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Les femmes, la philosophie et le voyage

       Christine de Suède  DavidNeel Isabella_Bird Isabelle Eberhardt

Christine de Suède   David-neel              Isabella Bird    Isabelle Eberhardt,

vignette Les femmes et la PenséePenser à la manière dont la philosophie nous y engage est toujours un voyage sur deux plans qui se complètent : philosopher c’est opérer une conversion du regard et de la pensée, partir de ces certitudes pour les confronter à l’altérité, à l’ailleurs de soi : il y a toujours un commencement qui est comme un départ. Celui qui philosophe est un migrateur. Tous les philosophes ont conceptualisé ce changement que ce soit le doute que Descartes avait dû expliquer à Christine de Suède qui, élevée à la dure, comme un garçon, féministe avant l’heure, cherchait à gommer toute féminité dans la façon de s’habiller et dans son comportement (on peut dire qu’elle doutait de beaucoup de choses), ou la transmigration des âmes, expliquée ainsi dans la Bhagavad-Gîtâ (II, 22) : « A la façon d’un homme qui a rejeté des vêtements usagés et en prend d’autres, neufs, l’âme incarnée, rejetant son corps, usé, voyage dans d’autres qui sont neufs, le cheminement de l’histoire, » ou l’immobilité de celle qui voyage par la pensée, accompagnée de sa duègne, entravée par des robes longues et inconfortables.

Homère est nouveau ce matin », s’émerveille Péguy, entreprenant le voyage de la lecture du voyage d’Ulysse. Qu’en est-il alors des femmes ? Quel sens a pris ce voyage pour elles ? On sait bien que Pénélope attend Ulysse et qu’elle tisse inlassablement. Elle attend…Pourtant la philosophie pose l’universalité de sa réflexion et n’en a pas écarté les femmes.

Prise dans de multiples obligations, elles ont peu voyagé ; un enfant attaché sur le dos, elles parcourent pourtant de grands espaces en Afrique : elles vont chercher l’eau à la rivière à plusieurs kilomètres, elles se rendent au marché, et leurs regards embrassent les espaces quotidiens. Elles connaissent le temps du voyage et sa fatigue. Comme l’écrivait l’auteur de Tristes Tropiques Claude Lévi-Strauss, tout déplacement dans l’espace est aussi, simultanément, un voyage dans le temps.

Nomades du désert, elles font vivre le foyer sous la tente, accompagnent leurs maris. Quelques siècles plus tard, Isabelle Eberhardt, née à Genève en 1877,  découvre le désert à 20 ans , se convertit à l’islam, pour trouver la mort, à 27 ans, dans la crue d’un oued.

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            Et c’est par le voyage que se diffusa la culture, la science, et les découvertes de tout genre. C’est dans ces échanges, dans ces voyages innombrables surtout au XVIIIe siècle, en rupture avec la barbarie des sanglantes découvertes de l’Amérique, que les savants voyageurs, laissant femme et enfants pour de longs mois, ont fécondé, entre autres, la science et la philosophie tout autant qu’ils ont créé le mythe du « bon sauvage ».On le trouve plus développé chez Montaigne, dans « Les cannibales ». Et la bonne sauvage ? Cet outrage à la pudeur, cachez ce sein que je ne saurais voir.

Mais aussi les sociétés matriarcales et bien plus tard les ouvrages de Margaret Mead. En résumé, son œuvre Mœurs et sexualité en Océanie vise à montrer que les traits de caractère de l’homme et de la femme sont le résultat d’un conditionnement social. « Elle pose une hypothèse qui serait celle de dégager les principes selon lesquels des types de personnalités si différentes ont pu être assignés aux hommes et aux femmes pendant l’histoire : les garçons devront dominer leurs émotions et les femmes pourront les manifester. Puis elle pose la question de savoir si une société est capable de choisir dans la vaste étendue des virtualités humaines un certain nombre de traits, et d’en faire la marque distinctive, soit de l’un des deux sexes, soit de toute la communauté. »source Wikipedia

Margaret mead au travail

Margaret Mead au travail.

Dès 1717, Lady Mary Wortley Montagu visite la Turquie (J’ai son livre sur ma table de nuit « Je ne mens pas autant que les autres voyageurs »),  suivie par quelques autres, qui se rendent en Palestine, en Syrie, en Egypte et jusqu’en Perse. Ces dames se déplacent avec de nombreux bagages et une importante domesticité en bonnes bourgeoises qu’elles sont. Elles observent les Orientales, visitent même un harem. Peut-être ont-elles goûté pour la première fois leur liberté de femmes occidentales.

Lady Mary Wortley Montague

Il y a des voyages qu’on n’accomplit qu’à son corps défendant (des femmes sont enlevées comme esclaves et sont séquestrées dans ces fameux harems): le voyage pour suivre le mari qu’on n’a pas choisi, l’exil ; la déportation.

L’exil dans des terres étrangères pour sauver ses enfants de la folie meurtrières des hommes ou de la famine. Nous devenons étrangers aux autres et à nous-mêmes comme Fadhma Aït Mansour Amrouche qui toujours fut en exil et le premier fut d’être femme.

La sexualité non conforme pouvait mettre en exil une femme dans sa propre culture.

Cette culture prise en otage par des colons français qui avaient voyagé jusque là pour prendre ce qui n’était pas à eux. C’est ainsi toutefois que Fadhma apprit à écrire.

Cet exil intérieur, Mary Barnes l’a raconté dans son Voyage à travers la folie . Elle était infirmière lorsque à 42 ans elle commença à éprouver les premiers symptômes de la  » schizophrénie « . Accompagnée par Joseph Berke (le psychiatre qui l’accompagna tout au long de ce  » voyage  » de cinq années), partisan du mouvement de l’antipsychiatrie ; elle put régresser jusqu’à des stades très primitifs de la vie affective, et à travers cette mort symbolique, renaître à elle-même et guérir. Son cas représente la réussite la plus exemplaire des méthodes préconisées par l’antipsychiatrie, opposée aux techniques médicales chimiques de la psychiatrie traditionnelle.

De ces voyages plus oniriques et plus sages de l’enfance ; c’est bien Alice, une petite fille qui va au pays des merveilles. Elle connaît d’Eve le goût pour les fruits défendus. Comme elle aussi, la chute.

Tout voyage peut présenter des dangers et engendrer des souffrances. Il existe certains voyages dont on ne revient pas. La mort est le plus ultime.

Mais le voyage est celui de l’exploratrice qui brise les tabous, abandonne mari et enfants quand elle choisit tout simplement de ne pas en avoir. L’Anglaise Isabella Bird, malade part, en 1873, serrée dans son corset et entravée par ses robes jusqu’aux chevilles. d’abord en Australie aux Iles Sandwich, qu’elle adora et sur laquelle elle a écrit son deuxième livre . Elle part ensuite aux Etats-Unis car elle a entendu dire que l’air était excellent pour les infirmes. Les femmes perdues peuvent voyager. La maladie elle aussi est un exil. Elle repartira à la fin de sa vie comme missionnaire. Christel Mouchard, dans Aventurières en crinoline (Points/Seuil) raconte les nombreuses aventures de ces femmes qui avaient parfois bien du mal à abandonner leurs préjugés.

 A la question: « Pourquoi voyager? », Ella Maillart, née en 1903 répondait: « Pour trouver ceux qui savent encore vivre en paix. »

 Mais celle qui sut le mieux allier l’expérience du voyage à la philosophie et qui me permettra de clore cet article sur les femmes et le voyage est sans aucun doute la magnifique Alexandra David-Néel, née à Paris en 1868, dont j’avais lu avec passion les aventures lorsque j’étais adolescente. En 1923, elle part à pied, et marche300 kilomètres ? Elle pénètre dans Lhassa, la ville interdite, (Voyage d’une Parisienne à Lhassa (Plon)).  Elle se convertit au bouddhisme.

On peut dire que pour une femme , le premier voyage, fut de se risquer seule sans mari, sans père, sans personne à ses côtés. Le deuxième moment du voyage fut la conquête des idées et de la philosophie et le dernier voyage est sans conteste la conquête de l’égalité. Au fond, femme et voyage sont exactement synonyme.

lundis philo

Ma cousine Phillis – Elizabeth Gaskell

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La cousine Phillis est une assez longue novella publiée pour la première fois en feuilleton dans the Comhill Magazine de novembre 1863 à février 1864, entre deux longs romans, Sylvia’s lovers (1863) , histoire d’amour et de guerre, et un de ses chef-d’œuvre  Femmes et Filles (1865) que la mort de l’auteure laissera inachevé.

 J’ai eu davantage de plaisir à lire cette nouvelle que le précédent livre que j’ai lu d’elle « Cranford ». Le récit est plus dynamique, et le narrateur décrivant ses pensées et sentiments apporte un point de vue personnel qui en dit aussi long sur lui que sur la fameuse cousine.

Ce récit est l’histoire de plusieurs amours, fraternel, filial, conjugal dont chacun éprouve sa nécessité à la défaillance de l’un des deux autres. Ce tissage affectif permet à chacun d’évoluer et de mûrir malgré les souffrances et les épreuves. C’est pour moi un récit sur l’importance de la relation en tant qu’elle n’en exclut aucune autre parce qu’elle est elle-même relative et non-absolue. Enfin, c’est de cette manière que je l’ai lu.

 Le narrateur, Paul Manning a dix-neuf ans, et s’installe dans la ville d’Eltham pour devenir employé aux écritures sous les ordres d’un ingénieur ambitieux et cultivé, Holdsworth,  chargé de superviser la construction d’une petite ligne de chemin de fer. Une vive amitié naît entre les deux hommes malgré la différence de position. Non loin de là, à Hope Farm (on se dit que ce nom n’est pas choisi au hasard !) vivent des cousins éloignés, les Holman. Ceux-ci ont une fille qu’ils chérissent par-dessus tout, Phyllis de deux ans plus jeune que Paul. La famille va vite adopter Paul et celui-ci décide un jour de leur présenter son ami et mentor.

 La cousine Phillis est bien sûr dans la veine du roman sentimental, largement réservé aux femmes qui écrivent mais dont elles renouvellent le genre en y introduisant des critiques et des observations sur la société de l’époque et notamment sur la place des femmes.

L’éducation des jeunes filles malgré des avancées importantes n’est pas toujours très bien vue.

« Vois-tu, continuai-je, elle est si instruite – elle raisonne plutôt comme un homme que comme une femme. » Or la beauté et l’apparence restent les qualités féminines par excellence. Une femme qui raisonne prétend ressembler aux hommes et cela amoindrit leurs capacités de séduction. Symbolique, le déplacement se fait de l’esprit au corps.

            « Une fille instruite, c’est vrai –mais on ne peut plus rien y faire maintenant, et elle est plus à plaindre qu’à blâmer là-dessus, vu qu’elle est la seule enfant d’un homme aussi instruit. »

Malgré  la création de Bedford College à Londres en 1849 par Elizabeth Jesser Reid, il faudra attendre 1870 et 1879 , pour que Cambridge et Oxford s’ouvrent enfin aux femmes ! Pour la grande majorité des femmes l’instruction supérieure n’est possible que si elle est permise par le père qui lui-même est seul détenteur des connaissances. Mais pourtant dès le début du XIXe siècle , les écoles primaires pour filles sont créées de manière systématique en Angleterre. Phillis est la représentante de cette femme nouvelle qui aime apprendre et désire ardemment s’instruire.

La mère est une personne « purement maternelle, dont l’intellect n’avait jamais été cultivé et dont le cœur aimant ne s’intéressait qu’à son mari. ». Elle jalouse les conversations de la fille et du père auxquelles elle ne comprend rien.

 Dans ces propos que tient le père de Paul, on voit que l’éducation des femmes, leur instruction ne peut être qu’un « mal », et que s’il se produit dans cette famille, c’est qu’il est le résultat d’un autre déplacement tout aussi symbolique, du garçon absent « mort en bas-âge », à la fille qui a survécu. La société patriarcale ne peut faire mieux que de déplacer l’axe, l’incliner sans bouleverser pour autant l’ordre social.

 Paul, lui même, alors qu’il ressent de l’attirance pour sa cousine, ose à peine lui parler de peur qu’elle ne s’aperçoive de son ignorance. Il se demande alors si elle est faite pour lui. De même qu’elle est plus grande que lui, et que cela renforce encore le sentiment d’infériorité qu’il éprouve.

 Mais des changements s’annoncent, le chemin de fer parvient dans des endroits de plus en plus reculés, la loi postale permet l’envoi de nombreux courriers et permet donc l’échange des idées. L’industrialisation menace les campagne et produit de grands bouleversements en même temps qu’elle ouvre aux idées nouvelles, à l’économie et à la science.

On voit ici comment ‘Elizabeth Gaskell renouvelle le genre et lui donne des résonances bien plus importantes que celles d’un simple roman sentimental.

Une nouvelle passionnante donc sur ce XIXe siècle fut le siècle du féminisme avec deux mary : Mary Astell et Mary Wollstonecraft.

Billet dans le cadre du mois anglais chez Lou ou Titine. Une occasion de parler pendant un mois de livres, films, voyages ou cuisine anglaise. Et en lecture commune avec Virgule.

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Entretien avec Maram el-Masri / Mureille Szac

Elle va nue la liberté, Maram al-masri

 Maram al-Masri – Elle va nue la liberté – Editions Bruno Doucey

Dans ce recueil, sorte de carnet intime,  Maram al-Masri nous fait entendre la voix blessée d’une femme dont le pays natal souffre terriblement dans la chair des hommes et de des femmes qui luttent pour la liberté. Elle guette chaque jour les vidéos sur Facebook ou YouTube et nous les donnent à re-voir à travers des mots écrits tels des instantanés : « saisir un instant par les mots, mettre en lumière un « détail », faire ainsi« arrêt sur image », c’est une façon d’exprimer le mouvement de lavidéo et de le figer sur le papier, de fixer l’instant et de le mettre en perspective. »

La guerre ravive d’autres blessures dont celle de l’exil,tenace et enfouie :

« Mon corps était ici et mon âme là-bas. J’ai éprouvéde la joie, de la douleur aussi. Et même une sensation de culpabilité de ne pasêtre sur place, bien que je vive en France depuis longtemps ».

Un très beau poème dit ce déracinement :

« Nous, les exilés,/Rôdons autour de nos maisons lointaines/Comme les amoureuses rôdent/Autour des prisons,/Espérant apercevoir l’ombre /De leurs amants. »

De toutes les atrocités de la guerre, la mort des enfants est la plus terrible, « Les enfants de Syrie,/emmaillotés dans leurs linceuls/comme des bonbons enveloppés. »

Mariam crée des images saisissantes, « Tout fuit. /Même les arbres », et on sait l’urgence d’échapper à la mort, aux tirs, aux embuscades.  « Sauf la faim. », ajoute-t-elle plus loin, un peuple dans la guerre ne peut même plus choisir entre deux morts. Mourir pour la liberté ? La faim tue comme les balles.

Ces poèmes sont plein du bruit et de la fureur de la guerre, « le bruit de la peur et du froid ».

 Terrible recensement : 15 mars 2013 : 5 000 femmes dans les prisons syriennes :

 « Que faites-vous, mes sœurs,

Maram al-Masri
Maram al-Masri (Photo credit: Wikipedia)

quand vos seins gonflent

et durcissent de douleur ?

 Quand la souffrance

Déchire

Votre ventre

 Que la tristesse vous inonde

 et que le sang

coulant entre vos jambes

noircit, durcit.

 Que faites-vous de l’odeur ?

 Comment faites-vous, mes sœurs,

Quand vos règles arrivent

Dans les prisons froides

Et obscures

Maram al-Masri
Maram al-Masri (Photo credit: Wikipedia)

Dans les prisons où l’on frappe et l’on torture

Dans les prisons où vous êtes

Entassées

Enchaînées ?

Que faites-vous, mes sœurs,

Lorsque la rage coule dans vos yeux ?

J’ai été prise totalement par l’écriture de Maram al-Masri qui m’a accompagnée plusieurs jours, recueillie avec elle, en pensée avec tous les syriens qui luttent face au cynisme froid d’un pouvoir assassin. Quelle est véritablement le pouvoir des mots et de la
poésie se demande-t-elle ? Il est de tenir les consciences éveillées, de
faire en sorte que les hommes partout savent qu’ils ne sont pas seuls.

Peut-être le silence est-il le pire des assassins.

Maram lit ses poèmes un peu partout, Paris cette semaine, Achères jeudi prochain, dans le 78.

Rendez-vous sur le site des éditions Bruno Doucey pour connaître toutes les dates.

Éditions Bruno Doucey

 Ce recueil est le travail également de l’éditrice Murielle Szac.

Je la remercie pour l’envoi de ce livre et lui renouvelle mon admiration pour son travail et celui de Bruno Doucey.

Et comme tous les dimanches, poetisons-Martine.

Martine, , ce dimanche, nous présente une poétesse, Maria Desmée,  née en Roumanie. Elle s’est établie en France en 1985, et se dédie particulièrement à la création plastique et poétique.

L’observatoire des inégalités : sexisme et littérature

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Selon ce site, en 2011,  sur 648 prix littéraires décernés depuis le début du 20e siècle, 104 l’ont été à des écrivaines, soit 16 % de lauréates.
Ils relèvent également que les jurys sont la plupart du temps masculins si l’on excepte le Femina.

« L’Académie française,  n’a compté que 7 femmes sur 721 membres depuis sa création (1 %) ; l’Académie Goncourt, 5 femmes membres pour 55 hommes (9 %). »

Toutefois la situation semble évoluer favorablement…

 

Voir leur site

Lauréats – Prix des lectrices de Elle

J’ai décidé cette année de suivre de plus près les prix concernant les œuvres de femmes et les jury féminins.

Voici donc les lauréats : 

Chaque année, au mois de mai, le Grand Prix des Lectrices récompense un roman, un document et un policier. Le jury, uniquement féminin, est composé de  cent vingt lectrices qui lisent toutes les sélections pendant huit mois.

Dans la catégorie Roman, c’est Robert Goolrick, auteur américain de « Arrive un vagabond » (aux éditions Anne Carrière) qui a été le coup de cœur des lectrices.

Des huit documents« L’Elimination » de Rithy Panh est celui qui a remporté les suffrages . « Dans cet essai, Rithy Panh retrace le parcours de Duch, l’un des responsables du génocide cambodgien ».

Dans la catégorie policier, « Les Apparences » de Gillian Flynn (aux éditions Sonatine) a séduit les lectrices. « L’histoire est celle d’un couple victime de la crise économique et contraint de quitter Manhattan pour s’installer dans une petite ville du Missouri. Le jour de leur anniversaire de mariage, la disparition d’Amy va marquer le début d’une enquête où secrets et trahisons font peu à peu surface, effritant l’image de couple idéal que semblaient former les personnages ».

Je vous renvoie aux nombreuses blogueuses qui les ont chroniqués :

 

Critiques de Nadael

Critiques de Jostein

Jean Rhys – La prisonnière des sargasses

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Jean Rhys – La prisonnière des sargasses, L’imaginaire Gallimard, 1971 pour la traduction française. Traduit de l’anglais par Yvonne Davet.

La prisonnière des Sargasses est la préquelle de Jane Eyre (Charlotte Brontë – 1847). Il faut rappeler que l’héroïne, Jane Eyre devient éperdument amoureuse de Mr Rochester mais qu’elle apprend le jour de son mariage que celui-ci est déjà marié à une femme à laquelle il s’est uni sous l’influence de son père et son frère. Pis, la jeune femme s’avère de santé fragile et devient folle. Elle est toujours vivante et vit cachée dans le troisième étage de Thornfield-Hall sous la garde de Grace Poole. Sous le choc Jane s’enfuit mais revient quelque temps après et découvre que cette femme qui faisait obstacle à son bonheur est morte en se jetant du toit, une nuit où elle a tenté d’incendier la demeure.

  On remonte donc le cours du temps pour suivre l’histoire d’Antoinette Cosway, dont le personnage est essentiellement vu de manière négative dans Jane Eyre. Rochester semble alors la victime de cette femme malsaine et diabolique.

Mais est-ce si simple que cela ? Pourquoi Antoinette Cosway est-elle devenue folle ? Quels événements ont marqué sa vie ? Ou quelle hérédité a donc pesé sur elle pour la conduire à de telles extrémités ?

Deux voix alternent dans le roman, celle d’Antoinette et de Rochester. Mais tout d’abord Annette raconte son enfance au domaine Coulibri, à la Jamaïque, entre une mère indifférente et froide qui la laisse grandir dans une sorte d’abandon et Joséphine, sa nourrice, fidèle mais impuissante à soulager véritablement la fillette, incapable de l’éduquer véritablement et de former son jeune esprit et sa sensibilité.

Son destin bascule lorsque les anciens esclaves décident de mettre le feu au domaine. Elle est envoyée au couvent et n’en sort que pour épouser Rochester… Antoinette apprend à ignorer une réalité qui pourrait la blesser : « Ne rien dire et alors peut-être que ça ne serait pas vrai. »

Rochester est un jeune homme froid, impassible et arrogant face à une jeune femme assoiffée d’amour.

  Jean Rhys signe là un très beau roman. Elle réhabilite Antoinette Challenge-Genevieve-Brisac-2013Cosway en montrant sa fragilité et sa beauté. C’est un roman émouvant et éprouvant à la fois car il est sombre et violent. Il est la chronique d’un désastre annoncé puisque nous connaissons déjà le destin funeste de l’héroïne. Elle montre l’implacable réalité d’une société patriarcale où les femmes sont rarement aimées pour elles-mêmes et analyse les ravages qu’elle peut produire sur des personnalités un peu fragiles. Un coup de maître et un récit bouleversant.

 

Challenge « Lire avec Geneviève Brisac »

Paroles de femmes : Virginia Woolf

« La vie est-elle ainsi, faut-il que les romans soient ainsi ? Regardez en dedans et la vie, semble-t-il est loin d’être comme cela. Examinez pour un instant un esprit ordinaire en un jour ordinaire, l’esprit reçoit une myriade d’impressions banales, fantasques, évanescentes ou gravées avec la netteté de l’acier. Elles arrivent de tous côtés, incessante pluie d’innombrables atomes. Et à mesure qu’elles tombent, à mesure qu’elles se  réunissent pour former la vie de lundi, la vie de mardi, l’accent se place différemment; le moment important n’est plus ici, mais là. De sorte que si l’écrivain était un homme libre et non un esclave, s’il pouvait écrire ce qui lui plaît, non ce qu’il doit, il n’y aurait pas d’intrigue, pas de comédie, pas de tragédie, pas d’histoire d’amour, pas de catastrophe conventionnelle, et peut-être pas un seul bouton cousu comme dans les romans réalistes. La vie n’est pas une série de lampes arrangées systématiquement; la vie est un halo lumineux, une enveloppe à demi transparente qui nous enveloppe depuis la naissance de notre conscience. Est-ce que la tâche du romancier n’est pas de saisir cet esprit changeant, inconnu, mal délimité, les aberrations ou les complexités qu’il peut présenter, avec aussi peu de mélange de faits extérieurs qu’il sera possible. Nous ne plaidons pas seulement pour le courage et la sincérité, nous essayons de faire comprendre que la vraie matière du roman est un peu différente de celle que la convention nous a habitués à considérer. »

Bust of Virgina Woolf by Stephen Tomlin
Bust of Virgina Woolf by Stephen Tomlin (Photo credit: Wikipedia)

« Modern fiction » Publié en français dans un choix de textes sous le titre L’Art du roman, trad, Rose Celli, Seuil, 1963 et 1991 ; réédition : Seuil, Point/Signatures no P2084, 2009

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

Julie-Otsuka

PRIX FEMINA ÉTRANGER 2012

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Julie Otsuka – Certaines n’avaient jamais vu la mer –  Phébus littérature étrangère, traduit de l’anglais (américain) par Carine Chichereau –Libella Paris 2012

Ce roman est composé de multiples voix, ces « voix du nous » comme les appelle Julie Otsuka, qui s’élèvent dés que vous ouvrez le livre et vous happent pour ne plus vous lâcher. Voix qui sortent de ces poitrines de très jeunes femmes qui au début du XXe siècle quittèrent leur Japon natal pour rejoindre leurs maris japonais choisis sur photos et racontent leur désenchantement et la trahison de ces hommes qui étaient ou plus pauvres, ou plus vieux que les hommes qu’elles avaient élus. Une d’elle raconte que l’un d’eux avait donné la photo de son ami qui était beaucoup plus beau que lui. Jeunes femmes obéissantes ou silencieuses qu se sont tues si longtemps, que les voix ici libérées s’échappent à la manière de cris ou d’incantations.

Elles sont toutes là, vous les imaginez serrées les unes contre les autres, visages innombrables, destins singuliers et pourtant semblables. Vous les entendez, elles n’ont plus de souffle, les mots se pressent sur leurs lèvres, ce qui donne ce côté haché et quelque peu décousu au récit, mais un fil solide les relie, le fil ténu d’une histoire unique et pourtant commune. Vous les entendez et votre souffle se mêle au leur, et votre cri retenu si longtemps dans votre poitrine nourrira le leur, vos yeux seront leurs yeux, et vos mains se creuseront avec elles sous le poids des tâches.

Malgré tout, vous voyez qu’elles trouvent une place à force de patience et de labeur, leurs enfants sont leur force, ils apprendront l’anglais et certains iront même à l’université. Mais voilà, avec elles vous entendez la guerre, vous sentez la menace, vous les suivez sur le chemin d’un autre exil, un exil à l’intérieur des terres vers ces camps de la honte ou vers le nord, afin que leurs voix japonaises ne se mêlent aux chants guerriers de leurs compatriotes.

Et c’est là que vous les laissez, le cœur serré, et ému aussi devant tant de beauté, tant de force dans ce chœur de femmes. Vous refermez le livre, vous le gardez peut-être quelques instants dans votre main, sa chaleur d’avoir été tant tenu adoucit un peu le regret d’avoir à le quitter. Vous le posez enfin, sur la table, avec tendresse…Vous ne les oublierez pas.

festival amerrica

3/19 Festival America  

Argentine =) Eugenia Almeida – Elsa Osorio –  Lucía Puenzo –  Canada =) Naomi Fontaine –  Lucie Lachapelle – Catherine Mavrikakis – Dianne Warren – – Cuba =)  Karla Suárez – Etats-Unis =)  Jennifer Egan –  Louise Erdrich –  Nicole Krauss –  Rebecca Makkai –  Toni Morrison – Julie Otsuka –  Karen Russell –  Janet Skeslien Charles –  Vendela Vida –   Mexique =) Sabina Herman –  Pérou =) Grecia Cáceres

La chronique de Gérard Collard – Berenice 34-44 d’Isabelle Stibbe

Un livre magnifique dans lequel je suis plongée !

Dédicace d’Ana Blandiana

Anna-Blandiana-2livre Ana Blandiana

dédicace d'Ana Blandiana pour le blog

Meena Keshwar Kamal – Je ne reviendrai jamais / Poétesse afghane

Meena Keshwar Kamal

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(Photo credit: Wikipedia)

Meena Keshwar Kamal, poétesse féministe afghane (née le 27 février 1956 à Kaboul – assassinée le 4 février 1987 à Quetta, Pakistan, par les agents afghans du KGB), a fondé l’association Revolutionary Association of the Women of Afghanistan (RAWA) à Kaboul (Afghanistan) en 1977 : RAWA est une organisation de femmes afghanes luttant pour les droits de l’homme et la justice sociale en Afghanistan et pour donner la parole aux femmes afghanes réduites au silence dans leur pays. (source Wikipédia)

 

Je ne reviendrai jamais

Je suis la femme qui s’est éveillée
Je me suis levée et me suis changée en tempête balayant les cendres de mes enfants brûlés
Je me suis levée des ruisseaux formés par le sang de mon frère
La colère de mon peuple m’a donné la force
Mes villages ruinés et incendiés m’ont remplie de haine pour l’ennemi,
Je suis la femme qui s’est éveillée,
J’ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais.
J’ai ouvert des portes closes par l’ignorance
J’ai dit adieu à tous les bracelets d’or
Oh compatriote, je ne suis plus celle que j’étais
Je suis la femme qui s’est éveillée
J’ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais.
J’ai vu des enfants sans foyer, errant pieds nus
J’ai vu des promises aux mains tatouées de henné en habit de deuil
J’ai vu les murs géants des prisons avaler la liberté dans leurs estomacs d’ogres
Je suis ressuscitée parmi des gestes épiques de résistance et de courage
J’ai appris le chant de la liberté dans les derniers soupirs, dans les vagues de sang et dans la victoire
Oh compatriote, Oh frère, ne me considère plus comme faible et incapable
Je suis de toute force avec toi, sur le chemin de la libération de mon pays.
Ma voix s’est mêlée à celle de milliers d’autres femmes qui se sont levées
Mes poings se serrent avec les poings de milliers de compatriotes
Avec toi, j’ai pris le chemin de mon pays,
Pour briser toutes ces souffrances et tous ces fers,
Oh compatriote, Oh frère, je ne suis plus celle que j’étais
Je suis la femme qui s’est éveillée
J’ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais.

Persan (version originale)

vignette les femmes et la poésieJe voulais associer, pour le dimanche en poésie de Martine, une figure de femme qui réponde à ce que j’avais lu de Eavan Boland, à savoir :

« La poésie d’Eavan Boland est placée sous le sceau du féminisme, soulignant la place nouvelle que cet auteur désire donner à toutes les expériences de femmes qui sans la visibilité conférée par l’écriture, risqueraient de redoubler l’indifférence par l’oubli. » Florence Schneider, Université de Sorbonne Nouvelle Paris III

Et comme tous les dimanches avec Martine

, poetisons-Martine

Prix du premier roman de femme 2013

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PRIX DU PREMIER ROMAN DE FEMME 2013

Hôtel Montalembert

Le jury 2013 sera officiellement composé de Christophe Ono-Dit-Biot (Président), Claire Chazal, Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Olivia de Lamberterie, Mathieu Laine, Bernard Lehut, Jean-Christophe Rufin, Catherine Schwaab, Anne-Laure Sugier et Sylvain Tesson.

Les romans en lice sont :

  • L’Hériter, Roselyne Durand-Ruel, éditions Albin Michel
  • Le Coursier de Valenciennes, Clélia Anfray, éditions Gallimard
  • Un héros, Félicité Herzog, éditions Grasset
  • Mourir est un art comme tout le reste, Oriane Jeancourt Galignani, éditions Albin Michel
  • Brioche, Caroline Vie, éditions Jean-Claude Lattès
  • En attendant que les beaux jours reviennent, Cécile Harel, éditions Les Escales
  • La Cattiva, Lise Charles, éditions P.O.L.
  • Baby Love, Joyce Maynard, éditions Philippe Rey

Paroles de femmes : Naomi Fontaine

Naomi FontainePhoto Radio-canada.Ca 

« C’est le soir que j’écris. Dans le silence, quand fiston dort. J’invente la vie, pas la mienne. La mienne je la vis au quotidien, des travaux à remettre, des examens à préparer, des soupers à concocter. J’écris peu. Ça explique les silences. Entre deux choses à dire, je dors, parce que je préfère l’émotion aux mots. Les mots ne sont que l’extension. L’émotion est le feu qui glace mon coeur. Alors je syllabe, tranquillement, je jette le feu dans la poudre et de l’exposition naît l’idée. L’écrivain n’est pas seul. S’il cherche dans les autres le moyen de définir sa voix, s’il aime dans les autres tout ce qu’il cherche, l’écrivain est une éponge. » Lire la suite sur son blog

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Prix Simone Veil 2013 – Isabelle Stibbe

Olive Schreiner / L’histoire d’une vie – (1855-1920)

Olive_SchreinerJ’aime particulièrement le personnage d’Olive Schreiner. Sa vie pourrait être un roman tellement sa personnalité est fascinante et son destin étonnant. Née au Cap en 1855, elle a eu une enfance difficile auprès d’un paysan missionnaire luthérien borné et d’une mère qui la négligeait. Michel Le Bris raconte : « Négligée par sa mère, elle avait grandi à l’abandon dans le bush, rebelle et tourmentée. Sa seule éducation : le fouet, jusqu’au sang, quand elle défiait son père en se disant athée. Pourtant sans être jamais allée à l’école, elle réussit à apprendre à lire, dévore les rares livres qui lui tombent sous la main –pour l’essentiel des récits bibliques. »1 Il ajoute plus loin qu’un étranger de passage lui donna les premiers principes du philosophe Spencer alors qu’elle travaillait dans une ferme et que cette lecture déclencha chez elle un appétit de savoir qui ne la quitte plus : Carlyle, Darwin, Locke, Goethe, Schiller, Shakespeare, Locke , Stuart Mill, rien ne lui résiste !  Elle fut véritablement courageuse à une époque où il était particulièrement difficile pour les femmes de vivre une vie non-conventionnelle. Elle fut ainsi une pionnière par la place qu’elle réserva aux femmes dans ses romans. 2

Elle part en Angleterre en 1881 alors qu’ elle a déjà achevé « The Story of an African Farm », son premier roman et le seul publié de son vivant. Il paraît deux ans plus tard sous le pseudonyme de Ralph Iron. Le XIXe siècle ne manque pas d’exemples de ces femmes écrivains qui ont recours à la protection d’un pseudonyme masculin. Ce succès lui vaut  d’être admise dans les cercles littéraires d’avant-garde où elle rencontre Havelock Ellis, littérateur, médecin et sexologue. Il lui fait partager ses idées progressistes notamment en matière de sexualité.

Côtoyant de nombreux socialistes et des libre-penseurs tels Karl Pearson, elle adhère à une organisation progressiste (la Fellowship of the New Life) et au mouvement féministe, où, en compagnie notamment de Eleanor Marx, la fille de Karl Marx, elle prend la défense des ouvrières exploitées, des prostituées, des femmes battues, ou abandonnées dans la misère.

Cependant elle regagne l’Afrique du Sud en 1889 malade et à bout de forces,  mais à la surprise générale semble aller mieux et se marie, elle épouse un jeune fermier qui partage ses convictions politiques. La situation politique dans la colonie du Cap est très compliquée, elle prend partie pour les Républicains face aux Britanniques, puis plus tard pour les Boers (seconde guerre des Boers), mais ses prises de position humanistes et modernistes lui valent l’inimitié de tous. Elle se sent rejetée… Pour ajouter à son malheur, l’ enfant qu’elle a mis au monde meurt peu après sa naissance. Ses troubles reviennent. Elle détruit alors toute sa correspondance et brûle ses manuscrits un à un.  Elle revient en Angleterre en 1914 puis repart en Afrique du Sud pour y mourir.

 

Ses autres romans à sujet féministes, « From Man to Man » et « Undine » paraissent après sa mort en 1927 et 1929. De son vivant elle publie des séries de récits et d’allégories, des articles sur la politique et l’Afrique du Sud ainsi qu’un ouvrage sur les femmes et le travail en 1911.

 


1 préface de Michel Le Bris à l’édition de poche Presse Pocket

2 Lucienne Mazenod et Ghislaine Schoeller

Photo Wikipédia