Vous pensiez qu’il n’y avait aucune femme dramaturge avant le XIXe siècle ? Que nenni…

« Pour la première fois en France, une anthologie réunit une cinquantaine de pièces écrites par des femmes dramaturges entre le XVIe et le début du XIXe siècle…

Enfin, toute l’énergie rassemblée par les chercheuses et les féministes de tous les continents portent enfin leurs fruits. Les auteures effacées des Histoires littéraires et des anthologies vont enfin pouvoir reprendre leur place grâce à ce magnifique travail de recherche et d’édition. Et dans une collection prestigieuse, puisqu’il s’agit des classiques Garnier (J’y ai lu « Le discours de la méthode de Descartes ! ) Vous pensiez qu’il n’y avait aucune femme dramaturge avant le XIXe siècle ? Que nenni…

Je vous invite à lire ce très bon article sur Catherine Bernard, dont l’oeuvre fut plagiée par … Voltaire !  Et dont un lent travail de sape fit oublier jusqu’à son nom. Mais elle n’est pas la seule … Des auteures oubliées parce qu’effacées

 » Les cinq volumes de cette anthologie au format poche présentent une trentaine d’autrices de théâtre nées sous l’Ancien Régime, dont la production s’étend des années 1530 (la reine de Navarre, première dramaturge connue à ce jour), jusqu’aux dernières productions théâtrales de Mme de Staël-Holstein (1811). En tout, une cinquantaine de pièces qui retracent l’Histoire du théâtre à travers la production de ses autrices, dans les différents genres dramatiques où elles se sont illustrées : comédies, tragédies, tragi-comédies, pastorales, drames, proverbes dramatiques… Les registres couvrent aussi bien la scène professionnelle que le théâtre amateur, dans des domaines aussi variés que les comédies religieuses de Marguerite de Navarre, le théâtre d’éducation de Mme de Genlis ou les pièces politiques révolutionnaires d’Olympe de Gouges. Presque toutes ces pièces ont été jouées, et près de la moitié ont été représentées sur les scènes de la Comédie-Française ou de la Comédie-Italienne. C’est donc tout un pan du répertoire dramatique français qui est ainsi remis à jour, offrant là une nouvelle page de l’histoire littéraire des femmes sous l’Ancien Régime, encore méconnue malgré les recherches de plus en plus nombreuses menées au cours de la dernière décennie. A travers les pièces de théâtres de ces autrices, professionnelles ou amatrices, se fait également entendre la voix de femmes décidées à braver l’interdit traditionnel d’un genre dit « mâle », pour accéder à la parole publique et à la mise en scène des rapports de sexe dans l’espace social et politique que constituait le théâtre de l’Ancien Régime. » Présentation de l’éditeur

Une équipe éditoriale internationale…

La direction de l’anthologie est assurée par trois spécialistes du théâtre des femmes sous l’Ancien Régime : Aurore EVAIN (Sorbonne Nouvelle), Perry GETHNER (Oklahoma State University) et Henriette GOLDWYN (New York University). La présentation et l’annotation des textes sont réalisées en collaboration avec des spécialistes reconnu-es des autrices/de la littérature féminine/du théâtre.

5 volumes brochés, format poche, textes en orthographe et ponctuations modernisées…

  • volume 1 : XVIe siècle. Marguerite de Navarre, Louise Labé, Catherine Des Roches. Parution : décembre 2006. 562 p., 10€.
  • volume 2 : XVIIe siècle. Françoise Pascal, Mme de Villedieu, sœur de La Chapelle, Anne de La Roche-Guilhen, Mme Deshoulières. Parution : mai 2008. 624 p., 15€.
  • volume 3 : XVIIe-XVIIIe siècle. Catherine Bernard, Mme Ulrich, Catherine Durand, Marie-Anne Barbier, Mme de Sainctonge, Mme de Gomez. Parution : 2009.
  • volume 4 : XVIIIe siècle Mlle Monicault, Mme Ricobonni-Baletti, Mme de Staal-Delaunay, Mme Duboccage, Mme de Graffigny, Mme de Montesson, Mme Benoist. Parution : 2010.
  • volume 5 : XVIIIe-XIXe siècle Mme de Genlis, Fanny de Beauharnais, Mlle de Saint-Léger, Olympe de Gouges, Isabelle de Charrière, Mme de Staël-Holstein. Parution : 2011.

Un site « compagnon »…

Ce site internet présente les volumes, accompagnés de documents inédits et d’extraits de pièces, ainsi que toute l’actualité consacrée au théâtre de femmes de l’Ancien Régime : articles, colloques, lectures, représentations, etc.

Des lectures videos

Un DVD de la lecture du Favori de Mme de Villedieu a été réalisé, sous le parrainage du GRAC (Université Lyon 2), de l’Université de Saint-Etienne, de l’Université de Liège et du département de français de l’Université de New York. Destiné aux centres de recherches, bibliothèques et départements universitaires, il est disponible au prix de 35€. (contact)

En savoir plus sur le projet

« Théâtre de femmes : les enjeux de l’édition », Agoravox.

Un biopic de Mary Shelley au cinéma, à ne pas rater ! J’ai vu, j’ai aimé !

Ne pas oublier de mentionner que Haifaa Al Mansour est la réalisatrice saoudienne de ce chef d’oeuvre qu’est Wadjda, sorti en février 2013, s’il n’y en avait qu’une, ce serait une raison suffisante pour courir voir ce film.

En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin entame une relation amoureuse passionnée avec  le poète Percy Shelley. Elle n’a que seize ans mais à l’époque les filles se marient jeunes. mais surtout, elles obéissent à leurs parents et les mariages d’amour ne sont pas légion. Mary choisit qui elle veut aimer et s’enfuit avec son amant. Cela fait bien sûr scandale.  Ils sont tous les deux en avance sur leur temps et leurs idées libérales en amour, comme dans tous les autres domaines va permettre à Mary de faire éclore son talent. C’est en 1816, près du Lac Léman, alors invités dans la demeure de Lord Byron, que Mary inventera le personnage de Frankenstein. Elle le publiera d’abord anonymement, puis luttera pour revendiquer son oeuvre.

Date de sortie 8 aôut 2018 (2h00);  De Haifaa Al Mansour; Avec  Elle Fanning, Douglas Booth, Tom Sturridge; Film américain
     J’ai vu aujourd’hui ce film dans un petit cinéma près de la gare Saint-Lazare. Elle Fanning (Mary Wollstonecraft Shelley) est remarquablement filmée et Douglas Booth (Percy Bysshe Shelley)  tient à merveille son rôle de génie et de séducteur (un peu bellâtre toutefois). Leur rencontre et leur vie commune, dans une sorte de ménage à trois avec Claire Clairmont, fille de la belle-mère de Mary, font l’objet d’une première partie du film, assez longue. Malgré son adhésion aux idées de l’amour libre, Mary souffre et va de désillusion en désillusion, terrassée par la dépression à la mort de sa fille. Claire Clairmont peine à trouver sa place, entre ces deux génies, et fait la connaissance de Lord Byron, magnifiquement campé en poète extravagant et cruel par Tom Sturridge. Lors d’un séjour chez lui, germera dans l’esprit de Mary l’idée de Frankenstein, à la faveur d’un défi lancé par le Lord lui-même pour occuper ses invités (Je ne sais pas le degré de vérité biographique, mais complètement allumé, et complètement misogyne !) .
     De la publication anonyme à la reconnaissance de son oeuvre, due à son père William Godwin, cette seconde partie qui était la plus intéressante, est un peu bâclée. Toutefois on saisit bien l’atmosphère de l’époque, teintée de spiritisme, et la tradition du gothique dans laquelle est profondément enracinée  « Frankestein », ainsi que l’influence des recherches scientifiques et du galvanisme qui lui en inspira la création. On comprend comment cela a pu mûrir en elle et donner naissance à l’ oeuvre majeure qui assure  sa postérité encore aujourd’hui. La critique féministe des années 70, a renouvelé l’intérêt pour cette auteure qui menaçait d’être engloutie par l’oubli.
J’ai été souvent émue par la lutte, l’énergie, la ténacité de Mary face à des éditeurs misogynes, sûrs de leur bon droit et de leur pouvoir, pétris par la morale étroite de leur temps qui ne jugeait pas convenable pour une jeune femme d’écrire ce genre de roman où  la monstruosité, l’indigence et l’indifférence des hommes étaient prises pour cible au lieu de se cantonner aux romans pour dames, convenables, édifiants, sentimentaux et compassés !
Un beau film, un peu malmené par certaines critiques mais beaucoup plus apprécié des spectateurs.

Pour moi , écrire, c’est être quelqu’un d’autre … Dulce Maria Cardoso

Aéroport de Lisbonne – chanteuse de fado

« Je suis devenue écrivain à cause de ces événements. Parce que quand je suis rentrée au Portugal à l’âge de onze ans, la réalité était tellement insupportable que j’ai été obligée de m’inventer des histoires pour que le quotidien soit supportable justement. Mais je ne savais pas vraiment comment raconter cette histoire parce que je ne voulais pas me contenter d’exhiber la souffrance de ces gens. Donc il m’a fallu une trentaine d’année pour que j’arrive à définir une proposition de réflexion pour écrire ce roman. Je ne voulais pas de règlement de comptes, je ne pensais pas qu’il y avait les bons d’un côté et les méchants de l’autre, je pense que nous étions noirs et blancs, bons et méchants en même temps, ce que j’ai compris c’est que ce roman devait être une radiographie de la perte. Et le roman est organisé comme si c’était l’histoire d’un deuil, avec toutes les phases que la psychologie décrit comme étant celles du deuil, étant entendu qu’à la fin c’est le renouveau, un recommencement, ce roman évoque la fin d’un cycle, en l’occurrence la fin de l’empire portugais, comme en ce moment on se trouve à la fin d’un cycle, la fin du rêve européen, mais cela ne signifie pas que la fin d’un cycle soit tragique. Il dépend de nous de faire en sorte que ce recommencement soit meilleur, c’est pour cette raison que le personnage est un adolescent, afin que ça corresponde à une nouvelle étape dans sa vie, car lui aussi doit redéfinir son futur, son avenir, et ça coïncide avec ce qui se passait dans le pays lui-même. Cette histoire est racontée à la première personne par Rui, et c’était ça pour moi le plus grand défi, au niveau formel, pour écrire ce roman. J’essaye de relever un défi formel à chaque roman, et pour celui-ci c’était l’adolescent qui devait s’exprimer. J’écrivais pendant des semaines et des semaines et quand je m’arrêtais, je relisais et j’avais vraiment l’impression que c’était une femme qui s’exprimait, et qui plus est, une femme âgée. Ca a été très difficile pour moi de restituer la voix de cet adolescent qui s’étonnait de tout, qui avait la rage, qui avait une forme d’ingénuité, qui avait aussi de l’espoir, tous les sentiments de quelqu’un qui a quinze ans alors que moi j’étais près d’avoir cinquante ans. Ça ça a été le plus grand défi pour moi, aussi quand les lecteurs hommes me disent qu’ils se reconnaissent dans ce personnage, c’est le meilleur éloge qu’on puisse me faire. Pour moi écrire, c’est être quelqu’un d’autre, et parvenir à être quelqu’un d’autre, c’est-à-dire un homme, un jeune homme, c’est ce qu’il y a de plus difficile. »

Source : entretien Librairie Mollat

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Dulce Maria Cardoso – Le retour – Entretien / Librairie Mollat

In love with Lisboa – La robe azuleja / The azuleja dress

La robe azuleja est une ode à la correspondance entre mon âme et le lieu tissé de mots.

Cycle romancières portugaises : Dulce Maria Cardoso – Le retour

 

Dulce Maria Cardoso est née à Fonte Longa dans la région de Trás-os-Montes mais sa famille a émigré en Angola. Ils reviennent au Portugal par le pont aérien organisé en 1975 à quelques mois de la proclamation de l’Indépendance de l’Angola.  Elle étudie tout d’abord le droit à l’Université de Lisbonne avant de commencer à écrire, quelques années plus tard. Son roman « Os Meus sentimentos » traduit par « Violetta, mon amour » obtiendra une reconnaissance internationale grâce au Prix de littérature de l’Union Européenne en 2009.

vignette femmes du MondeDans le roman de Dulce Maria Cardoso, un jeune adolescent raconte la fuite précipitée de sa famille en 1975, hors d’Angola, vers la métropole portugaise, l’accueil dans un hôtel à Lisbonne, et la reconstruction après le traumatisme de l’exil et de la dépossession. L’approche formelle est vraiment intéressante : l’écriture est proche du langage parlé, les dialogues s’insèrent dans la voix du jeune garçon (d’un discours rapporté à un discours direct) qui porte ainsi de multiples voix comme autant de perspectives sur ce qui est vécu. Ce que disent les autres est toujours filtré par le prisme de sa subjectivité propre. La narration à la première personne permet de comprendre les sentiments du jeune homme, les émotions qui le bouleversent, sa découverte de l’amour et de la sexualité, sa honte et l’ostracisme dont lui et les siens sont victimes.

« Ceux d’ici nous aiment de moins en moins, on exploitait les nègres et maintenant on veut leur voler leurs emplois en plus de leur saccager leurs hôtels, de saccager la belle métropole qui sera jamais plus la même. » (p222)

Mais ce qui revient toujours, est les raisons qui ont poussé à l’exil : la misère endémique du Portugal qui a produit un peuple de migrants.

«  […] je sais bien que cette terre nous demande de la sueur, des larmes et du sang et qu’elle nous donne en échange un quignon de pain dur […]

Cette lecture ne peut que faire écho à la situation du Portugal aujourd’hui, des investissements étrangers dans le tourisme, et de ce boom qui semble donner un nouveau souffle à ce pays mais dont les richesses risquent ne pas profiter à ceux qui en ont le plus besoin.

Les français aisés investissent au Portugal et cela fait flamber les prix de l’immobilier. Le Portugal devient un paradis fiscal pour nombre de gens fortunés et les longues plages désertes risquent rejoindre un jour les plages bétonnées de la côte espagnole. On ne peut pourtant que se réjouir d’une prospérité qui reviendrait enfin aux pays du sud.

Dulce Maria Cardoso est un grand écrivain.

 

Dulce Maria Cardoso was born in the region of Trás-os-Montes in Portugal but her family emigrated to Angola. They return to Portugal by the airlift organized in 1975 a few months after the proclamation of Independence of Angola. She first studied law at the University of Lisbon before starting to write, a few years later. His novel « Os Meus sentimentos » translated by « Violetta, my love » will receive international recognition thanks to the European Union Literature Prize in 2009.

In Dulce Maria Cardoso’s novel, a young teenager is relating the story of his his family forced to flee from Angola back to Portugal among thousands of returnee families, to the far-away portuguese homeland  when Portugal’s fifty-year old dictatorship was overthrown,  the reception in a hotel in Lisbon, and how they try to rebuild their lives after the trauma of exile and dispossession. The formal approach is really interesting: the writing is close to spoken language, the dialogues are inserted in the voice of the young boy (of a speech related to a direct speech without speech marks, with little punctuation which thus carries multiple voices like so many perspectives on what he’s living. The author is using stream of consciousness, switching between third and first persons in the same sentence, from present to past tense What others say is always filtered by the prism of its own subjectivity. Storytelling in the first person helps to understand the feelings of the young man, the emotions that upset him, his discovery of love and sexuality, his shame and discrimination against returnee families.

But what always comes back are the reasons that led to exile: the endemic misery of Portugal that produced a migrant people.

This novel can only echo the situation of Portugal today, foreign investment in tourism, and this boom that seems to breathe new economic life into this country but  doesn’t benefit to poor people who needs it.

The well-to-do French people are investing in Portugal and that is making property prices soar. Portugal becomes a tax haven for many wealthy people the long deserted beaches may one day become similar to the concrete beaches of the Spanish coast. However, we can only be satisfied with the delivering prosperity to the countries of South Europe.

Dulce Maria Cardoso is a great writer.

« 975, Luanda. A descolonização instiga ódios e guerras. Os brancos debandam e em poucos meses chegam a Portugal mais de meio milhão de pessoas. O processo revolucionário está no seu auge e os retornados são recebidos com desconfiança e hostilidade. Muitos nao têm para onde ir nem do que viver. Rui tem quinze anos e é um deles. 1975. Lisboa. Durante mais de um ano, Rui e a família vivem num quarto de um hotel de 5 estrelas a abarrotar de retornados – um improvável purgatório sem salvação garantida que se degrada de dia para dia. A adolescência torna-se uma espera assustada pela idade adulta: aprender o desespero e a raiva, reaprender o amor, inventar a esperança. África sempre presente mas cada vez mais longe. »

Lisboa – Mais amor

 

 

 

Un chef-d’oeuvre d’animation autour de Virginia Woolf – Why should you read Virginia Woolf ? by Iseult Gillespie

Il faut regarder ce bijou, que dis-je ce chef-d’oeuvre d’animation autour de Virginia Woolf ! Pour les non-anglophones, la traduction française est offerte en sous-titres.

 

Maria Judite de Carvalho – Les femmes et la littérature

L’ironie :

 » Je suis sûre que la plupart des femmes écrivent ou peignent tout comme ma mère brodait des nappes à thé. Pour sentir qu’elles sont utiles en quelque sorte. Utiles à leur manière féminine. Pour ne pas se sentir de trop en ce monde. En somme pour payer leur séjour. »

page 56 – Maria Judite de Carvalho – Ces mots que l’on retient – Minos La Différence 2011 pour la traduction française

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Ler Mais Ler Melhor – Vida e obra de Maria Judite de Carvalho

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Cycle romancières portugaises : Maria Judite de Carvalho – Ces mots que l’on retient

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Maria Judite de Carvalho – Ces mots que l’on retient – Minos La Différence 2011

vignette femmes du MondeCe court récit (95 pages)  a été publié en 1988, en portugais, sous le titre « As palavras poupadas », dix ans avant sa mort, et fait donc partie de la dernière partie de l’œuvre de l’auteure. On y retrouve les thèmes qui traversent toute son œuvre : l’incommunicabilité, le silence, le côté tragique de l’existence et l’impuissance sociale des femmes.

Graça revient dans la maison paternelle après la mort de son mari. Elle se souvient de ce père autoritaire et inflexible qui l’a chassée autrefois et ne lui a jamais pardonné qu’elle lui dise la vérité.

Ce récit est d’une richesse absolue, surtout après avoir lu les brillantes analyses de Maria Gracia Bessete[1], professeure d’université à la Sorbonne, dans son analyse des grands thèmes qui parcourent l’œuvre de l’auteure.

Le récit s’articule autour de deux thèmes, celui du corps souffrant des femmes, et celui de l’incommunicabilité entre les êtres. D’ailleurs on ne sait pas vraiment quels sont ces mots « ceux qu’elle avait dits et ceux qu’elle avait tus », cette économie de mots car, curieusement, la trahison apparente est d’abord celle des corps, avant de s’opérer à travers les mots. La trahison de l’ordre établi, des conventions sociales car les corps livrent « une étroite bande de vérité ».

Les corps trahissent, la maladie par exemple à laquelle elle est condamnée à son adolescence, la maladie de son mari et sa mort. Les corps disent la souffrance plus que les mots. C’est plutôt leur absence qui doit nous alerter, il porte tous les mots que l’on ne dit pas.

Ce qui est dit n’a aucune importance, ce sont des « formules de politesse bourgeoise », des « petits discours plus ou moins didactiques, truffés de proverbes, de lieux communs et de citation ». Ils ne disent rien de nous-même de nos aspirations ou de nos désirs, ils sont incapables de dire l’amour, dans cette société corsetée, où la parole maîtresse est celle du père.

Maria Gracia Bessete interprète ainsi ce rapport au corps « excrit », « corps malade ou vieilli, qui permet de dégager une représentation souvent aliénée de la femme, enfermée dans sa condition subalterne, façonnée par l’idéologie d’une société patriarcale. »[2]

Les mots ont un poids, ils pèsent, mais lorsqu’ils sont dits, ils acquièrent une incroyable légèreté : « La phras était dite. Enfin pas très bien d’accord, mais elle était finalement sortie, elle avait pris son vol, était entrée dans les oreilles de quelqu’un, et c’était cela qui comptait. Elle l’avait pensée pendant des années, puis avait fini par la jeter au fond d’un tiroir (elle ne savait que faire de cette chose gênante et inutile) et l’avait oubliée, la phrase, bien sûr, pas l’image qui, elle, avait été photographiée et accrochée à tout jamais au mur de sa mémoire. »

« Car jamais elle n’a dit ce qu’elle aurait voulu dire, mais toujours des choses différentes et inutiles, qui se forment en elle sans qu’elle s’en aperçoive et qui viennent mal à propos ».

Graça n’a pas droit à la parole qui exprimerait sa singularité, ou son désir. Le désir est ravalé au rang du corps, ou il est hystérisé. La parole doit faire d’incroyables détours, prendre des intermédiaires, afin que les mots soient dits et répétés et donc déformés.

D’ailleurs, la mère de Graça est morte, et souffre certainement du « manque fondateur du modèle [3]maternel », et également d’une parole transmise dans le dialogue maternel.

Et de cette inquiétude, de cette angoisse du manque, de l’absence, de ce désir de mort, « sans rien au bout du chemin, sauf le bout du chemin », il faut s’arracher et continuer à avancer coûte que coûte, « ouvrir la bouche », dire…

[1] Maria Judite de Carvalho « Une écriture en liberté surveillée » Introduction et Du corps excrit : Tanta gente, Mariana… Maria Graciete Besse

[2] Ibidem page 17

[3] ibidem

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Cycle romancières portugaises : Sybille d’Agustina Bessa-Luis

Agustina Bessa-Luis – La Sybille, traduit du portugais par Françoise Debecker-Bardin – Suites, Editions Métailié, 1954, Gallimard 1982 ; Editions Métailié, Paris, 2005

Agustina Bessa-Luis est une des auteures les plus importantes de la littérature contemporaine portugaise. Le roman « La Sibylle » est considéré comme son premier chef-d’œuvre, publié pendant la dictature.

Elle poursuit, avec un rare talent, l’incursion des femmes dans la littérature portugaise et offre également une certaine vision du monde et des rapports sociaux de genre.

vignette femmes du MondeJoaquina Augusta-Quina, une adolescente inculte, doit prendre en charge la propriété à la mort de sa mère. Elle travaille dans les champs et participe aux tâches les plus rudes. Son caractère rusé et chicaneur, son sens de la répartie et son besoin de sociabilité lui valent le surnom de sibylle, du terme antique qui désignait les prophétesses, et devineresses qui rendaient des oracles, et qui par extension a pris le sens de « femme qui fait des prédictions ». Elle analyse les situations et rend, elle aussi, ses oracles, sous formes de sentences ou d’assertions, tirés de son observation assez fine de la nature humaine. Demeurée célibataire, elle prendra sous sa protection un étrange enfant avec lequel elle tissera des relations d’une rare intensité.

Ses personnages féminins sont des femmes fortes qui ne supportent pas la tutelle des hommes, et ne souhaitent pas le mariage. Les hommes sont veules, fuyants et souvent lâches parfois extrêmement cruels avec leurs femmes qui ne lâchent pas une larme et supportent stoïquement leur calvaire. Ce sont les hommes qui pleurent dans ce roman !

« Elle craignait la tutelle, l’autorité d’un homme qui la dirigerait, troublerait ses habitudes et lui ferait perdre son royaume, où elle était en même temps Cendrillon et princesse. »

D’un mari indigne, capable de toutes les cruautés, Estina, un des personnages féminins du roman, supporte tout mais elle « n’avait jamais voulu le quitter, ni abandonner son foyer pour fuir Inácio et son intolérable méchanceté »

L’auteure prend la forme du récit historiquement et géographiquement situé, mais alors que l’Histoire met en scène des héros masculins, elle dépeint une réalité toute autre. Dans ce monde qu’elle décrit, ce sont les femmes qui travaillent, qui réussissent et qui s’enrichissent. Les hommes sont volages ou s’enfuient sans prendre leurs responsabilités. Ils sont plutôt ceux qui mettent en péril la propriété et la conduisent à sa ruine. Ils voyagent et quittent la terre pour faire fortune au Brésil, le plus souvent ils en meurent.

Le roman s’ancre dans la terre, et les femmes sont gardiennes des traditions, de l’enracinement et de la perpétuation face à un monde qui se transforme sous les effets de l’industrialisation. Les hommes sont à la ville et constituent cette bourgeoisie qu’elle ne cesse de critiquer.

La transmission se fait de mère en fille, de femme en femme.

Il est assez curieux d’ailleurs que la virilité se fasse sous l’aspect uniquement de la beauté, dans une sorte de renversement des valeurs, puisque la beauté est d’avantage associée aux femmes.

Les hommes les plus positifs du roman sont extrêmement beaux, mais frappés d’une forme d’idiotie, en-deçà même du bien et du mal, ou inconstants. Les femmes, elles, sont d’une « nature supérieure ». Clairement, le roman, publié dans les années 50, prône l’émancipation féminine.

Si le roman se développe autour d’une supposée identité féminine, ce n’est pas sur le plan littéraire, une tentative essentialiste pour lier l’écriture et le féminin mais plutôt une réflexion sur le genre socialement construit. Mais, les personnages sont fortement influencés par leurs nerfs, leur sang, leur tempérament et leur héritage génétique. Quina suit son instinct de paysanne. On est loin cependant de l’analyse sociologique et le progrès n’est pas le bienvenu. Elle refusera longtemps que l’électricité soit installée dans ses domaines, il faudra attendre la génération suivante, avec Germa, pour que les nouvelles théories agronomiques puissent être expérimentées.

Un livre très dense, une écriture foisonnante de descriptions, de commentaires psychologiques ou de digressions de toutes sortes qui ne rendent pas toujours la lecture aisée. La narration aurait besoin  d’être resserrée car c’est parfois un peu touffu et on s’y perd. Mais à la lecture, nous savons pertinemment que nous assistons à quelque chose. Et l’émotion finit par gagner.

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Des femmes en littérature ou la vie de Georges Sand revisitée / Les autrices

La littérature, les femmes et …le football

Je sais c’est un peu tard pour vouloir coller à l’actualité, mais cela pourra toujours servir dans quatre ans ou au prochain match, de votre amoureux, ou de votre copine qui joue depuis dix ans en club. bon, on est pas loin pourtant des stéréotypes de genre !

Onze nouvelles à lire seule, les soirs de match de foot... par Poinger

« Mesdames, vous devez lire cet ouvrage écrit pour vous. Pourquoi ? Mais parce que votre mâle va bientôt vous abandonner… encore une fois. Pas pour une jolie blonde de dix ans votre cadette. Non, vos rivaux sont onze joueurs poilus qui courent après un ballon et se roulent par terre en hurlant ! Emmanuelle Poinger a toujours remarqué l’effet désastreux du foot sur la libido des hommes, ces zombis qui gardent l’œil rivé sur la lucarne alors que vous passez en guêpière et porte-jarretelles. Forte de ce constat, elle s’est amusée à imaginer onze histoires drôles et sensuelles pour que les femmes ne s’ennuient plus les soirs de match. De quoi oublier l’image de votre homme hagard entouré de restes de pizza et de canettes de bière. Vous le regarderez d’un autre œil une fois la télévision éteinte et le livre refermé… « 

La littérature et le football

 

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« Si le sport a d’abord été considéré comme un divertissement pour analphabètes , la littérature sportive émerge dès la fin du XIXe siècle et les collections qui lui sont dédiées se multiplient. En 1928, la Fédération française de football crée son concours littéraire. Dès la Première Guerre mondiale, les modes d’Outre-Manche s’exportent et le joueur de football devient une figure emblématique des années 1920. Avec le joueur de football, la littérature délimite les contours d’un nouvel idéal masculin. Dans les années 1970, le développement du spectacle sportif, la médiatisation des grandes rencontres et l’évidente démocratisation du sport invitent à repenser le sport comme un fait social total. La littérature ne reste pas sourde à cet appel : elle questionne les nouvelles formes du spectacle footballistique et le sens du jeu dans la société contemporaine. L’histoire du ballon rond mais également l’abondante production romanesque qui l’accompagne nous invitent à proposer ici une étude des discours littéraires sur le football et à sonder les modèles masculins qui y sont érigés. »

On voudrait nous faire croire que les femmes n’aiment pas le foot, et pourtant combien d’équipes féminines de football que l’on ne voit presque jamais à la télévision ? Ha, les stéréotypes ont la vie dure !

La petite sœur de Shakespeare – Les femmes et la littérature / Virginia Woolf

« Je crois que c’est, à peu de choses près, ainsi que l’histoire se serait déroulée si une femme au temps de Shakespeare avait eu le génie de Shakespeare […]. N’importe quelle femme, née au XVIe siècle et magnifiquement douée, serait devenue folle, se serait tuée ou aurait terminé ses jours dans quelque chaumière éloignée de tout village, mi-sorcière, mi-magicienne, objet de crainte et de dérision . »

Woolf V., Un lieu à soi, nouvelle traduction de Marie Darrieussecq, éditions 10/18, chapitre X, p. 41.

Cycle romancières portugaises – Un peu d’Histoire

Les femmes et l'ecriture 3A partir de 1600, les encyclopédies répertorient essentiellement deux auteures , Soror Mariana Alcoforado (1640-1723) et Leonor de Almeida Portugal. Est-elle l’auteure des cinq lettres portugaises adressées au comte de Saint-Léger pendant la Guerre de Restauration de l’Indépendance ou s’agit-il de Gabriel de Guilleragues ? Le débat reste ouvert.

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Il n’en reste pas moins que ce texte est fondateur pour la littérature écrite par des femmes. L’exclusion des femmes de la littérature est appréhendé comme un fait politique au sein d’une société où se combinent l’idéologie fasciste et le patriarcat. Il est revendiqué et s’inscrit au cœur d’une résistance ou d’un combat , écrit par « les trois Maria » Maria Isabel Barreno, Maria Teresa Horta et Maria Velho da Costa, composé de 120 textes (lettres, poèmes, rapports, textes narratifs, essais et citations), qui questionne ce que peuvent la littérature, les mots et le langage. Publié et interdit en 1972 sous la dictature renversée par le coup d’état du 25 avril 1974, pamphlet virulent contre la guerre coloniale, la situation des femmes et l’arbitraire du système judiciaire. (Voir l’excellent article Les « Nouvelles lettres portugaises » et l’émancipation féminine)

cet intertexte revendiqué des Lettres de la Religieuse Portugaise, trouve « une nouvelle signification au sein d’ un réseau de filiations : de Sapho au romantisme en passant par la littérature féminine de la première moitié du XXe siècle, et la littérature de couvent. »

Au XVIIIe siècle,  Leonor de Almeida Portugal (1750-1930). Elle a laissé une correspondance et des poèmes dont aucun n’est traduit en français mais répertorié womens writers in History ( voir ici ).

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Il faudra attendre la fin du XIXe siècle, et le  saudosismo, pour constater l’émergence de nouveaux auteurs, dont Florbela Espanca, rare femme de son époque à avoir fait des études. Elle rejoint un groue d’écrivains féminins et écrit des articles dans Le Portugal Féminin. En 1919 elle publie sa première œuvre poétique, Livro de Mágoas. Elle se suicide dans la nuit du 7 au 8 décembre 1930 à Matosinhos après avoir ingéré une trop forte dose de somnifère.

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A partir des années 1900, deux noms vont apparaître principalement sur la scène littéraire : Sophia de Mello Breyner Andresen, poétesse,  (également prix Camões )  (1919-2004), et Agustina Bessa-Luis (née en 1922) et qui obtiendra les plus hautes distinctions pour son œuvre (dont le prix prix Camões ). Certaines de ses œuvres sont traduites en français notamment aux éditions Métailié dont le travail remarquable permet d’accéder  à de nombreuses œuvres. « Agustina Bessa-Luís est née dans la région du Douro en 1922. Son roman A Sibila (La Sibylle) publié en 1954 fut certainement un des textes les plus novateurs de la littérature portugaise. Depuis, cette immense romancière n’a cessé d’écrire, de publier: elle a à son actif une cinquantaine de romans, ainsi que des pièces de théâtre, des chroniques, des nouvelles. Elle décortique la société portugaise, ses racines historiques et son évolution tout le long de ces dernières cinquante années, ses mythes et son actualité, avec une écriture d’une forte densité, aux conclusions pertinentes et de vraies axiomes qui transcendent le récit. Son « dialogue » avec le grand cinéaste Manoel de Oliveira est à l’origine de plusieurs films, soit inspirés de ses romans (Francisca à partir de Fanny Owen, Val Abraham du roman homonyme, Le Principe de l’incertitude du roman homonyme) soit de scénarios expressément écrits (Party). Elle a aussi assumé des charges publiques importantes : la direction d’un quotidien à Porto, puis celle du Théâtre National Portugais à Lisbonne. Elle vit à Porto.  ( et Olga Gonçalves ( née en 1929). « 

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A partir de 1930 et pour toute la première partie du XXe siècle, Maria Gabriela LLansol (1931), Maria Ondina Braga (1932-2003), Maria Teresa Horta (1937), Maria Velho da Costa (1938), Maria Isabel Barreno (1939-2016), Hélia Correia (1949). Ces romancières naissent pendant la dictature de L’Estado Novo (« Nouvel État »), paternaliste et clérical, au sein duquel les droits des femmes sont extrêmement réduits. D’ailleurs faut-il y voir la raison de cette pléthore de Maria ? Elles auront une trentaine d’année à la fin de la dictature, ce qui va marquer le destin de trois d’entre elles.

Maria Gabriela Llansol occupe une place à part, « caractérisée par la singularité d’une écriture qui prend ses distances avec le narratif, le descriptif et le psychologique, brisant les frontières entre les genres littéraires et sollicitant constamment notre participation active. »

Maria Teresa Horta, accusée d’atteintes aux bonnes mœurs ainsi que Maria Isabel Barreno et Maria Velho da Costa pour la publication de leur livre Les Nouvelles Lettres portugaises, elles ont été depuis réhabilitées, après la révolution des Œillets qui a renversé le régime autoritaire salazariste est membre du Parti communiste portugais depuis 1975, tout en menant une lutte féministe, tant dans son métier d’écrivaine que dans son action militante. Elle est aujourd’hui rédactrice en chef de la revue Mulheres et auteure de romans, de nouvelles, de nombreux recueils de poésies et d’un essai sur l’avortement au Portugal. Mulheres et auteure de romans, de nouvelles, de nombreux recueils de poésies et d’un essai sur l’avortement au Portugal.

Maria Velho da Costa  a publié en français L’Oiseau rare et autres histoires, et Myra. Les thèses féministes font partie de son œuvre ainsi qu’une certaine liberté dans les structures narratives.

Maria Isabel Barreno a été un écrivain prolifique mais très peu d’œuvres sont traduites ( La Disparition de la Mère, Les Veillées Oubliées (source Wikipédia). Elle fait partie des « trois Maria » qui se sont engagées dans le combat féministe.

Helia Correja est l’auteure d’une oeuvre importante et a reçu le prix camoes 2015. invisible dans la traduction française, je n’ai trouvé qu’un livre qui évoque son travail dramaturgique (les antigones contemporaines : de 1945 à nos jours de Stépahanie Urdician). la littérature contemporaine retient sur tout le nom de Lidia Jorge.

Il en existe bien d’autres mais je n’ai cité que celles dont on lit le plus d’occurrences, si vous en connaissez d’autres …

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