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Au bonheur des dames – Emile Zola

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Le bonheur des dames s’inscrit dans la grande fresque naturaliste des Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second empire. Il étudie scientifiquement une famille sur laquelle pèse l’hérédité et la folie. Et les milieux sociaux dans lesquels évolue ses membres.

           Denise vient à Paris avec ses deux frères dont elle s’occupe comme une mère pour trouver du travail car ses parents sont morts et c’est à elle que revient la charge de s’occuper d’eux. Elle a « un visage long à bouche trop grande, son teint fatigué déjà, sous sa chevelure pâle »[1]. Zola rompt ainsi avec les description des héroïnes des romans populaires, qui ne sont que « magnifiques chevelures, regards superbes », visant à éblouir le lecteur par « une beauté superlative à l’aide de poncifs »[2]

Elle se rend chez son oncle drapier à Paris qui ne peut lui procurer du travail car ses affaires vont mal, malmenées par la concurrence d’un grand magasin « Le bonheur des dames » dirigées par Octave Mouret  qui rêve de conquérir le peuple des femmes. Il invente de nouvelles techniques d’intéressement de ses employés au chiffre des ventes en leur octroyant des commission sur le montant total des ventes, révolutionne l’art de l’étalage par de magnifiques mises en scène et ne cesse de vouloir agrandir son magasin, vendant beaucoup et à bon marché, l’intérêt étant de faire travailler le capital investi le plus de fois possible quitte à vendre à perte. Cette rotation rapide des stocks, les prix bas signent la mort du petit commerce qui succombe sous la marche du progrès. Des personnages hauts en couleur tiennent tête à l’ogre du « Bonheur des dames » et à son désir de puissance et de femmes.

Car il s’agit d’attirer les femmes et de les dominer, de les « allumer ». Ces femmes de la bourgeoisie du XIXe siècle, que l’on tient encore largement prisonnières de la sphère domestique, rompues à l’art de plaire, tout entières tournées vers les robes et les colifichets, armes suprêmes de la conquête et de la réussite sociale, vont devenir des victimes de la mode et les pionnières de la société de consommation. Car le prêt-à-porter naissant met à la portée de toutes les bourses ce qui auparavant était inaccessible. La consommation effrénée devient alors le moyen d’assouvir toutes les frustrations des femmes vouées à une vie morne et sans intérêt une fois leurs enfants élevés.

« Mouret avait l’unique passion de vaincre la femme. Il la voulait reine dans sa maison, il lui avait bâti ce temple pour l’y tenir à sa merci. C’était toute sa tactique, la griser d’attentions galantes et trafiquer de ses désirs, exploiter sa fièvre. »[3]

Il n’en va pas de même pour celles qui sont obligées de gagner leur vie comme Denise, dans des conditions difficiles, treize heures par jour, sans aucune protection sociale. Les femmes de la classe ouvrière sont des proies faciles, obligées parfois de se vendre pour échapper à la misère en prenant un amant ou en se prostituant.

Octave Mouret, malgré son cynisme, est le type même de l’entrepreneur moderne  pour qui l’essentiel est de « vouloir et d’agir, de créer enfin »[4]

A la guerre commerciale, fait écho la guerre des sexes et la misogynie. Ainsi Mouret se targue-t-il d’élever un temple aux femmes, cherchant sans relâche « à imaginer des séductions plus grandes ; et derrière elle, quand il lui avait vidé les poches et détraqué les nerfs, il était plein du secret mépris de l’homme auquel une maîtresse vient de se donner. »[5]

La femme est reine dans son foyer, tous les achats domestiques lui reviennent, les étoffes couvrent son corps et le rendent plus désirable encore et Mouret à travers son commerce échauffe ces désirs et les manipulent.

Mais cette rivalité homme/femme se double d’une rivalité entre les femmes elles-mêmes, rivalités de classe ou rivalités dans la conquête d’un homme. Zola raconte ainsi qu’ « on se dévorait devant les comptoirs, la femme y mangeait la femme, dans une rivalité aiguë d’argent et de beauté. »[6]

Cette guerre perpétuelle préside aussi aux relations entre les vendeuses, chacune cherchant à prendre la place de l’autre afin d’acquérir plus d’argent et de pouvoir. Cette loi de la nature  qui est la loi du plus fort est aussi la loi qui régit les rapports humains et les rapports sociaux.

Mais Denise va contribuer à renverser cet ordre négatif et transformer Mouret. Car il y a tout au long de ce livre une très belle histoire d’amour.

Courageuse, intelligente, clairvoyante et fière, elle possède toutes les qualités, et refuse les avances de Mouret. Il va apprendre à nouer des relations avec les femmes basées sur la confiance et le respect alors qu’auparavant elles étaient pour lui des objet ou des proies. C’est à une conversion que l’on assiste alors et les autres femmes sont vengées ! Peu à peu, elle le conduit  à améliorer les conditions de travail dans une perspective de plus grande justice sociale et met en place des innovations en matière de protection .
C’est donc par la femme que se produit l’ultime conversion, par la grâce de l’amour aussi que le personnage masculin se transforme. Denise n’est pas d’une grande beauté mais ses qualités de cœur et sa vive intelligence en font une femme moderne et équilibrée. C’est la fin du XIXe siècle… Toutefois elle reste la mère avant tout, et il est assez significatif que son ascension professionnelle la conduira au rayon … pour enfants. On ne tord pas si facilement le cou aux préjugés, même si on s ‘appelle Zola.

Ce roman magnifique est à lire absolument ou à relire !

[1] Au bonheur des dames, p 13, éditions de la Seine 2005.

[2] Destins de femmes dans le roman populaire en France et en Angleterre au XIXe siècle.

[3] Au bonheur des dames, p 246, éditions de la Seine 2005

[4] Au bonheur des dames, p 75, éditions de la Seine 2005

[5] Au bonheur des dames, p 85, éditions de la Seine 2005

[6] Au bonheur des dames, p 325, éditions de la Seine 2005

Valentine Goby – La note sensible ou L’amour est un malentendu

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Valentine Goby   La note sensible    Editions Gallimard   2002     Folio n°4029    235 pages

Une jeune femme emménage dans un vieil immeuble parisien. Elle doit donner des cours d’anglais aux élèves de la Cité de la musique. Mais voilà les cloisons qui séparent son appartement de celui de son voisin sont bien minces et elle entend tout ce qui se passe, ou presque, chez lui.  Cette intrusion dans son intimité va avoir des conséquences inattendues… Va naître alors une étrange passion.

 « Dis-moi comment tu aimes, je te dirais qui tu es ». Nos histoires d’amour révèlent beaucoup de nous-mêmes car nous y investissons notre histoire, nos failles et nos manques mais nous l’embellissons aussi de nos rêves et de nos bonheurs. J’avoue que celle-ci est une histoire tout à fait spéciale. L’univers sonore tout d’abord dans lequel elle se déploie, aux accents du violoncelle, et la voix dont la narratrice connaît presque tout : chantée, parlée, mêlée de raclements de gorge,  ou joyeuse dans les sifflotements du matin. Peut-on tomber amoureux d’une voix ? Et de quelqu’un à travers cette voix ?

La partie d’un tout peut-elle contenir toutes les qualités de ce tout ? La voix d’un homme peut-elle nous dire qui est cet homme ? Ou n’est-ce qu’un miroir aux alouettes ? Un élément que nous fantasmons et qui ne dit rien d’autre que nous-mêmes ?

Je me suis demandée aussi en lisant cette histoire en quoi l’amour que nous ressentons peut nous mettre vraiment en danger. Peut-on vraiment mourir d’amour ? Ou ce dont nous mourrrons n’est-il que la blessure qui saigne en nous depuis l’enfance ? La peur d’aimer ne vient-elle de la conscience de nos propres fragilités, et d’un manque tellement grand que, aucun amour, si grand soit-il ne pourrait le combler ?

La lecture de ce livre est très agréable mais comme pour le précédent livre de l’auteure, je suis restée en-deçà. Je ne me suis pas totalement laissée prendre. Pourtant, chaque livre me donne envie de lire un autre livre de Valentine Goby. Peut-être parce que je sens à chaque fois la personnalité d’un grand auteur, qui a des choses à dire, et qui les dit de manière toujours originale. A suivre donc…

Lecture commune avec Philisine Cave

Destins de femmes dans le roman populaire en France et en Angleterre au XIXe siècle (1)

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Dans ce livre clair mais érudit, on apprend une foule de choses passionnantes.

Tout d’abord, que le roman populaire du XIXe siècle,  parce qu’il cherche à plaire à un large public et aussi parce qu’il dépend de la presse dans laquelle il paraît sous forme de feuilleton, bouscule rarement les conventions établies par la mentalité bourgeoise dominante. Et si le mariage, l’adultère et le divorce sont les thèmes récurrents dans ces romans ; ils ne servent la plupart du temps qu’à illustrer le code moral que les femmes doivent suivre et le prix à payer pour celles qui auraient quelques velléités à en sortir.

Des liens étroits d’ailleurs existent entre le portrait physique et la caractérisation psychologique des personnages féminins selon leur statut (jeune fille, épouse, fille perdu et criminelle.)

Pascale Hustache les décrit très précisément et de manière rigoureuse. C’est passionnant, je vous assure, et l’écriture est fluide.

Mais Balzac, Victor Hugo, Paul Féval, Wilkie Collins se font « le miroir d’une société en pleine mutation, et reflètent la place et le rôle qu’y tiennent les femmes. » Leur vocation réaliste, ou leur dimension de chronique sociale pour certains apportent des renseignements précieux à cet égard.

D’ailleurs il est amusant de constater avec l’auteure que  si les romans français ont la réputation d’axer leurs intrigues sur la légèreté des moeurs,  le roman anglais par contre dépeint surtout des marâtres et des criminelles.  Difficile d’en tirer des conclusions !

Les grands romanciers tels Balzac et Dickens utilisent eux aussi quelques ficelles du roman populaire dans leurs romans même s’ils excèdent bien sûr le genre par la qualité et la maîtrise de l’écriture.

Pascale Hustache dégage quatre genres assez distincts :

Dans une première catégorie, le roman de mœurs met en scène des bourgeois et des nobles débauchés, tandis que leurs femmes, livrées à elles-mêmes, seules et mal aimées succombent à leur tour à la tentation. Il n’est alors question que de femmes adultères, de jeunes filles à l’honneur perdu ou de mères coupables. De quoi donner un parfum d’interdit à ces lectures…

Hommes et femmes s’affrontent dans un univers où la femme est la proie et l’homme le chasseur. Le schéma en est la femme chrétienne, modèle de courage et de soumission, délaissée ou trahie par un homme soumis aux appétits de la chair et jouet de femmes perverses aux mœurs douteuses.

Dans le roman d’aventures, règne le crime. Et les personnages louches, prostituées ou meurtrières, héroïnes cherchant à se venger ou à réparer des injustices du sort sont légion. Mais la femme n’y tient pas le rôle principal, elle est juste une auxiliaire, précieuse certes, et un outil de vengeance.

          Le roman social quant à lui cherche à dénoncer les maux  d’une société capitaliste injuste où les riches exploitent les pauvres. Par un mécanisme de compensation, le méchant est puni et le juste toujours récompensé.

Le roman populaire à sensation fait la part belle aux femmes qui font « naître le mystère, l’épaississent puis contribuent à le dévoiler ». Elles sont souvent courageuses et ont du caractère . Elles ne sont pas dénuées d’une certaine perversité parfois pour parvenir à leurs fins.

Le roman populaire est non seulement le miroir de la société mais un outil de propagande, mettant à jour pour le lecteur attentif les schémas conducteurs de la société. Il avertit des dangers de la vie réelle ou qu’ils présentent comme tels et devient pédagogique puisqu’il tente d’apprendre aux lecteurs et surtout aux lectrices l’ordre naturel et social des choses.

Les œuvres d’Alexandre Dumas, d’Eugène Sue  entre autres, sont classées parmi les plus grandes réussites du roman populaire.

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Voir aussi :

Les femmes dans la littérature française de Marie Rabut.
Les marginaux : femmes, juifs et homosexuels dans la littérature européenne d’Hans Mayer.
Destins de femmes dans le roman populaire en France et en Angleterre au XIXe siècle de Pascale Hustache.
La femme victorienne, roman et société de Françoise Basch.
Rêves d’amour perdus : les femmes dans le roman du XIXe siècle d’Annie Goldmann.

Anne Brontë – La dame du manoir de Wildfell Hall

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Anne Brontë La Dame du manoir de Wildfell Hall archi poche  2012 ( première publication en 1848)

          Anne Brontë est la moins connue des sœurs Brontë et « La Dame du manoir de Wildfell Hall » aussi traduit « La recluse de Wildfell Hall » eut à souffrir de critiques particulièrement acerbes lors de sa publication en Angleterre en 1848 ; on reprocha à Anne Brontë  de faire l’apologie du vice tant ses personnages étaient  réalistes, de camper une héroïne aux vertus bien peu féminines et d’étaler  « son goût morbide pour la brutalité vulgaire ».  Un an après la mort de sa sœur, Charlotte empêchera la republication de l’ouvrage, le jugeant peut-être trop scandaleux pour l’époque.

        On le considère aujourd’hui à juste titre comme l’un des premiers romans féministes.

Helen Graham est une veuve bien mystérieuse. Elle vit en compagnie de son fils dans un manoir délabré et  particulièrement retiré et semble rechercher la solitude. Que cache son attitude ? Que fuit-elle ? Qu’a-t-elle donc à se reprocher pour s’entourer de tant de mystère. Les langues vont bon train jusqu’à ce que le scandale éclate … Le récit est d’abord raconté par Gilbert Markam, un hobereau du coin, puis par Helen qui lui confie son journal.

Anne Brontë se place ici dans la tradition des grands moralistes. Il s’agit de peindre les malheurs du vice pour inciter à la vertu et dissuader les jeunes gens de se livrer à la débauche, les jeunes hommes surtout, à qui une société hypocrite et injuste passe tous les caprices censés montrer leur puissance et leur virilité. Anne Brontë s’inspira pour cela de la déchéance de son frère qui mourut alcoolique et tuberluceux. 

Le trait est incisif, Anne Brontë démonte les mécanismes d’une toute-puissance masculine à laquelle des lois injustes et une éducation permissive ne mettent aucun frein. Les femmes séparées de leur mari ne peuvent intenter une action en divorce, ni disposer de leur fortune, ni conserver la garde de leurs enfants. Elles doivent être soumises et résignées. Seuls de mauvais traitements physiques peuvent justifier un éloignement salutaire.  Or Hélene Graham/Huntington quitte le foyer conjugal, vend des tableaux pour gagner sa vie et fait fi du qu’en dira-t-on. Elle ose critiquer la différence d’éducation entre les garçons et les filles et la mauvaise influence des mères qui à force de gâter leurs  fils  ainés en font des monstres de vanité et d’égoïsme. « Je ne compte pour rien ici », se plaint Rose, la sœur de Gilbert Markam. Les garçons passent avant tout, les meilleurs morceaux leur sont réservés et les femmes sont à leur service.

Lorsqu’on lit aujourd’hui les romans écrits par des femmes, on retrouve, dans certains milieux ou dans certaines parties du monde les mêmes constats. Cette litanie en agace beaucoup, hommes ou femmes, qui ont l’impression parfois qu’il y a une forme d’exagération et de répétition un peu vaine. Mais voilà, la littérature est aussi une arme de combat, le lieu d’une prise de parole pour ceux ou celles qui en sont privés. D’ailleurs, le sort réservé aux femmes est un excellent indicateur pour la démocracie, les endroits où elles ne sont pas respectées sont aussi ceux où les Hommes, plus généralement, ne sont pas vraiment libres. Et les voix qui sélèvent ne sont pas seulement féminines. J’avais été frappée lors d’une émission animée par Frédéric Taddeï , de la remarque d’une juriste qui disait ne pas s’intéresser plus à la cause des femmes qu’à n’importe quelle autre cause. L’antiféminisme n’est pas le seul fait de certains hommes mais aussi de nombreuses femmes. Peut-être est-ce une façon de se rassurer, de s’exclure de la « masse » indistincte de celles qui par leur genre pourraient être vulnérables ou assignées à certains rôles. L’illusion peut-être qu’il n’y a plus vraiment de combat à mener.

Ann Brontë est morte à 29 ans de la tuberculose. J’ai une très grande admiration pour cette jeune femme, pour sa lucidité et son courage. Elle est pour moi un modèle. Certes, elle n’était pas « romantique », même si elle sacrifiait comme tant d’autres écrivains à l’inévitable « histoire d’amour », mais elle savait analyser finement les rapports sociaux de genre. Elle écrivait pour avoir un autre destin… Mais peut-il vraiment y avoir d’autres raisons pour écrire ?

Effi Briest – Theodor Fontane

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Le roman Effi Briest dépeint la condition des femmes dans la Prusse bourgeoise du XIXe siècle. Effi est un personnage complexe, à la fois victime d’un monde soumis aux lois des conventions morales, et à la faiblesse de son caractère et du manque de fermeté de ses valeurs.

Le baron von Innstetten demande la main d’Effi, fille de la femme qu’il a aimée autrefois et qui a refusé sa  demande en mariage pour lui préférer un meilleur parti. Il a une quarantaine d’année et Effi à peine dix-sept ans. Il est devenu un fonctionnaire embourgeoisé, et ne manque pas d’ambition. Effi va se soumettre à la décision de ses parents et se marier sans amour. Bien qu’elle juge le baron trop âgé, elle se laisse séduire par son ambition et sa position sociale. Par ennui, elle commet l’adultère avec un homme qu’elle n’aime pas véritablement. Cette liaison est découverte quelques années plus tard , et ostracisée par toute une société régie par un monde soumis aux lois des conventions morales, commence alors la descente aux enfers de la jeune femme…

Ce roman de la fin du XIXe siècle dépeint la situation des femmes de cette époque en Allemagne et en Prusse. La morale puritaine et son impératif de pureté exige des femmes un comportement exemplaire. Elles doivent être soumises et obéissantes et se montrer des mères dévouées. La sexualité des femmes est taboue puisqu’elles sont censées se consacrer exclusivement à la maternité. C’est pourquoi elles doivent être prudentes car elles sont à la merci de l’opinion et du qu’en dira-t-on dans une société qui se soucie uniquement du paraître. Leur comportement, leur tenue vestimentaire comme chacun de leur propos sont décortiqués par une bourgeoisie à la morale étriquée et préoccupée de plus en plus par les valeurs matérielles et l’argent.

Cette suprématie du paraître sur l’être engendre une grande hypocrisie sociale dont sont victimes d’abord les femmes parce qu’elles ne peuvent être socialement autonomes, mais aussi les hommes. Et chacun a sa responsabilité dans une certaine mesure dans ce qui lui arrive. Ici pas de naturalisme à la Zola, même si Effi cite « Nana » qu’elle n’a visiblement pas lu. Le déterminisme n’est pas total. Il y a des choses ou des orientations que l’on peut choisir.

Ainsi le personnage de cette cantatrice dans le livre qui vit des amours interdites et mène une carrière de chanteuse lyrique. Elle semble éprouver un certain bonheur. Ce qui pêche avec Effi, c’est qu’elle est faible et ne va pas au bout de la passion. Elle est perdue aussi par son ambition et son manque de courage. Mariée trop jeune, victime d’un mariage arrangé dont ses parents sont responsables, elle a pourtant le choix d’orienter sa vie dans une certaine mesure. Le mari détruit trois existences car il n’a pas le courage d’affronter le ridicule du mari trompé pourtant personne d’autre que lui ne connaissait la liaison de sa femme qui semblait avoir cessé depuis longtemps. Son code de l’honneur est le fruit de ses limites morales et intellectuelles.

 Car c’est par faiblesse ou par bêtise  que hommes et femmes dégradent les valeurs en conventions. Aucun amour ni générosité ne les irradient plus ; elles deviennent comme des écorces vides. Ainsi des parents renient leurs enfants, des amis leurs amis au mépris de la solidarité la plus élémentaire.

            Effi appelle peut-être un nouveau type de femme désireux de prendre en main son destin et dont la force et le courage moral permettra de briser le carcan des conventions sociales. On dirait en tout cas que c’est ce que Theodor Fontane appelle de tous ses vœux.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre car l’auteur observe finement ses personnages et il peint cette jeune femme avec beaucoup de tendresse même s’il marque les limites du personnage.. J’avais vu l’adaptation que Rainer Werner Fassbinder avait réalisée en 1974, classique du film de femmes dans la grande veine des mélodrames sirkiens. Mais les personnages mis en page, les fondus en blanc, les cartons se superposant à la voix du réalisateur donnent un récit un peu long et ennuyeux alors que le livre est tout le contraire.

Les femmes et la lecture – par Mucha

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Edna Saint Vincent Millay – L’histoire d’une vie

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   Edna saint Vincent Millay est une poétesse américaine (Rockland, Maine, 22 février 1892-Austerlitz, New-York,19 octobre 1950)

Elle fut élevée en compagnie de ses deux sœurs par sa mère, Cora, après que cette dernière eut demandé à son mari de quitter la maison en 1899. – Cora exigea que ses filles soient indépendantes et ambitieuses et leur inculqua une solide formation musicale et littéraire.

Son premier grand poème Renaissance est publié alors qu’elle n’a que 19 ans et attire immédiatement l’attention, ce qui lui permet d’intégrer le Vassar College.

Diplômée de Vassar College en 1917, où elle se lia avec la comédienne britannique Wynne Mattison., elle publia son premier volume de poèmes la même année : Remanescence and Other Poems. Son œuvre rencontra le succès grâce à la maîtrise technique, la fraîcheur  de son écriture. Il se confirma avec un nouveau recueil « A few Figs from Thistles (1920), qui l’imposa comme le type de la femme nouvelle et émancipée, à la fois « romantique et cynique » à travers des poèmes comme « The Penitent » et « My candle Burns at both ends »

Son style de vie bohème et non conventionnel et ses nombreuses histoires d’amour renforçait cette image d’une femme libre. Elle utilisait le pseudonyme de Nancy Boyd.

            Elle s’installa à Greenwich Village et s’intégra à un groupe d’auteurs, d’acteurs et d’artistes, originaires de Provincetown, The Provincetown Players et écrivit pour eux «  The Princess Marries the Page (1918, publié en 1932), Aria da capo (1919, publié en 1921) et Two slatterns and a king (1921), fantaisies satiriques en un acte.

De nombreux autres livres de poésies suivirent, dont « The ballad of the Harp Weaver qui lui valut le prix Pullitzer de poésie en 1923.

« En 1927, elle confirme son côté engagé qui s’est déjà manifesté dans des écrits contre la guerre et pour la défense des droits des femmes en militant dans l’affaire Sacco et Vanzetti, et elle publie la veille de leur exécution un poème, Justice Denied in Massachusetts dans le New York Times, du 22 Août. 1927. » source Poezibao

            Elle est aussi l’auteur d’un livret d’opéra, « The King’s Henchmann (1927) et d’une traduction des Fleurs du mal de Baudelaire (1936).

Après sa mort, soixante-six poèmes posthumes ont été publiés sous le titre « Mine the harvest (1954), ainsi que sa Correspondance (1952) et l’ensemble des poèmes « Collected poems » (1956).

            La journaliste et humoriste Dorothy parker a laissé un témoignage de l’impact exercé par Edna Millay sur toute une génération.

« Nous marchions toutes sur les traces de Mrs Millay. Nous étions toutes brillantes et galantes, déclarant que nous n’étions plus vierges même si nous l’étions. Belle comme elle l’était, Mrs Millay a fait beaucoup de mal avec ses chandelles brûlant par les deux bouts… Elle faisait paraître la poésie si facile, que nous pensions toutes pouvoir en faire. Mais nous ne pouvions pas, évidemment. »

Elle avait épousé en 1923 un homme d’affaires, Eugen Boissevain.

« La revue Europe qui publie un dossier sur elle dans son numéro 914-915 de juin-juillet 2005 avec une présentation et des traductions de plusieurs sonnets (Millay est particulièrement réputée pour avoir écrit dans cette forme) ainsi que Déni de justice au Massachusetts par Claude Dandréa. (source : Poezibao) »

Le chant à ma soeur – Yannis Ritsos

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Yannis Ritsos est né en Grèce, le 1er mai 1909, dans une famille de propriétaires terriens. Sa jeunesse est marquée par la ruine économique, des drames familiaux et de longs séjours en sanatorium. Proche du parti communiste grec, il associe la poésie à l’engagement politique et lie l’héritage du surréalisme aux forces vives de la culture populaire. Ses combats contre la droite fasciste, la prison, l’exil ne l’empêchent pas de mener à bien une oeuvre de premier ordre. il s’éteint en 1990. Ce recueil est le troisième publié par les éditions Bruno Doucey.

Biographie plus complète

Le chant de ma sœur édition bilingue Collection « En résistance » traduit du grec par Anne Personnaz, préface de Bruno Doucey, en librairie à partir du 02 mai.

Dans une belle préface, Bruno Doucey présente ce recueil d’un poète engagé qui à l’heure où sa sœur malade est internée à l’asile psychiatrique de Daphni, écrit ce long poème afin de conjurer la maladie,  détourner le mauvais sort et infléchir le destin par la seule force de la poésie et de l’amour.

«  Ceux qui aiment l’œuvre de Yannis Ritsos savent que la poésie, comme l’amour, possède une formidable capacité d’intervention dans la réalité. Loula sortira guérie de l’asile psychiatrique. »

Si l’on en juge par la beauté et la force des images, que le français ne semble pas altérer, alors l’écriture de Yannis Ritsos peut sans nul doute accomplir de tels prodiges. La lecture opère le même miracle, en nous, lecteurs, de nous faire ressentir la puissance de ce rayonnement.

Devant cette sœur tant aimée, qui fut son seul secours, à la mort de sa mère et après l’internement de son père dans un « asile » psychiatrique « tandis que les nuits bleues s’immobilisent recueillies en pleurant des étoiles », le poète s’agenouille : il n’est plus qu’« une fourmi meurtrie qui a perdu son chemin dans la nuit infinie ». Car elle est sainte, « ombre de la sainte vierge »,et possède d’ailleurs cette « aura de sainte » et un cœur capable de l’abnégation la plus totale.

« Tu ne savais qu’offrir,

Tous tes cadeaux

Tu les partageais

Et tes paumes

Son demeurées vides »

Elle est sa mémoire, le seul témoin fiable de son existence et la main sûre qui le guide, lui insufflant la force et le réconfort au milieu des combats :

« Quand je rentrais fléchi

par mes errances nocturnes

et par la morgue amère de l’isolement,

je trouvais le souper de l’amour

fumant sur la table

et la mémoire de l’enfance

-frêle papillon,

folâtrait autour de ta lampe.

Tu veillais

Attendant mon retour.

Et quand moi,

L’amant de l’Infini,

Je m’enfonçais dans les ombres

Et dans les doutes de l’éther,

Toi

D’un doigt chaleureux

A nouveau tu me montrais les traces sur le chemin

Je n’étais plus que cendre

Et tu recréais une forme humaine. »

Cette sœur dont l’amour le conduit à « entendre le pouls de l’humanité » en elle, lui apprend à aimer les Hommes, ses frères. En son cœur singulier, il apprend l’universel dans une fusion du sentiment et de l’éthique.

La figure du Christ apparaît, messianique : « de mes larmes, je lave vos pieds meurtris »

« Semblable au Christ sans paroles

j’entendais la trompette des cieux »

Avec ses seuls armes, lle poète devient « un simple grillon/qui pour toi chantera/les nuits de printemps. » Il accepte de descendre au royaume des morts (image d’Eurydice), accueille en lui la détresse et la souffrance de celle qui reste « les mains liées dans le dos » pour remonter vers la lumière.

Le poète de promettre alors :

« Et moi qui n’eus pas la force

de te sauver de la vie,

je te sauverai de la mort. »

J’ai comme émergé moi aussi de cette lecture, émue jusqu’au plus profond de mon être. Chacun aura sa lecture mais nul doute que l’émotion sera au rendez-vous. Et autre chose aussi de plus têtu et de plus tenace.

Laissons entendre toutefois celle de Bruno Doucey :

«[…] le poète compose ce texte empreint d’humanité et de tendresse au moment où sa sœur Loula traverse les heures les plus sombres de sa vie. Il y évoque la folie qui ravage cette petite compagne de l’enfance, se souvient de l’âge édénique où elle le réconfortait, écrit pour conjurer la peur et exorciser le mal. Par ce texte, né en pleine dictature, Yannis Ritsos se montre également solidaire de « tous les hommes affligés qui passent en silence ». Il sait que personne ne répond aux suppliques des peuples défaits , mais il chante. Et ce chant ouvre la nuit aux lueurs de la fraternité. »

Je remercie les éditions Bruno Doucey pour cette petite merveille.Yannis Ritsos est né en Grèce, le 1er mai 1909, dans une famille de propriétaires terriens. Sa jeunesse est marquée par la ruine économique, des drames familiaux et de longs séjours en sanatorium. Proche du parti communiste grec, il associe la poésie à l’engagement politique et lie l’héritage du surréalisme aux forces vives de la culture populaire. Ses combats contre la droite fasciste, la prison, l’exil ne l’empêchent pas de mener à bien une oeuvre de premier ordre. il s’éteint en 1990. Ce recueil est le troisième publié par les éditions Bruno Doucey.

Biographie plus complète

Le chant de ma soeur édition bilingue Collection « En résistance » traduit du grec par Anne Personnaz, préface de Bruno Doucey, en librairie à partir du 02 mai.

Dans une belle préface, Bruno Doucey présente ce recueil d’un poète engagé qui à l’heure où sa sœur malade est internée à l’asile psychiatrique de Daphni, écrit ce long poème afin de conjurer la maladie, de détourner le mauvais sort et d’infléchir le destin par la seule force de la poésie et de l’amour.

«  Ceux qui aiment l’œuvre de Yannis Ritsos savent que la poésie, comme l’amour, possède une formidable capacité d’intervention dans la réalité. Loula sortira guérie de l’asile psychiatrique. »

Si l’on en juge par la beauté et la force des images, que le français ne semble pas altérer, alors l’écriture de Yannis Ritsos peut sans nul doute accomplir de tels prodiges. La lecture opère le même miracle, en nous, lecteurs, de nous faire ressentir la puissance de ce rayonnement.

Devant cette sœur tant aimée, qui fut son seul secours, à la mort de sa mère et après l’internement de son père dans un « asile » psychiatrique « tandis que les nuits bleues s’immobilisent recueillies en pleurant des étoiles », le poète s’agenouille : il n’est plus qu’« une fourmi meurtrie qui a perdu son chemin dans la nuit infinie ». Car elle est sainte, « ombre de la sainte vierge »,et possède d’ailleurs cette « aura de sainte » et un cœur capable de l’abnégation la plus totale.

« Tu ne savais qu’offrir,

Tous tes cadeaux

Tu les partageais

Et tes paumes

Son demeurées vides »

Elle est sa mémoire, le seul témoin fiable de son existence et la main sûre qui le guide, lui insufflant la force et le réconfort au milieu des combats :

« Quand je rentrais fléchi

par mes errances nocturnes

et par la morgue amère de l’isolement,

je trouvais le souper de l’amour

fumant sur la table

et la mémoire de l’enfance

-frêle papillon,

folâtrait autour de ta lampe.

Tu veillais

Attendant mon retour.

Et quand moi,

L’amant de l’Infini,

Je m’enfonçais dans les ombres

Et dans les doutes de l’éther,

Toi

D’un doigt chaleureux

A nouveau tu me montrais les traces sur le chemin

Je n’étais plus que cendre

Et tu recréais une forme humaine. »

Cette sœur dont l’amour le conduit à « entendre le pouls de l’humanité » en elle, lui apprend à aimer les Hommes, ses frères. En son cœur singulier, il apprend l’universel dans une fusion du sentiment et de l’éthique.

La figure du Christ apparaît, messianique : « de mes larmes, je lave vos pieds meurtris »

« Semblable au Christ sans paroles

j’entendais la trompette des cieux »

Avec ses seuls armes, lle poète devient « un simple grillon/qui pour toi chantera/les nuits de printemps. » Il accepte de descendre au royaume des morts (image d’Eurydice), accueille en lui la détresse et la souffrance de celle qui reste « les mains liées dans le dos » pour remonter vers la lumière.

Le poète de promettre alors :

« Et moi qui n’eus pas la force

de te sauver de la vie,

je te sauverai de la mort. »

J’ai comme émergé moi aussi de cette lecture, émue jusqu’au plus profond de mon être. Chacun aura sa lecture mais nul doute que l’émotion sera au rendez-vous. Et autre chose aussi de plus têtu et de plus tenace.

Laissons entendre toutefois celle de Bruno Doucey :

«[…] le poète compose ce texte empreint d’humanité et de tendresse au moment où sa sœur Loula traverse les heures les plus sombres de sa vie. Il y évoque la folie qui ravage cette petite compagne de l’enfance, se souvient de l’âge édénique où elle le réconfortait, écrit pour conjurer la peur et exorciser le mal. Par ce texte, né en pleine dictature, Yannis Ritsos se montre également solidaire de « tous les hommes affligés qui passent en silence ». Il sait que personne ne répond aux suppliques des peuples défaits , mais il chante. Et ce chant ouvre la nuit aux lueurs de la fraternité. »

Je remercie les éditions Bruno Doucey pour cette petite merveille.

Rencontre autour de la poésie féminine

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Jeudi 30 mai de 19H00 à 21H30 aura lieu une rencontre autour de quelques-unes des auteures publiées par cette maison d’édition dont le dynamisme et les valeurs sont une belle nouvelle en cette grisaille d’un printemps qui ne veut pas venir. La poésie permet d’améliorer les conditions atmosphériques sinon extérieures du moins intérieures et le tandem Bruno Doucey/Murielle Szac fonctionne parfaitement pour nous donner des événements littéraires qui ne sont pas si fréquents. Il faut donc les encourager et les soutenir !

«  Faire entendre ces voix de femmes en poésie publiées dans cette magnifique édition Bruno Doucey, c’est ouvrir mon exploration sur les genres et les stéréotypes avec un voyage qui est promesse de joie. En matière de poésie, trois sexes ne suffisent pas. » (Elsa Solal)

La Maison des métallos et les Éditions Bruno Doucey vous convient à découvrir et à entendre quelques-unes des auteures publiées par cette maison d’édition, exclusivement consacrée à la poésie. Une poésie vivante et généreuse, qui renoue joyeusement avec l’oralité, mais aussi une poésie qui lutte et se bat. C’est ainsi que vous entendrez en arabe et en français la poétesse syrienne Maram al-Masri lire notamment son dernier recueil consacré à la révolution en Syrie Elle va nue la liberté, des extraits de Comme si dormir lus par la française Laurence Bouvet et des poèmes lus par la jeune occitane Aurélia Lassaque. Bruno Doucey et Murielle Szac feront entendre les voix de la coréenne Moon Chung-hee, de la française Jeanne Benameur, de la mauricienne Ananda Devi et de poétesses haïtiennes. Les lectures sont accompagnées par le musicien Christophe Rosenberg. »

http://www.maisondesmetallos.org/2013/03/13/voix-de-femmes-en-poesie

Pauline Sales Family art

family-art

j'aime un peu beaucoup passionnémentj'aime un peu beaucoup passionnément

Le titre m’a fait penser à une des scènes que nous avons jouées pour une pièce de Jean-Michel Ribes, « Musée haut, musée bas » qui est à mon avis une scène d’anthologie tellement elle est effiace :

Paulines Sales – Family art – Les solitaires intempestifs 2009

Saluons cette maison d’édition consacrée aux œuvres d’art dramatique située à Besançon

 « Les homes ne vivent que par ce que les femmes le veulent bien. Ils l’oublient trop souvent. Elles acceptent à plusieurs reprises de les prendre chez elles et régulièrement ça finit par une cohabitation de neuf mois. Il ne s’agit pas de colocation. Tout est à leur charge, la nourriture, le chauffage, l’électricité. Ce n’est pas grand mais je n’ai jamais entendu un homme se plaindre. Je l’ai déjà dit. Les hommes oublient. Et là-dessus, ils sont amnésiques. Quand ils sortent de là ils ne sont pas grand-chose. Mais comme ils n’étaient rien en entrant. Les trois-quarts se plaignent de sortir, les trois quart pleurent. On ne sait pas quoi puisque personne ne se souvient. Peut-être simplement d’être sortis ».

La plume malicieuse de Pauline sales pourrait faire croire tout d’abord à un pamphlet sexiste. Non, point de misandrie qui est : « est un sentiment sexiste d’aversion pour les hommes en général, ou une doctrine professant l’infériorité des hommes par rapport aux femmes. Elle peut être ressentie ou professée par des personnes des deux sexes. » Mais une pièce drôle et alerte qui explore en filigrane la vie d’une femme « Suzanne » pour qui la maternité pose problème. Ou selon n’en pose pas assez. On peut dire que d’une certaine façon elle s’en débarrasse (du problème).

Et ce sont deux hommes qui en héritent. Paul est gynécologue obstétricien et « la douceur flageolante des muqueuses » ne l’« effraie pas ». Sur scène coexistent son personnage jeune et âgé. Ce qui perturbe un peu la lecture mais qui imaginé dans l’espace scénique produit un effet intéressant. Son nom est révélateur en partie de son histoire car il s’appelle Paul Jesus.

Jean est le père de Maxime qui est clown pour enfants malades.

Le deuxième personnage féminin, Alice, suit des cours dans une école de dessin et maîtrise difficilement son cycle hormonal : « il y a des mois qui passent comme des années d’autres comme une journée et on prétend que c’est régulier ».

Une sorte de filiation s’établit entre Suzanne et Alice car c’est la même comédienne qui joue les deux rôles.

Ce procédé vise peut-être par une sorte de catharsis (pour la nouvelle génération représentée par Alice et Maxime) à éviter en la jouant, la répétition au cœur de toute histoire familiale, en se défaisant dans le présent des liens du passé, et des obsessions dont nous sommes les jouets parce que nous en héritons de manière inconsciente. Le théâtre est le lieu éminent de la parole. Pour moi, en tout cas.

Les hommes ont fort à faire et rétablissent à leur tour une saine vérité : « Les femmes naissent parce que les hommes le veulent bien. Elles l’oublient trop souvent. »

On suit donc les effort de ces hommes, pour contrôler l’incontrôlable, et leurs efforts désespérés mais pas totalement inutiles m’ont fait sourire plus d’une fois. Une pièce souvent jubilatoire !

  » On aimerait se dire que, dans ce que l’on est, peu de choses sont déterminées.
Que l’on aurait été “soi“ quelque soit notre père, notre mère, notre époque, notre milieu, on aurait été soi.
À l’inverse, dans certains moments de sa vie, on s’excuse soi-même de n’être pas à la hauteur de ce qu’on aurait pu être, et les premiers responsables de ce gâchis sont invariablement notre mère, notre père, notre milieu, notre époque.
La famille, celle dont on est issu et celle qu’on bâtit, les seuls à nous aimer pour ce que l’on est, les premiers à nous cadenasser dans des prisons sur mesure.
Ce serait un jeu pour mettre à l’épreuve “soi“ dans le cadre familial, Le grand mystère de l’inné et de l’acquis. Est-ce qu’on aurait pu être un autre ? Lequel aurait-on pu être ? »

Pauline Sales

Fugue – Anne Delaflotte Mehdevi / L’adieu à la mère

fugue

j'aime un peu beaucoup passionnémentj'aime un peu beaucoup passionnément

Il faut lire ce roman comme un conte qui commencerait par la fin. Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. A défaut de prince et de princesse, vous prenez deux bourgeois trentenaires, à la situation matérielle confortable, dans une grande et belle maison située à la lisière d’une forêt.

Le prince moderne, est pilote de ligne et ressemble à Paul Newman, la princesse est une femme moderne, mère au foyer (Cendrillon ?) avec Bac +5 ou presque. Elle est longue, belle et mince.

Ajoutez à cela qu’elle n’a pas une marraine mais plusieurs… Et qu’elle s’aperçoit dans un murmure qu’elle ne s’éclate pas franchement dans la maternité. Il faut dire que quatre enfants en à peine dix ans ce n’est pas une sinécure !

« Oui, enfin non, je veux dire, je veux être : «  juste quelqu’un ». Pas toujours et seulement cette créature qu’est la mère, qui donne la vie, apprend le langage et la mort, qui tisse des liens qu’elle doit apprendre à défaire. »

 Et puis bien sûr elle attend le prince qui rentre tous les trois jours.

Jusqu’au jour où un cri de désespoir lui fait perdre sa voix. Heureusement, j’allais dire, parce qu’au bout de tant de perfections, la tension de la lectrice monte dangereusement !

Et commence alors ce qui est le plus intéressant dans le roman, l’héroïne devenue muette perd sa queue de sirène pour retrouver ses deux jambes et une certaine indépendance.

Elle y gagnera autre chose de bien plus précieux grâce à la musique et au chant.

Si vous croisez « la Petite Sirène » et « Le vilain petit canard », vous comprendrez la réaction de son entourage qui, au lieu de l’épauler, lui fait subir sarcasmes, bouderies et vexations. Et elle, au lieu de banalement se mettre en colère, tente de les comprendre. Là, une petite touche de « Sœur Thérèse d’Avila » ne ferait pas de mal.

La fugue s’entendra ici dans ses trois sens, la fugue de la fille de Clothilde, l’art de la fugue, figure musicale et la propre fuite de l’héroïne hors de modèles qui ne lui conviennent pas vraiment.

J’ai aimé dans ce roman-conte, la rencontre avec le chant, la musique et la scène, espace sacré où s’opère toute transformation et don total de soi. Une rencontre amoureuse qui illumine sa vie et lui fait prendre un autre sens.

« De l’ombre à la lumière, du corps embarras au corps oublié, Clothilde vocalisait et emplissait la salle d’énergie et de joie. »

Au final, j’ai passé un bon moment de lecture, avec quelques beaux passages qui m’auront véritablement transportée au cœur de cette musique faite toute entière du silence bruissant de l’écriture. Et c’est là le tour de force de l’écriture de se faire murmure, cri pour se transformer en un superbe chant à la condition expresse de prendre ce roman pour ce qu’il n’est pas : un joli conte.

Ecrire dit-elle : Félicité de Genlis

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félicité de genlis jpg

Sur le site Gallica de la Bnf, vous trouverez une vingtaine d’oeuvres en mode texte dont :

Adèle et Théodore,ou Lettres sur l’éducation « contenant tous les principes relatifs aux trois différens plans d’éducation des princes, des jeunes personnes et des hommes ». Delphine ou l’heureuse guérison, Contes moraux pour la jeunesse, Les Veillées du château.

Emily Dickinson – L’histoire d’une vie

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Poétesse américaine (Amberst, Massachussets, 10 dcembre 1830-id., 16 mai 1886)

Née dans un milieu puritain de la Nouvelle-Angleterre, fille d’un avocat sévère et ambitieux et d’une mère au foyer, elle poursuivit peu ses études après l’école communale de sa ville natale ; en 1847, elle passa une année au collège de Mount Holyoke à South Hadley, elle apprit la chimie, la physiologie et la littérature anglaise. Cette éducation qui pourrait semblait rudimentaire aujourd’hui lui ouvrit pourtant des espaces inconnus.

De retour chez elle, elle devint une fervente lectrice, écrivit des poèmes, avec frénésie, qui semblaient n’obéir à aucune règle de la prosodie : pas de syntaxe, une ponctuation approximative, une forme elliptique, un  style nouveau et déroutant pour ses proches.

« Mon père ne voit rien de mieux que “la vie réelle” — et sa vie réelle et “la mienne” entrent parfois en collision. »

De santé fragile, elle mena une vie retirée et ne quitta Amberst que pour de rares séjours à Washington ou à Boston : sa première expérience amoureuse se solda par un échec  car l’homme était marié et bien que le divorce aux Etats-Unis fût généralement accepté depuis la fin du XVIIIe siècle, il restait tabou dans certains milieux (voir l’étude passionnante de Norma Basch, Framing American divorce).

Confinée dans la maison familiale, elle voyait régulièrement son frère, sa belle-sœur qui devint son amie de cœur  et quelques amis.  Ses relations épistolaires semblèrent compter beaucoup cependant : elle eut une correspondance passionnée avec plusieurs interlocuteurs masculins. Cette mise en retrait apparente du monde, sa vie de femme hors du mariage lui permit une mise à distance qui certainement a nourri un regard et une oeuvre. Non soumise aux charges matérielles d’une vie d’épouse, libérée des maternités, elle put se consacrer à la poésie.

« Le rivage est plus sûr, mais j’aime me battre avec les flots… »écrit-elle à 15 ans. [1]

Elle fut libre par omission. « Selon Adrienne Rich “le génie se connaît toujours lui-même : Dickinson a choisi sa réclusion parce qu’elle savait ce qui lui convenait”. Ce choix d’artiste lui a permis de vivre en lisant et en écrivant : en lisant la Bible, Shakespeare et Dickens, ou encore Emerson, Hawthorne et Melville, et en écrivant, de l’âge de vingt ans jusqu’à sa mort 1775 poèmes »[2] Ce quotidien qui aurait pu être terne, ne le fut pas car il abrita une vie spirituelle et créative intense.

Quelle pouvait être la valeur de cette oeuvre qu’elle poursuivait dans la plus grande discrétion ? Elle le demanda à un critique célèbre le colonel Higginson :

– Mes vers sont-ils vivants ?

– Oui, ils sont vivants, répondit-il, mais ne respectent aucune règle de la plus élémentaire prosodie.[3]

Il  la décrit ainsi après la visite qu’il lui rend le 16 août  1870 : « D’un pas léger est

entrée une femme petite et quelconque, avec deux bandeaux lisses de cheveux un peu roux… vêtue d’une robe blanche en piqué très simple, d’une propreté exquise… Elle s’est approchée de moi portant deux lis qu’elle m’a mis dans la main d’un geste enfantin en disant d’une voix douce, effrayée et volubile d’enfant : « En guise de présentation ».

Dans une lettre à sa femme, qu’il écrit peu après, Higginson rapporte les propos qu’il vient d’entendre de la bouche d’Emily : « Si je lis un livre et qu’il me rend tout mon corps si glacé qu’aucun feu ne pourra jamais me réchauffer, je sais alors que c’est de la poésie. Si je sens le sommet de ma tête arraché, je sais aussi qu’il s’agit de poésie. Ce sont mes deux seules façons de le savoir. Y en a-t-il d’autres? »

Son écriture novatrice nourrie d’élans passionnés déconcertait les éditeurs qui refusaient ses poèmes en l’état et lui demandaient des réécritures qu’elle refusa toujours. Elle utilisait des images surprenantes et suggestives d’une grande force et d’une grande beauté. Son style en retrait, rempli d’ironie choquait ses contemporains. Ce style « brisé » des rimes, le nombre de pieds ne correspondant pas aux canons habituels déroutait sur le plan formel.

Mystique et fervente, refusant la morale religieuse étriquée de son milieu, elle cherchait la présence immanente du divin dans le quotidien :

« un mot peut vous inonder quand il vient de la mer ». 

           Hélène Hunt, poète et romancière, reconnut son génie et l’encouragea.[4]

En 1876, elle lui écrit : « Vous êtes un grand poète, et c’est très dommage que vous ne veuillez pas chanter tout haut ». Emily répond : « Mais qu’on se souvienne de quoi? Digne d’être oubliée est leur renommée ».[5]

Ainsi elle n’eut pas droit à la reconnaissance littéraire se son vivant.

Elle écrivit jusqu’à sa mort quelques deux mille poèmes, développant son propre style, prenant pour objet des choses simples.  Sept poèmes seulement parurent anonymement de son vivant[6]. En 1892, Higginson publia une partie de son œuvre et ce recueil obtint un succès sans précédent. Mais il fallut attendre 1924 pour que sa nièce, Martha Dickinson Bienachi publie l’édition complète de son œuvre, Poèmes et lettres, qui confirmèrent le talent d’Emily Dickinson qui tient une des premières places dans la littérature poétique de son pays.

          Très tourmentée intérieurement, elle cherchait pourtant le bonheur : preuve il en est le projet de mariage en 1884, avec le juge Otis Lord qui décèda brusquement.

Elle se déclara ainsi :

« L’exultation m’inonde, je ne retrouve plus mon cours – le ruisseau se change en mer quand je pense à vous. »

Eprouvée déjà par une longue suite de deuils : son père en 1874, sa mère en 1882, son neveu Gilbert, mort à l’âge de huit ans en 1883,  Emily plongea dans une profonde dépression, et mourut deux années plus tard[7].

Le matin et autres poèmes – Emily Dickinson

ED 1

Le matin

Le matin , qui ne vient qu’une fois,

Envisage de revenir-

Deux Aubes pour un Seul Matin

Donne un prix soudain à la Vie –

Edition printemps des poètes – 2005 – Poèmes à la poche

Ils n’ont pas besoin de moi.

Ils n’ont pas besoin de moi, mais qui sait –

Je laisserai mon Coeur en vue –

Mon petit sourire pourrait bien être

Précisément ce qu’il leur faut –

S’accumuler comme un tonnerre

S’accumuler comme un tonnerre à sa limite –

Puis – s’écrouler – grandiose

Alors que la Création se cache –

Voilà qui serait – Poésie –

Ou amour – ils ont le même âge –

On les éprouve – sans les prouver –

On les vit – ils vous consument –

Car à la vue de Dieu nul ne survit.

Elizabeth Taylor – L’histoire d’une vie

Image

Elizabeth Taylor est née le 3 juillet 1912 à  Reading, dans le Berkshire. Elle étudia à l’école religieuse de sa ville natale, avant de devenir préceptrice, puis bibliothécaire. En 1936, elle épousa l’homme d’affaires John Taylor avec qui elle eut deux enfants.

          Elle analyse le quotidien avec finesse et sensibilité. Son oeuvre comprend onze romans et cinq recueil de nouvelles. Pour son éditeur français Payot/Rivages, elle est l’ écrivain de la déception et de cette tyrannie du moi qui nous fait désirer être un autre »

En tant qu’auteure ses influences furent Virginia Woolf, Compton-Burnett and EM Forster. Elle eut un succès d’estime dans les milieux littéraires et le romancier et critique Robert Liddell, Elizabeth Bowen et Elizabeth Jane Howard furent ses amis.

On l’accusa bien sûr d’écrire des « romans de femmes » parce qu’elle décrivait le quotidien mais la subtilité de ses portraits psychologiques la range parmi les plus grands écrivains du XXe siècle. Elle eut ainsi l’hommage d’André Rollin dans le Canard Enchaïné « Elizabeth Taylor sait que le soleil de l’été n’est qu’un leurre, que ses rayons peuvent être des poignards. Elizabeth Tavlor déchire en douceur Griffe. Elle utilise le pastel. Mais du pastel empoisonné.»[1]

ImageAprès des années de refus de la part des éditeurs, son premier roman At Mrs Lippincote’s (Chez Mme Lippincote) fut publié en 1945. Il raconte une histoire qui commence un soir de 1940 où Julia, son fils Oliver et Éleanor, une cousine enseignante et célibataire, arrivent dans une maison d´une ville campagnarde  mise en location par Madame Lippincote après le décès de son mari. Mais bientôt derrière la façade, se révèlent des tensions et la belle apparence se fissure.

EL 2

Angel, publié en 1957, son roman le plus connu en France a été adapté pour le cinéma par François Ozon en  2007. L‘ouvrage trace le portrait d’une romancière, Angel Deverell, qui serait inspiré de celui de Marie Corelli née en 1855 et décédée en 1924.

Le sujet, selon Diane de Margerie qui en a écrit la préface, « est le don d’une vie à l’écriture, et cela conté d’une façon si romanesque que nous sommes pris dans une sorte de tourbillon circulaire et dramatique. L’extravagante enfant qui en est l’héroïne, Angel, qui est tout sauf angélique, nous apparaît tout de suite rétive, méprisant l’épicerie où travaille sa mère, absente de la vie quotidienne, volontairement aveugle au réel.  »

François Ozon raconte avoir été profondément touché par « cette histoire profondément anglaise (qui) s’inscrit dans la tradition des femmes écrivains en Angleterre. Le personnage d’Angel est d’ailleurs inspiré d’une écrivaine réelle, contemporaine d’Oscar Wilde, Marie Corelli, romancière préférée de la reine Victoria. Elle fut une des premières écrivain-star, à avoir des best-sellers, et à être adulée par le public. Aujourd’hui, elle est complètement oubliée, même des anglais. Elle n’a aucun équivalent en France à la même époque. »

Il explique qu’il lui a fallu rendre Angel attachante car dans le roman d’Elizabeth Taylor, « le personnage est souvent grotesque, le regard sur elle, ses livres et son comportement est très ironique. »  Un personnage aussi négatif aurait été difficile à accompagner pendant deux heures donc «  il fallait que l’on soit aussi charmé par elle, que l’on puisse s’attacher à elle sans gommer pour autant son côté insupportable ou une certaine forme de méchanceté. »

Elle adhéra au parti communiste en 1936 (qu’elle quitta quelque temps après pour le Labour party) suite à sa liaison avec Ray Russell, un designer de meubles qui était membre du parti. Cette histoire dura près de dix ans jusqu’à la fin des années 40. Sa biographe anglaise Nicola Beauman a retrouvé 500 lettres qu’ils échangèrent pendant qu’il était soldat.[2]

. Son désir de liberté et sa décision de devenir écrivain semblent incompatibles avec son mariage avec un membre de la haute bourgeoisie et la vie de femme au foyer qu’elle eut par la suite. Mais peut-être avait-elle peur de ce qu’elle sentait en elle, une rébellion ou une violence, qu’elle cherchait à discipliner. Mais elle avait horreur de la publicité et pour elle la vie privée devait le rester. Sujets qu’elle traita dans ses nouvelles.

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En 1971, peu avant sa mort, Mrs Palfrey at the Claremont (Mrs Palfrey Hôtel Claremont), sélectionné pour le Booker Prize fut salué par la critique comme l’un de ses romans essentiels.

« Veuve, Mrs Palfrey s’installe dans un hôtel qui est en fait une résidence pour personnes âgées. Chaque pensionnaire, afin de distraire la monotonie des menus et des conversations, applique la stratégie du temps qui reste, et la drôlerie le dispute sans cesse à l’émotion. Un jour, Mrs Palfrey rencontre Ludo, un jeune écrivain qu’elle fait passer pour son petit-fils, et cette « aventure » qui bouleverse sa vie fera d’elle une « vieille dame indigne » délicieusement britannique.[3]

 Elle meurt en 1975 d’un cancer à l’âge de 63 ans.

« Les gens qui n’ont aucun vice, n’ont généralement de vertus que l’ennui.» disait-elle.

« Sophisticated, sensitive and brilliantly amusing, with a kind of stripped, piercing feminine wit. » Rosamond Lehmann

  wikipedia in english


[3] Editions Payot&Rivages

Hester Lily – Elizabeth Taylor

Hester Lily

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Hester Lily – Elizabeth Taylor – 1954 Elizabeth Taylor – 2 007 Editions Payot et Rivages 112 pages

Hester Lily, jeune femme devenue orpheline, est recueillie par son cousin Robert, de plusieurs années son aîné. Son épouse Muriel n’apprécie guère cette intrusion et devient la proie d’une jalousie maladive.

Son travail de secrétaire qu’elle exécute plutôt mal, son côté godiche, ne font guère craindre a priori une rivale. Pourtant c’est ce que pressent l’épouse de Robert, directeur d’une école de garçons dans une bourgade provinciale.

Hester va être le catalyseur du malaise profond qui ronge le couple.

Dans cette longue nouvelle qui est avant tout une brillante étude de mœurs, Hester sertle révélateur à une situation qui, cachée sous le vernis apparent de la vie sans histoires d’un couple plutôt assorti, va apparaître peu à peu.

La jalousie de Muriel, l’épouse, n’est que la conséquence de son angoisse face aux difficultés que traverse son couple. Elle sent bien que la situation lui échappe et que le conflit larvé va bientôt éclater. Elle a peur d’Hester car elle pressent la fin inéluctable de son couple et emploie toute son énergie à sauver les apparences plutôt qu’à résoudre la crise qu’il traverse.

Hester est l’altérité fondamentale, qui représente qu’une autre vie est possible, que d’autres amours sont à naître. L’idéal chrétien et bourgeois d’un mariage pour le meilleur et pour le pire est battu en brèche par la plume un tantinet cruelle d’Elizabeth Taylor. Elle n’épargne aucun de ses personnages ni ne cherche de justifications morales à leurs actes.

Elle les observe sans les juger, s’attachant seulement à mettre en lumière un monde intérieur complexe derrière une vie bourgeoise apparemment lisse.

Le désamour à l’œuvre dans le mariage est malgré tout la preuve qu’un sentiment fort et authentique a existé mais qu’il n’a pas résisté au lent travail de sape du temps.

Que fera Hester dont la vie est à construire ? Quels choix fera-t-elle ? Aura-t-elle le courage de vivre sa passion jusqu’au bout ou renoncera-t-elle aux sentiments qu’elle aurait pu éprouver ?

Elizabeth Taylor d’une plume plutôt distante mais précise analyse les faux semblants d’une société dans lesquels sont empêtrés ses personnages. Ils ont au fond le plus grand mal à savoir qui ils sont et quels sont leurs véritables désirs et se débattent dans des sentiments contradictoires comme une mouche dans la toile.

Plus connue pour son roman « Angel » que j’ai très envie de lire, Elizabeth Taylor est l’une des grandes écrivaines anglaises de ce siècle.