Les jours de mon abandon – Elena Ferrante

Les jours de mon abandon - Elena Ferrante - Folio - Site Folio

Les jours de mon abandon Elena Ferrante 2002, 2004 pour la traduction française

L’immense succès de « L’amie prodigieuse », la saga napolitaine qui a rendu célèbre Elena Ferrante, éclaire rétrospectivement l’œuvre de l’auteure, déjà publiée et traduite aux éditions Gallimard depuis 1995 avec « L’amour harcelant ». C’est une belle histoire entre un auteur et un éditeur, dont la foi en son talent a été récompensée, même s’il s’agit ici uniquement des traductions et que le chiffre des ventes de l’auteur a dû aussi compter beaucoup.

Toujours est-il qu’en attendant la traduction française du 4e tome de « L’amie prodigieuse », les lecteurs ont tout le loisir de découvrir le reste de son œuvre.

Selon les interviews écrites de l’auteure, la majeure partie de son œuvre est d’origine autobiographique.

Une rupture amoureuse, inattendue, douloureuse, fait basculer l’héroïne dans un monde proche de la folie. Les repères disparaissent ; le sentiment d’abandon, dévorant, la solitude, la perte de sens la projettent à la frontière de ce monde patiemment construit autour de l’objet d’amour. La radiographie qui est faite de la séparation est minutieuse, et n’omet aucun détail de ce quotidien qui bascule. La haine, le désir de vengeance, la violence déchirent Olga menaçant de lui faire commettre l’irréparable. Son isolement, dû à une certaine tradition qui veut que les femmes restent à la maison, s’occupent des enfants, creuse encore davantage son égarement. Elle ne peut pas s’appuyer sur elle-même car elle n’a vécu jusqu’ici que pour l’autre dans une forme de fusion qui, aujourd’hui, serait jugée malsaine.

Il lui faut trouver qui elle est et en même temps se reconstruire : le projet abandonné autrefois, d’écrire. Et l’amour trahi comme matière à l’écriture.

Peut-être est-ce de cette manière-là qu’Elena Ferrante est née…

 

Alice Zeniter Goncourt des lycéens

Critique - L'art de perdre - Alice Zeniter - Flammarion - Papivore ...

Elle l’a enfin eu son prix, à seulement 31 ans. Mais « vieil » écrivain dit-elle, puisqu’elle écrit depuis l’âge de 16 ans ! Un reportage télévisé montrait sa chambre d’adolescente, où trônait en bonne place l’affiche du Petit Prince. Et il faudrait remonter encore plus loin dans le temps, puisqu’elle s’amusait, en famille, petite encore, à réécrire les passages de grands romans qui ne lui plaisaient pas. Sacrée Alice !

Vive les garçons, ron-ton-ton

Aujourd’hui être une femme, en France, quand on écrit, n’est plus un handicap. Les femmes écrivains deviennent les égales des hommes même si encore ici ou là… Mais bon, un très bon journal le fait remarquer, cette année il n’y a que des garçons, C’est leur tournée, parce que à franchement y regarder… Le fait est que …

Prix Goncourt : Eric Vuillard, Prix Décembre : Grégoire Bouillier  , Prix Renaudot : Olivier Guez ; Grand Prix de l’Académie :  Daniel Rondeau ; Prix Giono : Jean-René Van der Plaetsen  ; Prix Femina : Philippe Jaenada; Le prix Femina de l’essai : Jean-Luc Coatalem ; Le prix Femina du meilleur roman étranger : John Edgar Wideman;

Une exception qui confirme la règle : Justine Augier, prix Renaudot essai

Fémina spécial pour l’ensemble de son oeuvre : Françoise Héritier

Presque que des garçons ron-ton-ton …

Et bien non !

Et bien non, ce n’est ni Yannick Haenel (Tiens ferme ta couronne Gallimard) ni Alice Zeniter (L’Art de perdre Flammarion)  mais Eric Vuillard avec L’Ordre du jour Actes Sud qui a gagné le Goncourt

Et ce lundi 6 novembre Olivier Guez a obtenu le prix Renaudot pour La Disparition de Josef Mengele, paru chez Grasset.

 

Éric Vuillard - L'ordre du jour Epub

3e sélection du Goncourt – lundi 30 octobre 2017 et celle du Femina

Cette année, exceptionnellement, je suis davantage les actualités du Goncourt car les auteurs présents m’intéressent plus particulièrement :

lundi 30 octobre 2017

La troisième liste du Goncourt est constituée de :

Yannick Haenel Tiens ferme ta couronne Gallimard
Véronique Olmi Bakhita Albin Michel
Eric Vuillard L’Ordre du jour Actes Sud
Alice Zeniter L’Art de perdre Flammarion

Le prix Goncourt sera attribué le 6 novembre.

Je pense que Yannick Haenel et Alice Zeniter sont les favoris. Allez, un petit pari !

Le Femina :

Romans français :

Jean-Baptiste Andrea – Ma reine (L’Iconoclaste)

Miguel Bonnefoy, Sucre noir (Rivages)

Philippe Jaenada, La serpe (Julliard)

Veronique Olmi, Bakhita (Albin Michel)

Alice Zeniter, L’art de perdre (Flammarion)

On retrouve Véronique Olmi et Alice Zeniter au Goncourt, il y a de fortes chances qu’elles aient chacune un prix. Quel suspense !

Romans étrangers :

– Britt Bennett, Le coeur battant de nos mères (Autrement) traduit de l’anglais (USA) par Jean Esch

-Paolo Cognetti, Les huit montagnes, (Stock)  traduit de l’italien par Anita Rochedy

– Anna Hope, La salle de bal (Gallimard) traduit de l’anglais par Elodie Leplat

– Juan Gabriel Vasquez, Le corps des ruines (Seuil) traduit de l’espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon

– John Edgar Wideman, Ecrire pour sauver une vie, le dossier Louis Till (Gallimard) traduit de l’anglais (USA) par Catherine Richard-Mas

Essais :

– Anne et Claire Berest, Gabrielle (Stock)

– Gérard Bonal, Des Américaines à Paris, Tallandier

– Jean-Luc Coatalem, Mes pas vont ailleurs (Stock)

– Marie-Hélène Fraïssé, L’eldorado polaire de Martin Frobisher (Albin Michel)

– Françoise Héritier, Au gré des jours (Odile Jacob)

– Henri Leclerc, La parole et l’action (Fayard)

– Michel Winock, Décadence fin de siècle (Gallimard)

Helen Simonson – L’été avant la guerre ou de l’émancipation des femmes

Helen Simonson – L’été avant la guerre – 2016 – Nil éditions pour la traduction française Editions 10/18, traduit de l’anglais par Odile Demange

Passionnant roman qui évoque à merveille les mentalités dans l’Angleterre conservatrice de ce début du siècle.

Eté 1914, juste avant l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne, Béatrice Nash,  jeune femme cultivée et intelligente, pour être indépendante, renonce à se marier, et cherche un emploi de professeure. Elle arrive, après la mort de son père, dans le village de Rye et découvre la gentry locale, qui est un bon concentré de vanité, de bêtise, de snobisme et que sais-je encore. A la lecture, cela peut même parfois vous couper le souffle. Elle rêve aussi d’être écrivain, ce qui reste une gageure en ce début de XXe siècle où les femmes sont considérées inférieures aux hommes en matière d’esprit et de culture.

Notre jeune héroïne s’intéresse à la question de l’émancipation des femmes, et rencontre des suffragettes, mais son engagement ne va pas beaucoup plus loin. Les femmes rebelles sont vite mises au ban de la société.

La peinture des mœurs de l’époque est relativement bien rendue et les contraintes qui pèsent sur les femmes, leur mise sous tutelle rendent leur marge de manœuvre relativement réduite. Alors bien sûr, il y a une romance dans l’histoire, et le nœud de l’intrigue consiste à savoir, si oui ou non, notre jeune héroïne va rentrer dans le rang, ou si, malgré tout, elle va pouvoir tirer son épingle du jeu sans pour autant renoncer à sa vie sociale.

Et le suspense est suffisamment bien orchestré pour nous tenir en haleine jusqu’au bout.

Pas une œuvre majeure mais un très bon moment de lecture.

« Helen Simonson est née en Angleterre et vit aujourd’hui à New York. Elle a passé son enfance dans l’East Sussex. Dans ce « pays littéraire » où vécurent notamment Henry James, Rudyard Kipling et Virginia Woolf, elle puise encore une grande partie de son inspiration. Après son premier roman, La Dernière Conquête du major Pettigrew, qui a reçu de part et d’autre de l’Atlantique un accueil unanime, elle publie : L’été avant la guerre. » Présentation de l’éditeur.

Les huit sélectionnés du Goncourt …

François-Henri Désérable Un certain M. Pickielny Gallimard
Olivier Guez La disparition de Joseph Mengele Grasset
Yannick Haenel Tiens ferme ta couronne Gallimard
Véronique Olmi Bakhita Albin Michel
Alexis Ragougneau Niels V. Hamy
Monica Sabolo Summer JC Lattès
Eric Vuillard L’Ordre du jour Actes Sud
Alice Zeniter L’Art de perdre Flammarion

Enfin livre! | Blog littéraire de Nicole VolleLa disparition de Josef Mengele de Olivier Guez aux éditions Grasset ...Livre: Tiens ferme ta couronne, Yannick Haenel, Gallimard ...Livre: L'ordre du jour, Éric Vuillard, Actes Sud, Un ...

Bakhita par OlmiNiels" d'Alexis Ragougneau - Lettres it be : des chroniques de livres ...Critique - L'art de perdre - Alice Zeniter - Flammarion - Papivore ...

Des auteurs que j’aime, d’autres que je ne connais pas… Et cette magnifique jaquette de Véronique Olmi…

Le premier amour – Véronique Olmi
Alice Zeniter – Sombre dimanche ou la maison qui tuait les femmes

Kazuo Ishiguro Nocturnes

Kazuo ISHIGURO, Nocturnes - littexpress

Kazuo Ishiguro, parolier de Stacey Kent, est  mélomane passionné. Dans son livre, « Nocturnes », qui est un recueil de cinq nouvelles, la musique est le fil conducteur qui lie ces histoires entre elles. Quintette, pour certains critiques, symphonie en cinq variations dur le même thème, les critiques se sont attachés à voir dans ce recueil une structure musicale.

Nocturnes de Chopin, tout d’abord, par leur aspect mélancolique, et par leur brièveté et les thèmes chers au romantisme, le temps qui passe, l’amour. Et une forme plus moderne, le jazz des vieux standards , des chanteurs de jazz, pour tordre le cou au romantisme. En effet, ces cinq nouvelles sont à la fois cruelles et drôles, et véhiculent un humour féroce. Les héros sont plutôt des anti-héros, des losers, qui se trouvent à ce point de leur existence, la quarantaine passée pour beaucoup d’entre eux, où l’on perd ses illusions, et où l’on fait le constat amer qu’il y a peut-être des rêves que l’on ne réalisera jamais. Ceci dit, on ne saura pas, au lecteur d’imaginer, chaque nouvelle se finit par un point d’orgue, note tenue aussi longtemps que le lecteur le voudra bien, que la vie le permettra. Il y a toujours un espoir.

 

Un petit bijou, une merveille…

 

Kazuo Ishiguro Prix Nobel 2017

Nunca me abandones, Kazuo Ishiguro: Reflexión moral sobre ...

Le prix Nobel a été décerné à Kazuo Ishiguro le 6 octobre 2017.  L’écrivain d’origine japonaise, arrivé à l’âge de six ans en Grande-Bretagne, a écrit des romans d’une grande force et d’une grande finesse à la fois. Ses personnages, hommes et femmes, toujours très attachants, jamais manichéens, nous révèlent à nous-mêmes, et explorent nos zones d’ombre et nos paradoxes,  sans parler de cette tendresse que le romancier a pour les plus faibles d’entre eux.

« Kazuo Ishiguro, qui, dans ses romans d’une grande force émotionnelle, a révélé l’abîme sous notre illusoire sentiment de confort dans le monde. »

« Auprès de moi toujours » de Kazuo Ishiguro

Sur le mépris des femmes, et notamment des femmes écrivains au début du XXe siècle en Angleterre :

« L’approbation des dames est toujours suspecte, observa-t-il. On risque le rejet des esprits sérieux. L’étiquette romantique de l’esprit chevaleresque. Le véritable écrivain s’efforce de conquérir des lecteurs d’une autre trempe.

  • Nous ne sommes pas toutes des lectrices écervelées de romans anglais, protesta Béatrice. »

in Helen Simonson , « L’été avant la guerre ».

Kate Morton L’enfant du lac

Kate Morton L’enfant du lac – (2015), Presses de la Cité 2016 pour la traduction française de Anne-Sylvie Homassel (733 pages dans l’édition de poche)

Je ne connaissais pas du tout l’auteure et je me suis laissée tenter par la quatrième de couverture. J’ai découvert un roman attachant même s’il souffre, à mon avis, d’un manque de rythme qui nuit à l’intrigue et surtout à l’enquête policière. Il traite avec une certaine profondeur des liens familiaux et surtout du lien biologique, de sa complexité et du syndrome de l’abandon.

Le roman est construit sur un aller-retour constant entre l’année 1933 à travers le drame qui a eu lieu cette année-là, et l’époque contemporaine sous les traits de Sadie Sparrow, inspecteur de police en disgrâce qui se passionne pour une enquête non résolue, dans une Cornouaille mystérieuse et romantique, rythmée par la mer et ses embruns.

En l’année 1933, le petit Théo a disparu sans laisser de traces, et la famille Edevane quitte, éplorée, la maison du Lac, immense propriété des Cornouailles qui au fil du temps et des mésaventures de riches propriétaires ruinés, s’est réduite à la confortable demeure du gardien (Il était vraiment très bien logé !). Sadie Sparrow n’aura de cesse, soixante-dix ans après, de résoudre ce mystère alors que la plupart des acteurs du drame ont disparu, si ce n’est une vieille dame octogénaire, Alice Edevane, auteure de romans policiers. Toute une réflexion sur l’écriture assez intéressante parcourt en filigrane le récit dans une sorte de mise en abyme.

Spécialiste du gothique, Kate Morton, tire habilement les ficelles du récit et rien ne manque : la culpabilité, les tourments des âmes meurtries, le récit tout en clair-obscur, les menaces qui planent, l’atmosphère inquiétante de lieux qui, pour être laissés à l’abandon n’en recèlent pas moins de terribles dangers.

Toutefois ces incessants flash-backs sont parfois fatigants, et on laisse à regret un personnage dont on aurait bien aimé savoir davantage, et les révélations orchestrées par les personnages du récit aujourd’hui disparus (en lieu et place de véritables preuves, on vit les scènes telles qu’elles se sont déroulées) masquent parfois les faiblesses de l’enquête.

Quant à la fin – les révélations s’accélèrent dans le dernier quart du roman – elle est complètement ubuesque, mais non sans charme. Un happy-end en quelque sorte, auquel on ne se serait vraiment pas attendu. Bon, un peu tiré par les cheveux mais assez génial, il faut l’avouer. Je me suis attachée à ce roman que j’ai eu un peu de mal à quitter (C’est le problème de ces pavés, les personnages deviennent trop familiers !).

 

Folie d’une femme séduite, Susan Fromberg Schaeffer/ Attention pépite !

Folie d’une femme séduite, Susan Fromberg Schaeffer (1983), Presses de la renaissance 1985 pour la traduction française, Belfond 2011 et Pocket 15 013, 1076 pages de ce livre

Ce roman est une pépite dans l’histoire de la littérature et des femmes. Non seulement il est extrêmement bien écrit et traduit mais il est aussi d’une intelligence rare dans la mise en place des situations, la psychologie des personnages et la construction du récit. Sans parler de la documentation fouillée, et précise, sur la vie de cette époque. D’autre part, il garde son souffle tout au long des 1076 pages de l’édition de poche. Ce qui n’est pas la moindre de ses prouesses ! Je ne pense pas qu’une ligne de ce récit soit inutile. Je remercie Nadège  de m’avoir donné envie de le lire, car c’est la force de ce réseau qu’est la Toile pour les blogueurs que nous sommes : partager ses lectures et ses passions.

Ce roman est tiré d’une histoire vraie qui défraya la chronique au tournant du XXe siècle. Il décrit avec beaucoup de maîtrise la passion amoureuse dévastatrice d’une jeune fille fragile et tourmentée, en même temps que les débuts de la psychanalyse avec Breuer et Freud (Moins connu que Freud, il est à l’origine du traitement de l’hystérie par la méthode cathartique) à travers le personnage très finement campé d’un aliéniste dans le roman qui tente de mettre en œuvre les méthodes de ses illustres contemporains.

Agnès Dempster est une enfant tourmentée, rejetée par sa mère, et née en ce XIXe siècle d’une grande intolérance pour les femmes. Condamnées à des travaux souvent ingrats, la plupart du temps ménagers, les femmes n’ont d’autre choix que de se marier et d’enfanter pour échapper à leur propre famille, ou/et à se réfugier dans l’idéal d’un amour absolu et romantique, fantaisie souvent nourrie par les romans sentimentaux de l’époque. Les femmes de ce roman sont la proie de terribles frustrations qui les poussent parfois à adopter des conduites dépressives ou hystériques que la société dans laquelle elles vivent condamne sans pitié. Elles doivent retourner et rester dans le rang. On peut dire que cette société rend malades les femmes. Et les femmes de la famille Demptster, mère et grand-mère ne sont pas une exception, et souffrent de variations de l’humeur, de moments de dépressions qui ne sont guère compris par leur entourage. Leurs maris sont plutôt gentils (même s’ils ne font pas la cuisine et le ménage !) mais complètement dépassés par les sautes d’humeur de leur femme. Quant à Frank Holt, objet de la passion d’Agnès, on comprend qu’il étouffe sous un amour aussi pesant. Et c’est l’une des forces de cerroman que de ne condamner ni les uns ni les autres mais au contraire d’analyser les ressorts de tout un système patriarcal qui, au fond, ne laisse personne indemne.

Ce roman rappelle les personnages d’ Emma Bovary, Tess d’Urberbille et ceux des Hauts de Hurlevent. La passion y est portée à son paroxysme faisant de son héroïne une femme obsessionnelle, incapable de vivre pour elle-même, et d’une jalousie dévorante. Une femme dont le corps et la tête ont opéré un irrémédiable divorce qui vont la conduire à la folie et au crime (On le sait très vite au début du roman).

Biagraphie de l’auteure sur le site de l’éditeur : « Née en 1941 à New York, diplômée de l’université de Chicago avec une thèse sur Vladimir Nabokov, poète, nouvelliste, romancière, professeur et journaliste, Susan Fromberg Schaeffer est considérée comme un auteur de tout premier rang dans la fiction américaine contemporaine. Son œuvre a été récompensée par de nombreux prix, parmi lesquels une sélection au National Book Award for Poetry. Collaboratrice régulière du New York Times Book Review, elle a enseigné pendant plus de trente ans la littérature américaine au Brooklyn College. » Elle est décédée le 26 août 2011.

Les femmes et l’écriture – Susan Fromberg Schaeffer

« Quels conseils donneriez-vous à un jeune écrivain ?
Ne jamais renoncer ! Un roman encore non-publié finira peut-être pas le devenir, mais un manuscrit non-écrit le restera à jamais. Le monde est imprévisible, c’est comme ça. J’ai débuté par la poésie, mais, évidemment, ce sont les poèmes dont j’étais le moins fière qui ont été publiés. Et lorsque, après sept ans passés à écrire de la poésie, j’ai enfin décidé de passer à la fiction, tout le monde me mettait en garde : ne pas écrire sur l’Holocauste (« Il y a déjà bien trop de livres sur le sujet ») ; oublier les romans sur la Nouvelle-Angleterre au XIXe (« T’en as déjà fait pas mal »), et pas la peine de parler du Vietnam (« On n’en peut plus du Vietnam ! »). Bien entendu, ces sujets ont fait mes plus beaux succès !
Interview avec Susan Fromberg Schaeffer pour Barnes & Noble.com, en 2005. »
Traduction française sur le site de l’éditeur 

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Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux – Et je danse, aussi / Interview

Et je danse, aussi de Jean-Claude Mourlevat et Anne-laure Bondoux

Et je danse, aussi de Jean-Claude Mourlevat et Anne-laure Bondoux, 2016 Pocket numéro 16 542 (Fleuve éditions)

Je connais Jean-Claude Mourlevat grâce à son fantastique roman « L’enfant océan », un des meilleurs romans jeunesse que j’aie jamais lu. Et ils ne sont pas nombreux dans mon panthéon. J’avais donc un préjugé favorable à la lecture de ce roman tissé à deux mains même si je ne connaissais pas Anne-Laure Bondoux, elle aussi auteure jeunesse.

Il s’agit d’un roman épistolaire, dans lequel deux voix se répondent et d’entremêlent : Pierre-Marie Sotto et Adeline Parmelan. Les deux personnages correspondent par mails et c’est Adeline qui a envoyé le premier courrier assorti d’une volumineuse enveloppe qu’elle implore Pierre-marie Sotto, écrivain de son état, de ne pas ouvrir. Croyant à l’envoi d’un manuscrit, Pierre-Marie accède à sa demande et oublie plus ou moins l’enveloppe sur le bas de son étagère.

S’ensuit un échange de confidences et chacun livrant peu à peu de son univers intérieur, une sorte d’attachement se crée. Pourtant Adeline ne dit pas toute la vérité, et son personnage contient une part d’ombre et de mystère que l’écrivain va chercher peu à peu à percer.

Jean-Claude Mourlevat a écrit la partition masculine alors qu’Adeline écrivait celle d’Adeline.  Le roman s’est construit au fil de leurs échanges car ils ne savaient pas de quoi ils allaient parler en commençant leur projet littéraire. Ils ont dû se concerter tout de même à la moitié du roman afin d’écrire de concert car ils sentaient qu’ils partaient dans des directions différentes (voir interviews).

Il s’agissait pour tous deux de leur premier roman adulte et Jean-Claude Mourlevat  déclare en avoir trouvé l’écriture plus facile que celle des romans jeunesse. Il a été davantage moteur dans l’intrigue et Anne-Laure Bondoux avoue s’être davantage attachée à l’épaisseur des personnages
Ce roman fait partie des feel-good book et contient une part de légèreté mais des drames apparaissent peu à peu en toile de fond pour devenir très vite le ressort intérieur de l’histoire. On passe un agréable moment de lecture, il n’est pas sûr que les personnages nous suivent au-delà, mais c’est tout à fait bien comme cela.

Le festival des miracles par Alice Tawhai / littérature maorie de Nouvelle-Zélande

 

Le festival des miracles par Alice Tawhai, traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Murielle Vignol, 254 pages, Au vent des iles (15 avril 2006)

Voilà un curieux objet littéraire, passionnant à découvrir. Son auteure, Alice Tawhai tient à préserver son anonymat, aussi n’ai-je trouvé aucune photographie d’elle. « Alice Tawhai parle couramment le maori et l’anglais. En sillonnant régulièrement la Nouvelle-Zélande, elle satisfait son désir d’écrire et sa passion pour la photographie. Autodidacte, elle accorde de la valeur à tout ce qui est inhabituel, différent ou beau. Elle s’intéresse aux nuances de couleurs qu’ont les choses. Qu’il s’agisse d’endroits, de mots, d’instants ou de gens, elle aime chercher les lumières qui les colorent. »

Ce livre est composé de récits relativement courts, longs poèmes en forme de nouvelles, quelques pages seulement, dont les personnages, cabossés par la vie, sont issus d’un milieu populaire, métissé, maori, asiatique ou européenne. Les récits sont très noirs, et le malheur advient sans que les personnes ne se rebellent vraiment contre leur sort. Les femmes sont soumises à la violence d’une société machiste, à travers les abus sexuels et la prostitution. D’ailleurs ils n’ont pas vraiment de fin ou de chute. Les récits s’arrêtent soudain, comme un voyageur au bord d’un chemin. Certains parlent de chute à la Raymond Carver. L’observateur cesse de braquer son regard sur le personnage et il cesse alors d’exister. Certains de ces récits sont baignés d’une atmosphère magique, spirituelle ou surnaturelle, et le langage est d’une grande poésie, d’autres par contre sont d’un réalisme cru, malmènent les personnages de la manière la plus brutale, sans que le lecteur puisse réellement éprouver de l’empathie.

Ces récits sont habilement construits et les métaphores sont très belles :

« On aurait dit qu’une main bombardait des étoiles. Elles tombaient du ciel en de longues traînées incandescentes, projetant des balafres argentées à travers le velours de bleu profond, qui cicatrisait quelques secondes plus tard, ne laissant qu’un dernier reflet de lumière pâle, puis, plus rien. »

L’auteure a souvent été comparée à Janet frame et Amélie Nothomb a dit d’elle qu’elle avait la grâce.

Il faut lire Alice Tawhai…