Archives pour la catégorie – Femmes du Monde entier

Quand la nuit – Cristina Comencini

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Cristina Comenci – Quand la nuit – Le livre de poche n° 32570 2012 Grasset 2011

Les deux livres sélectionnés par le comité de Terrafemina sont particulièrement intéressants ce mois-ci puisqu’ils ont pour thème la violence domestique.

Marina se sent un peu perdue. A bout de nerfs et de fatigue, s’évertuant à être la mère modèle qu’on attend d’elle, elle part à la montagne seule avec son fils. Mais voilà peut-être le problème, être une mère seule avec son enfant… Personne pour vous relayer quand votre enfant nécessite des soins et une surveillance constante parce que l’appartement est, pour un enfant de l’âge de deux ans, un véritable champ de mines où, tout, absolument tout, peut arriver.

Ce livre pourrait s’intituler « Mères au bord de la crise de nerfs » dans une société où les femmes sont parfois seules à élever leurs enfants et où les pères apparaissent et disparaissent tels des météores bienveillants. Mais des météores tout de même…

Nos sociétés ont distendu les liens familiaux, et on n’a pas toujours les grands-parents à portée de mains, ni des tantes et oncles qui prendraient le relais pour soulager les mères qui n’en peuvent plus à ces âges difficiles de l’enfance.  Et c’est un homme, qui va secourir la jeune femme, le tiers indispensable. Un homme difficile et égoïste avec lequel va se tisser une histoire difficile et profonde.

Ce livre exploite le thème de la violence parentale. « Aux tables des bars, dans les rues, des adultes inconscients, libres, fument, bavardent tranquillement, sans hâte, ils ont tout le temps qu’ils veulent. Ils n’ont pas conscience de leurs privilèges. J’avance avec la poussette, j’étais comme eux moi aussi. ». Personne ne vous a pas appris à faire face, on vous a vaguement avertie, mais des tabous empêchent les véritables confidences. On ne vous a pas vraiment dit ce que l’épuisement peut faire de ravages. La maternité est votre destin, l’instinct votre guide, et l’ amour  que vous éprouvez est si profond qu’il vous épargne les contingences. « Enfermée dans les ténèbres qui sont en moi, je ne vois plus rien », raconte la narratrice. Y a-t-il moyen de réparer ce que j’ai fait ? peut-on revenir en arrière ?

Les mères violentes et destructrices hantent la littérature : Folcoche de Vipère au poing, la mère violente de Jules Vallès ou celle de Poil de Carotte. Plus proche de nous la mère de Falaises (Olivier Adam), celle de Chloé Delaume dans le « Le cri du sablier », toutes absentes, violentes et négligentes.

La sphère familiale est un lieu clos, parfois étouffant, qui abrite les violences les plus indicibles. Ouverte sur l’extérieur, elle devient un lieu d’affection et de partage.

« Familles, je vous hais ! Foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur. », s’écriait André Gide dans « Les nourritures terrestres ».

Les discours lénifiants sur la maternité n’ont plus cours aujourd’hui, on le sait, l’amour s’apprend, et être une mère est autant un apprentissage culturel que biologique. Les mères toutes-puissantes ont fait leur temps dans la littérature et ailleurs. Elles ont d’ailleurs payé très cher ce statut si particulier que la religion a contribué à établir.  Marie, la femme sans sexualité, qui enfante, a fait des femmes

les dépositaires d’un pouvoir aussi contraignant qu’exorbitant …

Un enfant a besoin de multiples relations ouvertes sur l’extérieur pour grandir, afin que le giron maternel puisse être un lieu sécurisant et un repère stable.

Ce livre est intéressant et se lit avec plaisir. Il a pour mérite de raconter l’itinéraire d’une mère qui cède à la violence mais qui essaie de se sortir de cette violence qui l’emprisonne. Il ne sera pas un coup de cœur mais un assez bon livre tout de même.

Un bûcher sous la neige – Susan Fletcher

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Susan Fletcher Un bûcher sous la neige – Plon – Feux croisés – 2010 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Suzanne Mayoux

En Europe, le nombre de femmes accusées de sorcellerie et mortes sur le bûcher est estimé à quarante mille du XVe  au XVIIIe siècle.  En Grande-Bretagne, ce nombre atteignit plus de cent mille. Selon l’auteur, « La dernière exécution d’une prétendue sorcière eut lieu en 1727 ». Le Witchcraft Act mit fin aux persécutions en 1735. Ces femmes étaient pour la plupart « instruites, indépendantes, âgées ou ayant leur franc-parler ». On sait aujourd’hui que l’accusation de sorcellerie était aussi un moyen commode de se débarrasser de femmes dont l’indépendance et la liberté de mœurs étaient une menace pour la société patriarcale. Ces femmes étaient souvent des guérisseuses qui connaissaient les vertus des plantes et faisaient commerce de leur savoir.

Corrag, dont la mère a été pendue pour sorcellerie fuit les persécutions qui sévissent dans le nord de l’Angleterre pour se réfugier en Ecosse, dans les Highlands, sur le territoire de la famille MacDonald à la réputation de cruauté et de sauvagerie.  Témoin du massacre  des membres du clan, Corrag est emprisonnée et promise au bûcher.  Le révérend Charles Leslie lui rend visite dans sa cellule afin de faire la lumière sur ces massacres fruit d’une sombre machination politique.  Corrag décide de lui raconter sa vie et une relation profonde s’établit entre eux au fil des jours qui va les changer l’un et l’autre.

L’auteur dresse le portrait de la sorcière du XVIIIe siècle : elle jette des sorts, arrache des gésiers et hurle à la lune, se transforme en oiseau la nuit, se pose sur les navires pour qu’ils sombrent, pratique des baisers obscènes, mange des enfants, possède un troisième téton, et lit l’avenir dans un œuf pourri. Tout un cortège de superstitions qui condamna à mort un grand nombre de femmes. Soigner par les plantes, n’est pas vu d’un très bon œil. La guérison doit venir de la prière, et non de pratiques qui sont assimilées au diable ou à l’alchimie.

Les sorcières sont des femmes qui ont une relation très particulière avec la Nature, qu’elles savent observer et dont elles dégagent  les régularités dans une sorte d’empirisme balbutiant. Une même cause produit un même effet ; une plante possède des vertus curatives qu’elles conservent quoi qu’il advienne. Mais dans cette société profondément religieuse où tout pouvoir vient de Dieu et des Saintes Ecritures, toute pratique qui conteste ce pouvoir absolu est considéré comme hérétique. La science vient des livres et de la théorie et non de l’expérience. La vérité y est inscrite à tout jamais.

Les femmes partagent une certaine nature qui établit entre elles une forme de complicité. Elles portent la vie, ce qui la rend sacrée à leurs yeux, écoutent leur cœur, et leur intuition. Faisant partie de la nature, elles peuvent en comprendre les lois. La religion de Corrag est profondément animiste. La nature est sacrée, car chaque être, chaque plante est une parcelle de cette divinité, en interdépendance avec les autres.

« Un bûcher sous la neige » ainsi que « Cœur cousu » de Carole Martinez proposent une nouvelle vision des femmes et du merveilleux qui n’est au fond qu’une disposition particulière vis-à-vis de la nature et des Hommes. Ces vertus longtemps attribuées aux femmes, cantonnées dans l’intuition, se proposent comme une nouvelle voie et un nouveau mode de relation avec la Nature. Et il est intéressant de voir le succès de ces paradigmes en littérature.

L’impossible pardon – Randy Susan Meyers

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Née à Brooklyn, Randy Susan Meyers a toujours été passionnée de littérature. Pour ce livre, elle s’est inspirée de son travail auprès des victimes de violence domestique. Elle vit aujourd’hui à Boston avec son mari et ses deux filles.

           Comment vivre lorsque votre père est un assassin ? Comment échapper à la culpabilité et au tourment ? Comment vivre et se reconstruire ? Telles sont les questions douloureuses que pose ce roman à travers l’histoire de Louise et Merry, dont le père, ivre, a assassiné la mère alors qu’elles n’avaient que 6 et 10 ans. Comment simplement survivre à un pareil drame ?

Louise, dite Lulu, essaiera de se protéger en oubliant, et raye une fois pour toutes son père de son existence, du moins le croit-elle, tandis que la cadette en proie à une culpabilité qui la ronge et l’empêche d’être heureuse, rend visite à son père en prison.

            Est-on déterminé par nos actes, sommes-nous ce que nous faisons ou y a-t-il en nous quelque chose qui y échappe ? La conscience morale, le pouvoir de se retourner sur ses actes et de les juger, d’éprouver de la peine et du remords est-il ce qui nous permet de ne pas coïncider totalement avec nos actions même si nous en portons l’entière responsabilité ?

Dire que nous sommes responsables suppose que nous sommes libres, que nous pouvons juger de la valeur et les conséquences possibles d’un acte et que nous connaissons, les règles, les lois et les contraintes auxquels nous sommes soumis dans la société où nous vivons. Une personne violente sous l’emprise de drogues ou d’alcool est-elle encore responsable de ses actes ? On peut penser que oui, puisque rien ne l’obligeait à se droguer ou à boire plus que de raison. On pourra alléguer les circonstances qui poussent à la violence telle personne ou telle autre. Mais si ces circonstances peuvent alléger la sanction, en aucun cas elle n’efface l’acte.

Le mal qui est fait ne peut être défait sans aucun doute, mais peut-on réparer ?  Est-il possible de payer sa dette à la société et plus encore à un être proche, voire à un membre de sa famille? Ce roman ne répond pas à toutes ces questions mais il tente de montrer comment des victimes de violences peuvent tenter de reconstruire leur vie.

  Randy Susan Meyers sait adopter le ton juste, en totale empathie avec ses personnages, sans verser dans ce qui pourrait n’être qu’une tragédie sordide. Elle ne force jamais le trait, d’une écriture sensible et généreuse, évitant les jugements expéditifs et le ton moralisateur. Un livre bien écrit  qui permet de réfléchir à des questions qui à des degrés divers ne peuvent manquer de nous concerner.

Comme des larmes sous la pluie de Véronique Biefnot

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Véronique Biefnot Comme des larmes sous la pluie, éditions Héloïse d’Ormesson, 2011, Le livre de poche 2012.

    Ce livre est un thriller amoureux, nous prévient la quatrième de couverture, d’où l’importance de la découverte, de l’adrénaline qui monte peu à peu chez le lecteur au fil d’un récit qui devient de plus en plus haletant. Ce qui va m’obliger à scinder mon article en deux, une première partie pour ceux qui ne l’ont pas lu ou veulent le lire et une seconde partie pour ceux qui l’ont déjà lu ou ne comptent pas le lire.

  Première partie

Simon Bersic tombe sous le charme de Naëlle qu’il croise dans le métro. Magnifique et mystérieuse, elle semble lui échapper sans cesse, ou peut-être l’étrangeté de son comportement vient-il de sa méconnaissance des codes sociaux et des rituels qui président aux relations humaines. Une voix douloureuse et inquiète d’enfant parfois s’élève et entrecoupe le récit. Alors qu’il croit enfin la connaître et que toutes les promesses de l’amour semblent sur le point de se réaliser, Simon est entraîné au cœur de l’histoire douloureuse et tourmentée de Naëlle, qui fit en son temps la une des faits divers de la Belgique.

  C’est un récit époustouflant que conduit ici Véronique Biefnot de main de maître malgré quelques platitudes dans le récit, et une analyse du sentiment amoureux un peu conventionnelle. Il n’en reste pas moins que de la première à la dernière page vous êtes happé par le récit et que c’est à bout de souffle et exsangue qu vous fermez enfin le livre, à la dernière page. Bouleversant, souvent intelligent, parce qu’il pose des questions non seulement pertinentes mais complètement actuelles sur le genre, -qu’est-ce qu’être un homme, une femme- parfaitement construit, et c’est là aussi sa force, « Comme des larmes sous la pluie » est un récit au vitriol dont vous ne sortirez pas complètement indemne. Lisez-le !

Deuxième partie

            Inspiré par l’affaire Dutrou qui a secoué la Belgique et suscité l’incompréhension la plus totale devant la monstruosité du personnage et les actes qu’il a commis, ce récit mêle la voix d’un enfant, désespéré, à l’histoire d’amour qui se noue entre Simon Bersic et Naëlle. Simon Bersic est écrivain, une sorte de Marc Lévy version belge, qui a perdu sa femme et vit en reclus avec son fils.

          Dans ce roman, l’amour est le refuge des êtres profondément blessés , le lieu d’une possible résilience. Véronique Biefnot non seulement raconte un de ces sauvetages amoureux, mais évoque également la difficulté de l’identité sexuelle à travers l’expérience de la double appartenance sexuelle, le genre fluide ainsi le nomme-t-on,  qui nous rappelle que nous avons tous cinq identités sexuelles : chromosomique, anatomique, hormonale, sociale et psychologique et que si parfois elles coïncident, parfois aussi elles ne convergent pas, révélant des identités ambiguës ou hybrides. Naëlle est un de ces êtres au bord du vertige,  flirtant avec l’intersexualité et dont l’identité est trouble.

L’amour peut-il nous aider à réparer les outrages subis, à cicatriser les anciennes blessures de l’enfance ? « Et c’est ici que se situe la résilience : dans notre capacité à nous appuyer sur ce qu’il y a de plus constructif en nous pour recommencer à construire en dépit de nos blessures », explique Boris Cyrulnik, théoricien de la résilience.

C’est quitte ou double ! On ne sait pas vraiment pourquoi certaines personnes trouvent la force en elles de s’extraire de la violence de leur propre histoire et parviennent à transformer les traumatismes en énergie positive. L’amour agrandit souvent les blessures et réactive la peur de l’abandon chez nombre d’entre nous. On sait aussi, intuitivement, qu’il n’est pas donné pour toujours et qu’il peut nous être enlevé aussi soudainement qu’il nous a été donné. La rupture peut être une tragédie et il faut une certaine force et une réelle assise dans l’existence pour pouvoir la surmonter et continuer à vivre. On peut aussi mourir d’amour, la littérature ne manque pas d’exemples de Tristan et Iseult à  Roméo et Juliette !

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Lessing (Doris) – Victoria et les Staveney

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English: Doris Lessing, British writer, at lit...
English: Doris Lessing, British writer, at lit.cologne, Cologne literature festival 2006, Germany (Photo credit: Wikipedia)

Née en Iran le 22 octobre 1919 de parents britanniques, Doris Lessing a six ans quand sa famille décide de s’installer dans l’actuelle Rhodésie du sud. Elle quitte l’école à 15 ans et travaille d’abord comme gouvernante puis comme dactylo et standardiste à Salisbury.

En 1938, elle commence à écrire des romans et se marie à l’âge de dix-neuf ans avec Frank Wisdom, avec qui elle aura deux enfants. Elle le quitte en 1943 pour Gottfried Lessing dont elle aura un fils.

De retour en Angleterre en 1949, elle publie l’année suivante son premier roman, « The Grass is singing » (Vaincue par la brousse) qui raconte l’histoire des relations entre la femme blanche d’un fermier et son serviteur noir. Elle a publié ensuite « Les enfants de la violence », fresque romanesque d’inspiration autobiographique qui comprend « Martha Guest » (1952), « Un mariage comme il faut » (1954), L’écho lointain de l’orage (1958) et « La cité promise » (1966). Elle y retrace la vie de Martha Quest, son enfance en Rhodésie et sa vie dans l’Angleterre de l’après-guerre.

Son œuvre la plus connue est « Le carnet d’or » (1962), roman autobiographique là encore, (décidément elle se sera beaucoup nourrie de sa propre expérience), considéré comme un classique par le mouvement féministe.

A partir de 1979, elle place ses intrigues dans l’univers de la science-fiction : « Canopus in Argos : Archives » en 2 volumes, « Shikasta »1979, et « Mariage entre les zones 3,4,et 5 » (1981).

Elle a été une romancière aux idées engagées et s’est intéressée très tôt à la politique. Elle a reçu le Prix Nobel de Littérature en 2007.. A aujourd’hui plus de 90 ans , elle a accompli l’essentiel d’une œuvre variée et originale dont pas moins de 35 ouvrages traduits en français.

Victoria et Staveney (2008), 2010 pour la traduction française de Philippe Giraudon (J’ai lu n°9519).

Court roman d’une centaine de pages, Victoria et les Staveney ouvre le récit lorsque Victoria, métisse de neuf ans, pénètre pour la première fois chez une riche famille blanche de Londres. Elle découvre un monde parallèle insoupçonné, cultivé et libéral où règne le politiquement correct. En effet, il est de bon ton dans un tel milieu où l’on affiche des idées socialistes d’envoyer ses enfants à l’école publique du quartier, quitte à les en retirer ensuite pour qu’ils fassent une bonne scolarité. C’est cette ambivalence profonde qu’analyse implacablement Doris Lessing, avec une certaine férocité. Elle montre de manière très juste, sans jamais céder à la caricature, l’étanchéité de ces deux mondes qui se touchent, à une rue parfois l’un de l’autre, mais ne se rencontrent jamais.

Victoria retrouvera les Staveney quelques années plus tard, et ce qui se présentait comme une chance, l’opportunité d’une vie meilleure se révèlera une lente dépossession d’elle-même.

J’ai beaucoup aimé l’écriture au scalpel de Doris Lessing, sa finesse et son extrême maîtrise. Cela m’a donné envie de découvrir toutes les facettes de son œuvre.

Puisque mon coeur est mort – Maïssa Bey

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Maïssa Bey est le nom de plume de Samia Benameur. Elle est née en 1950 en Algérie.

Maïssa Bey est le nom de plume de Samia Benameur. Elle est née en 1950 en Algérie.

Elle a suivi des études de lettres à Alger à Alger puis enseigne le français dans l’ouest algérien. Elle anime l’association « Paroles et écritures » à Sidi-Bel-Abbès depuis 2000 dont l’objectif est la création d’une bibliothèque avec organisation de rencontres avec des auteurs, ateliers d’écriture et animations diverses.

Elle a reçu en 2005 le grand prix des libraires algériens pour l’ensemble de son œuvre.

Maïssa Bey « Puisque mon cœur est mort, éditions de l’aube poche, 2011

L’auteure rappelle avec ce récit la décennie sombre des années quatre-vingt-dix en Algérie, lorsque le FIS s’est rallié en 1992 à la lutte armée qui a fait de nombreuses victimes parmi les civils algériens, victimes collatérales de l’affrontement entre les Islamistes et le pouvoir. La crise semble s’être résolue par le « pardon », l’amnistie de leurs crimes et le retour des « repentis » qui avaient pris le maquis pour s’engager dans des actions terroristes, dans leur foyer, après avoir accepté de déposer les armes en échange d’une impunité totale.

Mais ce récit est avant tout celui d’une mère, de sa douleur et de son désir de vengeance. Ce deuil prématuré et sa violence font d’Aïda une femme solitaire et rebelle, fermée à tout ce qui n’alimente pas son chagrin. Le souci des convenances et du qu’en-dira-t-on qui avaient jusque-là guidé sa vie s’efface progressivement devant les turbulences de sa douleur. Maïssa Bey décrit les soubresauts du cœur dans une langue précise et parfois abrupte mais toujours infiniment poétique.

Les femmes sont condamnées au silence et à la pudeur. Même leur douleur se doit d’être « raisonnable » et intérieure. Emprisonnées dans ce carcan, qui demande une constante maîtrise de soi, mais aussi une négation des sentiments et du droit à les exprimer, Aïda s’insurge et rompt les amarres avec sa communauté. Elle est la seule femme à ne pas porter de djellaba et à oser sortir de chez elle la tête découverte.

« Il leur faut des silences et des prières. Des visages fermés, des yeux baissés et des formules conventionnelles. »

Elle rencontre alors d’autres mères, comme ces mères de disparus qui à Alger tiennent des sit-in pour réclamer des nouvelles des leurs. Des mères qui ont aussi perdu leurs enfants, d’un milieu social beaucoup plus défavorisé, qui doivent surmonter des difficultés matérielles insolubles, la promiscuité avec les autres membres de leur famille, et dont le courage et la ténacité va lui permettre de trouver ses propres ressources pour avancer jusqu’au dénouement final …

Je me suis laissée prendre par l’écriture de Maïssa Bey même s’il ne se passe, à vrai dire, pas grand-chose dans ce livre. On se laisse gagner par le récit de cette femme, on entre en empathie avec elle et on la porte jusqu’au bout de la lecture, même si la fin, inattendue, attriste et déconcerte. On comprend depuis le début

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Maïssa Bey – Comédie du Livre 2010 –

qu’il n’y aura de toute façon aucun happy end possible et que la tragédie répondra à la tragédie. L’écriture d’une grande qualité, brève et précise, tourmentée et sèche, ou profonde et triste sert le récit magnifiquement. Elle est la petite musique intérieure qui nous captive tout au long du récit.

Les romancières tunisiennes : entre tradition et modernité

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source Cyberien -Tous droits réservés

          Les femmes n’écrivent pas d’une façon différente en fonction de leur sexe mais ont eu un accès à l’écriture spécifique du fait de leur genre. Cet accès a été plus difficile et marqué de nombreux interdits, le « silence matériel et symbolique » des femmes étant la preuve de leur pudeur et de leur retenue. Leur accès à l’éducation supérieure a été aussi plus tardif que celle des hommes et a conditionné la maîtrise de l’acte et du projet d’écriture. L’histoire littéraire des femmes est indissociable, de ce fait, de l’histoire des femmes. C’est également la raison pour laquelle certaines des thématiques de leurs œuvres peuvent être des témoignages de leur situation de femmes, de leur révolte et des injustices qu’elles subissent. L’écriture est alors un moyen de libérer une parole tue ou asservie, et d’accéder à une reconnaissance. Les quelques pionnières qui ont été l’exception qui confirme la règle sont les romancières venant de la communauté juive (voir Marta Segara – Les nouvelles romancières francophones du Maghreb).

         Dans cet ouvrage, elle explique le choix du français comme « voie de libération » par opposition à la langue arabe considérée comme « la langue du pouvoir patriarcal et religieux qui empêche l’amélioration de leur condition».  Les femmes du Maghreb furent le symbole de la terre outragée, gardiennes des traditions, représentantes de l’espace privé et de la transmission orale des coutumes face à l’emprise de la colonisation. Toute modernité était de ce fait considérée comme occidentale et donc condamnable. Dans une société où la séparation des sexes était déjà relativement marquée, ce retrait symbolique des femmes dans l’espace domestique du foyer a considérablement empêché ou ralenti l’accès des femmes à l’écriture et leur insertion dans l’espace public.

         La division sexuée de l’espace privé et de l’espace public a ainsi acquis une rigidité d’autant plus forte que la menace était grande. Assia Djebar dans l’Amour, la Fantasia, dit que le langage de la femme a été voilé comme son corps.

Françoise Collin cite Rosi Braidotti selon laquelle, pour une femme, « habiter la langue » est toujours « habiter plusieurs langues » en dehors même du colonisateur car la langue, ses codes, les institutions qui lui sont liées (Académie etc.) ont été établis par les hommes, pour les hommes, traduisant leur espace mental et fantasmatique.

En conclusion de mes lectures, je pourrais dire de manière un peu schématique que les romancières ou écrivaines ont investi l’écriture à  la fois pour se construire en tant que sujet et recouvrer une autonomie que la tradition leur a dénié, pour affirmer la dimension politique de l’égalité des sexes en réaction à l’oppression, et pour explorer des thématiques liées profondément à l’univers féminin (champ dans lequel les femmes ont été longtemps retranchées et qui a nourri leurs expériences, notamment les écrivaines des années 30), qu’elles sont aujourd’hui partagées entre la modernité représentée par l’Occident mais aussi l’ancien colonisateur, et la tradition qui représente les liens affectifs avec la famille et l’identité nationale véhiculés plus particulièrement par la langue arabe. Il y a également un autre mouvement qui apparaît ces dernières années et qui revendique le port du voile et l’appartenance à une culture traditionnelle fortement modelée par la religion musulmane (voir Jelila Behi  sans contrainte l’islam au féminin)

Certains auteurs mentionnaient dans les années quatre-vingt-dix, des problèmes de diffusion des œuvres littéraires en Tunisie (voir la littérature maghrébine d’expression arabe) mais aussi de censure. Il semble que la situation se soit considérablement amélioré, vingt ans après, notamment grâce à de  jeunes et dynamiques maisons d’éditions qui ont dans leur catalogue de nombreuses femmes auteurs. Les éditions Elyzad sont nées en 2005 à Tunis et ont pour projet de présenter des ouvrages d’une littérature « vivante, moderne et qui s’inscrit dans la diversité ». Elle ne néglige pas les réseaux sociaux, partenariats avec des blogs, qui ont contribué à la faire connaître.

Les romancières tunisiennes les plus citées :

  Noura Bensaad

Née à Salambô en Tunisie de père tunisien et de mère française, Noura Bensaad rédactrice Web après avoir été professeur de français et traductrice. Elle a publié aux éditions l’Harmattan : L’immeuble de la rue du Caire (roman, 2002) et Mon cousin est revenu (nouvelles, 2003). Son deuxième recueil de nouvelles Quand ils rêvent les oiseaux paraît aux éditions elyzad (2009).

Souad GUELLOUZ

née le 30 Décembre 1937 à Metline. 

Auteur de plusieurs ouvrages : La vie simple en 1957 (publié en 1975), « Les jardins du nord » en 1982, Myriam ou le rendez-vous de Beyrouth en 1998, ainsi que de nombreux poèmes, dont un recueil, en français avec sa traduction arabe, Comme un arc en ciel  Elle a obtenu le prix « France-Méditerranée » en 1983, à Paris, pour Les jardins du nord, Le Comar d’Or, à Tunis, pour « Myriam ou le rendez-vous de Beyrouth »

Azza Filali

Azza Filali est née en 1952. Elle est professeur de Gastro-entérologie à l’hôpital La Rabta à Tunis. Elle a par ailleurs obtenu un master en philosophie à l’université Paris-I en 2009.

Elle a publié des romans, des nouvelles et des essais :  Vingt ans plus tard  (Elyzad 2009), L’heure du cru (2009), Ouatann (2012)

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Emna Belhaj Yahia

Elle est née à Tunis où elle vit encore aujourd’hui. A enseigné la philosophie pendant plusieurs années.

L’Étage invisible (Joëlle Losfeld / Cérès, 1997), Tasharej (Balland, 2000). Jeux de rubans (Elyzad 2011)

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Hélé Béji 

Ecrivain francophone tunisienne
Née à Tunis en 1948. Agrégée de lettres modernes, elle a enseigné la littérature à l’Université de Tunis avant de travailler à l’Unesco en tant que fonctionnaire internationale. Elle fonde le Collège international de Tunis en 1998.

Désenchantement national. Essai sur la décolonisation, (éd. François Maspéro, Paris, 1982) ; L’œil du jour, (éd. Maurice Nadeau, Paris, 1985, rééd. Cérès Productions, Tunis, 1993) ; Itinéraire de Paris à Tunis : satire, éd. Noël Blandin, Paris, 1992 ; L’art contre la culture : Nûba, éd. Intersignes, Paris, 1994 ;Dernières nouvelles de l’été, éd. Elyzad, Tunis, 2005 ;Une force qui demeure, éd. Arléa, Paris, 2006 ;Entre Orient et Occident. Juifs et musulmans en Tunisie, éd. de l’Éclat, Paris, 2007 ; Nous, décolonisés, éd. Arléa, Paris, 2008 ; Islam pride.  Derrière le voile, éd. Gallimard, Paris, 2011

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Fadhila Chebbi

Elle est née en 1946 à Tozeur, poétesse d’expression arabe. Elle a été professeur d’arabe pendant plus de trente ans. Son premier recueil s’intitule « Odeurs de la terre ». Elle reçoit en 1988 le prix Zoubeida B’chir pour la création littéraire en langue arabe ainsi qu’en 2 009 pour son recueilBourouk El Mata.

Mais elle a écrit aussi des nouvelles, romans et livres pour enfants.

Références :

Le site Internet le plus riche : www.limag.com

Littérature francophone. Tome 1 : Le Roman. Ouvrage collectif sous la direction de Charles Bonn et Xavier Garnier, Paris, Hatier et AUPELF-UREF, 1997

Jean Déjeux – La littérature féminine de langue française au Maghreb (Paris – Karthala – 1994)

La question du droit des femmes en Tunisie par Abir Krefa

Corps et sexualité chez les romancières tunisiennes :Enjeux de reconnaissance, coûts et effets des « transgressions » par Abir Krefa

Romancière égyptienne : May Telmissany

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May Telmissany fait partie de ces romancières qui ont quitté l’Egypte et vivent à l’étranger. Difficile d’être une intellectuelle et de vivre en femme libre en Egypte ! L’auteure est née au Caire en Egypte et réside en permanence au Canada.. Elle a obtenu une maîtrise de lettres françaises à l’Université du Caire en 1995. Elle a entrepris des recherches sur Marcel Proust afin de préparer un doctorat de littérature comparée à l’Université de Montréal.

Son oeuvre traduite en français :

A Héliopolis, le nouveau quartier du Caire construit au début du XXe siècle sur un site pharaonique, un monde en voie de disparition. A travers l’histoire de Micky, l’enfant-narratrice, de sa mère, de sa grand-mère et de ses tantes, se dessine la carte des espaces féminins oubliés où se greffe l’Egypte des années 70.

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Une invitation à pénétrer dans les hammams égyptiens, lieux de détente et de rites, connus pour leurs vertus thérapeutiques, menacés par l’évolution des traditions et la pression immobilière. Le travail photographique de P. Meunier rend compte de l’architecture de ces bâtiments : décors orientaux, objets insolites, couleurs chaleureuses.

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Après la disparition de sa fille, une jeune femme reprend peu à peu pied dans la vie grâce au récit qu’elle fait de son deuil.

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Nourredine Saadi et Aliaa Magda El Mahdi, jeune blogueuse égyptienne qui posa nue sur son blog

Il est né et a grandi à Constantine. Professeur à l’Université d’Alger jusqu’en 1994 et depuis, à l’université d’Artois en France où il enseigne le droit public et la science politique. Ecrivain, il a notamment publié Dieu-Le-Fit, 1996, La Maison de lumière, 200, La Nuit des origines, 2005, Il n’y a pas d’os dans la langue, 2008 etc…Il a obtenu le Prix Kateb Yacine, et le prix Méditerranée.

 rev arabes

 « Vous criez « Liberté » sur cette place de la Liberté, vous voulez chasser les nouveaux pharaons, le dictateur, le taghout, mais vous avez peur de vos femmes, des épouses que vous engrossez, des poupyates que vous enfermez, des charmoutates que vous voilez, des qahbates que vous méprisez, des bonnes que vous cognez, des maîtresses que vous achetez, de vos mères castratrices, peur pour l’hymen de vos filles, peur du qu’en-dira-t-on, peur de vos ombres, peur de vos peurs, peur de vous-mêmes »

Nourredine Saadi prend ici la voix d’une femme Aliaa Magda El Mahdi, jeune blogueuse égyptienne qui avait posé nue sur son blog pour défendre les droits des femmes. Sur Facebook, elle a lancé un cri contre la société de son pays, où le sexisme et le harcèlement sexuel sont monnaie courante. Cela viendrait selon elle du fait que les femmes sont considérées comme des objets sexuels.

« Cachez les livres d’arts et écrasez les statues archéologiques nues, puis enlevez vos vêtements et regardez-vous dans le miroir. Brûlez vos corps que vous méprisez dans le but de vous débarrasser de vos complexes sexuels pour toujours, avant de diriger vos insultes sexistes contre moi et de nier la liberté d’expression » cité par Wikipédia

La romancière égyptienne Ahdaf Souief et la révolution

« They told us we were divided. They told us we’re extreme. They told us we’re ignorant, » says Soueif, surrounded by demonstrators. « But here we are, and we’re great. »

La romancière égyptienne Ahdaf Souief a participé aux manifestations de la place Tahrir. « Ils ont dit que nous étions divisés Ils ont dit que nous étions des extrémistes. Ils ont dit que nous étions ignorants, » « Mais nous sommes là et nous sommes puissants ».
Elle est née au caire et a grandi en Egypte et en Angleterre. Elle s’est imposée comme une grande romancière d’aujourd’hui. Son roman « Lady Pacha », grande fresque historique et romanesque a été finaliste du Booker’s Prize 1 999.
Un an après les événements de la place Tahrir, alors que l’armée dirige toujours le pays et que la démocratie n’est encore qu’un rêve, elle raconte ce que furent ces dix-huit jours afin de ne pas oublier que cela est vraiment arrivé, que cela n’a pas été seulement un mirage, ni une illusion. Ce fut pour elle, l’expérience unique d’un projet et d’un but commun qui souda et réunit une grande partie de la population.Et s’il s’agissait de renverser le régime et de trouver un remède aux maux dont souffre la société égyptienne, ce fut aussi une expérience profondément humaine, un nouveau rapport avec les autres, et la sensation de vivre pendant dix-huit jours comme ils le voulaient.
Cairo book cover
Livre publié en français :
Ahdaf Souief
1900. Lady Anna Winterbourne rencontre en Egypte Sharif Pacha al Barudi, nationaliste égyptien. Elle représente l’Angleterre coloniale qu’il déteste, il incarne l’Egypte authentique. Ils vont tomber amoureux l’un de l’autre et se marier. En 1997, leur descendante vit aussi une passion pour un Egyptien. Elle se rend au Caire, avec, dans sa malle, le journal d’Anna.

Ode à la joie – Shifra Horn

Ode à la joie

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En janvier 2002, Yaël Maguid, anthropologue, alors qu’elle se dirige au volant de sa voiture vers l’université de Jérusalem, assiste à un spectacle insoutenable : un bus, avec l’arrière une petite fille, explose sous ses yeux. Traumatisée, en proie aux cauchemars et à l’angoisse, Yaël n’aura de cesse de retrouver cette petite fille qui ne figure pas sur la liste des victimes. D’où vient-elle, que lui est-il arrivé ? Qui est-elle ? Son salut désormais dépendra de l’issue de son enquête …

 

Shifra Horn décrit très finement les répercussions des attentats sur la population israélienne, les traumatismes, le sentiment de menace permanente, de conflit qui s’éternise et qui s’enlise dans la violence lors de la seconde Intifada. J’ai lu ce livre en regard d’un autre livre palestinien sur la même période, ce qui m’a apporté un éclairage tout à fait intéressant.

 

          Le livre commence par l’enquête de deux femmes israéliennes sur la pratique de l’excision chez certaines tribus bédouines, il est rappelé que si le Coran ne mentionne que la circoncision, les hadiths, textes également attribués au Prophète mentionnent que « la circoncision est un devoir pour l’homme, une gratification pour la femme ». Bon, on se dit que c’est mal parti. Va-t-on avoir une liste de toutes les vicissitudes des populations arabes de la région, des règlements de compte par romans interposés ? Et d’ailleurs que vient faire là cette histoire ? On ne comprend pas très bien. Lors de l’attentat, Yaël écoutait l’Ode à la joie de Beethoven, mais n’était-ce pas un signe ? N’a-t-il pas servi aux nazis, aux fascistes et aux communistes ?

          Pourtant Yaël évoque le regret et l’absence de Rami, jeune Arabe qui venait l’aider chaque lundi et qui ne vient plus depuis que le mur de séparation a été construit et sépare le village de celui-ci de son quartier. Elle montre aussi le sentiment de culpabilité qui ronge un certain nombre de Juifs Israéliens (et qu’à l‘évidence, elle ne partage pas) et qui conditionne leur comportement vis-à-vis des Arabes israéliens. L’auteure a le mérite de faire valoir toutes les points de vue des citoyens israéliens sans prendre ouvertement parti pour aucune même si on devine ses préférences. Et c’était là, je pense, le principal écueil de ce livre. Yaël fréquente aussi les milieux ultra orthodoxes pour un sujet de thèse qu’elle abandonnera peu à peu. Mais c’est là qu’elle trouvera aussi un des ressorts qui lui permettra de continuer à vivre et aimer.

Car le mâle israélien n’est pas très différent des autres mâles. Il n’a aucune supériorité sur d’autres nationalités. D’une certaine manière, c’est rassurant.

De ce bourbier, va fleurir l’amour, un bel et tendre amour qui ravira tous les cœurs de midinettes dont je fais partie. Amour si improbable qui à lui seul donne une certaine tension et une réelle saveur au récit.

          « Me revint en mémoire le poème de Yéhouda Amihaï qui commence par les mots Dieu a pitié, et les yeux humides, je me suis dit que non, décidément, Dieu n’avait pas pitié des enfants qui allaient à l’école, encore moins de ceux qui allaient au collège. Il n’aura pas davantage pitié des grands. »

 

Un beau livre, malgré ces quelques réserves, une mine de renseignements aussi sur la vie de ce pays et sur le sentiment des Israéliens vis-à-vis du conflit israélo-palestinien.

Un printemps très chaud – Sahar Khalifa

un printemps très chaud

Un printemps très chaud. Éditions du Seuil. Traduit de l’arabe (Palestine) par Ola Mehanna et Khaled Osman

Deux enfants s’apprivoisent à travers un grillage. Des sourires, de rares mots, chacun apprend un peu des mots de la langue de l’autre et s’émerveille de trouver des ressemblances. Mais cette clôture extérieure symbolise aussi la clôture intérieure, psychique qui habite chaque palestinien et israélien. La haine empêche toute communication ou tout élan. Ahmad, un jeune palestinien, se laisse porter par l’amour de l’Autre, en dépit des interdits de sa communauté. Il est timide, et rêve d’aventure : il décide de franchir la clôture…Braver l’interdit aura de lourdes conséquences pour le jeune homme et le fera passer brutalement de l’enfance à l’adolescence. Il se trouve enrôlé dans les forces de résistance…

Comment grandir derrière des murs et des clôtures, comme être jeune aujourd’hui en Israël et Palestine ?

Ce récit a pour toile de fond la seconde Intifada et les représailles israéliennes. On y voit comment des jeunes gens sont conditionnés pour devenir des « martyrs »…

La place des femmes palestiniennes est problématique. Soumise à la tradition, elle a peu d’éducation et ses droits ne sont pas égaux à ceux des hommes. Pourtant, les femmes portent toutes les responsabilités, d’autant plus accrues lorsque les maris ou les fils entrent dans la résistance. Seules, elles s’occupent de subvenir aux besoins de la famille quand leurs maris sont emprisonnés ou pire tués dans une escarmouche avec l’armée israélienne. La femme est sacrifice : elle se sacrifie pour ses enfants, le nom de la famille, la dignité, la nécessité pour la femme de préserver son honneur. L’oppression que subissent les femmes double celle subie par Israël : « Vous nous bassinez avec Israël ! L’oppression que nous subissons de nos proches est plus dure et plus amère. »

D’ailleurs quelle place les femmes occupent-elles dans l’Organisation ? « C’était ça la politique, c’était ça les dirigeants ?Et nous, les femmes, que savons-nous ? Que désirons-nous ? Qu’attend-on de nous ? C’est Souad qui lui a fourni la réponse : « Pas grand-chose… Pour eux, nous ne sommes qu’un décor et rien de plus… »

Peut-être est-ce là le pire des malentendus, les femmes et les hommes ne se connaissent pas vraiment, et une moitié de l’humanité est ignorée pendant que l’autre fait la résistance. Comment un pays, une région, peut-elle se développer dans ces conditions ?

« Mais sérieusement, toi qui es un jeune homme éduqué, dis-moi ce qu’on y connaît au sexe faible, à part le harem, les concubines entretenues et les femmes voilées dissimulées derrière leur tenture ? Est-ce que c’est possible de dialoguer avec des têtes cachées derrière des voiles et des rouleaux de tissu ?Est-ce que c’est possible de pénétrer le marché mondial quand ton image est associée aux femmes pachtounes et à Khomeyni ? T’as vu leurs photos ? je te promets qu’un sac de riz ou de pommes de terre est plus sexy ! « 

  J’ai trouvé ce livre assez intéressant pour toutes les connaissances qu’il apporte

 sur la société palestinienne et la place des femmes. Sahar Khalifa, est, sans nul doute, une grande dame. 

Sahar Khalifa

Sahar Khalifa

Elle est née à Naplouse. Après avoir enseigné à l’université de Bir Zeit, en Palestine, elle suit des études de littérature anglo-saxonne aux Etats-Unis, puis revient en Palestine où elle fonde le Centre des études féminines qu’elle dirige depuis.

Elle est considérée comme la plus grande romancière palestinienne et, en 2006, l’Université américaine du Caire lui a décerné le prix Naguib Mahfouz de littérature. Ses romans sont traduits dans le monde entier.

Du même auteur, traduits en français, Chronique du figuier barbare, chez Gallimard en 1978, la Foi des tournesols chez Gallimard toujours en 1989, L’impasse de Bab Essaha chez Flammarion en 1997, repris en poche (10/18) en 2001.

Un certain nombre de ses écrits plus féministes ne sont pas traduits en français.

Shifra Horn

Shifra Horn

Née à Jérusalem en 1951 d’un père russe et d’une mère iranienne. Issue d’une famille marrane (juifs convertis à l’Islam), Shifra Horn vit entre la Nouvelle-Zélande et Israël où elle réside dans le quartier de Gilo, proche de Jerusalem.

 

Elle est diplômée d’archéologie, d’études bibliques et de communication. Journaliste, elle est l’auteur de quatre romans, d’un recueil de nouvelles et de deux livres pour enfants. Chez Fayard ont déjà paru Quatre mères (2001) et Tamara marche sur les eaux (2004). Dans son dernier roman, Ode à la joie, elle traite du traumatisme lié aux attentats suicide qui ont profondément marqués la société israélienne pendant la seconde Intifada.

Source CNL

Natasha Solomons – Jack Rosemblum rêve en anglais

 

 

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Natasha Solomons – Jack Rosemblum rêve en anglais – Le livre de poche – Calmann-Lévy 2011 pour la traduction française

Jack Rosemblum, sa femme et sa fille émigre dans les années trente en Angleterre ; ils fuient l’Allemagne pour échapper aux lois antisémites du régime nazi. Ils ont dû laisser derrière eux une partie de leur famille, et Sadie, l’épouse de Jack en éprouve un terrible chagrin qu’elle essaie, en vain, de partager avec son mari.

L’obsession de Jack est de devenir parfaitement anglais ; il transforme son prénom et oublie l’ancien monde qui était le sien. Pour parvenir à son but, il dresse une liste interminable de tout ce qu’il faut faire et dire pour être parfaitement anglais. Pour couronner le tout, il décide de monter son propre golf…Et c’est là que les ennuis commencent …

Ce livre est véritable coup de cœur ! Il est une réflexion toute en finesse sur la notion d’identité, l’importance de la Mémoire et  l’intégration ou l’assimilation au pays d’accueil quand on est un immigré, le racisme et l’antisémitisme que durent subir les juifs allemands.

« Il s’accordait avec ses voisins pour considérer que le rôle des Juifs était de ne pas faire de vagues. Lorsque personne ne fait attention à vous, vous devenez un simple banc posé dans un parc : utile en cas de besoin mais parfaitement intégré au paysage. L’assimilation, là était le secret. L’assimilation. […] Il en avait assez d’être différent ; il ne voulait pas finir tel le Juif errant. »

 

Un livre qui résonne étrangement aujourd’hui en France et en Europe à l’heure de la montée des nationalismes et de la xénophobie et alors que des néo-nazis entrent au parlement grec.

Jack Rosemblum est un personnage terriblement attachant. Dans le contexte historique des années 30, on comprend parfaitement ce besoin désespéré d’être comme tout le monde, d’être parfaitement assimilé au pays d’accueil qui correspond au traumatisme deslois antisémites que durent subir les Juifs allemands. Où trouver la sécurité quand de tout temps votre peuple a été persécuté et que le seul fait d’être Juif suffit à vous désigner à la vindicte populaire ? Quelle patrie peut être suffisamment intègre pour vous protéger dés lors qu’elle fait de vous l’un des siens ?

Des Français et des Allemands ont dénoncé et livré aux bourreaux des Juifs qui étaient tout aussi français ou allemands qu’eux.  Mais ce désir d’assimilation risque révéler ses limites et menacer l’identité de la famille Rosemblum. Car renier ses origines, n’est-ce pas aussi occulter une partie de soi et perdre son identité ? La mémoire est ce qui assure le continuum de ce qui est notre moi , à vouloir absolument être autre, à rechercher l’invisibilité, n’y a-t-il pas le danger de sombrer dans la schizophrénie ? Se cacher, n’est-ce pas aussi avoir peur ? « Il était fatigué d’être le Juif [… ] de service – un rôle à la fois solitaire et dangereux. »

D’ailleurs, les Juifs Français et Allemands pour un grand nombre d’entre eux étaient parfaitement assimilés depuis des générations, et qui plus est non-pratiquants ; ce qui n’a pas empêché la persécution.

Dans mon parcours de lecture actuel, ce livre a fait écho à l’histoire d’Israël.

 

 

D’ailleurs quand Sadie demande à Jack pourquoi ils ne partent pas en Israël dans ce jeune pays créé pour les Juifs, il répond qu’il est trop tard, qu’il faut être jeune et vigoureux pour bâtir un nouveau pays.

« Tu veux être comme tout le monde. Eh bien, allons en Israël, où tout le monde est comme nous ! » Sadie retourne l’argument.  Son chagrin est une marque de respect pour ceux qui ont disparu, et aussi le moyen de les garder encore en vie dans sa mémoire.

Peut-être y aura-t-il une autre voix à trouver, et qu’ils sont assez de deux pour inventer un nouveau chemin. A suivre…

Lisez ce livre qui est un petit bijou. La langue est impeccable ; c’est magnifiquement écrit et construit et l’auteure sait ménager suspense et rebondissements. On est complètement happé par le récit. L’émotion est également présente tout du long sans être envahissante car c’est un livre beau et pudique.

Chochana Boukhobza et Rula Jebreal

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Chochana Boukhobza, française. A vécu plusieurs années en Israël.

J’ai choisi de rapprocher ces deux auteures (Chochana Boukhobza et Rula Jebreal) car toutes deux vivent en dehors d’Israël, la France ou l’Italie. Toutes deux également prennent Jerusalem comme véritable personnage de leur roman, en des descriptions véritablement éblouissantes en ce qui concerne Rula Jebreal.

20% de la population Israélienne est Arabe (source France Inter, émission mai 2012)

Palestiniens de l’intérieur ou réfugiés de l’intérieur sont des Palestiniens détenteurs de la nationalité israélienne. Palestiniens ou Arabes en Israël . « Selon les principes fondamentaux de la démocratie israélienne, ces citoyens ont les mêmes droits que les autres Israéliens. Toutefois, des discriminations sont dénoncées contre ces populations, parfois soupçonnées par leurs concitoyens de soutenir la cause palestinienne aux dépens de l’existence de l’État d’Israël. La majorité des Arabes israéliens ne sont pas appelés à servir l’armée de défense israélienne »

Chochana Boukhobza (hébreu: שושנה בוקובזה  ), née le 2 mars 1959 à Sfax en Tunisie est un écrivain français. Elle a quitté la Tunisie pour Paris à l’âge de 4 ans, puis émigré en Israël à l’âge de 17 ans jusqu’à son retour à Paris à l’âge de 21 ans.1.

Elle a étudié les mathématiques en Israël.

Elle est l’auteur de plusieurs romans : le premier, Un été à Jérusalem, a reçu le prix Méditerranée en 1986 alors que le second, Le Cri, a été finaliste au Prix Femina en 1987. Elle a aussi écrit de nombreux scénarios. En 2005, elle a co-réalisé un documentaire « Un billet aller-retour » (Paris-Barcelone Films productions).

(source Wikipédia)

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Rula Jebreal

Elle est née en 1973 à Haïfa ; elle est à l’origine de nationalité israélienne (arabe), et a par la suite acquis la nationalité italienne6.

« Suite au suicide de sa mère, elle devient en 1978 élève du Dar al-Tifl ; en 1993, elle part en Italie poursuivre ses études, grâce à une bourse du gouvernement italien. Elle commence à travailler pour la presse en 1997, d’abord dans le domaine social, puis dans celui des affaires internationales, notamment sur le conflit israélo-palestinien. Elle a publié trois livres : les romans Miral et La Promise d’Assouan, et un ouvrages d’entretiens Divieto di soggiorno1concernant les immigrés en Italie.

Relativement au conflit israélo-palestinien, elle assume la position « deux peuples, deux Etats » avec une alliance israélo-palestinienne contre les extrémistes religieux; elle agit aussi pour la réalisation du droit à l’éducation des Palestiniennes. (source Wikipédia)

http://www.france24.com/fr/20100522-journalisme-italie-palestine-femmes-droits-humains