Archives pour la catégorie – Femmes du Monde entier

Je bats ma campagne avec : Fatou Diome – Marianne porte plainte !

La campagne présidentielle est officiellement ouverte et à la vue de toutes ces belles affiches placardées sur les murs électoraux, j’ai décidé de lancer la mienne, toute symbolique, même si sur ce blog, j’ai déjà recueilli plus de 500 signatures. Bien sûr je suis loin de faire le buzz, mais cela n’a pas beaucoup d’importance car je joins ma voix à celle de Fatou Diome.

Quelques citations permettront de poser plus clairement le débat, toute cette semaine, à chaque article, j’en ferai trois :

  • « Je ne suis pas française par le hasard d’une naissance, que nul ne doit à son mérite. » Dans ma famille, il y a tous les continents réunis par les soubresauts de l’Histoire : l’Europe, l’Afrique, l’Asie, mais il me manque toutefois l’Océanie (Sans parler de l’Antarctique »). Nous sommes tous des fervents défenseurs de Marianne et avec elle et Fatou nous portons plainte ! Je compte sur mes descendants pour réparer ces quelques oublis. Il y aura peut-être un jour une chercheuse en Antarctique !
  • « […] je suis française par choix, donc par amour, mais aussi par résistance, car le saut d’obstacles que l’on exigea de moi, huit années entières, briserait les jambes d’une jument. » J’ajouterai avec Fatou Diome que certains des miens sont nés ici pour autant il semble qu’ils n’auront jamais fini de faire leurs preuves.
  • « En revanche, je suis certaine que les grandes dames de France comme Louise Michel, Lucie Aubrac, Germaine Tillion, Louise Weiss – qui toutes combattaient les ténèbres pour la justice et la liberté – ne seraient pas restées dans leur boudoir, à juger de la finesse de leurs dentelles, en attendant qu’on démembre, saucissonne leur République de femmes d’honneur; […] Ha, et elles sont encore plus nombreuses sur ce blog, Manon Roland, Fanny Raoul, Olympe de Gouges, ici pas de doute, on peut se tenir chaud. Et moi, je te le dis, nous sommes toutes derrière toi.

Marianne porte plainte ! - Fatou Diome - Babelio

Va et poste une sentinelle – Harper Lee / La fin d’une idole

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Harper Lee, Va et poste une sentinelle Le livre de poche Editions Grasset &Fasquelle 2015 ; traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierrre Demarty

La publication du deuxième roman d’Harper Lee a fait l’effet d’une bombe dans le milieu de  l’édition américaine, mais aussi plus largement dans la société où « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » (To kill a mocking bird), unique roman de l’auteure était devenu un roman national mettant en scène la lutte pour les droits civiques de la population noire américaine à travers le personnage d’Atticus Finch, courageux et intègre homme de loi commis d’office dans la défense d’un Noir accusé d’avoir violé une Blanche dans une petite ville d’Alabama, Maycomb, au temps de la Grande Dépression. La narratrice, Scout Finch, fille d’Atticus était confrontée à l’injustice et la violence dans une société profondément raciste. Toute l’histoire était racontée du point de vue d’un enfant.

Dans ce deuxième roman, on retrouve Jean Louise Finch une vingtaine d’années après. Elle vit désormais à New York où elle poursuit ses études et revient pour les vacances dans la ville de son enfance. Chronologiquement ce roman a lieu après « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » mais il semble avoir été écrit avant et proposé à un éditeur qui aurait conseillé certains ajustements. Une vive polémique a eu lieu au moment de la sortie du livre en 2015, après la mort de la sœur de l’auteure qui s’occupait des intérêts de Nelle Harper. Le précédent livre s’était vendu à des millions d’exemplaires et avait reçu, l’année suivant sa publication, en 1961, le prix Pullitzer avant d’être adapté au cinéma par Robert Mulligan, puis oscarisé à travers la personne de Gregory Peck.

Dans ce second opus, où l’on retrouve à peu près les mêmes personnages, le héros a pris du plomb dans l’aile, sa fille découvre qu’il lit un pamphlet raciste et qu’il siège, aux côtés de personnages nauséabonds, dans un Conseil de citoyens qui lutte pour préserver la suprématie blanche.

Que va faire notre héroïne ? Voilà tout l’intérêt de ce roman, beaucoup moins lisse que le précédent, peut-être plus plausible, où Scout Finch apparaît comme la nouvelle génération capable de faire évoluer un sud profondément traditionaliste.

A vrai dire, ce roman n’a pas les qualités techniques du premier, l’intrigue aurait gagné à être davantage resserrée et j’ai parfois été gagnée par l’ennui avant d’être franchement passionnée par le dernier tiers où l’affrontement entre le père et la fille donne tout son sel au roman.

Il est vraiment dommage que l’auteure, écrasée par son succès, n’ait pu continuer à écrire, elle aurait pu produire d’autres chef-d ’œuvres.

A lire…

Ne tirez pas…

Bahaa Trabelsi – Parlez-moi d’amour/ Interview

Etre femme et écrire : le Maroc à travers Bahaa Trabelsi, Maria Guessous et Halima Hamdane

Trois auteures, Bahaa Trabelsi (1966), Maria Guessous (1973?) et Halima Hamdane ( ?) parmi les invités de Livre Paris 2017 écrivent en français et représentent une certaine génération d’écrivains puisqu’elles sont toutes trois nées fin des années soixante, début des années 70, un doute cependant pour Halima Hamdane dont je n’ai pas trouvé la date de naissance mais dont on sait qu’elle est venue s’installer en France en 1986 alors qu’elle était déjà professeur de français au Maroc. Elle avait donc une vingtaine d’années au moins, et aujourd’hui plus de quarante ans. 

Les trois livres lus, Une femme tout simplement, Hasna ou le destin d’une femme, Une femme tout simplement, mettent en scène des destins de femme qui se débattent entre tradition et modernité, entre le français (langue de l’oppresseur, de l’Occident, mais aussi de la liberté des femmes) et l’arabe ( langue du foyer, de l’affectif, de l’identité mais aussi de la tradition et de la soumission des femmes). La position qu’elles doivent tenir est extrêmement compliquée et rendent compte des problématiques qui se jouent à travers leur statut. « Je me heurtais, je le savais, aux piliers de notre société où il n’a jamais été question pour une femme de vivre seule. Cela supposerait qu’elle est libre de disposer d’elle-même, de son corps, de l’orientation qu’elle veut donner à sa vie. Ce sont des prérogatives qui reviennent à son père, à son mari ou à son frère. il n’y a pas de place pour une femme célibataire et libre. l’existence d’une vie sexuelle n’est pas concevable en dehors du mariage. » dit l’héroïne d’une femme tout simplement.

Que prône au juste la tradition ? « Elles sortaient chaperonnées par des membres de la famille, et la tête couverte. De toutes les manières, le mariage était une affaire de famille. »  A cette époque, une femme ne se mariait pas par amour, le mariage était affaire d’alliance et il fallait choisir le meilleur parti : un homme capable de subvenir aux besoins d’une famille.

Si les romans offrent parfois une analyse sociologique, elle est inévitablement datée, ces romans après tout ont  au moins une dizaine d’année et le Maroc d’aujourd’hui doit être différent de celui évoqué dans ces récits.

Toutefois ce qui ressort est que l’écriture et donc les études, le savoir sont des facteurs d’émancipation pour les femmes. Dans une majorité de cas, les sociétés traditionnelles et patriarcales enferment les femmes dans la maternité et les tâches domestiques. Elles sont étroitement surveillées car elles sont garante de la pureté de la lignée qui se fait par le père. Elles assurent également la transmission de l’héritage ou du nom par le fils.

Il faut qu’un nouvel ordre règne pour briser le carcan, et dans tous les mouvements d’émancipation, ce renversement est synonyme de solitude et d’exclusion. Tout le monde n’est pas prêt à le supporter, et c’est pourquoi même si le bât blesse on peut préférer le bât. La liberté ne garantit pas le bonheur.

« Elles ne sont pas prêtes à prendre des risques. Elles n’ont pas de garanties et un poids terrible à porter. Tu oublies la tradition, les préjugés, la férocité des gens. On peut ouvrir grand les cages, tous les oiseaux ne se sauvent pas. » dit un des personnages de « Laissez-moi parler ».

Le roman de Maria Guessous est un peu différent en ce qu’elle dénonce des préjugés de classe et l’asservissement des petites gens. Elle dépeint des couples qui vivent à l’occidentale, où les femmes sont infidèles. Leur liberté n’est que le signe de leur dépravation.

Les deux romans de Halima Hamdane et Bahaa Trabelsi sont intéressants et très bien écrits. J’ai peut-être préféré celui de Bahaa Trabelsi.

  Maria Guessous - Hasna - Ou le destin d'une femme.

Luvsandorj Ulziitugs – Aquarium – Nouvelles de la Mongolie d’aujourd’hui.

... NOUVELLES DE LA MONGOLIE CONTEMPORAINE de L. Ulziitugs (Souscription

« Au moment où j’ai acheté cet aquarium, je ne me doutais pas que je préparais mon cercueil. Si je l’avais su, j’en  aurais bien sûr choisi un plus grand. Je suis claustrophobe. Au-delà des frontières de ce petit aquarium, mon appartement de quatre pièces et mon bureau, si spacieux et  lumineux qu’il fait s’extasier tout le monde, et même la vaste steppe de ma Mongolie natale aux étendues infinies honorées dans tous les poèmes et les chansons, tout cela me semblait ne pas suffire à reprendre ne serait-ce qu’une seule fois mon souffle, tant j’étouffais. J’avais besoin de plus, de beaucoup plus d’espace que les autres. »

L’auteure
Best-seller dans son pays, auteure d’une centaine d’oeuvres littéraires, L. Ulziitugs fait partie de la jeune génération d’écrivains et de poètes mongols, des écrivains urbains fiers de la culture des cavaliers des steppes et de leur spiritualité. (site de l’éditeur)

Son premier livre paru en France, Aquarium. Nouvelles de la Mongolie d’aujourd’hui, est composé de  13 nouvelles issues de trois de ses ouvrages les plus reconnus. Elle est traduite par R. Munkhzul, récompensée en 2016 par le Ministère mongol des Affaires Étrangères pour son œuvre de traduction de la littérature mongole.

Il ne faut pas manquer ce recueil venant d’une partie du monde que l’on connaît peu, et dont les voix féminines nous sont encore plus étrangères. A quarante-cinq ans, Luvsandorj Ulziitugs est une poétesse et écrivaine reconnue dans son pays. Elle est publiée très jeune, à 17 ans, et reconnue meilleur auteur de l’année. Elle ne cessera jamais d’écrire, de la poésie à la prose, suscitant, par ce glissement de vives critiques parmi les Mongols pour lesquels la poésie est l’art suprême !

Romancières franco-marocaines, Livre Paris 2017 Maï-Do Hamisultane – Santo Sospir

13 ET 14 FÉV. 2016 : MAÏ-DO HAMISULTANE INVITÉE AU 22e MAGHREB DES ...

Maï-Do Hamisultane – Santo Sospir, éditions La cheminante, 2015

Encore une découverte des éditions la Cheminante avec une auteure franco-marocaine, née à la Rochelle. Maï-Do Hamisultane a passé une partie de son enfance à Casablanca, dans un milieu composé d’intellectuels, d’écrivains et de cinéastes. De ses multiples origines, marocaine, chinoise, vietnamienne et un nom de famille originaire d’Inde, l’auteure se place d’emblée dans une géographie universelle, loin de tous les ethnocentrismes. Après une licence de lettres, parcours plutôt rare, elle entame des études de médecine et se spécialise en psychiatrie. Elle publie d’abord des poèmes puis un premier roman aux mêmes éditions, « La Blanche ».

Ce nouveau roman prend sa respiration dans les fresques de Cocteau offertes à la villa Santo Sospir de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Villa des Saints Soupirs que poussent des femmes de pêcheurs qui attendent le retour de leurs maris. Des femmes qui attendent alors que les hommes vaquent à leurs occupations, entièrement tournés vers le dehors et vers l’action.

Pourquoi les femmes attendent-elles aujourd’hui alors qu’elles pourraient elles aussi tromper leur ennui dans la réalisation de leurs désirs ou dans la construction d’une œuvre.

Des messages anodins rythment le récit, ils sont vides et ne disent rien, ils atterrissent sur le téléphone portable, nouveau messager de l’ère contemporaine.

On dit le style de l’auteure profondément habité par l’écriture de Marguerite Duras :

« Tu m’as laissée sans nouvelle.

Je t’ai appelé en vain.

Je t’ai envoyé des SMS pour que tu me rappelles.

Le silence et ce froid qui s’empare de Paris.

Cette solitude glacée. Plongée dans l’anti-vie pour anéantir l’attente. Hiberner. Etre cette Belle au bois dormant et attendre d’être réveillée par ton baiser. »

Je considère que l’attente amoureuse des femmes est très culturelle. Je me souviens avoir observé cela plus jeune. Les hommes étaient toujours occupés, l’amour ne tenait pas autant de place dans leur vie; il me semblait que l’attente des femmes étaient une impardonnable faiblesse et qu’elles auraient vraiment mieux à faire que de se morfondre pour des hommes souvent volages ou indifférents. J’ai été surprise par ce roman écrit par une jeune femme talentueuse. Je pensais que les femmes avaient appris enfin à ne plus attendre.

Romancières franco-marocaines, salon du livre de Paris mars 2017 : Lamia Berrada-Berca – Kant et la petite robe rouge

Kant et la petite robe rouge - roman d'actualité

Lamia Berrada-Berca – Kant et la petite robe rouge La cheminante 2016

Cette longue nouvelle est un vrai coup de cœur.

Véritable parcours initiatique, l’éveil d’une femme au désir et à la liberté… L’histoire pourrait paraître banale : une jeune femme marocaine vient rejoindre son mari en France. Très ancrée dans la tradition patriarcale, elle ne sait ni lire ni écrire et ne sort qu’à l’abri de son voile intégral. Elle est soumise à son mari et se plie au devoir conjugal sans se poser véritablement de questions sur ce qu’elle désire. Son éducation l’a conditionnée à être une épouse soumise, entièrement dévouée aux besoins de sa famille. Jusqu’au jour où le désir va faire irruption dans sa vie sous la forme d’une jolie robe rouge dans une vitrine.

« Le désir d’une robe rouge est un affreux péché quand on sait depuis toute petite qu’on est née pour porter une robe noire, pour porter des vêtements longs qui cachent bien tout le corps, qui cachent le noir des cheveux, qui vont jusqu’à cacher ce qu’exprime le noir des yeux. C’est être protégée que d’être dans le noir, protégée du désir des hommes qui ont le droit, eux, de désirer. »

La tentation va la tarauder longtemps et bousculer les principes auxquels elle obéit sans se poser vraiment la question de leurs fondements.

Elle va voler aussi, sur le palier du voisin, un livre qui traduit par sa fille, se révèlera être un livre de Kant, qui pose la question de ce que sont les Lumières. Et il répond : « C’est sortir d’une minorité qui n’est imputable qu’à lui. » Et la minorité est « l’incapacité de se servir de son entendement sans la tutelle d’un autre. »

La révolution Kantienne, aussi importante que la révolution copernicienne, qui place l’autonomie dans l’entendement humain.

A la fin du livre, un recueil de textes évoquant l’émancipation, l’égalité, la liberté des femmes complète ce très original périple littéraire.

J’ai découvert une auteure dont j’aimerais beaucoup lire les autres œuvres.

Les origines de Lamia Berrada-Berca sont multiples, un arrière-grand-père suisse, une arrière-grand-mère écossaise, une mère française et un père marocain né d’une mère berbère et d’un père berbère  lui permet de dépasser les particularismes culturels..

Devenue professeur de Lettres Modernes après des études à la Sorbonne, elle a enseigné plusieurs années en région parisienne avant de se tourner vers l’écriture et le journalisme.

Romancières marocaines au Salon du livre de Paris, mars 2017 : Et ton absence se fera chair de Siham Bouhlal

Et ton absence se fera chair par Bouhlal

Et ton absence se fera chair : Un roman érotique émouvant de Siham Bouhlal, 5 juillet 2016, éditions Yovana

Siham Bouhlal est une romancière, poète et médiéviste née à Casablanca dans une famille originaire de F7s et installée en France depuis vingt-sept ans. Titulaire d’un doctorat en littérature de l’Université de Paris-Sorbonne, elle se consacre à la traduction de textes médiévaux. L’art de vivre, le fonctionnement de la société arabo-musulmane classique, la pratique d’un certain islam « ancien » restent ses sujets de prédilection. La question de l’amour courtois, du corps et de l’acte amoureux dans son ensemble demeurent aussi une obsession chez elle.

Publié un peu moins d’une dizaine d’années après la mort de son grand amour, Driss Benzekri, figure de proue des droits de l’homme, marocain, décédé des suites d’un cancer en mai 2007, Siham Bouhlal évoque l’absence et sa douleur et tente de faire revivre son amour par le pouvoir d’évocation des mots. L’écriture est lutte contre l’oubli et recréation des moments du passé. Elle tente de faire revivre la présence dans le creux même de l’absence car ce qui est vécu ne peut être écrit dans le même temps qu’il est vécu. Elle est témoignage, résurrection et trahison, fantasme et récit.

Le désir est évocation de l’absent : « Amarg, c’est le désir qui erre dans le désert, cherche l’aiguade, l’atteint encore brûlant mais essoufflé, anéanti, qui s’y jette, s’y consume, s’en emplit, s’y renforce et puis, plus sûr de lui encore, plus puissant, qui continue à chercher, qui devient encore plus « désir » à chaque fois. »

Un désir qui oublie son objet est condamné à l’errance sans fin dans les méandres d’un deuil impossible à accomplir.

C’est ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre, une ode à l’aimé disparu, une dernière tentative contre l’oubli, la volonté de détourner l’absence au profit du sentiment intérieur de la présence à l’autre. Une révolte contre le sort, en fin de compte inutile. Il ne reviendra pas. Et le livre en est le constat. Des bribes de souvenir s’enfuient déjà. Pourtant, qui a véritablement aimé, connaît la force de ce sentiment, de cette présence intérieure qu’acquiert l’aimé lorsqu’il disparaît. L’absence est totale présence de l’autre à soi-même. Et lorsque ce sentiment, la plupart du temps anesthésié pour que l’endeuillé puisse continuer à vivre sans sombrer dans la folie, resurgit, c’est avec la même force et la même violence, comme un coup de poing à l’estomac. La douleur, elle, s’atténue.

J’ai trouvé très curieux cette partie du titre : un roman érotique émouvant. Même si l’union des corps y est célébrée, je ne qualifierais pas ce roman d’« érotique », mais de conversation intérieure, à laquelle se joignent les voix d’inconnus, qui aident au tissage, la voix de ceux qui lisent avec leurs amours présentes, passées ou à venir.

Chanson douce – Leïla Slimani

Le Prix Goncourt 2016 – disponible à la médiathèque ...

Leïla Slimani – Chanson douce – Editions Gallimard 2016

A peine ouvre-t-on le livre, la première phrase vous saute au visage avec une violence inouïe. Le bébé est mort. Pourquoi, dans quelles circonstances, on ne le sait pas encore. Par petites touches, Leïla Slimani, brosse le portrait des différents protagonistes de l’action, celle qui a précipité la mort du petit.  Elle ne s’embarrasse pas de fioritures, la langue est concise, presque sèche mais efficace et aussi redoutable qu’un scalpel.

Elle analyse les rapports de domination et de soumission. La nounou, si parfaite, qui devance les moindres désirs de ses patrons, ne vit plus qu’à travers eux ; elle a aboli toute distinction entre sa vie privée et sa vie professionnelle, et chaque humiliation est ressentie comme une injure que rien ne vient amortir, parce qu’elle est ressentie à travers le prisme de la sensibilité et de l’affect.

Les patrons Myriam et Paul font partie de cette classe aisée, éduquée et cultivée qu’on appelle les « bobos » parisiens, parce qu’ils ont des valeurs dues à leur éducation, mais que leur réussite professionnelle ou leur ambition amènent à distendre de telle façon qu’ils basculent sans le vouloir dans la cruauté.

Au fond, ils ne se préoccupent pas de leur nounou, Louise, et ils ne savent rien d’elle, trop préoccupés par leur propre réussite. Ils vivent à cent à l’heure et n’ont jamais le temps. Ils naviguent à vue entre désir et culpabilité.

Myriam surtout voudrait être une mère parfaite mais souhaite aussi réussir sa vie professionnelle. Femme moderne, elle est conduite à déléguer une part importante de la vie affective de ses enfants à Louise.

Mais à force d’ignorer l’autre, cette indifférence sauvage qui consiste à ne penser qu’à soi va les conduire au drame. On assiste, impuissants, à la montée de la folie de Louise.

Un petit clin d’œil de Leïla Slimani, à propos d’une nounou maghrébine : « Elle craint que ne s’installe une complicité tacite, une familiarité entre elles deux. Que l’autre se mette à lui faire des remarques en arabe. A lui raconter sa vie et, bientôt, à lui demander mille choses au nom de leur langue et de leur religion communes. Elle s’est toujours méfiée de ce qu’elle appelle la solidarité d’immigrés. »

Pénélope Bagieu – Culottées Tome 1

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Ce premier opus écrit et dessiné par Pénélope Bagieu retrace la vie et les oeuvres de femmes  au destin singulier, qui ont marqué leur temps ou plus modestement la vie de leur entourage si ce n’est celle de leurs contemporains. Il est souvent très émouvant, car en guise de faits d’armes, il s’agit pour certaines de ces femmes de s’accepter, et de revendiquer leur identité, je pense notamment à l’histoire de la femme à barbe et de sa pilosité toute masculine ou à celle de Margaret Hamilton qui rêvait de jouer des rôles romantiques mais que le physique jugé disgracieux obligea à jouer des rôles de sorcières, mais aussi  à Christine Jorgensen qui naquit homme mais se sentait femme. Toutes ces femmes ont en commun un courage magnifique, une ténacité incroyable et certainement une personnalité hors du commun : pour preuve l’histoire de Giogina Reid qui pour sauver le phare de sa région, conçut et réalisa pendant plus de quinze ans, avec l’aide de bénévoles,  un dispositif ingénieux pour empêcher l’érosion de la falaise sur laquelle il était juché.

Elles ont toutes pour dénominateur commun, d’inventer, de créer et de refuser de rentrer dans le rang : Annette Kellerman révolutionna le maillot de bain féminin, Delia Akeley, divorcé de son explorateur de mari, se lança à son tour seule dans l’aventure, Tove Jansson vécut son homosexualité tout en créant sa série de Moumines que, devenus embarrassants, elle refourgua à son frère, Agnodice alla étudier la médecine en Egypte pour contourner l’iniquité des lois athéniennes en – 350, qui interdisaient au femmes d’étudier et d’exercer la médecine, et Lozen, femme apache, au XIXe siècle refusa de se marier pour pouvoir combattre.

Oui, ces femmes se moquent bien de ce qui est interdit et n’en font qu’à leur tête, quitte à prendre la culotte réservée aux hommes.

Elles prirent également le pouvoir politique ou combattirent l’oppression : Wu Zetian devint la première impératrice de Chine, Nzinga, reine du Ndongo et du Matamba, et Las Mariposas, quatre sœurs courageuses et têtues combattirent la dictature de Trujillo au péril de leurs vies.

Quant à Josephine Baker, tout le monde connaît sa vie ou presque, mais le coup de crayon de Pénélopé Bagieu la fait revivre avec talent sous nos yeux. Pour finir j’évoquerai l’histoire de Josephina van Gorkum qui imagina un stratagème très efficace et néanmoins poétique pour défier les traditions de son pays qui maintenaient les différentes communautés dans une sorte de ségrégation interdisant aux époux d’être enterrés ensemble s’ils étaient de confessions différentes.

Je ne voudrai pas oublier Leymah Gboweee qui obtint le Prix Nobel de la Paix grâce à son action auprès des femmes du Liberia et parvint à alerter la communauté internationale sur les exactions au Liberia, rassembla les femmes de toutes confessions dans la lutte, et lorsque Charles Taylor accepta de quitter le pouvoir, battit la campagne pour convaincre les femmes d’aller voter. C’est ainsi que Ellen Johnson Sirleaf devint la première présidente d’Afrique.

Oui, beaucoup d’émotion dans cette BD, une émotion douce qui laisse le coeur ravi.

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Claza Zetkin

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Il est vraiment dommage que les écrits de Clara Zetkin soient si difficiles à trouver en France car elle fut une figure féminine de premier plan au début de ce siècle et milita activement pour les droits des femmes.

Née le 5 juillet 1857 à Wiederau en Saxe et morte près de Moscou le 20 juin 1933, elle a été enseignante, fervente militante et journaliste. Elle a dirigé en 1892 le journal l’Egalité qui a été l’organe des femmes socialistes allemandes et, pacifiste, a créé avec Rosa Luxembourg, autre figure éminente, la création du parti communiste allemand.

Forte de sa position de secrétaire internationale par les déléguées socialistes de quinze pays, on lui doit  la journée du 8 mars, « Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes ».

Députée au Reichtag durant la République de Weimar de 1920 à 1933, ses interventions contre Hitler en 1932 firent grand bruit. Mais victime de terribles pressions et menaces de la part des nazis, elle a été contrainte à l’exil et a trouvé refuge en Russie où elle a été élue présidente de l’Internationale des femmes.

« Les murs de sa maison gênent plus la femme qu’il ne la protège ».

Selon Geneviève Brisac, dans un article publié dans le Monde diplomatique en 1981, à l’occasion du livre « Batailles pour les femmes », recueil en français de ses écrits : « Mais les écrits théoriques témoignent, chez une dirigeante de cette envergure, d’un étonnant manque de confiance en soi ; elle n’avance qu’à l’abri de Marx, de Bebel ou de Lénine, et, dès que celui-ci sourcille, bat en retraite, terrorisée à l’idée de sombrer dans le féminisme. Ainsi la force créative est-elle relativement absente de ce recueil qui trace le portrait d’une grande organisatrice, d’une femme de parti qui fit beaucoup pour la syndicalisation et la politisation des ouvrières de ce début de siècle, mais qui n’apporta pas grand-chose à l’élaboration d’une théorie de leur libération. Et cela en dépit de son immense expérience de militante et de journaliste circulant sans cesse dans toute l’Europe. »

 

Les romancières et essayistes marocaines (ou franco-marocaines)

couverture Le diable est dans les détails Leïla SlimaniParlez-moi d'amour ! par Trabelsi

 

Bouthaina Azami, Lamia Berrada Berca, Siham Bouhlal, Zakya Daoud, Kaoutar HarchiMaria Guessous, Halima Hamdane, Maï-do Hamisultane Lahlou,

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Résultat de recherche d'images pour "Et ton absence se fera chair : un roman érotique émouvant, Yovana, 2015."Résultat de recherche d'images pour "La révolution arabe (Perrin, 2015)."

Asma Lamrabet, Leïla Slimani (Prix Goncourt 2016) , Bahaa Trabelsi, Zakia Iraqui Sinaceur

Résultat de recherche d'images pour "Santo Sospir (La Cheminante, 2015)"

seront présentes au salon du livre de Paris du 24 au 27 mars 2017

L’amie prodigieuse (tome 3) Celle qui fuit et celle qui reste de Elena Ferrante

L'amie prodigieuse, tome 3 : Celle qui fuit et celle qui reste par Ferrante

L’amie prodigieuse (tome 3) Celle qui fuit et celle qui reste de Elena Ferrante, traduit de l’italien par Elsa Damien, Gallimard 2017

Nous retrouvons nos deux héroïnes, Elena et Lila, dans l’Italie de la fin des années soixante, emportées par les soubresauts de l’histoire : les événements de mai 68, le féminisme dont les mouvements commencent à s’organiser, les attentats. Elena tente de trouver le bonheur au sein de son couple, et Lila commence une période plus heureuse, couronnée de succès mais toujours liée à la mafia. Son intelligence trouve enfin sa récompense et lui permet une certaine ascension sociale.

Elena étouffe auprès de son mari Pietro et Nino, le beau Nino qui lui avait chaviré le cœur revient dans sa vie. Elle se rend compte de tout ce qu’il lui a fallu sacrifier pour pouvoir réussir.

« J’avais conscience que l’école avait rejeté mes frères et sœur simplement parce qu’ils avaient été moins obstinés que moi et moins disposés aux sacrifices. »

Elle se souvient de la misère du quartier et de la bataille perdue de son amie à qui son père avait interdit de continuer ses études. Et la culpabilité qu’il lui a fallu porter pour cela. Qui l’avait rendue illégitime à ses propres yeux.

« Les études étaient considérées comme un truc d’enfants astucieux pour éviter de se fatiguer. Comment pourrais-je expliquer à cette femme, me dis-je, que depuis mes six ans, je suis esclave des lettres et des nombres, que mon humeur dépend de la bonne combinaison avec lesquels ils sortent, et que la joie de réussir est rare, fragile et ne dure qu’une heure, un après-midi ou une nuit ? »

L’Italie est en proie à des mouvements violents qui la secouent, période qu’on nommera les années de plomb. Des amis disparaissent emportés par la violence des embrasements de la lutte armée.

Elena doit choisir désormais quel avenir lui appartient…

Cet opus n’est pas le moins passionnant des trois. On suit le parcours de ces jeunes femmes si attachantes, si singulières et universelles à la fois. On se laisse embarquer encore une fois, et il faut bien terminer le livre même si on a tout fait pour le faire durer le plus longtemps possible. On peut se rassurer, il y aura un quatrième tome, mais ce sera le dernier …

Etre femme et écrire : Claude Pujade-Renaud et le déclic de l’écriture

« Tout n’est pas transférable. Mais lorsque j’écris, j’essaie de ne pas perdre le contact avec une sorte de pulsation du dedans qui conserve tout de même quelque chose de corporel et une respiration. Parfois il y a une pulsation, une respiration qui passe dans la phrase.
L’apprentissage du sport puis de la danse m’a montré que souvent il faut « tenir bon ». Affiner un geste, trouver le mot, modifier le rythme d’une phrase n’est pas donnée d’emblée. C’est valable pour n’importe quelle activité. 90% de transpiration, 10 % d’inspiration. »

Entretien avec Claude Pujade-Renaud paru dans le n°13 de la revue Contre-pied, novembre 2003, page 74. Revue du centre national d’étude et de formation, EPS et société.

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Quelques-uns de ses livres pêle-mêle …

Eleanor Catton présente « Les luminaires »

Nouvelle-Zélande : Eleanor Catton – Les Luminaires

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Eleanor Catton – Les Luminaires (The Luminaries, 2013) – folio n° 6186, 1226 pages, Libella, Paris, 2015, pour la traduction française par Erika Abrams de l’anglais de Nouvelle-Zélande.

Man Booker Prize 2013

Nouvelle-Zélande, Ile aux confins du monde occidental, sauvage et rude, d’une beauté menaçante, devient la destination, au XIXe siècle, de tous ceux qui, pour une raison ou autre, veulent commencer une nouvelle vie, tenter leur chance et faire fortune grâce à la prospection des terres aurifères. Le peuple Maori en est peu à peu dépossédé, victimes de ces petits blancs qui les méprisent et les exploitent.

Walter Moody, jeune britannique, débarque à son tour sur l’île, en 1866, après une traversée mouvementée, et prend une chambre dans un petit hôtel de la ville d’Hotikita. Le soir, il assiste à une étrange assemblée dans le salon de l’hôtel où douze hommes se sont réunis pour élucider un mystère dont il détient, sans le savoir, une des clefs.

Vaste fresque, les Luminaires, semble emprunter sa structure à l’Astrologie, chaque titre de chapitre s’y rattachant (Mercure en Sagittaire, etc) et des passages, explicites, expliquant l’influence des astres dans nos vies :

« Ce qui était entrevu sous le signe du verseau… tout ce qui était simple objet de foi, anticipé, prophétisé, présagé, redouté et auguré… tout cela devint manifeste dans les Poissons. »

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard, si un des personnages, vil escroc, prétend faire tourner les tables et prédire l’avenir, car le dix-neuvième siècle est friand de ces spirites dont les prédictions sont assez vagues pour redonner foi en sa propre chance.

L’Homme n’est pas seul, il fait partie de l’Univers, dans un vaste réseau d’influences dont il n’est pas le maître. Eleanor catton explique dans la vidéo que vous pourrez voir ensuite que ce sont les deux sens du mot « fortune », à la fois dans le sens de richesse et dans celui de destin qui a donné la forme de ce roman.

Ce roman est à la fois un récit haletant, qui sait ménager le suspense, et n’est pas avare des retournements de situations, et une sorte de méditation sur la destinée humaine. Les femmes sont rares dans ce milieu d’aventuriers, mais deux d’entre elles pourtant vont servir d’articulation à ce récit.

Sous une facture, à premier abord, assez classique, dans une très belle langue (et une très belle traduction) il est aussi un roman expérimental dans sa structure et sa narration relativement asymétrique. Œuvre d’une jeune prodige, il en acquiert un intérêt supplémentaire. A lire…

Eleanor Catton est née en 1985 au Canada et a grandi à Canterbury, en Nouvelle-Zélande. Elle n’a pas 23 ans quand elle écrit son premier roman « La répétition ». Ce premier roman est acclamé par le public et la critique. Il a remporté le prix Betty Trask, a été nommé Meilleur Premier Roman à l’occasion des Montana New Zealand Book Awards 2009 et a reçu le first Novel Award du site Amazon en 2011.

En recevant le Man Booker Prize pour les Luminaires, elle devient la plus jeune lauréate de ce prix à ce jour.