La littérature féminine algérienne

 

Le vendredi 22 Novembre, à partir de 20H30,  l’excellente librairie Lettres et Merveilles sise à Pontoise, en banlieue parisienne, dans le 95, organise une rencontre autour de la littérature féminine algérienne.
parler
« Depuis Assia Djebar, née en 1936, et qui est une de nos six académiciennes, jusqu’à Kaouter Adimi, née en 1986, éditée chez Actes Sud, nous avons selectionné 6 auteurs dont nous vous parlerons lors de cette rencontre. Chacune d’entre elles illustre la diversité et la complexité de l’Algérie contemporaine :Assia Djebar,Maissa Bey,Leila Marouane,Nina Bouraoui
Ahlan Mosteghanemi, Kaouter Adimi
Rapport à la langue et à la nation française, évocation de la condition des femmes en Algérie et dans l’ensemble du monde arabe, guerre civile des années 90 : les auteurs algériennes ou algéro-françaises illustrent toutes cette forte position d’Assia Djebar « J’’écris, comme tant d’autres femmes écrivains algériennes avec un sentiment d’urgence, contre la régression et la misogynie. »
Le travail de ces auteurs vous sera présenté par Amel Chaouati, présidente de l’association des Amis d’Assia Djebar.
Laurence Hurard – Librairie Lettre et Merveilles -18 place du Grand Martroy
95300 Pontoise
01 30 32 28 80 – Facebook Librairie Lettre et Merveilles

Elle est partie… Doris Lessing

Elle a vécu une longue vie, elle a écrit à l’encre de la colère, elle a marché de longues marches, fut femme et écrivain.

Elle laisse une œuvre abondante et sûre qui parlera longtemps après elle. Il faudra lire et relire, déchiffrer encore les mystères qu’elle n’eut de cesse de nous conter. Etre femme et écrire, elle en connut le prix, la beauté et la force et les déchirures.

Prix Nobel de littérature en 2007,elle est décédée à l’âge de 94 ans, a annoncé dimanche son agent, Jonathan Clowes. Née le 22 octobre 1919 à Kermanshah en Perse, l’actuel Iran, Doris Lessing est l’auteur d’une œuvre insolente et rebelle riche d’une cinquantaine de titres.

Le Prix Nobel lui fut remis voyant en elle : « la conteuse épique de l’expérience féminine, qui, avec scepticisme, ardeur et une force visionnaire, scrute une civilisation divisée ».

Amalie Skram : une femme d’exception

skram

Amalie Skram (1846-1904) a eu une vie douloureuse et mouvementée mais aussi très créative. Née à Bergen, en Norvège, en 1846, elle s’est mariée à 18 ans, poussée peut-être par la nécessité, son père ruiné ayant abandonné sa famille et fui en Amérique pour cacher sa honte. Épouse d’un capitaine au long cours, August Müller, de dix ans son aîné, elle a fait le tour du monde, découvert la Jamaïque, le Mexique, l’Amérique du sud et a voyagé jusqu’en Australie. Elle a bravé les mers démontées et les tempêtes, ce qui a pu nourrir nombre de ses descriptions dans ses romans. Elle a vécu une existence tout à fait extraordinaire pour une jeune femme de l’époque et avait une ouverture sur le monde que peu de ses contemporaines avaient. Elle divorce, ce qui fait bien sûr scandale et s’ensuit une forte dépression nerveuse qui la tient hospitalisée pendant plusieurs mois. Elle quitte alors Bergen pour toujours.

Elle a épousé en secondes noces un écrivain et critique danois Erik Skram en 1884, et , femme de lettres dans une société d’hommes, dut se battre pour imposer son œuvre.

Son œuvre témoigne de l’influence de l’école naturaliste au Danemark, et ses romans abondent en descriptions d’un réalisme cru, relatant les conditions de vie misérables des paysans norvégiens et le poids de l’héritage familial et de l’hérédité. Contemporaine de Zola et ardente partisane du roman naturaliste, elle privilégie les thèmes du couple, de la culpabilité, du poids de l’héritage, ou de l’impuissance de l’Église.

Ce second mariage ne sera pas plus réussi que le premier et ils se séparent en 1899. Ce nouvel échec amoureux la conduit à nouveau en hôpital psychiatrique. Elle s’en remet mal et meurt quelques années plus tard en 1905 à l’âge de 58 ans.

Selon Luce Hinsch, sa brillante traductrice, qui a fait un travail remarquable en permettant au public français de lire sa trilogie « Les gens de Hellemyr » aux éditions Gaïa, « Selon ses principes, le rôle de l’écrivain est de faire prendre conscience des problèmes de la société, de transmettre la connaissance et les idées nouvelles, pour bâtir un monde meilleur. » Je vous renvoie à sa postface qui regorge d’informations et de détails tous plus passionnants les uns que les autres..

Ouvrage(s) paru(s) chez Gaïa Editions:

Les Gens de Hellmeyr, Vesle-Gabriel – (1er des 3 volets)

Les Gens de Hellmeyr, Sivert – (2ème des 3 volets)

Les Gens de Hellmeyr, Severin – (3ème des 3 volets)

Les gens de Hellemyr/ Vesle- Gabriel d’Amalie Skram

Les-gens-de-Hellemyr-T1

Les gens de Hellemyr, composée de trois volumes est la fresque réaliste de la Norvège de la fin du XIXe siècle, tour à tour dans sa campagne la plus reculée et le long des rues de la ville si particulière de Bergen. Le premier volume décrit les origines de Sivert, personnage central du cycle, et comment, toute sa vie, pèsera sur ses épaules le poids de l’héritage.

 Contemporaine de Zola, influencée par le courant naturaliste, Amalie Skram établit les filiations entre ses personnages, et les liens de causalité qui déterminent leur destin.

Et peut être à l’origine, y a-t-il la misère, et ce sentiment de désespoir qui saisit Oline, femme de Sjur Gabriel : « J’trouve tout si triste et horriblement ennuyeux, tout ce que j’fais, tout ce que je touche ; j’aurais préféré rien voir de ce drôle de monde, et puis quand je bois une goutte tout devient si léger, si clair, si beau, c’est à ne pas croire ! »

Prisonnière d’une vie misérable, accablée de grossesses, sans jamais aucun loisir, Oline n’a aucun espoir et seul l’alcool lui permet de supporter cette vie sans joie. Elle évolue peu tout au long du roman, alors que son mari Sjur Gabriel, courageux et travailleur, mais rustre au caractère ombrageux qui bat sa femme lorsqu’il la trouve ivre, est un personnage dynamique qui, avant de se laisser terrasser à son tour, acquiert une humanité et une douceur inattendues.

En effet, à l’occasion d’une des nombreuses escapades de sa femme pour trouver de l’alcool, le père se retrouve seul avec le dernier né, Vesle-Gabriel, malade et affamé, dont il va devoir s’occuper et qu’il soigne avec dévouement. Il va apprendre non seulement à devenir père mais éprouver pour la première fois de l’amour pour un de ses enfants. Vesle-Gabriel deviendra sa seule raison de vivre.

Amalie Skram dépeint avec talent la misère sociale et ses ravages, et le poids de l’ignorance qui ne permet pas de changer les comportements hérités. Avec finesse, elle montre que les sentiments sont eux aussi la conséquence d’une certaine forme d’éducation et la reconnaissance de l’humanité en l’autre. Que tout cela est une construction et une conséquence de la culture.

 Amalie Skram est une auteure qui m’a énormément touchée. Elle fait partie de ces voix oubliées, et je suis heureuse de lui donner une place sur Litterama. Cela grâce au travail de la traductrice Luce Hinsch qui nous livre une langue simple et belle, et une traduction parfaite, et les éditions Gaïa qui ont le courage de promouvoir des œuvre du patrimoine nordique et européen. Il faut saluer encore et toujours ces initiatives !

Photo de groupe au bord du fleuve – Emmanuel Dongala / La voix des casseuses de pierres

emmanuel dongala

Vignette Les personnages féminins dans l'ecriture masculineCogner, casser, frapper, marteler, pulvériser, inlassablement, des pierres dans une carrière au bord d’un fleuve africain pour gagner quelques sous, à peine de quoi survivre, à la merci d’un éclat dans l’œil, un doigt fracturé ou écrasé. Vie de misère, vie de femme

Mais d’autres choses moins friables que les pierres pourraient elles aussi voler en éclats dans ces vies de femmes marquées par la pauvreté, la guerre, l’oppression au travail, dans une société corrompue et totalitaire, où la tradition admet les violences sexuelles et domestiques.

Ces mains pour frapper, pour caresser, pour saisir, mains douces, exigeantes et tenaces de femmes qui désirent, de femmes qui veulent , de femmes prêtes à leur premier envol.

Emmanuel Dongala leur prête sa belle voix d’homme, sa plume alerte, son écriture sensible et intelligente mais sa colère aussi. : […] dans ta tête tu te demandais, en se référant à ce que toi aussi tu avais vécu, s’il y avait pire endroit pour une femme sur cette planète que ce continent qu’on appelle Afrique.

La quinzaine de femmes qui frappent inlassablement sous le soleil décident de vendre leur sac de gravier plus cher désormais car elles se rendent compte que les intermédiaires qui les leur achètent les revendent sur les chantiers trois fois leur prix. Elles décident de prendre leur destin en main au risque même de leur vie pour enfin espérer un avenir meilleur.

Elu meilleur roman français 2010 par la rédaction de Lire, prix Virilio 2010, prix Ahmadou-Kourouma 2011, ce roman décapant loin des clichés de cartes postales  s’inscrit avec talent dans la tradition du roman social et humaniste.

Né en 1941, Emmanuel Dongala a quitté le Congo au moment de la guerre civile de 1997. il vit aux Etats-Unis où il enseigne la chimie et la littérature africaine francophone à l’université.

C’est Malika qui m’a donné envie de lire ce livre…

Prix femina 2013 – Léonora Miano

la saison de l'ombre

Le mot de l’éditeur« Si leurs fils ne sont jamais retrouvés, si le ngambi ne révèle
pas ce qui leur est arrivé, on ne racontera pas le chagrin de ces mères.
La communauté oubliera les dix jeunes initiés, les deux hommes d’âge
mûr, évaporés dans l’air au cours du grand incendie. Du feu lui-même, on
ne dira plus rien. Qui goûte le souvenir des défaites ? »

Nous sommes en Afrique sub-saharienne, quelque part à l’intérieur des
terres, dans le clan Mulungo. Les fils aînés ont disparu, leurs mères
sont regroupées à l’écart. Quel malheur vient de s’abattre sur le
village ? Où sont les garçons ? Au cours d’une quête initiatique et
périlleuse, les émissaire du clan, le chef Mukano, et trois mères
courageuses, vont comprendre que leurs voisins, les BWele, les ont
capturés et vendus aux étrangers venus du Nord par les eaux.

Dans ce roman puissant, Léonora Miano revient sur la traite négrière
pour faire entendre la voix de celles et ceux à qui elle a volé un être
cher. L’histoire de l’Afrique sub-saharienne s’y drape dans une prose
magnifique et mystérieuse, imprégnée du mysticisme, de croyances, et de «l’obligation d’inventer pour survivre. »

Maine, J. Courtney Sullivan – Famille, je te hais !

Maine

Maine, J.Courtney Sullivan, Maine,(2011)  Editions rue Fromentin (2013), traduit de l’anglais (américain) par Camille Lavacourt

 Famille, je t’aime, et je te hais ! Tel pourrait être le cri des héroïnes de ce roman, trois générations de femmes qui se débattent dans des liens qui les unissent presque malgré elles, constituent leur identité tout en étant cause de leurs souffrances les plus intimes et les plus profondes.

Alice Kelleher, la patriarche de ce roman, est une belle femme encore malgré le poids des années, plutôt acariâtre, et au caractère intraitable, conservatrice, sa foi seule la soutient. Elle n’avait aucune envie de devenir une mère, ni une femme au foyer et les enfants ne l’intéressaient pas. Un accident et un profond sentiment de culpabilité qui s’en est ensuivi en a décidé autrement.

Kathleen, sa fille, a choisi de vivre loin de cette mère avec laquelle elle a des relations plutôt difficiles. Fille mal-aimée, mais mère aimante, elle doit se reconstruire loin d’Alice dont les remarques blessantes et les critiques assassines la font encore terriblement souffrir. Elle est à l’opposé d’Alice, plutôt baba-cool et écolo. Elle est le personnage qui m’a le plus touchée.

Maggie, la petite-fille, est au tournant de sa vie et va se réfugier quelque temps chez sa grand-mère qu’elle parvient à apprivoiser. Elle l’aime bien malgré ses défauts. Elle comprend intuitivement que sa grand-mère souffre d’une blessure ancienne et qu’elle n’est pas si méchante qu’elle le paraît.

Ann Marie, la belle-fille, a sacrifié ses ambitions pour élever ses enfants. Mais il n’est pas sûr qu’elle ait eu d’autre rêve que d’être l’épouse d’un homme respectable et financièrement à l’abri du besoin. On sent dans ce personnage toutes les frustrations accumulées et le conservatisme étouffant par lequel elle se protège des aléas de l’existence. Elle supporte tant bien que mal sa belle-mère et se dévoue pour le reste de la famille. Jusqu’au jour où elle décide de se rebeller…

C’est, rassemblées une dernière fois dans la maison familiale de vacances située dans le Maine, dans une sorte de huit-clos étouffant, que les quatre femmes fois vont vivre l’été qui va bouleverser leur existence.

J’ai eu envie de lire ce livre grâce à :

Clara

  à  Philisine Cave

J. Courtney Sullivan analyse les liens familiaux avec beaucoup de subtilité et les rapports mère-fille avec une plume plutôt acérée dans un récit pétri d’intelligence. J’avais déjà été conquise avec « Les débutantes », et ce second roman confirme le talent de cette auteure même si je suis moins emballée par ce récit dont la lenteur m’a parfois fait un peu décrocher.

Qui sont les raconteuses ?

Qui sont les raconteuses et pourquoi les appeler ainsi ? Les raconteuses écrivent des livres que souvent je n’arrive pas à classer : souvent des best-sellers, rarement des chef-d’œuvres, ces « page turner » séduisent un large public et font passer un formidable moment de lecture. Ils procurent une satisfaction qui tient à leur facture même : on y retrouve certains ingrédients des contes, un schéma narratif assez conventionnel, et une moralité exemplaire. Les personnages sont parfois assez caricaturaux, partagés entre l’ombre et la lumière, le bien et le mal, le vice et la vertu. Les héroïnes sont courageuses, patientes, belles et douces et parviennent, à force de ténacité, à faire leur place en ce monde.

Les raconteuses ont un talent éclatant pour raconter des histoires, capter l’attention du lecteur  et lui faire oublier tous ses soucis. Elles offrent souvent de belles leçons d’humanité car leurs personnages se battent pour des idéaux élevés, sont du côté, toujours, de la veuve et de l’orphelin, et offrent de véritables plaidoyers pour l’acceptation de la différence. Le fond est toujours plus important que la forme et le style est sobre, voire assez neutre, dénué d’envolées stylistiques, et pauvre en métaphores.

Pour autant, les livres des raconteuses ont d’indéniables qualités malgré leurs limites : ils relient  chaque être humain à une communauté qui l’englobe et le dépasse. Les raconteuses sont mondialistes et universalistes : les expériences qu’elles décrivent peuvent se passer n’importe où sur cette terre et n’importe quand. Elles font fi du temps et de l’espace.  Attention, elle n’écrivent pas des romans sentimentaux, même si l’amour y tient une large place ! Leur prince n’est pas charmant, et s’il est rarement contrefait, ce sont ses qualités morales qui le distinguent de tous les autres.

Dans mes raconteuses, je mettrais Victoria Hislop dont je viens de terminer le livre, Anna Gavalda, Isabel  Allende.

Et vous, qui rangeriez-vous sous cette catégorie ?

Vignette Les raconteuses d'histoire

Prix des lecteurs : L’île des oubliés- Victoria Hislop /La voix des lépreuses

l'ile des oubliés

Victoria Hislop, L’île des oubliés,( 2005), Editions les escales (2012) pour la traduction française, prix des lecteurs du livre de poche. Traduit de l’anglais par Alice Delarbre.

Vignette Les raconteuses d'histoireSpinalonga est une île au large de la côte nord de la Crête qui a accueilli une colonie de Lépreux entre 1903 et 1957. Alexis, en quête de la mémoire familiale, décide de s’y rendre. Sa mère, anglaise d’origine grecque,  a voulu effacer le passé et n’a presque rien livré de son histoire, ni de ses origines. Qui était cette arrière-grand-mère, Eleni, qu’Alexis découvre, et que sont devenues ses filles Anna et  Maria, dont la vie, mystérieusement, semble liée à la colonie de lépreux ? Quel est ce terrible drame qui a assombri leurs vies ? Pourquoi  Sophia, la mère d’Alexis, a-t-elle craint si longtemps les révélations  sur cette partie de son histoire  et pourquoi a-t-elle rompu si brutalement avec sa terre d’origine ?

Pour ceux qui n’ont pas lu cette histoire, il ne faut pas en dire plus car le charme de ce récit vient de ses mutiples rebondissements. Il explore la mémoire familiale, le rôle qu’elle joue dans la constitution de notre identité et le poids des  secrets de famille. Il donne également un aperçu de la vie que menaient  les femmes grecques dans la première moitié du vingtième siècle. Les mariages étaient la plupart du temps arrangés et la virginité des filles sévèrement gardée. Le village veillait scrupuleusement  sur  la moralité des filles, et les crimes d’honneur n’étaient pas rares envers ceux qui enfreignaient les règles. Les hommes quant à eux, comme dans tous les pays méditerranéens, jouissaient d’une liberté sans entrâves. Ce qui est passionnant également, c’est le travail de documentation qu’a fait l’auteure sur la lèpre et tout ce qu’on peut apprendre sur cette maladie à la fois effrayante et méconnue.

Victoria Hislop est incontestablement une merveilleuse conteuse-raconteuse et vous êtes assurés de passer un très bon moment de lecture avec ce récit.

Ce  livre a fait l’objet  d’une série télévisée très populaire en Grèce et lui a valu le Prix de la révélation littéraire en Grande-Bretagne.

English: Island Spinalonga (Kalidon) – top vie...
L’île de Spinalonga (Kalydon) en Crète, Grèce – vue panoramique depuis la montagne. (Photo credit: Wikipedia)

Challenge « Romancières américaines »

Challenge Romancières américaines

Depuis la parution du numéro de juin du Magazine Littéraire, cette blogueuse (géniale !)a eu l’idée de mettre à l’honneur les romancières américaines.

Ce challenge a commencé le 1er octobre 2013 pour une durée de 2 ans.

Il s’achèvera donc le 1er octobre 2015.

Miss G propose 4 catégories :
1) 1 à 3 livres : A la découverte du Nouveau Monde
2) 4 à 6 livres : A la conquête de l’Ouest
3) 7 à 10 livres : Sur le sentier des pionniers
4) 10 livres et plus : US Route 66

On peut  consulter ici la liste des 30 classiques dressée par le Magazine Littéraire.

Bon challenge et bon vent à l’initiative de Miss G.

Challenge romancières américaines chez Miss G

Main US towns map
Main US towns map (Photo credit: Wikipedia)

La lettre écarlate – Nathaniel Hawthorne

Hawthorne-La-Lettre-ecarlate

Nathaniel Hawthorne – La lettre écarlate – Traduction de Marie Canavaggia –Gallimard 1954 pour la traduction française

Vignette Les personnages féminins dans l'ecriture masculineDans l’Amérique puritaine de l’époque coloniale, il ne fait pas bon enfreindre l’un des dix commandements. Les dignitaires ecclésiastiques  règnent en despotes sur la petite communauté de protestants de Nouvelle-Angleterre et gouvernent d’une main de fer leurs ouailles. Hester fera les frais d’une loi d’airain qui condamne les femmes adultères. A midi, sous un soleil de plomb, son bébé dans les bras, elle doit subir la réprobation de la foule sur l’estrade où autrefois on condamnait les criminels au pilori. Pour stigmatiser son infamie, une lettre A pour Adultery devra être cousue sur sa poitrine.

Ce passionnant roman, dont l’héroïne, magnifique, est digne des tragédies antiques, posent autant de questions sur la forme que sur le fond.

Lorsqu’un écrivain est prisonnier du carcan idéologique de son époque, ou de son propre système de croyances, comment ses personnages peuvent-ils évoluer ?

Un puritain hommes de lettres doit-il, avec ses semblables, condamner la pauvre Esther coupable d’infidélité, ou peut-il lui assurer une certaine rédemption tout en condamnant sa faute ? Il faut ajouter que pour le protestantisme, issu de Calvin , « Le salut revient à ceux que Dieu a élu « par sa seule bonté et miséricorde en JCNS, sans considération de leurs œuvres, laissant les autres en icelle, corruption et damnation pour démontrer en eux sa Justice comme ès premiers il fait luire les richesses de sa miséricorde », dit le texte. (source Wikipédia). L’homme ne peut se sauver par ses propres œuvres.  Je ne connais pas assez ces théories du puritanisme religieux mais elles doivent avoir leur importance. Esther aurait pu s’enfuir, refuser de porter cette lettre infamante – la loi humaine n’est pas strictement identique à la loi divine – mais elle choisit, par amour, de porter le poids de son acte. Elle le revendique même car elle a agi par amour contre la loi des hommes. Elle l’a placé au-dessus de toute loi. Cette pesanteur lui vaut la grâce. Elle symbolise le libre arbitre de l’individu.

Dans ce système de valeurs, on peut tout de même être assuré d’une chose : le crime ne peut être récompensé par le bonheur des amants ici-bas. Aussi le personnage d’Esther, acquiert-il une dimension tragique. Elle doit assumer le poids de sa faute et expier son crime pour pouvoir être sauvée. Toutefois le talent de Nathaniel Hawthorne lui permet de dépasser ses propres impératifs catégoriques : tout d’abord son expérience personnelle lui a fait rencontrer Melville qui se soucie comme d’une guigne des conventions, et dont ses nombreux voyages ont éclairé les vues, et sa propre réflexion  comme sa sensibilité comprennent les élans et la personnalité d’Esther. Pourrait-il dire comme Flaubert le disait de sa Bovary, « Esther, c’est moi » ?

Ce roman est un conte chrétien fantastique, le malin y fait des apparitions remarquées et les sorcières se réunissent la nuit dans les bois. De quoi frissonner un peu ! L’intensité dramatique naît ici du conflit entre le devoir et l’amour, entre l’individu et la société, entre la loi morale et le sentiment. Esther regrettera-t-elle ses élans amoureux, la punition aura-t-elle été pédagogique ? Je vous laisse lire le roman…

En tout cas, un très beau personnage de femme…

M’ont donné envie de lire ce livre : Nadael (mais je n’ai pas retrouvé son article) et  Annie qui a écrit un billet passionnant dans lequel elle nous apprend, entre autres, que ce personnage d’Hester a été inspiré par l’histoire vécue par Elisabeth Pain.

Nathaniel Hawthorne – une voix pour les femmes ?

Nathaniel_Hawthorne

« En vérité, la même sombre question lui montait souvent à l’esprit à propos de la race entière des femmes. Quelle est la vie qui vaille la peine d’être vécue même par la plus heureuse d’entre elles ? En ce qui concernait sa propre existence, Hester s’était depuis longtemps arrêtée à une réponse négative et avait écarté la question comme réglée. Une tendance aux spéculations de l’esprit, si elle peut lui apporter de l’apaisement comme à l’homme, rend une femme triste. Peut-être parce qu’elle se voit alors en face d’une tâche tellement désespérante. D’abord le système social entier à jeter par terre et reconstruire; ensuite la nature même de l’homme – ou de longues habitudes héréditaires qui lui ont fait une seconde nature – à modifier radicalement avant qu’il puisse être permis à la femme d’occuper une position équitable. »

Nathaniel hawthorne – La lettre écarlate – Folio classique.

Hawthorne-La-Lettre-ecarlate

Orphelin de père, né en 1804 dans une famille puritaine de Salem, Nathaniel grandit avec sa mère, veuve austère, loin des agitations du monde.

Après ses études, il devient rédacteur pour un périodique, puis entreprend une carrière littéraire dont les premiers essais seront des échecs. Influencé par sa femme, Sophia Peabody, il partage un temps son goût pour le transcendantalisme. C’est en 1850, avec La Lettre écarlate que le succès lui sourit enfin. L’année suivante, « La maison aux sept pignons », et, un peu plus tard, « Le livre des merveilles » consacreront sa renommée littéraire.

Malade, il meurt en 1864 dans les bras de son ami Pierce.

Son écriture fortement imprégnée par l’imaginaire théologique de son temps, n’en contient pas moins une étude de la condition humaine, une critique parfois sévère du puritanisme et sinon une psychologie des personnages, du moins la prise en compte de leurs états de conscience et de leur intériorite.

Ce livre a été adapté au cinéma :

Le 3 l e 1 l e 2

Des femmes et de l’écriture – le bassin méditerranéen

« Qu’il soit prise directe avec soi-même pour compenser des manques, ou affrontement avec les mots, ou même dénonciation d’un ordre établi, le roman écrit par des femmes est une mise à feu, un règlement de compte avec un monde créé par l’homme aux mesures de l’homme qui a inventé la guerre, hérissé la planète de barbelés et fait croire à la femme qu’elle n’a pas de valeur en dehors de lui. »

des-femmes-et-de-lecriture-le-bassin-mediterraneen

Résumé de l’éditeur

Le pouvoir de l’écriture qui soulève le problème du rapport des sexes sera une compensation à un pouvoir politique féminin souvent absent sur les deux rives de la Méditerranée, en particulier sur la rive Sud. Des littéraires, linguistes, philosophes, psychologues, sociologues, anthropologues, juristes, et journalistes ont examiné et analysé dans des approches pluridisciplinaires l’écriture des femmes du bassin méditerranéen donnant aux lecteurs et lectrices qui s’interrogent sur le sujet des outils de réflexion qui leur permettront d’alimenter leur propre travail. Un ouvrage dirigé par Carmen Boustani et Edmond Jouve.

Una adaptation du roman de Rachel Cusk- Arlington Park

la vie domestique

J’ai bien aimé cette adaptation du roman de Rachel Cusk. Transposé dans une banlieue cossue de la région parisienne, il reste fidèle à l’esprit du roman. Encore une fois, l’interprétation d’Emmanuelle Devos est tout à fait pertinente et le film est très cohérent.  La fin un peu abrupte est assez réussie car elle fonctionne comme une ouverture et un questionnement.

English: Emmanuelle Devos, at Cannes Film Fest...
English: Emmanuelle Devos, at Cannes Film Festival 2009, for film À l’origine. Français : Emmanuelle Devos, au Festival de Cannes 2009, pour la présentation du film À l’origine. (Photo credit: Wikipedia)

Le pitch : Juliette n’était pas sûre de vouloir venir habiter dans cette banlieue résidentielle de la région parisienne. Les femmes ici ont toutes la quarantaine, des enfants à élever, des maisons à entretenir et des maris qui rentrent tard le soir.
Elle est maintenant certaine de ne pas vouloir devenir comme elles.
Aujourd’hui, Juliette attend une réponse pour un poste important dans une maison d’édition.
Un poste qui forcément changerait sa vie de tous les jours.

Arlington Park – Les charmes de la vie domestique…

Arlington-park

A l’occasion de la sortie du film « La vie domestique » inspiré du roman de Rachel Cusk, j’ai ressorti de mes cartons cet article publié sur Litterama.fr il y a quelques années de cela.

Rachel Cusk s’est imposée sur la scène littéraire internationale avec  ce premier roman traduit en Français, « Arlington Park » comme la digne héritière de Virginia Woolf, ce qu’ elle assume pleinement, reconnaissant qu’elle  est une de ses  auteurs fétiches .

Les personnages de son livre sont des personnages essentiellement féminins et blancs de la classe moyenne anglaise. Certaines de ces femmes travaillent mais assument également l’essentiel des tâches domestiques. Les maris sont beaucoup plus impliqués dans leur vie professionnelle, ont un plan de carrière et rentrent tard le soir.

Même si ces femmes ont fait des études -parfois brillantes- le mariage, et la maternité entraînent pour elles une sorte de subtil déclassement. Leur métier, choisi la plupart du temps, pour concilier vie professionnelle et  vie de famille, ne peut les valoriser socialement. On assiste à une subtile dépossession de soi  chez ces femmes qui pour ne pas être tout à fait des femmes au foyer, n’en étouffent pas moins dans  un quotidien étriqué et morne qui  n’est transcendé par aucune passion, aucun but et aucun dépassement de soi. Ces femmes ont sacrifié l’idéal de leur jeunesse, trahi leurs aspirations profondes sur l’autel d’une vie bourgeoise.

Ce basculement se produit au moment de la maternité. Les rôles se répartissent à nouveau selon les codes de la société patriarcale. Elles aiment sincèrement leurs enfants mais la maternité devient un terrible enfermement pour ces femmes intelligentes et éduquées, les femmes enceintes semblent « pleine d’air », alors que les  hommes paraissent « se durcir en une masculinité mince et verticale. »

Les actions des personnages se déroulent sur une seule journée, ce qui conduit l’auteure à un souci extrême  du détail et aussi des mouvements intérieurs des personnages. C’est aussi pour cette raison qu’on la compare à Virginia Woolf.

Elle avoue avoir emprunté la construction du récit à Mrs Dalloway, dans une interview  accordée à un journaliste d’Evène :

“Je voulais être capable d’utiliser cette structure, qui requiert une bonne dose de connaissance émotionnelle des femmes, tout en laissant aux personnages leur subjectivité. C’est dans cette relation aux personnages que je voulais me placer.”

Toutefois, nulle empathie pour ces femmes, sinon parfois de l’agacement car on se  dit  qu’elles l’ont bien cherché ou qu’ici, dans ce monde occidental,post-féministe,  elles auraient  pu faire  autrement.

Grossière erreur, répondrait certainement Rachel Cusk, qui s’étonne de la quasi indifférence à l’égard du féminisme, qui selon elle est le seul combat qui vaille aujourd’hui. Les destinées individuelles  sont vaines si elles ne sont pas relayées par un combat collectif.

« En fait […], chacun avait ses peurs, non ? C’était ça qui rendait les gens si intéressants. Tout le monde avait des choses particulières qui les touchaient, qui les faisaient voir rouge. »

J’ai trouvé ce livre véritablement passionnant, l’écriture parfois très belle, le style  personnel  et fluide. Et l’auteure analyse bien le post-féminisme, la période de régression sociale pour  beaucoup de jeunes femmes lorsqu’elles se mettent en couple et deviennent mères.

“ Elle se demanda si les livres qu’elle aimait la consolaient précisément parce qu’ils étaient les manifestations de son propre isolement. Ils étaient pareils à de petites lumières sur une étendue déserte, une lande : de loin ils semblaient serrés les uns contre les autres, innombrables, mais de près on voyait que des kilomètres et des  kilomètres d’obscurité les séparaient. »

Fugitives d’Alice Munro – Prix Nobel de littérature

fugitives

j'aime un peu, bc, passiontj'aime un peu, bc, passiontj'aime un peu, bc, passiont

Fugitives  de Alice Munro            Nouvelles           Editions de l’olivier 2008

Runaway 2004 traduit de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso

Toutes les femmes de ce récit se retrouvent confrontées à une image d’elles-mêmes avec laquelle elles sont profondément en conflit.

Face à une société qui ne leur laisse pas le choix, face à des compagnons qui reproduisent les modèles hérités de leur père et se remettent peu en question, elles choisissent la fuite.

Parce qu’il y a peu de place pour leurs aspirations et leurs désirs, elles préfèrent escamoter les problèmes afin de pouvoir survivre. Même si au fond, elles ne font que déplacer la cause de leur souffrance.

Ce recueil contient des nouvelles qui ont pour cadre les années 60. Les femmes commencent à prendre une nouvelle place dans la société, mais les traditions sont encore très vivaces, ainsi dans une des nouvelles, dit-on d’une étudiante brillante qu’il est dommage qu’elle soit une fille, car si elle se marie, tout son labeur et celui de ses professeurs seront réduits à néant, et dans le cas contraire, si elle ne se marie pas, elle deviendra probablement triste et solitaire, perdant ses chances d’avancement au profit des hommes.

Assumer ses choix de vie est aussi plus facile pour un homme : « Les choix bizarres étaient tout simplement plus faciles pour les hommes dont la plupart trouveraient des femmes heureuses de les épouser,  tel n’était pas le cas en sens inverse. »

Alice Munro parle aussi avec beaucoup de justesse de cette rage qu’éprouve cette héroïne face à l’opinion commune qui veut que les femmes soient « belles, adorables, gâtées, égoïstes, avec un pois chiche à la place du cerveau. » C’est ainsi qu’une fille doit être pour qu’un homme en soit amoureux. Ensuite, elle céderait son égoïsme pour l’affection inconditionnelle qu’une mère doit à ses enfants.

Bien sûr les représentations sur le rôle des femmes et leur prétendue « nature » a beaucoup évolué en Occident et au Canada certainement.

Alice Munro évoque avec beaucoup de finesse  également, les occasions perdues, les dialogues impossibles, et la façon dont les émotions, les sentiments peuvent produire des changements dans l’air, dans la luminosité, dans le contour des objets, dans le monde autour de soi.

J’ai beaucoup aimé ce recueil de nouvelles à la mélancolie souvent poignante. Les femmes y sont incapables d’aller au bout de leurs désirs, de leur révolte, parce que cela leur demande beaucoup trop d’énergie ou parce qu’elles ne peuvent supporter la rupture avec leur milieu social et la solitude que cela implique.

Alice Munro est née au Canada en 1931. Lauréate de nombreux prix littéraires, admirée par Joyce Carol Oates et de nombreux autres écrivains, elle est considérée comme l’un des plus grands écrivains anglo-saxons  de notre époque.

Article publié le 15 août 2011 sur Litterama.fr, mon ancien blog