Archives pour la catégorie Poétesses

Josephine Bacon, lecture

Le nord m’interpelle,

Ce n’est pas un domaine vers d’autres directions,

aux couleurs des quatre nations,

blanche, l’eau,

jaune, le feu,

rouge, la colère, noir, cet inconnu

où réfléchit le mystère,

Cela fait des années que je ne calcule plus

Ma naissance ne vient pas d’un baptême,

mais d’un seul mot

Son nom, si loin, la montagne à gravir,

Mes sœurs, mes frères,

de l’est, de l’ouest,

du sud et du nord,

chantent-ils, qui les guérira

de la douleur meurtrière de leur identité ?

Notre race se relèvera-t-elle de l’abîme de sa passion ?

Je dis, au sein du cercle, libérez les rêves ,

comblez l’église inachevée,

poursuivez le courant de la rivière,

Dans ce monde multiple,

accommodez le rêve,

Le passage d’hier à demain devient aujourd’hui,

l’unique parole de ma sœur, la terre,

Seul le tonnerre absout,

une vie vécue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parfum de la terre, Rita Mestokosho

Viens marcher avec le printemps

Sens le vent sur tes joues

Sois libre de tes mouvements

Prends le temps de vivre

car demain ne t’appartient pas

N’oublie pas ta promesse

D’aller retrouver la paix

Dans une forêt, dans une maison en bois,

Retrouve les battements de ton cœur,

Nous partirons les yeux fermés,

Le cœur enveloppé du parfum de la terre.

Natalie Clifford-Barney (1877-1972) – Fêtes

Description de cette image, également commentée ci-après

 

Lesbienne comme son amie Renée Vivien, Natalie avait de la fortune et de la fantaisie. Son féminisme était cassant (Cette catastrophe : être une femme »), son esprit d’indépendance et son objectivité toujours en éveil. Son « immoralité » s’accommode avec le goût du verbe fruité et l’invention de l’image concrète.

 

 

Fêtes

Les lanternes parmi les arbres ont des joues

Peintes : telles mousmés lumineuses qu’on loue !

La chasse aux vers luisants prendra pour son taïaut

Les sons de quelque invisible qui joue !

Arabesques d’une âme ancestrale et mandchoue

Qui s’enfle du désir d’arriver sans défaut

A cette lune prise au pommier le plus haut ?

(Poems et poèmes, autres alliances, 1920)

Photo : Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7745411

Chloé Sainte-Marie et Joséphine Bacon : Je sais que tu sais

Claude de Burine (1931-…) – Maisons femmes

« Claude de Burine est issue d’une vieille famille ardéchoise les de Burine de Tournays.

Elle divorce en 1956, puis devient l’épouse du peintre surréaliste et illustrateur Henri Espinouze, dit Espinoza.

En 1982, Henri Espinouze décède.

Elle sera la compagne de Roland Massot, puis de Raymond Kadjan.

Elle fut avec Joyce Mansour, Thérèse Plantier, Alice Notley et autres, l’une des grandes voix féminines de la poésie contemporaine. « Wikipédia

Je me transformerai

Certaines maisons sont veuves

Assises au bord des trottoirs

Elles rient de la nouvelle

La petite

En chemisier rose

 

Sortent pour voir la neige

Quelqu’un que l’on se doit

De rencontrer

Comme les mots d’amour

Qui restent des étangs

Dans la pensée

Marie Krysinska (1864-1908) – Le poème des caresses

Elle fut la première à pratiquer le vers libre en France dans les années 1881-1882, précédant le combat décadent de Gustave Kahn.

Inoubliables baisers qui rayonnez

Sur le ciel pâle des souvenirs premiers !

Baisers silencieux sur nos berceaux penchés !

 

Caresses enjouées sur la joue ;

Tremblantes mains des vieux parents, –

Pauvres chères caresses d’antan,

 

Vous êtes les grandes soeurs sages

Des folles qui nous affolent

Dans les amoureux mirages.

 

Baisers ingénus en riant dérobés,

Moins à cause de leur douceur souhaités,

Que pour s’enivrer de témérité.

 

Premières caresses, vacillantes –

Comme, dans le vent âpre,

Des lumières aux lampes ;

 

Caresses des yeux, caresses de la voix,

Serrement de mains éperdues

Et longs baisers où la raison se noie !

 

Puis, belles flammes épanouies,

Sacrilèges hosties

Où tout Dieu vainqueur avec nous communie !

 

Caresses sonores comme les clochettes d’or,

Caresses muettes comme la Mort,

Caresse meurtrière qui brûle et qui mord ! …

 

Baisers presque chastes de l’Amour heureux,

Caresses frôleuses comme des brises,

Toute-puissance des paroles qui grisent !

 

Mélancolique volupté des bonheurs précaires.

Pervers aiguillon du mystère,

Éternel leurre ! ironique chimère !

 

Puis, enfin, dans la terre –

Lit dernier, où viennent finir nos rêves superbes, –

Sur notre sommeil, la calmante caresse des hautes herbes.

La Force du désir, roman, Mercure de France, 1905 Texte en ligne

Mes soeurs – Joséphine Bacon

Joséphine Bacon, poétesse innue – Ma langue est importante car elle est en danger / Pessamit

Printemps des poètes : mois des poétesses innues Joséphine Bacon lit son poème en langue innue et en français

Il faut écouter la magnifique voix de cette poétesse !

Résultat de recherche d'images pour "réserve innue canada"Tu vas à la ville

aspirant à une vie meilleure

Dans ta fuite, tu te fuis

Tu vas de rencontre en rencontre

Tu t’inventes un récit qui te ressemble

Tu t’en vas si loin de ta naissance

Ton évasion ne danse plus

Tes musiques ont perdu leur rythme

Tu vacilles vers des lumières

Tel un papillon qui brûle ses ailes

Résultat de recherche d'images pour "portrait native canada"Où es-tu dans ta vie inachevée

Où es-tu que je ne te trouve pas

Où es-tu que je n’oublie pas

Où es-tu dans ton où es-tu

Un soleil rouge t’accueille

Tu es ailleurs

Tu es une fillette effrayée

Tu ne parles pas ta langue

Tu es là où tu te perds

Résultat de recherche d'images pour "portrait native women canada"Des au secours s’enfuient

Vers le vent du nord inquiet

Tu pries pour être entendue mais

ton cri reste silencieux

Ton âme retourne vers les tiens

Josephine Bacon

Résultat de recherche d'images pour "josephine bacon"

Photos : réutilisation autorisée sans but commercial – wikicommons

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cécile Sauvage (1883-1927) – Je t’apporte ce soir…

Cécile Sauvage est la mère du musicien Olivier Messiaen chante la mère Nature, distributrice de fleurs et d’étoiles. « La poésie de Cécile Sauvage est une poésie de plein air et de plein vent », écrit Jean de Gourmont en 1910. La neurasthénie va assombrir ses dernières œuvres.

Je t’apporte ce soir…

Je t’apporte ce soir ma natte plus lustrée

Que l’herbe qui miroite aux collines de juin ;

Mon âme d’aujourd’hui fidèle à toi rentrée

Odore de tilleul, de verveine et de foin;

Je t’apporte cette âme à robe campagnarde.

Tout le jour j’ai couru dans la fleur des moissons

Comme une chevrière innocente qui garde

Ses troupeaux clochetant des refrains aux buissons.

Je fis tout bas ta part de pain et de fromage;

J’ai bu dans mes doigts joints l’eau rose du ruisseau

Et dans le frais miroir j’ai cru voir ton image.

Je t’apporte un glaïeul couché sur des roseaux.

Comme un cabri de lait je suis alerte et gaie ;

Mes sonores sabots de hêtre sont ailés

Et mon visage a la rondeur pourpre des baies

Que donne l’aubépine quand les mois sont voilés.

Lorsque je m’en revins, dans les ombres pressées

Le soc bleu du croissant ouvrait un sillon d’or;

Les étoiles dansaient cornues et lactées ;

Des flûtes de bergers essayaient un accord.

Je t’offre la fraîcheur dont ma bouche était pleine,

Le duvet mauve encore suspendu dans les cieux,

L’émoi qui fit monter ma gorge sous la laine

Et la douceur lunaire empreinte dans mes yeux.

(Tandis que la Terre tourne, 1910)

Toi Innu – Joséphine Bacon

Dame Castelloza – C’est un honneur pour moi de vous aimer et de vous prier même sans profit

File:BnF ms. 854 fol. 125 - Na Castelloza (2).jpg

credit image (1)

Femme troubadour au début du XIIIe siècle. Gaie, belle, habitant un château près d’Aurillac, épouse d’un croisé vaillant et sanguinaire, elle dédia trois chansons de ferveur et d’humilité à Armand de Bréon, un grand seigneur qui lui en imposait.

Désormais de chanter, je ne devrais plus avoir envie,

Car plus je chante

Et pis il en va de mon amour

Puisque plaintes et pleurs

Font en moi leur séjour;

Car en un mauvais service

J’ai engagé mon cœur et moi-même

Et si, à bref délai, il ne me retient près de lui,

J’ai fait trop longue attente.

 

Ah! bel ami, du moins qu’un bel accueil

Me soit fait pour vous avant

Que je meure de douleur,

Car les amoureux

Vous tiennent pour farouche,

Voyant qu’aucune joie ne m’advient

De vous. Et pourtant je ne me lasse pas

D’aimer avec bonne foi,

En tous temps, sans cœur volage.

 

Mais jamais envers vous je n’aurai cœur vil

Ni plein de fourberie

Bien qu’en échange je vous trouve pire à mon égard,

Car je tiens à grand honneur

Pour moi cette conduite au fond de mon cœur.

Au contraire, je suis pensive, quand il me souvient

Du riche mérite qui vous protège

Et je sais bien qu’il vous convient

Une dame de plus haut parage.

 

Depuis que je vous ai vu, j’ai été à vos ordres.

Et jamais néanmoins,

Ami, je ne vous en trouvai meilleur pour moi;

Car ni suppliant

ne m’a envoyé par vous ni messager

Disant que vous tourniez le frein vers moi,

Ami, et que pour moi vous fassiez rien.

Puisque la joie ne me soutient pas,

Peu s’en faut que de douleur je n’enrage…

 

1) BnF_ms._854_fol._125_-_Na_Castelloza_(2).jpg ‎(443 × 590 pixels, file size: 49 KB, MIME type: image/jpeg)

Joséphine Bacon – Hommage aux femmes autochtones disparues et/ou assassinées

Béatrice de Die – Chanson

Au XIIe siècle, en Provence, la Comtesse de Die épousa Guillaume de Poitiers. Elle chanta dans la langue d’Oc de l’époque son amour pour Raimbaut d’Orange, qui lui fut indifférent et infidèle. Voici sa chanson extraite d’une anthologie établie par Régine Desforges, dans la traduction de Pierre Seghers. Voir ici : les trobairitz

Chanson

Grande peine m’est advenue

Pour un chevalier que j’ai eu,

Je veux qu’en tous les temps l’on sache

Comment moi, je l’ai tant aimé;

Et maintenant je suis trahie,

Car je lui refusais l’amour.

J’étais pourtant en grand’folie

Au lit comme toute vêtue

 

Combien voudrais mon chevalier

Tenir un soir dans mes bras nus,

Pour lui seul, il serait comblé,

Je ferais coussin de mes hanches;

Car je m’en suis bien plus éprise

Que ne fut Flore de Blanchefleur.

Mon amour et mon cœur lui donne,

Mon âme, mes yeux, et ma vie

 

Bel ami, si plaisant et bon,

Si vous retrouve en mon pouvoir

Et me couche avec vous un soir

Et d’amour vous donne un baiser,

Nul plaisir ne sera meilleur

Que vous, en place de mari,

Sachez-le, si vous promettez

De faire tout ce que je voudrais.

Celles qui…

« Un sort mauvais est fait aux femmes poètes; on a l’impression qu’elles ne sortiront jamais du ghetto de la « féminitude ». Les anthologies leur font la part congrue quand elles ne les ignorent pas tout simplement. Comme partout ailleurs, on retrouve « la femme alibi » – une par siècle, rarement plus. leurs noms nous sont connus : Christine de Pisan, Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, Anna de Noaïlles, Marie Noël, Andrée Chédid… Mais les autres, toutes les autres ? Celles qui trouvaient dans la poésie, le rêve et l’évasion, l’expression de leurs joies, de leurs peines, ou de leur foi, qui manifestaient, dans des vers souples et amples, leur sensualité, l’émerveillent de la maternité, leur amour du beau, leur peur devant la mort, qui disaient le bonheur des matins auprès de l’être aimé ou celui, simple, d’exister, qui jouaient avec les mots, avec les rimes, qui montraient leur sens aigu d’observation du monde, leur difficulté à se prendre au sérieux, qui dissertaient savamment, en alexandrins, de philosophie et de politique, qui prenaient la plume contre l’injustice et celles pour qui la poésie donnait, le plus souvent, un sens à la plus banale existence. »

Régine Desforges, 1993 in Poèmes de femmes

Natasha Kanape Fontaine – Bleuets et abricots

A mon amie Claire, pour son anniversaire…