Archives pour la catégorie Itinéraire d’une blogueuse

Dédicace d’Ana Blandiana

Anna-Blandiana-2livre Ana Blandiana

dédicace d'Ana Blandiana pour le blog

Gabriela Adamesteanu – romancière roumaine

salon adamesteanu

mots de gabriela

Itinéraire d’une blogueuse (8)

john-manthaVous avez remarqué, un livre vous mène toujours à un autre, c’est comme un jeu de piste ou un chemin qui au lieu d’aller droit au but, irait de ramifications en ramifications, une sorte de dédale en fait. Les livres nous perdent-ils ou se perd-on dans les livres ? Nos piles sont autant de constructions hasardeuses, dont l’équilibre n’est jamais garanti, tout comme nos vies. Tout comme nos affections. Où nous mènent-ils donc tous ces livres ? A ce pays où l’on n’arrive jamais ? Au creux, au plus profond de nous mêmes ? Au fond, peut-être nous racontent-ils tous la même histoire ? Celle qu’ils ne peuvent jamais vraiment nous raconter… On ouvre un livre et on croit avoir trouvé, enfin, une des clefs du mystère. Et puis, sitôt refermé, la même faim nous saisit, et on en ouvre un autre avec le même espoir. Cette fois-ci peut-être… On a souvent parlé du lien qui nous unit nous lecteurs à ceux qui osent écrire, de son étrangeté, de sa force et de sa clairvoyance. L’univers des blogs rend ce lien encore plus tangible. Chacun donne à l’autre tant de soi, on ne peut même pas compter. Nous sommes si proches, et si anonymes, tellement autre qu’il nous en faudrait beaucoup pour vraiment nous approcher. Je te prie étranger de te tourner vers moi. Nous partageons les défaites et les victoires, le courage et le renoncement, la joie de trouver l’autre au détour d’une phrase, à l’abri d’un chapitre, entre les lignes. L’écriture est un don, toute écriture. Quelque chose se joue d’essentiel. Ce qui est dit ne sera pas pour autant contredit, car la lecture est un pacte qui est loin d’être scellé. On pourrait même s’envoler si on voulait sur les pages de nos livres. Mais nous savons le poids de toute gravité. Et son implacable nécessité. wajda

On écrit avec des mots et avec des images aussi. Peut-être qui n’a pas vu « Wadjda » n’a encore rien vu. Vous savez que tout, toujours, est à recommencer. L’écriture n’est jamais définitive même pas dans les livres saints. La lecture aussi ne se clôt jamais sur elle-même. Nous le savons, nous, qui avons déjà perdu, un ami, un amant, un frère. Nous qui sommes condamnés à nous perdre nous mêmes et à fermer les yeux de nos proches. Dans ce film, la tendresse n’est pas absente, et les liens entre hommes et femmes ne sont pas rompus. Un petit garçon est même prêt à donner son vélo pour elle. On ne sait pas si Wadjda aura le vélo qu’elle désire tant, cela a l’air là-bas si compliqué. On ne peut savoir non plus quelle sera la réaction du petit garçon si son amie le « gagne » à la course. On peut compter sur elle je crois pour essayer. Nous le savons, tout est toujours à recommencer…

Itinéraire d’une blogueuse (7)

john-manthaLe salon du livre de Paris était encore une belle aventure cette année ! J’attends toujours ces quelques jours avec impatience ! Ils sont toujours promesse de découvertes et de rencontres.

Cette année, j’ai eu le plaisir d’être blog partenaire du Salon en ce qui concerne toutes les thématiques autour de la littérature et des femmes. En effet, chaque année, des conférences ou des animations sont organisées autour de ce thème et des écrivaines mises à l’honneur.Le-salon            L’équipe du salon prouve autant son attention à l’évolution du marché du livre qu’aux idées d’avant-garde : que ce soit la nouvelle « romance », ou la réflexion autour de l’écriture des femmes (Y a-t-il ou non une écriture féminine ?), la relation entre les femmes et la littérature est patiemment analysée autant dans ses enjeux économiques –puisque les lectrices sont les plus nombreuses – que dans sa dimension d’histoire et de sociologie littéraire.

Les écrivaines étaient bien présentes encore cette année. J’ai assisté à plusieurs conférences absolument passionnantes dont je ferai le compte-rendu plus tard. Mais celle que j’ai le plus passionnément écoutée, est Ana Blandiana, poétesse roumaine.

Anna-Blandiana-2

Son parcours, ses luttes au sein de la Roumanie de Ceausescu, mais surtout la beauté de ses poèmes en font l’icône de toute une génération d’écrivains. De plus c’est une femme très attachante, dont la sincérité et la force intérieure, alliée à une œuvre d’une grande authenticité, m’ont complètement subjuguée. Je me suis immergée totalement dans ses poèmes, émerveillée, toute à ma découverte, dans cet état d’esprit très particulier où nous plongent les mots d’un autre lorsqu’ils traduisent, mieux que nous ne le ferions jamais nous mêmes,  nos émotions les plus profondes ou nos chagrins les plus profondément enfouis. La littérature comme lieu d’une rencontre…qui parfois nous révèle à nous-mêmes.

  salon-2

Itinéraire d’une blogueuse (6)

romance

john-manthaComme vous le savez certainement, nous les femmes, et in extenso nous les lectrices, nous sommes souvent prises pour des quiches. Si vous dites vous intéresser à la littérature écrite par des femmes, vous vous intéresser forcément à la littérature dite « féminine ». Or qu’est-ce que la littérature « féminine » aujourd’hui ? Il semblerait que cela soit « LA NOUVELLE ROMANCE » ou le MOMMY PORN.  Les thématiques « Fifty Shades » et « nouvelle romance » sont au cœur du débat au salon du livre de Paris 2013. Les histoires d’amour se vendent bien surtout quand, en plus, s’y mêle beaucoup d’érotisme. Les femmes n’ont plus peur d’avouer leurs désirs et de dire qu’elles aiment le sexe.

day-sylviaL’auteur Sylvia Day (« Dévoile-moi » chez J’ai lu) dont le livre dépasse déjà « Fifty Shades » en termes de ventes aux USA, sera présente au Salon ainsi qu’Elisabeth Aston des éditions Bragelonne/Milady à l’occasion de la sortie de son livre.

       Les éditions Bragelonne lancent par ailleurs une collection nouvelle romance « Milady Romance ».

« Le succès des histoires d’amour ne se dément pas. Les destins guidés par la passion bercent plus que jamais notre imaginaire. Quels sont les différents genres de la littérature romantique ? La romance n’est-elle qu’une mode ? Le règne sans partage des sentiments est-il un signe des temps ? »

Avec Elisabeth Aston (Bragelonne), Cassandra O Donnell (J’ai Lu) et Karen Harroch (prof et

bloggeuse). Grande scène (Z1), Dimanche 24 mars 2013, de 10h30 à 11h30.

   

Je n’ai rien bien sûr contre les lecteurs, oups, pardon, les lectrices, de ce genre de livres. Une histoire d’amour ou de sexe, à l’occasion, cela ne peut pas faire de mal. Mais est-ce de la littérature, ou simplement une opération marketing ? Comment est-ce fabriqué, quels en sont les schémas directeurs ?

                Oui, Jane Austen, bien sûr, et ses histoires de jeunes filles à marier, n’écrivait-elle pas  aussi des histoires romantiques?  Mais Jane Austen, c’était tout à fait autre chose, elle n’avait pas le choix, elle ne pouvait pas écrire ce qu’elle voulait. Elle avait cette douce ironie, ce sourire qui contredisait l’apparent consensus de ses histoires d’amour. Et si je devais convoquer ma chère Anne Brontë, je pense qu’elle s’éleverait avec une grande force contre l’idée d’une littérature pour les femmes. Elle voulait que ses livres soient lus par tous.

Jane-Austen

Itinéraire d’une blogueuse (5)

john-manthaJ’aime la Toile parce qu’il s’y produit de multiples évènements pour la lectrice que je suis. Et puis on y rencontre des gens de qualité : Philisine Cave est de celle-là car c’est elle qui m’a annoncé que Geneviève Brisac était présidente du jury du Livre Inter cette année! Vous imaginez mon émotion ! J’ai dû émettre quelques borborygmes et puis le cri primal est sorti de ma gorge.

Que faire ? Écrire ? Mais quoi ? Et comment dire ? Les informations sont livrées avec parcimonie. J’ai beau écouter France Inter tous les matins, et puis à d’autres moments de la semaine (J’adore Cosmopolitaine de Paula Jacques), je ne savais pas au juste ce que l’on attendait des futurs jurés. Je pense avoir fait ma énième crise existentielle, (écrivé-je, n’écrivé-je pas ?)  suivie d’une séance d’auto flagellation, mais non, je ne suis pas capable d’écrire THE lettre, pétrie d’émotion mais aussi d’humour !  Je ne suis qu’une pauvre petite blogueuse de rien du tout, la Cosette du livre de poche, la Fantine des bibliothèques, la petite Anna Karénine du livre broché ! Comment devenir virtuose en quelques secondes, enchanter de ma plume et raconter mon amour de la lecture sans sombrer dans le pathos.

Avez-vous déjà postulé, avez-vous été retenu ? Aimeriez-vous le faire un jour ?

  livre inter

12 femmes et 12 hommes constitueront comme chaque année le jury du Prix du Livre Inter.

Les inscriptions avaient lieu jusqu’au 28 février inclus .

Mercredi 3 avril : annonce à l’antenne du nom des 24 membres du jury sélectionnés et des 10 livres en compétition.
Dimanche 2 juin : délibération et vote du jury.
Lundi 3 juin : proclamation du lauréat du 39ème Livre Inter dans le journal de 8h de Mickaël Thébault.
Et 2 rendez-vous en présence du Président du jury, des jurés et du lauréat : « Comme on nous parle » de Pascale Clark et « Service Public » de Guillaume Erner.

  une lettre (1)

Une autre lettre (2)

Où il est question d’une lettre qu’on n’écrit pas.

Une lettre écrite par un castor…

Une analyse des lettres reçues et des lecteurs

Itinéraire d’une blogueuse (4)

john-manthaMettre mes pas dans ceux de ces femmes qui luttèrent pour leur indépendance et leur reconnaissance un livre ou un crayon à la main...
Pourquoi est-ce si important pour moi ? Peut-être parce que j’ai vu
autour de moi des femmes mourir à petit feu, mourir d’ennui
dans des rôles qui ne leur convenaient pas, accablées par des journées de douze heures et plus, sans oser même le dire, l’exprimer, tellement elles voulaient mériter ou conserver l’amour de leur famille. Elles souffraient d’autant plus qu’elles se sentaient coupables de ressentir des désirs qui les portaient davantage vers des sphères hors de la famille. On peut avoir vécu cela quand on a une quarantaine d’années aujourd’hui
et dans certains milieux modestes où les femmes faisaient peu d’études .

Donner une voix à toutes celles dont le talent fut balayé d’un revers de main méprisant, d’un « Oh, c’est une femme ».

         Il me semble que la mémoire est une petite flamme qu’il faut
entretenir, qu’il ne faut pas oublier celles qui donnèrent leur vie, pour qu’aujourd’hui, une femme puisse librement écrire.

       Mais le prix à payer pour écrire, les heures de travail, d’écriture, de corrections, en plus d’un emploi, la plupart du temps, peut sembler exorbitant. Quid de la vie de famille ou de la vie affective ?

L’accepte-t-on plus facilement aujourd’hui de la part des femmes ? Là où je suis, je regarde autour de moi, et je vois toujours la majorité des jeunes femmes s’occuper davantage des enfants et du ménage que leurs compagnons. Je les vois souvent aux prises avec les mêmes dilemmes que certaines de leurs ancêtres. Des structures héritées sans doute, et dans le milieu enseignant où je suis, très féminisé, les femmes s’occupent de leurs enfants les plus jeunes pour reprendre leur préparations et leurs corrections après  vingt heures.

Il y a bien quelques veinardes qui disposent de tout leur temps pour écrire, ou alors elles attendent que les enfants soient grands, à quarante ou cinquante ans…

Je voudrais rendre « hommage » aussi à tous ces hommes qui aimèrent les femmes suffisamment pour être à leurs côtés et les soutenir. Ils existèrent et durent combattre eux aussi les modèles masculins dans lesquels ils ne se reconnaissaient pas et un système patriarcal qu’ils n’approuvaient pas.  Poullain de la Barre, John Stuart Mill,  Ibsen furent de ces hommes…

La mémoire est une petite flamme. Qu’il faut entreenir…

Poullain de la barre John Stuart Mill Henrik Ibsen

Poullain de la Barre,      John Stuart Mill,      Ibsen

Itinéraire d’une blogueuse (3)

john-manthaLe plus beau peut-être des rencontres en littérature est qu’elles s’inscrivent dans des affinités électives. On trouve un écho, une forme de sororité chez certains auteurs, des sortes d’amis intarissables, spirituels, qui souvent nous font rencontrer leurs propres amis et étendent ainsi le champ de nos connaissances.

En lisant  ce beau livre de Laure Adler, « Les plus belles lettres de femmes », j’ai découvert l’histoire et l’œuvre de Elizabeth Barrett Browning.

En ce siècle, (le XXIe) qui n’est certainement pas celui de l’amour, l’histoire de cette poétesse est vraiment réconfortante.  

           Robert Browning, poète de son état, écrivit un jour à Elizabeth Barrett pour lui exprimer son admiration. « Il n’est pas là une fleur qui en moi n’ait pris racine et continué de s’épanouir », lui confie-t-il à propos de son dernier recueil. Commence alors une correspondance  qui deviendra, au fil du temps, quotidienne et passionnée.

Elizabeth Barrett, de six ans l’aînée de Robert, était depuis longtemps malade et sous le joug d’un père tyrannique, Robert parviendra à toucher son cœur et son âme avant de s’enfuir avec elle pour l’Italie.

On dit qu’Elizabeth fut heureuse, très heureuse avec Robert et continua d’écrire. Sa sensualité rencontra celle de son mari et elle revint enfin à la vie.

Elizaeth Barrett Browning

Les sonnets que je suis en train de lire d’elle (poèmes de quatorze vers dont deux quatrains et deux tercets) , dans la très belle édition bilingue de « Le bruit du temps » (une nouvelle connaissance également qu’il faut faire absolument, tout est élégant et raffiné) révèle tous les mouvements de doute , de crainte mais d’émerveillement de la poétesse devant la beauté de cet amour.

Lorsque la poétesse fut oubliée dans les années 30, une autre grande amie, Virginia Woolf, se battit pour la réhabiliter, et c’est par Laure Adler qu’elle vint jusqu’à moi.

J’ai ressenti une forme de bonheur délicat, tout était lien et faisait sens.

cc7 Barrett-Browning      Plat1WoolfFlush_000

Itinéraire d’une blogueuse (2)

john-manthaCela faisait longtemps que cela ne m’était pas arrivé, d’avoir cette envie forcenée de parcourir une oeuvre, de la faire mienne, de la dévorer. Les lectrices, c’est bien connu, sont des ogresses plutôt mieux dégrossies que les autres. Elle a d’abord été une voix sur France Inter, un dimanche matin, il y a des mois, et puis un livre acheté in extremis à l’étal d’une librairie. Il est resté, mal rangé, écorné par quelques livres un peu jaloux, dans une bibliothèque bondée, où chaque livre lutte contre l’oubli et l’abandon.

Je lis parfois avec rage, rage de comprendre, rage de partager une écriture qui n’est pas la mienne. C’est ainsi que j’ai lu Gide, Sartre, Beauvoir, et Marguerite Duras. Un besoin de se perdre dans les mots d’un autre pour mieux se retrouver, parce qu’au détour d’une phrase, il peut se produire quelque chose d’irrémédiable et de définitif, l’abandon d’une vieille peau, un exil intérieur et une distance à soi. Et puis j’ai ouvert « Les filles » et je me suis laissé happer par ce flux, cette écriture sismique :« J’ai eu l’impression que je n’avais plus de coeur. Que tout avait sauté, comme les plombs, comme le noir se fait dans la tempête. »Et ces images : « On dirait que l’odeur était retenue, enfermée, qu’elle s’est condensée, épaissie, elle est formidablemen bonne, rassurante et pleine, on y entre comme dans de l’eau. »

Geneviève Brisac, un nom plein de rouleaux, de ressac et de profondeurs marines.

Brisac les filles

L’itinéraire d’une blogueuse (1)

john-manthaDepuis que je tiens ce blog, une forme de passion est entrée dans ma vie ! La découverte, le frisson devant un trésor méconnu, l’émotion devant une voix oubliée ou celle qui me saisit à la lecture de ces vies ferventes et passionnées, ces vies tourmentées parfois, brisées souvent en des siècles où l’on ne faisait guère de place aux femmes écrivains.

J’ai l’intention de lire toutes ces oeuvres de femme en une dizaine d’années à peu près et d’explorer ma colonne de droite de manière assez systématique. Pendant les mois à venir, je vais me consacrer plutôt au dix-neuvième siècle. J’ai déja fait une très belle découverte : Olive Schreiner, dont la voix et la fureur a résonné particulièrement en moi et dont je parlerai plus tard dans ce blog, et pour le vingtième-siècle, Flannery O’Connor, dont la vie et l’oeuvre, écourtée par la maladie, est d’une force peu commune !

Schreiner_MainImage  Flannery O'Connor

Itinéraire d’une blogueuse (1)

Depuis que je tiens ce blog, une forme de passion est entrée dans ma vie ! La découverte, le frisson devant un trésor méconnu, l‘émotion devant une voix oubliée ou celle qui me saisit à la lecture de ces vies ferventes et passionnées, ces vies tourmentées parfois, brisées souvent en des siècles où l’on ne faisait guère de place aux femmes écrivains.

J’ai l’intention de lire toutes ces oeuvres de femme en une dizaine d’années à peu près et d’explorer ma colonne de droite de manière assez systématique. Pendant les mois à venir, je vais me consacrer plutôt au dix-neuvième siècle. J’ai déja fait une très belle découverte : Olive Schreiner, dont la voix et la fureur a résonné particulièrement en moi et dont je parlerai plus tard dans ce blog, et pour le vingtième-siècle, Flannery O’Connor, dont la vie et l’oeuvre, écourtée par la maladie, est d’une force peu commune !

Schreiner_MainImage         Flannery