orchestre : ensemble Pygmalion

En librairie le 10 octobre, la suite de « La servante écarlate » traduite en français. Un démenti à la série télévisée ?

Une alternative à la série télévisée dont les saisons se suivent et se ressemblent : violentes et insupportables parfois. Géniales aussi le plus souvent. D’ailleurs je viens d’apprendre que ce livre va également faire l’objet d’une série télévisée.

« Le chef-d’oeuvre dystopique de Margaret Atwood, La Servante écarlate, est devenu un classique contemporain… auquel elle offre aujourd’hui une spectaculaire conclusion dans cette suite éblouissante.

Quinze ans après les événements de La Servante écarlate, le régime théocratique de la République de Galaad a toujours la mainmise sur le pouvoir, mais des signes ne trompent pas : il est en train de pourrir de l’intérieur.
À cet instant crucial, les vies de trois femmes radicalement différentes convergent, avec des conséquences potentiellement explosives. Deux d’entre elles ont grandi de part et d’autre de la frontière : l’une à Galaad, comme la fille privilégiée d’un Commandant de haut rang, et l’autre au Canada, où elle participe à des manifestations contre Galaad tout en suivant sur le petit écran les horreurs dont le régime se rend coupable. Aux voix de ces deux jeunes femmes appartenant à la première génération à avoir grandi sous cet ordre nouveau se mêle une troisième, celle d’un des bourreaux du régime, dont le pouvoir repose sur les secrets qu’elle a recueillis sans scrupules pour un usage impitoyable. Et ce sont ces secrets depuis longtemps enfouis qui vont réunir ces trois femmes, forçant chacune à s’accepter et à accepter de défendre ses convictions profondes. En dévoilant l’histoire des femmes des Testaments, Margaret Atwood nous donne à voir les rouages internes de Galaad dans un savant mélange de suspense haletant, de vivacité d’esprit et de virtuosité créatrice. »

Pourquoi (re)-lire « La tempête » de Shakespeare ? Parce que je vais bientôt vous parler de Miranda ! Vous pouvez juste regarder cette vidéo !

Iseult Gillespie – Héloïse Dorsan Rachet

le 12 août je lis un livre québécois – Claude Lamarche, Les têtes rousses

    Résultat de recherche d'images pour "les têtes rousses"

J’ai lu ce roman dans le cadre particulier de cette journée, et aussi parce que Claude Lamarche est blogueuse et écrivaine. Sur ma liseuse, parce qu’il était plus difficile de le trouver en version papier. Au mois de novembre est organisé un autre rendez-vous avec la littérature « Québec en novembre » auquel je compte bien participer.

Le récit de Claude Lamarche est intéressant à plus d’un égard. Par ses conditions de création, tout d’abord, lors d’ateliers d’écriture, pratique assez courante Outre-Atlantique, beaucoup plus rare chez nous, et par sa double généalogie, celle de sa production mais celle aussi des ancêtres de l’auteure, les familles Bushell et Lynch.

C’est en découvrant un cahier écrit par sa grand-mère maternelle qu’elle se plonge dans l’histoire familiale.

Cependant, ce n’est pas un simple travail de généalogiste mais aussi de romancière qu’a entrepris l’auteure. Claude Lamarche avertit : « Dès que j’ai commencé à fouiller dans la vie de mes ancêtres, les personnes sont devenues des personnages. Plutôt que de tenter de me rapprocher de leurs vérités – ce que j’aurais pu croire être leur vérité-, j’ai choisi de les suivre sur le chemin qu’ils ont décidé d’emprunter. »

La famine sera à l’origine d’une très forte immigration irlandaise à la fin du XIXe siècle. Le mildiou qui a attaqué les pommes de terre à la base de l’alimentation mais aussi l’injustice dans la répartition des terres, le morcellement, qui ne permet pas de produire suffisamment, pousseront un grand nombre d’irlandais à fuir leur pays.

On connaît assez bien, par de nombreux récits, la migration vers les Etats-Unis, mais moins bien peut-être celle vers le Canada, encore sous domination anglaise, nommé le Canada-Uni. En tout cas, en ce qui me concerne, cela a été une vraie découverte.

Les orphelins Bushell vont donc quitter leur Irlande natale, en 1847,  à la recherche d’une vie meilleure. Bridget, la grande sœur, mène son petit monde d’un main aimante mais ferme jusqu’à Saint-Henri des Tanneries. Commence alors une vie rude, faite de privations, de travaux pénibles et mal rémunérés. Il y a notamment de nombreux passages qui montrent la dureté du travail des enfants, embauchés dans les manufactures, et leurs vies sacrifiées.

Progressivement la famille anglophone va s’adapter et s’intégrer à la culture québécoise, en adopter certaines caractéristiques et l’on comprend peu à peu comment la langue française va devenir également un élément important de l’histoire familiale.

C’est un récit linéaire, dans lequel les personnages sont engagés dans une forme de survie et qui progressivement, au fil des générations, vont acquérir une forme d’aisance.

En cette fin du XIXe siècle, la majorité de la population suit la tradition : la religion, l’ordre social, la condition des femmes, les nombreux enfantements, la répartition des tâches ne sont pas contestés.

C’est un récit qui se lit avec plaisir… C’est toujours savoureux pour nous, ici en France de lire nos amis francophones auxquels nous attache une indéfectible affection

Auteure du mois de septembre : Cristina Di Belgiojoso (1808-1871), écrire pour lutter dans l’Italie du XIXe siècle…

Il aurait été dommage de ne pas vous parler de Cristina Di Belgiojoso (1808-1871), cette brune à la beauté particulière que vous pouvez contempler sur ce portrait, dont les activités littéraires sont très dépendantes de son activité politique et militante dans l’Italie du XIXe siècle. Ecrire permet de penser et de réformer.

J’ai dû croiser un grand nombre d’informations dont certaines divergeaient légèrement.

Elle a été la première femme à diriger un journal, « la Gazzetta italiana » en 1842. Elle écrira 4 volumes « L’essai sur la formation du dogme catholique » qui prône un catholicisme libéral, écrira dans la Revue des Deux Mondes (1848) à propos des événements auxquels prend part.

Elle publie dans le premier numéro de la revue Nuova Antologia de 1866 son étude Della presente condizione delle donne e del loro avvenire (« des conditions actuelles des femmes et de leur avenir »)[1].

Mais qui est-elle ?

Elle fait partie de la noblesse, née marquise Trivulzio, et épouse en 1824 le prince Emilio de Belgiojoso qui, mari infidèle, lui transmit la syphilis [2]. Il était à la tête d’une société secrète « la Federazione », ennemi irréductible de l’Autriche[3]et fervent patriote. Elle devient une activiste en faveur de l’unité italienne et tente de soulever l’opinion en faveur de la libération de l’Italie grâce à son journal.

En 1831, pour fuir la répression, elle s’exile à Paris, tient un salon où elle fréquente Balzac, Musset, Heine, Liszt ou l’historien François-Auguste Mignet.

Sa personnalité originale et exaltée en fera l’icône du romantisme mais aussi de l’indépendance de la femme.

En 1848, elle participe à l’insurrection milanaise qui sera un échec, fait lever à ses frais une troupe de volontaires, portant un immense drapeau déployé aux couleurs italiennes.[4]

Elle s’exile et entreprend un voyage avec sa fille et quelques autres exilés en Grèce et Asie mineure, et écrira des mémoires d’exil.
A partir de 1856, elle se fixe à Locato près de Milan et entreprend des réformes sociales en faveur des paysans.  La proclamation du royaume d’Italie se réalise le 17 mars 1861 et un an avant sa mort, en 1871, elle assiste à la dernière phase de l’unification de son pays avec l’annexion de Rome.

[1] Ginevra CONTI ODORISIO in Dictionnaire des créatrices.

[2] idem

[3] Dictionnaire des femmes célèbres, Laffont

[4] idem

 Le Secret des Conteuses de Martine Amsili -Théâtre Dejazet du 10 septembre au 12 octobre 2019

Du 10 Septembre au 12 Octobre 2019

Du mardi au samedi à 20 h30. Matinée  samedi à 16 h.

Au théâtre Déjazet  (75003)

 Le Secret des Conteuses est une comédie sur fond d’histoire de France et de Roi Soleil. Nous sommes chez Ninon de Lenclos, courtisane, sublime, spirituelle, piquante, en compagnie de la grande Epistolière Madame de Sévigné, de l’éloquente romancière Mademoiselle de Scudéry, de Madame Scarron (future épouse morganatique de Louis XIV) sans oublier la chambrière de Ninon (Louison). Ces femmes incarnent le temps d’une pièce, sous l’égide de Ninon, le courant sceptique et libertin du XVIIe siècle dont l’impertinent écho portera jusqu’aux cafés célèbres de la Révolution. Nous sommes en 1671, à l’âge d’or du théâtre, des grands épistoliers, du Mercure Galant et de la préciosité. A la faveur d’un secret, des conteuses vont déployer leur verve en toute liberté, et faire montre d’éloquence  afin  d’évoquer un amour singulier. Le Secret des Conteuses nous révèle au fil des scènes, l’héritage social, amoureux et intellectuel auquel la femme d’aujourd’hui pourrait s’identifier sans rougir.

Tarifs :

Première catégorie : 39 euros

Deuxième catégorie : 32 euros

Troisième catégorie : 24 euros

Etudiants : 20 euros

Fanny Raoul et Typhaine D au Café de la Gare le samedi 12 octobre – Un texte puissant et beau !

J’avais écrit une petite chronique sur ce texte magnifique !

Fanny-Raoul

Raoul (Fanny) – Opinion d’une femme sur les femmes

« Il est remarquable de voir des philosophes s’attendrir sur le sort d’individus dont un espace immense les sépare tandis qu’ils ne daignent pas s’apercevoir des maux de ceux qu’ils ont sous les yeux ; proclamer la liberté des nègres, et river la chaîne de leurs femmes est pourtant aussi injuste que celui de ces malheureux ».

Vivre-Ecrire – Marina Tsvetaeva

« Il ne s’agit pas du tout de Vivre Et Ecrire, mais de Vivre-Ecrire. Car Ecrire – c’est Vivre. »

Photo en 1917- Source Wikipédia

Cité dans « Je t’aime affreusement  » d’Estelle Gapp

Dominique Bona –  Berthe Morisot, Le secret de la femme en noir / L’été des femmes artistes – Litterama

Dominique Bona –  Berthe Morisot, Le secret de la femme en noir – Editions Grasset& Fasquelle, 2000

Dominique Bona –  Berthe Morisot, Le secret de la femme en noir – Editions Grasset& Fasquelle, 2000

Dominique Bona, grande érudite, s’appuie sur un travail de documentation remarquable pour nous livrer cette biographie de Berthe Morisot qu’elle va lier, pour l’essentiel, à la famille Manet, et entre tous,  Edouard Manet, illustre peintre, contemporain des impressionnistes qui n’a jamais voulu se rallier au mouvement, et que Berthe a rencontré au tout début de sa formation lorsque elle allait copier des œuvres au Louvre.

Le Musée d’Orsay lui consacre une magnifique exposition que l’on peut voir encore jusqu’au mois de septembre.

Je ne retracerai que vaguement les grandes lignes de cette biographie, d’autres l’ont fait beaucoup mieux que je ne le pourrais. Je voudrai juste souligner ce qui a été, pour moi, la force et l’intérêt de ce livre.

Tout d’abord, Dominique Bonat, si elle ne néglige pas l’influence d’Edouard Manet sur le style de Berthe Morisot, montre comment elle s’en est vite dégagée et de quelle manière elle a trouvé sa voie et son propre style.

Berthe Morisot a-t-elle eu une histoire d’amour avec le peintre ? On ne le saura jamais avec certitude. Manet la peindra plusieurs fois en de sublimes figures, à la fois sensuelles et énigmatiques.

«  Elle mesure toujours la vie d’après ses drames mais dissimule son pessimisme sous un masque de sérénité. Ce tourment profond et constant, qui jamais ne se dissipera et dont son regard porte les reflets, la rapproche de Manet, lui permet de comprendre et d’aimer ce qu’il peint, la violence, la brutalité de sa vision, le magnétisme de ses couleurs la fascinent. »

L’auteure a cherché dans les archives, aucune lettre n’est restée qui pourrait l’attester ou l’infirmer. On peut juste s’étonner cette absence de traces de la relation qu’il y eut entre ces deux êtres, pendant toute une période, si proches.

Le talent de Dominique tient aux hypothèses qu’elle élabore, au suspense qu’elle entretient savamment sur cette relation entre deux êtres hors du commun. Et surtout aux éléments qu’elle met en scène pour vous faire revivre la vie, les pensées, le caractère de cette artiste singulière. Vous pourrez ainsi vous faire votre propre idée. Vous nous direz ce qu’il en est selon vous, et votre analyse.

Berthe Morisot fut un des chefs de file du mouvement impressionniste, première et seule femme à exposer aux côtés de Monet, Degas et Renoir.

On connaît l’origine du nom donné au mouvement, attribuée à une remarque sarcastique du critique d’art Louis Leroy. Il aurait écrit après avoir vu une toile de Monet: « Que représente cette toile ? Impression ! Impression, j’en étais sûr. Je me disais aussi puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impression là-dedans ». Claude Monet devant donner un titre à son tableau, un paysage au Havre peint en 1872, propose « Mettez Impression, soleil levant ».

Elle créa, avec ses amis, le groupe d’avant-garde les « Artistes Anonymes Associés » qui allait devenir la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs dans laquelle figureront ceux que l’on a appelé impressionnistes à la suite du fameux Monsieur Leroy.

L’autre intérêt de cette biographie est de montrer la condition de la femme artiste au XIXe siècle, la façon dont l’art, de même que l’écriture, ont permis aux femmes de revendiquer une certaine indépendance. Lorsque Berthe peint, c’est-à-dire lorsqu’elle travaille, c’est son mari et sa fille que l’on peut voir sur le tableau.

Mais ce parcours d’artiste exigera de surmonter les conflits intérieurs qui la minent.

« Tiraillée entre deux pôles, entre deux exigences, celle de la peinture et celle de la femme, « elle se monte et se démonte comme devant », dit sa prosaïque mère. Elle lutte pour affirmer sa différence. Des conflits psychologiques la minent. Maux de tête et d’estomac, crampes, migraines. »

Elle a réussi à écrire une biographie extrêmement vivante, précise et documentée, et sa parfaite maîtrise de tous les éléments biographiques, la synthèse qu’elle peut alors opérer, rend le récit d’une grande fluidité, et son sens de la narration lui donne suspense et intérêt.

L’art de Berthe Morisot voulait « Fixer quelque chose de ce qui passe ». L’art de Dominique Bona, est de restituer l’atmosphère de ces années-là, les mouvements intérieurs de Berthe Morisot, ses combats et ses contradictions, afin que nous aussi, nous puissions approcher ce mystère.

A lire absolument…

Résultat de recherche d'images pour "berthe morisot"

source image : wikipedia

Zoé Valdès – La femme qui pleure / Dora Maar – L’été des femmes artistes/ Litterama

Zoé Valdès – La femme qui pleure – Arthaud poche – 2016 Flammarion

La Femme qui pleure eBook by Zoé Valdés

Doraa Maar fut une artiste surréaliste, photographe et peintre, et aussi muse de Picasso. Une rétrospective de son œuvre lui a été consacrée récemment au Centre Pompidou. Sa carrière a été complètement absorbée par son rôle de muse, à l’ombre du génie de Picasso. Il a fait d’elle « La femme qui pleure », manifeste de la déconstruction du portrait.

Résultat de recherche d'images pour "dora maar"

Portrait de Dora Maar, Pablo Picasso, 1937 | Paris 1937 Huil… | Flickr

Le livre de Zoé Valdès retrace une période censée être clef, un voyage à Venise, quelques années après sa rupture avec Picasso, en compagnie de deux amis, à l’issue duquel elle se retirera du monde pour vivre mystique et recluse, loin des mondanités parisiennes.

L’originalité du récit tient à ce que Zoé Valdès entremêle des éléments de sa propre biographie, et de sa relation rêvée ou imaginaire avec Dora Maar, qui tient plus de la rencontre manquée que d’une véritable relation.

« La vérité c’est que je me trouvais aussi vide qu’elle, à la limite de ma réserve d’illusions […]. », écrit-elle.

Par de savants aller-retours, elle retrace les amours de Dora Maar avec Picasso, dont on peut dire qu’ils sont violents et malsains. L’artiste a disparu au profit de la muse.

Résultat de recherche d'images pour "dora maar"

Dora Maar in an Armchair | Pablo Picasso Dora Maar in an Arm… | Flickr

Ce qui est intéressant, cependant, c’est l’effacement dû à ce statut, qui rend le suprêmement visible, l’image, invisible. Cette « femme qui pleure », exposée dans les musées cachera toujours l’autre femme, celle qui crée.

Dora Maar raconte : « Tout s’est alors transformé, mon indépendance a été abolie et je me suis annulée comme artiste ».

Picasso est un ogre, aux appétits sexuels démesurés. Il la méprisera, l’insultera et la fera terriblement souffrir, voilà ce que je retiens de ce livre. Et pour moi ce n’est pas assez.

J’ai eu l’impression d’assister à une scène continue de dévoration.

« Elle revoyait parfois, en ironisant, silencieuse et amusée, les affronts d’apparent désamour qu’elle avait dû essuyer. Le Grand Génie racontant, par exemple, à ses amis que sa maîtresse obéissait plus vite que son chien Kazbeck, un lévrier afghan paralysé de paresse. Tandis que le chien faisait la sourde oreille, Dora répondait en courant au moindre appel, et elle avait grand plaisir à lui obéir. « Ce n’est qu’une fillette, une petite chienne, une bête… Tu lui lances un os et elle court le chercher pour te le rapporter. »

Quand ils faisaient l’amour et qu’il se juchait sur elle, il se moquait de ses gestes, lui pinçait la peau du cou, de la poitrine, lui laissait des bleus partout. »

La frontière devient floue entre vie publique et vie privée. Sur les toiles de Picasso, je vois maintenant l’ombre meurtrie de Dora Maar, comme de longues traînées sales, rougeâtres, imprégnées de ce sang des menstrues avec lequel il aimait peindre…

Et les larmes qu’il lui fit pleurer, sur ce tableau….

Le 12 aôut, je lis un livre québécois !

litterama - Copie

J’ai choisi pour ma part, dans l’énorme création de nos amis québécois, le livre de Claude Lamarche « Les têtes rousses »

Résultat de recherche d'images pour "claude lamarche les têtes rousses"

Toni Morrison s’en est allée de ses pas ailés…

Nous apprenons la disparition, à l’âge de 88 ans, de cette immense autrice que fut Toni Morrison.

D’elle, j’ai lu Home et Beloved …

Paroles de femmes : Toni Morrison

 

Elfriede Jelinek :  » La langue elle-même parle… »

Résultat de recherche d'images pour "elfriede jelinek"

« Je me sens vraiment ancrée dans cette tradition de la réflexion critique sur le langage. La langue elle-même parle, s’exprime, et elle le fait plutôt bien, allant jusqu’à révéler ses vérités intérieures. C’est pour cette raison que je me laisse volontiers aller aux calembours – aussi bien aux jeux de mots qu’aux blagues un peu plus osées -, que j’assume une part de trivialité, tout en pouvant me risquer, en même temps, au pathos. J’aime vraiment l’art du calembour, car je veux que le langage nous révèle sa vérité contre nos volontés.  »

« J’utilise le son de chaque mot comme s’il s’agissait d’une composition musicale. J’essaie aussi de révéler le caractère idéologique du langage, de le contraindre à lui faire sortir ses contre-vérités, et ce avec beaucoup d’humour.  »

source : L’Express , interview réalisée par  par Baptiste Liger,

L’été 2019 des romancières, poétesses et nouvellistes autrichiennes

Nous sommes à la saison des voyages, et je m’envole bientôt vers Vienne…

Stefan Zweig hante nos mémoires, et ses héroïnes sont toujours magnifiquement campées, écrites, décrites : Brûlant secretAmok, Lettre d’une inconnue et Vingt-quatre heures de la vie d’une femme ont toujours autant de succès aujourd’hui.

On connait moins les romancières autrichiennes, même si Elfride Jelinek a eu le prix Nobel de littérature en 2004.

Résultat de recherche d'images pour "elfriede jelinek"

Elfriede Jelinek, Munich, 9.2004 (Foto: G. Huengsberg), Licence creative commons.

Selon la presse, elle entretient des relations difficiles avec son pays, qu’elle déteste, ou plutôt les partis nationalistes qu’elle exècre. Elle s’élève contre toutes les formes d’exploitation, sociale, par le genre, le sexisme et les stéréotypes qui contraignent les individus. Ses romans sont proches de l’avant-garde, souvent expérimentaux et parfois très difficiles à lire : distorsion du temps, collage, références multiples, populaires ou savantes. Très influencée par l’expressionisme, le dada, le surréalisme, mais aussi les sciences humaines et le structuralisme, son oeuvre est dense et difficile, d’autant plus quand on lit les traductions qui ne rendent pas toujours très fidèlement ses recherches sur la musicalité de la langue. Sa personnalité flamboyante, passionnée, à fleur de peau, en fait une personnalité exceptionnelle et controversée.

Parmi une oeuvre conséquente, citons: La pianiste, Méfions-nous de la nature sauvage.

Résultat de recherche d'images pour "ingeborg bachmann"

Graffiti de Jef Aérosol au musée Robert Musil de Klagenfurt.

Ingeborg Bachman  (1926-1973) est à tous les égards une grande femme des lettres autrichiennes, et elle tient également une place de choix dans mon panthéon littéraire.

Poéte, nouvelliste, romancière, elle cherche à renouveler le langage afin de pourvoir créer un monde nouveau (voir le groupe 47). Après le traumatisme du nazisme, ce groupe veut rénover la langue, « salie » par les nazis. Les femmes de ce groupe, dont Ilse Aichinger, veulent entreprendre un travail de refondation, de rénovation de la langue, dans un travail de réappropriation, les mots étant ceux qu’ont élaborés les hommes pour parler à leur place, pour ignorer leur monde, et leurs désirs.

Ainsi tente-t-elle d’écrire l’Amour, tel que les femmes le ressentent, avec leurs propres mots. Dans ce sens, Malina, se veut le premier roman d’une tétralogie sur la refondation féminine de la langue. Il sera le dernier, car Ingeborg Bachman qui voulait traduire le tragique de l’existence féminine, aura une fin également tragique, puisqu’elle mourra brûlée vive dans sa chambre d’hôtel à Rome, le

Bien sûr, ses recherches auront bien des développements par la suite, et on songe ici aux recherches de Luce Irigaray sur le féminin de la langue.

Elle est elle aussi une personnalité très attachante que je vous invite à découvrir.

Mais il faudrait aussi citer : Ilse Aichinger, Ruth Aspöck, Vicki Baum, Marie Von Ebner- Eschenbach, Jeannie Ebner, Marianne Fritz, Karin Gayer, Anna Gmeyner, Maja Haderlap ( L’Ange de l’oubli ), Enrica Von Handel-Mazzetti, Marlen Haushofer (traduite chez Actes Sud), Lotte Ingrish, Alma Karlin, Gina Kaus, Edith Kneifl (Un matin à Trieste, ed Fleuve noir), Alma Johanna Koenig, Susanna Kubelka (Madame rentre tard ce soir, Belfond, 1996 ), Eva Menasse (La Dernière Princesse de conte de fées, L’Arche Editeur), Caroline Von Pichier, Ursula Poznanski (Publiée aux Presses de la Cité), Elisabeth Reichart, Gabriele von Sazenhofen, Ossip Schubin, Hilde Spiel (exil à Londres, traduite en anglais), Marlene Steeruwitz.

Ebner-Eschenbach.jpg  Résultat de recherche d'images pour "Enrica Von Handel-Mazzetti"Alma Karlin.pngGina Kaus.jpg

Marie Von Ebner- Eschenbach  Enrica Von Handel-Mazzetti Alma Karlin Gina Kaus

Source photos : Wikipedia, licence creative commons.