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La cattiva – Lise Charles / l’amour et l’ennui

 lise charles la cattiva

Marianne Renoir, rencontre à quinze ans Pierre Pansart descendant du pape Sixte Quint et de la grande famille des Peretti, dont Stendhal a raconté quelque part les aventures. Flattée peut-être par les attentions de ce jeune érudit , il connaît le grec et le latin, l’italien aussi, car il passe tous ses étés dans la villa de ses aïeux, près de Ferrare, Marianne succombe …

Six ans plus tard, Marianne et Pierre se retrouvent dans la villa de Camporiano. Les soubresauts d’un amour finissant nous sont contés ici par la plume alerte de Lise Charles qui possède un talent certain à décrire les mouvements intérieurs de son héroïne, partagée entre un reste d’amour, la haine, et le dégoût.

Marianne s’ennuie avec Pierre mais elle n’ose pas le quitter, les atermoiements du cœur sont la matière de ce récit. Elle aurait voulu « qu’il fût tout bon ou tout mauvais », pense parfois qu’elle « s’effondrerait » s’il n’était pas là mais au fond, ne le supporte plus. Pourquoi aime-t-on, pourquoi n’aime-t-on plus ? Que voit-on de celui que l’on croit aimer ? L’amour est-il la prescience de la valeur d’un être, comme le dit Ortega y Gasset, ou au mieux, un aveuglement salutaire ?

Elle éprouve pour lui désormais « un mépris calme, un dégoût intérieur » et se plaît à imaginer cent fois les détails d’une possible rupture. L’instant d’après une « félicité tournoyante » s’empare d’elle et la ferait presque pleurer de bonheur.

Méchante, elle ne l’aime plus et se plaît à l’humilier, captive, elle ne peut se défaire de cette relation. Elle voudrait aimer pourtant et se heurte à sa propre impuissance, « de quels dévouements, de quels élancements n’aurait-elle pas été capable » ? Car c’est terrible, n’est-ce pas, de n’avoir personne à aimer, de se sentir prisonnière ou morte, prise au piège d’une relation qu’on ne souhaite plus, d’une liberté dont on ne sait pas user, avec ce choix à portée de main comme un vertige.

« Elle en était venue à envier les femmes des siècles passés. »

Pierre lui, n’est pas un personnage qu’on se plaît à aimer, et on se demande ce qu’est cet amour qu’il dit ressentir alors que c’est « quand elle dort, (qu’)elle a l’air d’une petite morte », que son amour est le plus fort. On sent le cuistre, mais parfois aussi un maladroit un peu rustre malgré toute sa culture, et plus rarement un homme touchant .

Au terme de cet été peut-être, le dénouement aura-t-il lieu?

« Je voulais montrer une situation où l’on s’ennuie un peu, avec la déliquescence. L’amour comme une bonace, tel que l’écrit La Rochefoucauld, mais aussi l’amour comme Stendhal. À la fois l’ennui, l’exaltation, le dégoût, et, en même temps, que ça aille vite. » confie-t-elle au journaliste Pierre Lançon de Libération, qui a fait une très belle critique de ce roman.

Le problème c’est que nous lecteurs, nous ennuyons avec elle. C’est brillant, c’est vrai, magnifiquement écrit, truffé de références, ( d’ailleurs Lise Charles est brillante, En 2004, élève du lycée Henri-IV, elle a obtenu les premiers prix aux concours généraux de français, d’allemand, de grec ; l’année suivante, un second prix de philosophie. Et est aussi douée en mathématiques, prépare un doctorat ), mais peut-être est-ce trop, trop réussi, trop bien écrit, au détriment de l’émotion. Je suis restée en dehors de ce récit bien maîtrisé, de cette langue trop bien soignée. Je n’ai rien ressenti pour ces personnages, j’ai admiré le style, l’écriture, la construction ; mes élans sont restés purement intellectuels. Vous me direz, c’est déjà ça.

C’est vrai, mais pourquoi lit-on, si ce n’est pour être emporté au-delà de soi ?

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Ce livre est le dernier de la sélection que je lis pour les ouvrages qui ont passé le second tour. Les résultats auront lieu certainement la semaine prochaine et c’est celui que j’ai le moins aimé.

Lettre d’amour de Sylvia Plath

vignette les femmes et la poésie

Lettre d’amour

Pas facile de formuler ce que tu as changé pour moi.

Si je suis en vie maintenant, j’étais morte alors,

Bien que, comme une pierre, sans que cela ne m’inquiète,

Et je restai là sans bouger selon mon habitude.

Tu ne m’as pas simplement un peu poussée du pied, non-

Ni même laissé régler mon petit œil nu

A nouveau vers le ciel, sans espoir, évidemment,

De pouvoir appréhender le bleu, ou les étoiles.

                                         ♥

Ce n’était pas ça. Je dormais, disons : un serpent

Masqué parmi les roches noires telle une roche noire

Se trouvant au milieu du hiatus blanc de l’hiver –

Tout comme mes voisines, ne prenant aucun plaisir

A ce million de joues parfaitement ciselées

Qui se posaient à tout moment afin d’attendrir

Ma joue de basalte. Et elles se transformaient en larmes,

Anges versant des pleurs sur des natures sans relief,
mais je n’étais pas convaincue. Ces larmes gelaient.

Chaque tête morte avait une vision de glace

                                         ♥

Et je continuais de dormir, repliée sur moi-même.

La première chose que j’ai vue n’était que l’air

Et ces gouttes prisonnières qui montaient en rosée,

Limpides comme des esprits. Il y avait alentour

Beaucoup de pierres compactes et sans aucune expression.

Je ne savais pas du tout quoi penser de cela.

Je brillais, recouverte d’écailles de mica,

Me déroulais pour me verser tel un fluide

Parmi les pattes d’oiseaux et les tiges des plantes.

Je ne m’y suis pas trompée. Je t’ai reconnu aussitôt.

                                         ♥

L’arbre et la pierre scintillaient, ils n’avaient plus d’ombres.

Je me suis déployée étincelante comme du verre.
J’ai commencé de bourgeonner tel un rameau de mars :

Un bras et puis une jambe, un bras et encore une jambe.

De la pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.

Maintenant je ressemble à une sorte de dieu

Je flotte à travers l’air, mon âme pour vêtement,

Aussi pure qu’un pain de glace. C’est un don.

English: Digital image of Sylvia Plath's signature
English: Digital image of Sylvia Plath’s signature (Photo credit: Wikipedia)

Extrait de Sylvia Plath , Oeuvres, IN-Quarto Gallimard

Martine ce matin évoque la poésie  d’ Anne Bihan

En ce dimanche donc poetisons-Martine

Sylvia Plath – L’histoire d’une vie

Sylvia-Plath

Sylvia Plath est née le 27 octobre 1932 dans le Massachussets, d’une famille d’origine allemande et autrichienne, et elle s’est donnée la mort le 11 février 1963 à Londres à l’âge de 31 ans. Ecrivaine américaine, elle a produit des poèmes pour l’essentiel, un roman autobiographique (The Bell Jar – en français, la cloche de détresse), dans lequel elle décrit sa première dépression, des nouvelles, des livres pour enfants et des essais.

En 1940, son père meurt, événement dramatique qui marquera toute son œuvre.

Ecrivain précoce, elle publie son premier poème en 1941 à l’âge de 9 ans dans le Boston Herald Tribune. Ce talent ne se démentira pas, en 1944, elle entre au collège Alice L. Philips à Wellesley.

Elève brillante, passionnée par Shakespeare, elle publie régulièrement des poèmes dans le journal de l’école. Lors d’une représentation de «La tempête » de Shakespeare au Colonial Theater de Boston, elle découvre le personnage d’Ariel, figure de l’imagination créatrice,  qui donnera le nom d’un de ses recueils de poèmes.

En 1945, elle découvre dans la presse les crimes et les atrocités des nazis. Consciente de ses origines germaniques, le thème de la guerre occupera une place importante dans son œuvre.

A partir de 1947, elle commence à tenir sérieusement son journal et continue à publier ses poèmes dans les journaux, encouragée par un de ses professeurs, Wilbury Crockett qui la marquera profondément.

Lors de l’été 1950, elle travaille à Lookout farm, à la cueillette des fraises et inspirée par ses expériences personnelles, écrit plusieurs nouvelles qui abordent le thème des premiers émois amoureux. Elle entame une correspondance qui durera plusieurs années avec Eddie Cohen qui veut devenir écrivain, où les deux jeunes gens abordent librement la sexualité, la conscription et la guerre de Corée.

 

Elle fait des études brillantes à Smith College où elle rencontre celle qui sera sa protectrice durant toute la durée de sa scolarité, Olive Higgins Prouty, une sylvia plath 1romancière de littérature populaire fortunée avec laquelle elle restera en contact toute sa vie.

Elle assiste à des conférences d’écrivains dont celle de Nabokov et  et  Elizabeth Bowen. 

Elle est confrontée au conformisme de l’époque à l’égard des jeunes filles, le bonheur en effet, selon la presse féminine de l’époque, ne peut être atteint en dehors de la maternité et du mariage. Elle lit « l’un et l’autre sexe. Les rôles de l’homme et de la femme dans la société. De Margaret Mead publié en 1948. Dans son journal, elle ne cesse de s’interroger sur la compatitbilté de son désir d’être artiste avec la vie conjugale.

Ses maîtres sont Auden, W.B. Yeats, T.S. Eliot, Wallace Stevens, Dylan Thomas pour lequel elle a une prédilection. Elle est choisie pour collaborer comme éditrice au magazine Mademoiselle et publie un entretien avec Elizabeth Bowen.

Margaret Mead, American cultural anthropologist
Margaret Mead, American cultural anthropologist (Photo credit: Wikipedia)

En 1953, elle tente de se suicider et fait plusieurs séjours en établissements psychiatriques. Elle apprend que plusieurs femmes de la famille d’Otto ont
souffert de dépression.

 

En 1955, elle poursuit ses études à Cambridge et lors d’une fête rencontre Ted Hughes, poète, diplômé de Cambridge après des études de lettres et d’anthropologie sociale à Pembroke College. Il vit à Londres.

En mai de la même année, elle publie dans Isis, un magazine étudiant de Cambridge, une critique des idées préconçues et réductrices qui pèsent sur la femme dans le milieu universitaire sans rejeter une certaine image de la féminité dans les années cinquante.

English: Painting on CanvasElle épouse Ted Hughes en 1956.

L’année suivante, Ted est lauréat du prix du concours Harper du meilleur premier livre pour son recueil « Le faucon sous la pluie ». Sylvia obtient une licence de lettres.

 

En 1958, elle rencontre Adrienne Rich, qu’elle considère comme sa principale rivale. Malgré un style assez conventionnel, celle-ci porte un intérêt croissant, à la condition féminine dans son œuvre. La poésie de Sylvia fera écho à celle de sa consœur.

En mai, elle découvre les poèmes de Robert Lowell qui sont une révélation. Les textes qu’elle écrit à cette période accordent une place grandissante à la
figure paternelle
associée à l’élément marin et au thème de la perte.
« Par cinq brasses de fond », un de ces poèmes, doit donner son titre à son premier recueil en préparation.

 En 1959, Robert Lowell s’apprête à publier un recueil d’un genre nouveau « Life studies » en rupture avec le formalisme et la doctrine de l’impersonnalité qui ont prévalu aux Etats-Unis pendant la première moitié du XXe siècle et qui fera de lui l’une des principales figures de la littérature confessionnelle.

 

Sylvia recherche une nouvelle forme d’écriture pour ses poèmes, dans une veine philosophique qu’elle désire désormais atteindre.
Davantage tournée vers les poètes femmes de sa génération, elle s’intéresse aux « conversations de femmes ».

Elle écrit une série de textes dans lesquels la figure du père, de la grand-mère ou les lieux de l’enfance près de l’océan occupent une place centrale. La presse accepte de nouveaux poèmes.

Son premier recueil, rebaptisé « Le taureau de Bendylaw (the bull of Bendilaw) est classé second au concours de poésie du prix Yale, remporté par George Starbuck. Elle souhaite ouvrir sa poésie à l’expérience, aux situations et au monde réel.

En 1960, ils retournent en Angleterre. Le prix Somerset Maugham est décerné à Ted Hughes pour son premier recueil.sylvia-plath-and-ted-hughes

Elle rencontre Rosamond Lehman, proche du groupe de Bloomsbury. Ses premiers romans « Poussière »(1927) et Une note de musique (1830) abordent le thème de l’hostilité des hommes à l’égard de la femme intellectuelle et dépeignent son expérience de divorce.

 Elle donne naissance à ses deux enfants et essaie de poursuivre son œuvre malgré quelques périodes où elle se laisse absorber par son expérience de la maternité .

 

Les éditions Heineman publient « Le colosse et autres poèmes », bien accueilli par la critique qui met en avant la virtuosité technique de son auteur, son usage habile de la métaphore et la vitalité de son style.

Les poèmes les plus marquants de cette période sont ceux qui prennent pour thème la fertilité ou la stérilité, la relation  mère-enfant, comme « Chant du matin ».

 

Ted et Sylvia partagent les tâches domestiques. Ted garde les enfants le matin pour permettre à Sylvia d’écrire mais ce sera pour noter plus tard que la vie assia-wevilldomestique l’étouffait. Sylvia apprend la trahison de son mari qui a une liaison avec Assia Wevill.

 Cette année-là (1962), elle écrit de nombreux poèmes dont « A un enfant sans père » et la série des « Abeilles ».

Parmi ses autres poèmes, des poèmes de la révolte au féminin, du désespoir et de la folie.

« La mise en rapport de l’expérience privée et de l’histoire collective, l’une se donnant pour miroir de l’autre, serait l’un des traits prédominants de la poésie dite confessionnelle, courant auquel Sylvia sera rattachée, comme aussi de la poésie américaine écrite par les femmes dans le courant des années soixante et soixante-dix ». Elle est très influencée par Anne Sexton.

Fin 62, les forces de Sylvia s’épuisent et son sentiment d’abandon s’accroît après un hiver difficile à Londres.

En 1963, son roman « La cloche de verre » fait une sortie remarquée et bénéficie de bonnes critiques.
Après la rédaction d’essais autobiographiques et de plusieurs nouveaux poèmes « Les mannequins de Munich », « Totem »,« Enfant », « Paralytique » et « Gigolo », Sylvia sombre à nouveau dans la dépression. Le 10 février elle se donne la mort.

En 1969, Assia, la maîtresse de Ted se suicidera également au gaz avec son enfant, dans un appartement londonien.

 Légataire de l’œuvre de sa femme Sylvia Plath, il publiera une partie de son œuvre dans les décennies qui suivront.

Elle est devenue pour beaucoup de lecteurs dans le monde, une figure culte. Les féministes américaines ont vu dans son œuvre, « l’archétype du génie féminin écrasé par une société dominée par les hommes » (Wikipédia). Mais avant tout, ce qui fascine dans son œuvre, est peut-être cette empreinte de la mort, dont l’écriture est le témoin, à travers des métaphores sombres et puissantes, un chant mêlé de douleur et de désespoir, qui s’avérait peut-être prémonitoire.

Ses journaux de 1950 à 1962 ont été traduits et publiés chez Gallimard en 1 999.

En 1982, elle a été le premier poète de l’histoire à recevoir le Prix Pulitzer à titre posthume  pour une anthologie de ses œuvres (The collected poems).

 

Site sylviaplath.info, biographie établie à l’aide de l’édition des œuvres de Sylvia Plath dans Œuvres chez Quarto gallimard, le site wikipédia et le journal de Sylvia Plath.

  Oeuvres traduites en français

  Aux éditions Gallimard :

La cloche de détresse ;ca-ne-fait-rien !;Arbres d’hiver précédé de La traversée ;Journaux (1950-1962) ;Ariel

 Le jour où Mr Prescott est mort, La Table Ronde ;Carnets intimes, La Table Ronde

L’Histoire qu’on lit au bord du lit, Editions du Rocher

Lettres aux siens, volume 1 (1950-1956), Editions des Femmes ;Trois femmes, Poème à trois voix, Editions des femmes

Sylvia plath Oeuvres, Quarto gallimard, 2011

Diane Middlebrook
Diane Middlebrook (Photo credit: Wikipedia)

Jeu concours autour de « Mourir est un art comme tout le reste » de Oriane Jeancourt Galignani

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Litterama (Les femmes en littérature)  et les éditions Albin Michel vous propose de gagner un exemplaire du livre « Mourir est un art comme tout le reste » de Oriane Jeancourt Galignani.

Pour cela il suffit de répondre à quelques questions et d’adresser les réponses à litterama-jeuconcours@laposte.net.

Et c’est Kathel qui a gagné ! Bravo !

Ne répondez surtout pas en commentaire.

1) Quelle était la nationalité de Sylvia Plath ?

2) Quel était le nom et le prénom de son mari ?

3) Quel prix s’est-elle vu attribuer à titre posthume ?

4) De quel poème est tiré le titre du livre « Mourir est un art comme tout le reste »?

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L’écriture féminine au XIXe siècle

               Les femmes écrivains du passé sont peu présentes voire inexistantes dans certaines anthologies ; encore aujourd’hui leur présence fait figure d’exception dans certains manuels. Les femmes furent-elles incapables d’écrire par leur nature même, par leur manque d’éducation, par les tabous sociaux et un certain « complot misogyne » ? Depuis les années 70 et les mouvements féministes, une re-découverte, ainsi que des publications ou re-publications d’œuvres ont cours afin de faire connaître les œuvres des femmes du passé.

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           Or l’histoire littéraire, parce qu’elle a des visées scientifiques , doit intégrer toutes les productions, quel que soit le sexe de leur auteur, et contribuer ainsi à la connaissance de la part prise par des femmes à la construction de la culture commune. C’est pourquoi un certain nombres d’initiatives voient le jour qui cherchent à redonner une visibilité aux femmes écrivains. Je songe par exemple à la collection « Femmes de lettres » de Martine Reid chez Folio.

Un combat qui n’est pas gagné, loin s’en faut.

          Il faut lire Schopenhauer : « Que peut-on attendre de la part des femmes, si l’on réfléchit que, dans le monde entier, ce sexe n’a pu produire un seul esprit véritablement grand, ni une œuvre complète et originale dans les 

Much of Arthur Schopenhauer's writing is focus...
Arthur Schopenhauer’s (Photo credit: Wikipedia)

beaux-arts, ni, en quoi que ce soit, un seul ouvrage de valeur durable ».

          Cause de cette invisibilité des femmes, la réaction de l’Institution littéraire : au XIXe siècle par exemple, la littérature féminine constitue une part de plus en plus importante des publications. Or nous n’en conservons aujourd’hui que peu de traces.

          Les auteurs et les critiques s’agacent de cette présence de plus en plus massive des femmes de lettres mais la reconnaissent. A la fin du dix-neuvième siècle,  Emile Faguet, peu suspect de féminisme, estime que la littérature est devenue, en France, « une profession féminine » ».[1]

Pourquoi un tel rejet des femmes auteurs ? Une certain mépris des femmes et de leur création certes, mais aussi la peur de perdre un monopole et de voir l’identité masculine menacée. La différenciation sexuelle des rôles est bien ancrée dans la société patriarcale du XIX e siècle.

Même quand ils sont bienveillants, les critiques n’en sont pas moins dangereux : des auteurs comme Paul Flat « Nos femmes de lettres » (que je possède sur ma liseuse et qui est un morceau d’anthologie) ne jugent pas les textes de femmes sur leurs qualités littéraire intrinsèques mais évoquent leur beauté, les détails de leur vie privée ou leur soi-disant « féminité » à l’œuvre dans leur création, ce qui est un moyen encore plus sûr de les exclure et de les rejeter à la marge de la création littéraire !

 Pour Paul Féval,  les femmes n’ont pas accompli de grandes œuvres parce que « Sur ces hauteurs, sacrées par le génie mâle, flotte une atmosphère irrespirable à de certains poumons. » et son texte d’être parsemé de clichés sur la nature féminine qu’il ne remet jamais en doute.

 Daniel Stern, pseudonyme de Marie d’Agoult, s’insurge contre ces attaques :

« Nous le répétons ; en France, où rien de grand et d’héroïque ne s’est jamais fait sans que les femmes y participassent ; où depuis le bûcher de Jeanne d’arc jusqu’à l’échafaud de Mme Roland, les femmes ont apporté leur génie, leur amour, leur sang au besoin, sur les autels de la patrie et de la liberté, on est encore sous l’empire d’un préjugé grossier qui fait tolérer les femmes écrivains à titre d’excentricité, d’exception. […]on trouve qu’il n’y a rien à souhaiter pour les femmes ; que tout est pour le mieux à leur égard, dans le plus galant des mondes, et si l’on consent à leur baiser les mains, c’est à la condition que ces mains inutiles ne toucheront pas une plume. […] Mme de Staël, (qui) a pourtant conquis pour son sexe le droit de cité dans la république des lettres et des penseurs,(mais) on est encore réduit aux précautions oratoires les plus        humiliantes[…]       

Si Mme Sand a fini par s’imposer à l’opinion, combien de dédommagements ne s’est pas réservés la fatuité des littérateurs mâles, et par combien de lambeaux de sa dignité personnelle ne l’a t-on pas contrainte à payer sa gloire ? Les petits vers, les petits livres d’éducation maternelle, la littérature de ménage enfin, voilà, tout au plus, ce que l’on consent à accorder […]. »

Ce monopole littéraire si obstinément défendu, ces cris poussés par des paons qui se croiraient déplumés par la concurrence, cette défiance universelle, dont les meilleurs esprits ont peine à se garantir, est à la fois une anomalie choquante et un véritable danger ; […] l’homme lettré ne veut pas que la femme instruite, spirituelle, oisive,  consacre ses loisirs à partager sa tâche. […]Je dis que c’est une anomalie dont il serait bien temps de rougir. J’ajoute que c’est un danger. »[2]

                  Anne Louise Germaine de Staël

 Henri Lehmann [Public domain]     Anne Louise Germaine de Staël

(Photo credit: Wikipedia)

Le chemin fut long, vraiment, pour que les femmes écrivent.

 [1] http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1990_num_83_1_2936

 [2]  ( Louis Ulbach, « Chroniques de la quinzaine. Revue littéraire. Esquisses morales, pensées, réflexions et maximes par Daniel Stern. » Revue de Paris, 15 novembre 1886.

Interview d’Oriane Jeancourt Calignani

Mourir est un art, comme tout le reste – Oriane Jeancourt Galignani / Le secret de Sylvia Plath

Mourir est un art comme tout le reste

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« Mourir

est un art comme tout le reste.

Je m’y révèle exceptionnellement douée.

On dirait l’enfer tellement.

On jurerait que c’est vrai.

On pourrait croire que j’ai la vocation. »

(extrait de Dame Lazare) Ariel poèmes 1960-1962

Oriane Joncourt Galignani , dans ce roman d’une vie imaginaire, retrace la dernière année de la vie de Sylvia Plath avant sa mort. Elle évoque avec talent l’univers mental de l’écrivain, et son écriture fait surgir avec brio la femme, la mère et la créatrice aux proies avec une réalité qui la submerge et qu’elle ne maîtrise plus.

            Ce n’est pas une dépression de plus qu’elle relate ici mais l’origine d’un basculement dans un récit parsemé de flèches brûlantes et glacées que sont les vers de Sylvia Plath.

            « J’ai neuf vies comme les chats » , écrit celle qui se donnera la mort dans son appartement de Londres. Neuf vies et donc neuf morts, pas une de plus.

Ses derniers moments sont connus mais ils surprennent par leur caractère méthodique et précis : après avoir couché ses enfants, elle a déposé des tartines de pain beurré et des tasses de lait près des lits de ses enfants, a ouvert en grand la fenêtre, a calfeutré la porte de leur chambre avec des serviettes et du ruban adhésif. Au terme d’une nuit sans sommeil elle a mis fin à ses jours le 11 février février 1963, à l’âge de trente ans.

Elle devint l’égérie emblématique des féministes américaines, le symbole de l’auteure sacrifiée à l’ego d’un jeune mari poète brillant, Ted Hugues, mais égoïste, car, en effet, « la liberté de Ted Hugues ne se consumera pas à huit heures pour le premier biberon, les années conserveront son génie, l’épanouiront. Il est le grand poète britannique, l’homme que la BBC arrache au Guardian, le jeune patriarche d’une famille moderne – dont la délicatesse est allée jusqu’à épouser une femme jolie et intelligente-, il doit consacrer sa vie à son œuvre. »

            Un mari, mais un ogre, avec le quel Sylvia fut dans une grande dépendance affective.

            Oriane Joncourt Galignani brosse un portrait intimiste et bouleversant, d’une grande finesse psychologique, excelle à décrire les mouvements intérieurs de celle dont la mort restera une énigme et une tragédie. La fin prématurée et violente de cette jeune femme, belle, intelligente et talentueuse marquera la mémoire collective, et sera explorée par des générations de femmes à la recherche du sens de leur existence.

            L’entreprise était donc ardue, dégager de ce fatras mythique, une figure singulière. L’auteure a parfaitement réussi ce pari et se présente comme une lauréate possible du Prix pour le Premier Roman de Femme.

             Des quatre en lice, il me reste à lire « La cattiva », il m’est donc difficile d’établir un pronostic mais il y a fort à parier que « Mourir est art, comme tout le reste » sera un concurrent sérieux.

Oriane jeancourt Galignani est critique littéraire. Franco-allemande, elle a fait une partie de ses études de littérature à Tübingen. Elle travaille depuis six ans pour le magazine Transfuge et en est devenue la rédactrice en chef littérature en 2011. Elle représente le magazine à la télévision dans la Matinale de Canal + et en radio sur RCJ. Elle a dans le passé publié différents articles dans Philosophie Magazine et d’autres pages littérature.

Je remercie Laure Wachter  et Carol.Menville des éditions Albin Michel qui m’ont permis de suivre ce prix et de lire les ouvrages sélectionnés pour leur maison d’édition. Ils font partie de ces éditeurs qui œuvrent à faire connaître et à réhabiliter les grandes figures féminines de la littérature. Un autre de leur roman a été sélectionné pour ce prix que je lirai par la suite  : L’héritier de Roselyne Durand-Ruel.

La lecture d’Anne « Des mots et des notes »

 

Deuxième sélection des ouvrages pour le Prix du Premier Roman de Femme

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  • DEUXIEME SÉLECTION DES OUVRAGES – 2013

    Après une seconde sélection par le jury, les romans encore en lice sont :
    · Le Coursier de Valenciennes, Clélia Anfray, éditions Gallimard
    · Un héros, Félicité Herzog, éditions Grasset
    · Mourir est un art comme tout le reste, Oriane Jeancourt Galignani, éditions Albin Michel
    · La Cattiva, Lise Charles, éditions P.O.L.

Félicité Herzog présente « Un héros »

Un héros – Félicité Herzog

herzogune-648608-jpg_447673Félicité Herzog publie « Un héros » chez Grasset. © Jérôme Bonnet/Grasset

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Félicité Herzog retrace un pan de son histoire familiale à travers deux figures masculines, celle de son père Maurice Herzog, vainqueur de L’Annapurna, et Laurent, son frère dont la psychose fut diagnostiquée tardivement et qui dut livrer un combat terrible contre sa maladie.

En contrepoint, la figure de la mère, femme libérée et peu disponible pour ses enfants, paradoxalement adepte de Françoise Dolto dont la fragilité ne pourra servir de barrage à la folie du frère.

«  La Femme entrait enfin dans l’Histoire. Elle pouvait enfin ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de son mari et gagner autant que l’Homme pour son labeur. »

Quel fut véritablement le véritable héros ?

 D’une famille d’éditorialisteset de mémorialistes, Félicité Herzog prend à « contre-plume » la tradition familiale. « J’ai choisi le roman qui dit la vérité » dit-elle, « alors que les mémorialistes réécrivent l’histoire ».

Elle raconte une entrevue avec son oncle qui évoque la biographie de la comtesse Greffulhe, vie d’une parente, écrite par une autre parente. Alors qu’elle s’insurge contre ce modèle de femme et explique qu’elle veut être indépendante financièrement, être libre et ne pas être cette « femme du monde » produit de son milieu, son oncle la raille :

« Mais enfin, pauvre innocente, il est beaucoup plus important d’avoir servi de modèle à un personnage de La recherche ! » (La recherche du temps perdu de Proust)

Car voilà le drame de cette famille, qui à l’abri du mensonge, fabrique la folie ! Félicité Herzog met à jour la mécanique familiale, à travers les mythes familiaux et nationaux, le confinement du lignage (famille noble du côté de la mère descendante de la duchesse d’Uzès) qui pactisa avec la France de Vichy, férocement antisémite.

Un concours de circonstances et une alliance particulièrement pathogène entre deux familles, résultat d’un certain hasard.

Pour une fille, assignée à des rôles bien précis, ce fut l’expérience de la misogynie du père, de sa froideur, de son insensibilité, dévoreur de femmes, dont la sensualité et l’appétit génèrent assez d’ambiguïté pour la mettre mal à l’aise. Un père de « cartes postales », aimé et détesté, terriblement absent, dont l’amour lui manque cruellement. On se console difficilement d’un amour filial sans retour car il introduit un doute terrifiant : « Si je ne suis pas aimée c’est que je ne suis pas aimable. ». On ne se délivre jamais du père comme on ne se remet jamais totalement de son abandon. Premier homme, premier miroir qui donne à une fille assez d’assurance pour risquer l’amour d’un autre.

Dans ce roman, on sent la colère de Félicité Herzog, et cette terrible souffrance, ce manque abyssal du père.

Celui dont la stature de surhomme au lendemain de la guerre, a des relents de posture fasciste et dont il souffrit certainement, « retranché de son humanité », se sentant comme « Elephant man ». Son frère fut l’héritier de cette monstruosité, tenu à son tour de perpétuer le mythe, s’épuisant dans un travail que commandaient des ambitions démesurées.

Ce roman-biographie a eu un grand retentissement dans les médias à cause de la personnalité et de la notoriété du père , Maurice Herzog qui a occulté selon moi ce qui en fait l’extrême richesse : la description minutieuse d’un sentiment d’abandon, d’une solitude absolue dans l’enfance que l’auteure tenta tour à tour d’endiguer dans le travail, le sport et une vie personnelle passablement déréglée. Cette petite Félicité m’a énormément touchée, j’ai pu lire toute la gamme de ses émotions.

Le seul bémol que je mettrais est cette écriture dont l’élégance est parfois maladroite parce qu’elle relève d’une extrême maîtrise. J’aurais aimé que la colère soit moins froide.

Je remercie les éditions Grasset pour l’envoi de ce livre dans le cadre

PPRF copie

Jeanine Baude /Dans la démesure des torrents

dis-moi les jours faciles
ceux qui viennent de loin
soustraire les plis de la mémoire
à la mesure d’un pain chaud

la table servie, le poème en creux
dans cette soif, dans cette faim
le rythme quotidien, le pas sur la page
Il suffit d’aller et nous le savons bien
annexées à la mort, annexées à la terre

Dis-moi le livre, le chant, les radeaux
qui remontent le fleuve
les ombelles, les alcôves
la course folle vers l’estuaire
la course folle vers l’incendie

Si l’étoile devint l’étoile
dans le fracas dans l’ombre
du commencement

Dis-moi le sel son acidité
son érosion et l’implosion es rocs
là où se trame la vie
là où se trame la mort
sur la durée ses labours
son écorce

Dis-moi le redoublement des racines
la femme qui s’avance sans amarres
et sans peur debout dans la distance
celle qui écrit au revers des courants

celle qui pense sous la cognée
à l’arbre qui perdure
aux forteresses aux clôtures
pour mieux les cisailler

d’un poème tranchant
comme l’or au soir des certitudes
quand l’âme se délivre
de sa robe charnelle

et que liens se délient
comme fleurs sous l’orage

Le grain serré des morts
a tissé notre chair

Les femmes enlacées dans les flammes
ont crié
contre les rochers du soir
les douves du matin

la sueur perlée, l’aube drue
le bas du ventre

et gluantes, cernées de toute part
ont célébré

le centre blanc

si solstice il y a
quand bascule l’été

son cri de tourterelle

Extraits de Fleuve premier inédits

Poète et critique, née le 18 octobre 1946 à Eyguières dans les Bouches du Rhône. D.E.A de Lettres Modernes (Aix-en-Provence U1). D.R.H. dans une entreprise privée pendant plus de vingt années. Actuellement vit et travaille à Paris. Originaire des Alpilles, elle a suivi la route des rocs d’est en ouest et revient depuis Saint-Rémy de Provence et Cassis, des Hautes-Tatras à la Pointe de Pern, d’Ouessant à New York sur le lieu de houle intime : le poème. Elle aime à dire « J’écris avec mon corps, je marche avec mon esprit » ou bien « Je commets le délit d’écriture » ainsi explorer l’indéfinissable champ.

poetisons-MartineMembre du Pen Club International, Secrétaire générale du Pen Club Français.
Présidente des Amis de Louis Guillaume et du Prix du Poème en Prose.

Martine doit être au marché de la poésie mais comme tous les dimanches

(Source : printemps des poètes)

Le coursier de valenciennes – Clélia Anfray / Une auteure est née !

Le coursier de valenciennes

j'aime coup de coeurj'aime coup de coeurj'aime coup de coeurj'aime coup de coeurj'aime coup de coeur

Je ne sais comment j’ai lu ce livre… Amoureusement si je puis dire, lovée autour de la belle écriture de Clélia Anfray, suspendue au rythme de sa prose qui est comme un souffle à la fois léger et puissant. « Le coursier de valenciennes » est un de ces livres qui pour moi a été presque une expérience charnelle.

 L’histoire en est simple : Simon Abramovitch doit remettre un paquet d’un de ses camarades de camp à sa famille – un poème et une lettre. Il l’ rencontré au camp de Klein Mangersdorf où tous deux étaient détenus et Simon seul en a réchappé. Il rencontre deux femmes dont « le beau regard de ciel flamand » va faire basculer son existence.

 L’écriture de Clélia Anfray a ce talent singulier d’épouser les contours de cet homme – Simon- de marcher à son pas, à la fois lourd mais assuré. On se métamorphose, on devient cet homme brisé par la guerre mais qui n’a pas oublié tout espoir, on sent dans son corps l’écriture de l’attente et cette faim intérieure prête à tout dévorer. L’auteure sait rendre compte de « ces affaires de perception », son écriture est comme la parole Mme de Viéville pour Simon :

« […]Valenciennes, sous l’effet de la parole de Mme Viéville, avait repris des couleurs. »

Le monde prend une autre épaisseur que seuls les mots ont le pouvoir de lui donner, « Son austérité grise s’était dissipée d’un coup, d’un seul, comme par magie pour ainsi dire. »

 L’écriture a aussi ce battement de fièvre, cette légère crispation due à la douleur des personnages :

« Renée s’arrêtait parfois pour regarder la paume de sa main droite qu’elle compressait de son pouce gauche pour apaiser une vive douleur. »

 « Le style c’est l’homme », a dit Buffon. Clélia Anfray aurait pu me raconter n’importe quoi, je l’aurais suivie. La forme de sa phrase, son rythme, son épaisseur, sa douceur, ou parfois une certaine sauvagerie retenue, est la forme de sa pensée. Une forme de pulsation qui est la vie même, le sang dans nos veines, le chaos des émotions, les douleurs infimes et qui donnent une vie incandescente à ses personnages. 

 Une auteure est née…

L’auteure s’est inspirée de l’histoire de Pierre Créange qui est mort dans ces conditions, qui a réussi à écrire dans les camps et dont les poèmes ont été rapportés par la suite par un codétenu.

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Gérard d’Houville (1875-1963)

Gerard-d-Houville

Marie de Heredia, née à Paris le 20 décembre 1875 et morte à Paris le 6 février 1963, qui signait Gérard d’Houville, est une romancière et une poétesse française, fille de José-María de Heredia.

Elle a fréquenté les poètes et artistes les plus célèbres du temps : Leconte de Lisle, Anna de Noailles, Paul Valéry…  Elle défraya la chronique par une vie sentimentale assez peu conventionnelle: épouse d’Henri de Régnier, elle fut la maîtresse de Pierre Louÿs dont elle eut un fils. Femme libre, elle ne se priva pas d’autres amants, dont le poète Gabriele d’Annunzio.

Son pseudonyme vient de « Girard d’Ouville », un gentilhomme normand de ses ancêtres. Sous ce nom de plume elle reçut en 1918 le 1er prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre.

Itinéraire d’une blogueuse n°9

John Mantha

          Lorsque nous, lecteurs, rendons nos opinions publiques, ce que nous exprimons n’est pas la qualité littéraire ou intrinsèque d’une œuvre mais le chemin qu’une œuvre fait en nous, la façon dont elle parcourt nos veines, les frissons qu’elle provoque, tout ce concert d’émotions ou de sensations qui naissent de cette rencontre avec les mots d’un autre.

          La lecture n’est pas qu’une activité cérébrale, c’est aussi une expérience sensuelle. De là les positions alanguies des lectrices dans les tableaux des peintres, de là ce trouble aussi qui naît dans le regard du spectateur.

          Quand une histoire nous prend, tous nos sens sont éveil, et nous connaissons alors une forme d’attente qui est pure tension de tout notre être. Les mots arrivent parfois par vagues, et se retirent en nous laissant exsangues. Ce ne sont pas forcément les meilleurs livres qui produisent cela, non, mais l’acte de lecture lui même, le rythme du récit ou notre propre capacité d’enchantement.

       L’écriture est charnelle, en elle se fondent les pensées, les émotions, les souffrances de celui qui écrit. Toutes choses qui transitent ou naissent dans le corps. Il faudrait pouvoir abandonner définitivement cette dualité judéo-chrétienne dans laquelle nous sommes éduqués. Alors, lecteurs, nous pourrions vivre  le texte de manière radicale.

Prix du Livre Inter 2013 – Alice Zeniter – Sombre dimanche

Alice zeniter

Alice Zeniter a obtenu le 39è Prix du Livre Inter pour son roman Sombre Dimanche. Un prix conquis de haute lutte après 6 heures de débats et 5 tours de scrutin
Née en 1986, Alice Zeniter est normalienne, doctorante en études théâtrales et chargée d’enseignement à Paris III. Elle a publié son premier roman, Deux moins un égal zéro (éditions du petit véhicule), à 16 ans. (communiqué France Inter)

«Bérénice 34-44», d’Isabelle Stibbe

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«Bérénice 34-44», d’Isabelle Stibbe, Serge Safran Éditeur, 316 p., 2012

Isabelle Stibbe, née à Paris en 1974, a été responsable des publications de la Comédie-française, puis du grand Palais. Elle est aujourd’hui secrétaire générale de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet. Bérénice 34-44 est son premier roman.

Bérénice, jeune adolescente juive, veut être comédienne envers et contre tous : elle affronte la colère de ses parents, fourreurs juifs d’origine russe, et quitte la maison familiale sous la malédiction de son père. Sa passion du théâtre l’habite toute entière et son plus grand désir est d’intégrer la Comédie Française. Rien ne résiste à la force de sa vocation : arrivée première au conservatoire à l’âge de quinze ans, elle entame une fulgurante ascension sous la tutelle du grand Louis Jouvet. Au cœur du Paris de l’Occupation, Bérénice va jouer son destin.

Bérénice a la force des tragédiennes, elle joue sa vie sur scène et force le destin. Elle veut être la plus grande, quitte à défier le temps et l’Histoire, et sur scène elle est toute puissante. Folie, démesure, orgueil ? L’art peut-il être au-dessus de la vie ? Le destin de l’individu est-il une puissance supérieure qui s’accomplit en dépit des aléas de l’Histoire, ou selon le mot célèbre de Marx , « L’homme fait(-il) l’histoire qui le fait. » ?

Bérénice ne veut pas entendre le bruit des bottes, elle ne veut pas voir le danger ; elle refuse de coudre l’étoile jaune sur ses vêtements ou de déclarer qu’elle est juive. Sa volonté est implacable : rien ni personne ne semble pouvoir la faire plier.

Pourtant, toute démesure (l’hybris) peut entraîner la chute, celui qui la commet  est coupable de vouloir plus que la part qui lui est attribuée, de désirer plus que ce que la juste mesure du destin lui concède.

Bérénice refuse la loi juive, refuse le destin qu’on lui a tracé.

« Tu crois que tu auras des enfants si tu es actrice ? Quel mari normal voudrait épouser une femme qui embrasse d’autres hommes sur scène ? », s’indigne sa mère.

Isabelle Stibbe nous avertit d’emblée : elle ne racontera pas cette histoire à ses enfants, elle ne pourra pas témoigner de ce qu’elle a vécu. Bérénice est une héroïne tragique qui doit sa grandeur à sa lutte contre des forces qui la dépassent et la feront succomber. Le titre annonce la fatalité d’un destin (34-44). Elle devra sacrifier son bonheur individuel à la lutte collective. La tragédie est toujours une histoire dont on connaît la fin. L’héroïne aura-t-elle lutté en vain ?

Si le destin de Bérénice est exemplaire, et s’il nous touche autant, c’est qu’il dit quelque chose de nous tous, et de ce qui nous fait Homme : le refus de plier, de rester à sa place, d’accepter l’inacceptable. Notre part de déraison, si précieuse, qui nous conduit à créer d’autres mondes que ceux qui nous sont donnés, est également celle qui nous donne le courage de suivre nos valeurs au péril parfois de nos vies.

Si folie il y eut , elle fut du côté de ceux qui brisèrent à jamais les destins de millions d’Hommes, sous prétexte qu’ils n’étaient pas ce qu’ils auraient dû être.

« Merci mon Dieu de m’avoir faite femme », s’écriera un jour Bérénice en parodiant la prière juive du matin.

Merci Isabelle Stibbe pour ce très beau roman, qui pour emprunter un thème tant de fois exploité, réussit à en faire un récit d’une grande originalité aux accents de la tragédie, qui nous émeut, nous transporte, et nous rend à la fin un peu plus grand.

Prix Simone Veil 2013.

Je remercie Clarisse et les éditions Serge Safran pour l’envoi de ce livre.

English: The "Comédie-Française" in ...
La Comédie Française à Paris (Photo credit: Wikipedia)