Raja Alem – Les femmes et l’écriture

« Je ne sais pas pour qui j’écris, peut-être que j’écris pour la Mecque ou peut-être c’est la Mecque qui écrit à travers moi. Quand j’écris, je ne pense pas aux lecteurs, ni aux critiques, ou à qui que ce soit. Je suis complètement sous le pouvoir de ces voix qui m’agitent. C’est cette ville qui veut parler par ma voix. Ce n’est pas une exagération mais un fait, écrire est pour moi exister. J’écris donc j’existe. J’aime la vie, je pense que la vie est belle et nous pouvons même voir de la beauté dans toutes les images de destruction. La vie m’émerveille, et c’est ce que je veux écrire, cet émerveillement. »

Raja Alem

« Je ne parle pas d’une seule histoire.. Je parle…Par exemple, là où nous nous tenons, regardez à l’intérieur de votre tête, qu’est-ce qu’il y a à l’intérieur de votre tête ? Ce que vous avez regardé ce matin; les mails que vous avez reçus, […], les bruits autour de vous. C’est ce que j’essaie de capturer dans mon livre.. des moments… »

Raja Alem, Le collier de la colombe – Une voix d’Arabie Saoudite

 

Raja Alem, Le collier de la colombe ; La Cosmopolite Noire, Stock 2012, édition originale 2010, traduit de l’arabe (Arabie Saoudite ) par Khaled Osman, en collaboration avec Ola Mehanna ; 760 pages

vignette femmes du MondeUn roman écrit par une saoudienne est suffisamment rare pour qu’on lui prête attention, et un roman qui a obtenu l’Arabic Booker prize d’autant plus.

Le collier de la colombe est un roman foisonnant et difficile, aux multiples références, culturelles, religieuses qui nous sont en partie étrangères, sauf à s’intéresser à ces sujets de manière approfondie. Il exige une vraie patience du lecteur occidental moyen, mais aura de multiples résonances pour un érudit.

Le collier de la colombe (en fait le collier des colombes) renvoie au traité de l’amour et des amants d’Ibn Hazm (994-1064).

Il est le portrait magnifique de deux femmes Azza et Aïcha, qui tentent de se frayer une voie (une voix ?) dans une société aux multiples interdits, mais captives aussi de leur ville La Mekke (La Mecque) avec son atmosphère sacrée, ses énigmes qui empruntées à l’histoire du lieu, donnent au récit un aspect fantastique. Soit que le sacré impose ses visions, ou que les personnages soient victimes d’hallucinations.

Le foisonnement des intrigues et des personnages condamne le lecteur parfois à errer, à oublier, à sauter quelques pages, et à ne retenir que des fragments, à oublier un peu pourquoi il lit. Raja Alem écrit la multiplicité des moments dans une tentative qui ressemblerait un peu aux états de conscience de Virginia Woolf. Car il y a cette promesse au départ, d’une énigme policière puisqu’une femme est retrouvée assassinée dans un passage de la Mekke. Deux femmes ont disparu, laquelle des deux est morte, et qu’est devenue l’autre ? L’inspecteur Nasser, célibataire endurci, est chargé de l’enquête. Curieuse enquête d’ailleurs, que l’on a bien du mal à suivre, tellement elle s’entrecroise d’ une multitude d’événements. On voit que cette société est travaillée de courants , de contradictions, d’élans, et de désespoir, de bonheurs beaucoup plus rares.

Il y a aussi dans ce roman des aspects réalistes qu’on ne peut négliger, une analyse de la société saoudienne, la condition des femmes, la corruption, les inégalités criantes entre riches et pauvres pour ne pas dire miséreux. Une société qui ne cesse de faire le grand écart, entre la prostitution et la police religieuse qui sévit dans les rues de la ville, attentive aux vêtements et à la décence des femmes, les princes qui vivent dans un faste inouï et les miséreux qui vivent dans des décharges, et aussi la confrontation entre tradition (le respect scrupuleux des rites) et la modernité (les tours luxueuses, le marketing autour de ces lieux sacrés, internet). Le monde occidental devient si lointain et si proche pour des femmes qui ne peuvent voyager autrement qu’accompagnées, et à qui il est impossible dans leur propre pays de simplement conduire.

Aïcha avoue : « Nous avons grandi avec la peur du monde extérieur. Tu ne me croiras pas si je te dis que la femme que tu as soignée et que tu as accueillie chez toi ne s’est jamais trouvée seule à seul avec un homme étranger à sa famille, n’avait jamais marché dans une rue sans accompagnateur, ne s’était jamais isolée avec elle-même, n’avait jamais quitté la bulle de la peur pour tester ses propres limites… »

Mais malgré tout l’intérêt de ce roman, j’ai vraiment démérité, je ne saurais pas vraiment qui est mort et pourquoi, le mystère restera à jamais entier, même si je fus parfois touchée par la grâce de la plume de Raja Alem et de ses fulgurances.

Née à La Mekke en 1970, Raja Alem a fait des études de langue et littérature anglaises avant de publier une douzaine d’ouvrages : romans recueils de nouvelles, pièces de théâtre. Elle compte parmi les écrivains de langue arabe les plus importants de sa génération. Son dernier roman « Le collier de la colombe » publiée au Liban est à peine disponible en Arabie Saoudite.

Toutes les conférences sur la littérature féminine à L’Université libre de Saint-Germain-en-Laye (78)

LUNDI 9 NOVEMBRE 2015
Conférence d’introduction
Voix autres, Voix hautes
Pierre BRUNEL, Professeur émérite de littérature comparée
à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)

LUNDI 23 NOVEMBRE 2015
Madame de Staël
Robert KOPP, Ancien doyen de la Faculté des lettres de Bâle

wikimedia – licence creative commons

LUNDI 14 DECEMBRE 2015
Les soeurs Brontë
Marc POREE, Professeur de littérature anglaise,
Ecole Normale Supérieure (Ulm)

wikipedia – licence creative commons

LUNDI 18 JANVIER 2016
Colette
Jacques DUPONT, Ancien élève de l’Ecole normale
supérieure, ancien chargé de recherches au CNRS,
ancien professeur de Littérature française à l’Université
de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines

LUNDI 1er FEVRIER 2016
Anna de Noailles au bord du lac Léman
Marie-Victoire NANTET, Agrégée de l’Université,
Comparatiste (Mandataire de l’oeuvre de Paul Claudel)

LUNDI 14 MARS 2016
George Sand et la créativité féminine
Béatrice DIDIER, Professeur émérite à l’Ecole Normale
Supérieure (Ulm)

LUNDI 4 AVRIL 2016
Marguerite Yourcenar, un écrivain-femme d’exception
Anne-Yvonne JULIEN, Professeur de littérature
contemporaine à l’Université de Poitiers

LUNDI 9 MAI 2016
Marguerite Duras : Le Ravissement de Lol. V. Stein
Sylvie-Laure BEAUTHIER, Professeur agrégé honoraire
de Lettres Classiques (Lycée Hoche à Versailles)

Université libre de Saint-Germain-en-laye et sa région
(liée par convention à l’Université de Paris Ouest – Nanterre la Défense)
2, rue Henri IV, Espace Paul et André Véra
tél : 01 39 73 42 55

Nana’s cOmedy club® 1er festival d’humour féminin à Lyon

Le nOmbril du mOnde recrute, pour son festival Nana’s cOmedy club® !
Ils recherchent des duos, trios, solos, FEMININS. Vous pouvez leur proposer proposer vos sketches, pièces, chansons humoristiques, spectacles visuels… et passer une audition, pour participer au « Nana’s cOmedy club®  » du 12 au 28 mai prochain.
Le but : présenter durant une soirée, au public et à l’équipe du nOmbril du mOnde, un quart d’heure de votre show.
Après deux semaines de festival, les spectateurs et le nOmbril du mOnde choisiront deux spectacles qui seront programmés, dans leur intégralité, le vendredi 27 et samedi 28 mai.
Pour toute information et inscription, contactez : nanascomedyclub@lenombrildumonde.com

Photo de Nombril Du Monde.

Herbjørg Wassmo – Fils de la providence tomes 1 et 2

 

Herbjørg Wassmo – Fils de la providence tomes 1 et 2 1992 (en langue originale 1992). Gaïa 1997 puis 10/18 (réédition 2015)

Traduit du norvégien par Luce Hinsch

Tome 1 : Benjamin, le fils de Dina, a vu ce qu’il n’aurait jamais dû voir. Il a 11 ans et sa mère, encore jeune et belle, ne supporte pas d’être abandonnée. Sa grand-mère, morte accidentellement lorsqu’elle était enfant, le rejet de son père, ont creusé en elle des failles, une instabilité émotionnelle et une grande fragilité psychologique. Elle navigue à vue entre la raison et la folie, et essaie de prendre son destin en mains pour ne pas sombrer. Le fils hérite de la souffrance de sa mère. Il se choisit un père, Anders, sur lequel il s’appuie, mais également sur  tous ceux, dans son entourage, qui lui montre de la tendresse. Et puis il y a Hanna, la fille de Stine, une protégée de sa mère d’origine lapone, avec qui il joue et folâtre. Il tente de grandir, tant bien que mal, en proie aux cauchemars, déchiré par le terrible héritage que lui a légué Dina.

Dans ce premier Tome, Benjamin prend d’abord la parole pour la céder ensuite au narrateur, extérieur à l’histoire.

Tome 2 : A Copenhague, Benjamin, le fils délaissé de Dina, entreprend des études de médecine, toujours hanté par la tragédie familiale et la fuite de Dina. Mais la guerre des Duchés éclate et il s’engage pour aller au front. Dans la fureur et les larmes, au milieu des morts, de la souffrance intolérable des blessés, il se tourne vers Karna, pulsion de vie, chaleureuse et douce. Puis il revient à Copenhague et tente d’oublier et Karna et la guerre…

Raconté à la première personne, le récit acquiert une plus grande profondeur. On pénètre les pensées de Benjamin, on vit cet intolérable cauchemar qui le réveille au fil des nuits, et la culpabilité qui le déchire. Il décide alors de se livrer à la place de sa mère, d’endosser son crime et il le lui écrit. Tout va se précipiter alors.

Avec une plume flamboyante et efficace, maîtrisant l’art du suspense et des retournements de situation, Herbjørg Wassmo ferre son lecteur pour ne plus le lâcher.

Une littérature populaire de haut vol…

Libres comme elles

 

Nina SimoneLouise Michel Isadora DuncanAngela DavisGeneviève FraisseJeanette WintersonKaren BlixenCamille ClaudelMarilyn MonroeJoséphine BakerGisèle HalimiWinnie Madikizela-MandelaSimone WeilMaria AlekhinaToni MorrisonJoyce carol OatesBarbaraMaria callasSimone de BeauvoirDoris LessingJanis Joplin.

« Chacune dans sa révolte, son engagement, sa luminosité d’étoile filante ou de comète à longue traînée de poussière électrique, a compté. »

Madame Bovary, rhabillée par Paul Emond, Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps.. A voir si vous êtes près de Paris…

Il faut voir ce formidable spectacle, où le texte, adapté par Paul Emond révèle des aspects certainement insoupçonnés jusque là. La mise en scène instaure un décalage qui permet de souligner les ridicules ou les faiblesses des personnages, les contre-emploi sont également très réussis et on y croit complètement. L’humour est bien présent et fait de cette histoire une sorte de tragi-comédie où l’on rit volontiers parfois.  La musique, et notamment la performance de Gilles-Vincent Knapps à la guitare (Conservatoire de jazz) donne une coloration et une atmosphère souvent envoûtante. C’est vraiment très réussi.

Du mardi 08 mars 2016 à 19h00  au jeudi 30 juin 2016 à 19h00…

« Quatre comédiens vont conter, chanter, incarner la grande épopée d’Emma Bovary. La révolte romanesque, le combat instinctif d’une femme qui refuse de se résigner à sa condition et cherche, quel qu’en soit le prix, à faire l’expérience sensuelle et exaltante d’une vie où figurent l’aventure, le plaisir, le risque, la passion et les gestes théâtraux.
Une femme, trois hommes, un récit inexorable comme une tragédie, flamboyant comme un drame, mordant comme une comédie.

BOVARYSME, nom masculin : capacité de l’homme à se concevoir autre qu’il n’est.

Le seul moyen de supporter l’existence, c’est de s’étourdir dans la littérature comme dans une orgie perpétuelle.
Gustave FLAUBERT 1858″

I am Dina

Le livre de Dina – Herbjørg Wassmo Une serial-killeuse venue du froid ?

 

Herbjørg Wassmo – Le livre de Dina 10/18 Editions Gaïa 1994 (en langue originale 1989). D’abord parus en trois tomes , Les limons vides (tome 1), Les vivants aussi (tome 2), Mon bien-aimé est à moi (t.3)

Traduit du norvégien par Luce Hinsch

En ce XIXe siècle qui n’est pas tendre pour les femmes, pas plus en ces pays nordiques qu’en des contrées plus méridionales, s’émanciper peut-être l’œuvre de toute une vie.

Quelques femmes d’exception, au tempérament d’acier, aiguillonnées par une puissante rage de vivre, purent en partie briser la loi d’airain qui les tenaient enchaînées à leur foyer et à leurs tâches domestiques. Dina est de celles-là …

En ce dix-neuvième siècle traversé par de grands bouleversements, Reinsnes, dans le Nordland, battue par la mer et les vents, abrite comme partout ailleurs les bonheurs et les drames de ses habitants. Dina, petite fille solitaire et sauvage, a provoqué accidentellement la mort de sa mère. Rejetée par son père elle se réfugie dans la musique ; son tuteur, violoncelliste, lui communique la passion de son instrument et lui apprend à domestiquer ses tourments intérieurs. Blessée, révoltée, elle va refuser de se plier aux règles dictées aux femmes par son époque. Servie par sa beauté, son caractère indomptable, et sa sensualité, elle va utiliser les hommes et  leur pouvoir pour parvenir à se libérer.

Mais la souffrance de Dana ne s’apaise pas, et sa peur d’être abandonnée, sa soif inextinguible d’être aimée, va provoquer une terrible tragédie.

Ce sont nos blessures qui blessent les autres, et qui provoquent parfois des catastrophes en chaîne. Les souffrances tues mais toujours vivantes, les blessures non cicatrisées, sont comme des bombes à retardement. L’histoire de Dana, est l’histoire d’une très longue résilience, qui ne ménage pas les surprises et les rebondissements orchestrés de main de maître par Herbjørg Wassmo.

Cette formidable saga se poursuit par Fils de la providence, en deux tomes, puis s’achève avec la trilogie « L’héritage de Karna » (Mon péché n’appartient qu’à moi, Le Pire des silences, Les Femmes si belles).

Le livre de Dina a été porté à l’écran par le metteur en scène danois Ole Bornedal avec Gérard Depardieu, Maria Bonnevie et pernilla August dans les rôles prinicpaux.L’auteure a déjà publié , la trilogie de « Tora » (la Véranda aveugle, La chambre silencieuse, Ciekl cruel), La Fugitive, Un verre de lait, s’il vous plaît, Cent ans, Ces instants-là.

L’auteure est née en Norvège en 1942, et vit à Hihnöy, une petite île située au nord du cercle polaire. Elle a commencé par être institutrice.

 

Cycle Littérature féminine à Saint-Germain-en-laye dans les Yvelines

L’Université libre de Saint-Germain-en-laye , dans les Yvelines, en région parisienne, propose des conférences sur le thème de la littérature féminine. Ont déjà été évoquées Colette, et prochainement  LUNDI 14  mars : Cycle Littérature féminine George Sand et la créativité féminine  par Béatrice DIDIER, Professeur émérite à l’Ecole Normale Supérieure (Ulm)

Université libre de Saint-Germain-en-laye et sa région
(liée par convention à l’Université de Paris Ouest – Nanterre la Défense)
2, rue Henri IV, Espace Paul et André Véra
tél : 01 39 73 42 55

courriel : universite.libre[at]wanadoo[dot]fr

L’Université libre qui entre dans sa vingt-septième année, propose des activités universitaires pour tous, sans condition d’âge ou de diplôme. C’est un lieu d’échanges, un point de rencontre entre le monde universitaire et le grand public, dans une perspective d’enrichissement mutuel.

L’enseignement est dispensé par des professeurs d’Université et des spécialistes reconnus.

Aperçu du programme :

·    12 conférences générales sur des thèmes variés

·    Des cycles d’études de 7 à 8 conférences :
L’actualité de la recherche sur François 1er : le pouvoir et les arts – Littérature féminine – Réforme des territoires, réforme de l’Etat – Matisse – La Chine en défi, enjeux politiques d’un géant – La Terre et son histoire – Les opéras de Mozart.

Harper Lee gardera son mystère jusqu’au bout…

Harper Lee est décédée hier, le vendredi 19 février 2016 à l’âge de 89 ans. Née le 28 avril 1926, elle aura écrit un unique roman : « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » qui sort en 1960 et devient un énorme succès.

Elle déclarait en 1964, à la radio : « Je ne m’attendais pas au succès avec ‘l’Oiseau moqueur’. J’espérais tout au plus que la critique m’inflige une mort rapide et douce, mais, en même temps, j’espérais quand même que quelqu’un l’aimerait assez pour m’encourager à poursuivre. J’ai plutôt obtenu un énorme succès, et à bien des égards ça a été aussi effrayant que la mort rapide et douce à laquelle je m’attendais.»

Tout le monde attendit, en vain, un autre livre mais le succès avait visiblement tari toute créativité chez l’écrivain. En février 2015, sort un deuxième livre « Va et poste une sentinelle » qui s’avère être un des volets  de la trilogie dont «Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur» aurait été le premier tome..

Description de cette image, également commentée ci-après                                                     Photo wikipédia – Licence creative commons

 

« Jean Louise Finch, dite « Scout », l’héroïne de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, est de retour vingt après dans sa petite ville natale de l’’Alabama, Maycomb, pour rendre visite à son père Atticus. Elle a vécu longtemps à New York, et son regard a changé. Elle va découvrir chez ses proches des aspects qu’elle n’attendait pas. Va et poste une sentinelle est le deuxième roman de Harper Lee, mais fut écrit avant « Ne tirez pas sur l’’oiseau moqueur » .

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La grande maison – Nicole Krauss

La grande maison

Nicole Krauss – La grande maison – Editions de l’Olivier- 2011

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Paule Guivarch

Les personnages de cette histoire sont liés par un lien invisible et leurs destins vont se croiser à la faveur des migrations d’un mystérieux objet. Les soubresauts de l’Histoire accompagnent Lotte Berg dans sa fuite hors de l’Allemagne nazie vers l’Angleterre. Nadia, en mal d’inspiration, part en Israël à la recherche d’un bureau pour écrire. Isabel, une américaine, vient étudier à Oxford et rencontre Yoav, fils d’un antiquaire, juif errant qui va de ville en ville, d’un pays à un autre, depuis la mort de sa femme. A Jérusalem, un père écrit à son fils et tente de briser le mur d’incompréhension qui s’est élevé entre eux au fil des années.

Au fond, nous sommes tous reliés les uns aux autres. Nos destins individuels sont façonnés par l’Histoire. Il est toujours stupide de l’ignorer. La dimension politique des actes individuels est le lien qui nous unit. Ce que l’un fait se répercute sur l’autre. L’indifférence à l’autre, l’oubli du bien commun et de l’intérêt collectif sont à la racine du mal. Même l’amour, épris de singularité, possède une dimension politique car il ne peut se vivre en dehors de la société dans laquelle il naît et se développe. L’Holocauste brisa les liens familiaux, et fut à l’origine de nouvelles migrations et de la création de l’Etat d’Israël.

Quel est le lien de l’écriture avec l’Histoire ? Pourquoi chacun de ces personnages écrit-il ? Le pouvoir de l’écriture n’est-il pas une illusion ? Que doit-on être prêt à sacrifier à ce pouvoir démiurgique ? L’écriture peut-elle nous aider à nous reconstruire ? Telles sont les questions au cœur de ce récit que j’ai parfois trouvé un peu long et bavard, plus dans la démonstration que dans l’émotion si l’on excepte la lettre du père à son fils. La forme et le projet sont vraiment intéressants, la narration souvent intelligente mais pour moi la rencontre n’a pas eu lieu.

 

Angoulême Saga

Florence cestac
Comme je vous l’avais dit,  Riad Sattouf s’était retiré de la sélection officielle (J’ai offert son « Arabe du futur » à une amie, et même si cela n’a aucun lien, je suis heureuse de savoir qu’en plus d’être un auteur talentueux, il est aussi un type bien); Et il n’est pas le seul, Charles Burns, Etienne Davodeau, Joann Sfar et Daniel Clowes  ont annoncé également qu’ils se désistaient.
Voici comment a réagi Riad Sattouf :
« J’ai découvert que j’étais dans la liste des nominés au grand prix du festival d’Angoulême de cette année. Cela m’a fait très plaisir ! Mais, il se trouve que cette liste ne comprend que des hommes. Cela me gêne, car il y a beaucoup de grandes artistes qui mériteraient d’y être. Je préfère donc céder ma place à par exemple, Rumiko Takashi, Julie Doucet, Anouk Ricard, Marjane Satrapi, Catherine Meurisse (je vais pas faire la liste de tous les gens que j’aime bien hein !)… Je demande ainsi à être retiré de cette liste, en espérant toutefois pouvoir la réintégrer le jour où elle sera plus paritaire ! Merci ! On se voit à Angoulême ! Riad »
Il semblerait que face à la protestation des auteurs et du public, les responsables vont ajouter…des noms féminins. Messieurs, il va falloir que ça rentre, les femmes sont des auteurs de BD comme les autres !

   

 

 

Festival d’Angoulême 2016 – aucune femme nommée. Réac la BD ?

Aucune femme nommée au Festival d’Angoulême cette année. Elles étaient déjà peu présentes ! 30 noms mais 30 noms masculins !

Un appel au boycott a été lancé ! Florence Cestac trouve cela « honteux » (France Inter). Alors que de nombreuses femmes font de la BD.

L’auteur et dessinateur Riad Sattouf qui avait reçu le prix du meilleur album pour le premier tome de sa bande dessinée L’Arabe du futur, Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984) au 42e Festival d’Angoulême, récompensé par le Fauve d’Or, prix qu’il avait déjà reçu 5 ans plus tôt pour le le troisième tome de sa série Pascal Brutal a annoncé qu’il se retirait de la compétition pour laisser sa place (source France Inter ce matin) ainsi qu’un autre auteur américian .

15H10 : je viens d’apprendre que 5 dessinateurs se sont désistés. C’est génial.

vignette Les femmes et la B.D

Karine Reysset – Les yeux au ciel

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Karine Reysset – Les yeux au ciel – Editions de l’Olivier, 2011 / 189 pages

Ce que l’on tait revient toujours. Et tous les empilements ne servent à rien. Les vieilles douleurs sont diffuses ; elles vous imprègnent. Elles ont déposé des strates, des marques, des cicatrices. Thème rebattu s’il en est, les traumatismes de l’enfance, la violence des secrets de famille infligent de terribles souffrances aux individus. Mais Karine Reysset sait écouter ses personnages sans les juger, elle donne à chacun sa voix, à chacun sa place : Marianne, seconde femme de Noé, mère un peu lointaine, Noé qui manqua certainement lui aussi à ses enfants, parce que la douleur l’a tenu éloigné d’eux, Léna, mère exténuée et au bord de la crise de nerfs, Stella paniquée par la grossesse de son amie de cœur, Merlin qui a laissé sa fille Scarlett à ses parents parce qu’il était incapable de l’élever, et Achille, le brillant Achille, issu d’un premier lit, qui vit aux Etats-Unis, et s’est senti rejeté par sa belle-mère, et délaissé par son père.

Noé fête ses 70 ans aux Myosotis, la villa familiale de Saint-Lunaire, et tout le monde est rassemblé pour l’occasion. Ce sont des esquives, des joutes, des tentatives de rapprochement aussi, et l’ombre de cette petite sœur morte si jeune qui plane sur la fête familiale. Alors des murmures s’élèvent, des tentatives maladroites pour dire la souffrance, la culpabilité que chacun tait, pour sortir de ce carcan. Achille a pris une décision qui va bouleverser son existence et celle des enfants, prêt à les écouter enfin, chacun va essayer de trouver le chemin d’une possible résilience…

Un beau livre, tout en nuances, en souffles, en profondeur…

Merci Karine Reysset…